CHAPITRE X
famille impériale. L'année russe n'avait encore subi aucun échec, et le moral de tous était excellent. Le général partit le 13 de Sredni-Kalib, atteignit Parovici où il fit reposer ses troupes longuement, la chaleur étant accablante, et se remit en route à cinq heures du soir. Quatre escadrons avaient levé le camp, dès l'aube, pour devancer la colonne , renforcer le détachement Rauch et l'aider dans ses travaux de mise en état du défilé lui-même et du versant méridional. Cette avant-garde, dont la marche rapide n'avait pas été éventée, poussa de nuit, après avoir accompli son œuvre jusqu'à michemin du sommet de la passe à son débouché, et s'arrêta dans cet endroit. Quant au gros de la petite armée, il eut à lutter toute la soirée avec de très sérieux obstacles, avant d'atteindre le col. Les troupes travaillèrent avec un entrain admirable pour aplanir le chemin et faire avancer l'artillerie. Elles ne se reposèrent qu'assez avant dans la nuit, après avoir hissé ie matériel jusqu'au sommet des montagnes. Le rapport du grand- duc de Leuchtenberg rend compte en ces termes du puissant effort des soldats russes : « On peut dire sans exagération que nos canons et plus particulièrement nos caissons à quatre roues ont été transportés à bras d'hommes à travers les Balkans. » On bivouaqua, dans le col même, sur la pente méridionale. Les soldats, quoique harassés de fatigue, dormirent peu. Ils attendaient l'aube avec impatience. L'instant était solennel. Qu'on se représente ces dix
mille hommes, campés au sommet dés Balkains, avec leurs canons et leur matériel, encore séparés des plaines du Sud par une série de gorges abruptes, de défilés étroits où quelques centaines d'hommes arrêteraient une armée, d'obstacles sans nombre ; cette avant-garde se reposant à quelques kilomètres de la sortie de la passe ; ce camp turc d'Haïnkieui dont les sentinelles avancées peuvent d'un instant à l'autre prendre l'éveil! A cette heure, il est encore temps pour les gardiens de la passe d'arrêter l'ennemi. Qu'un éclaireur entende les hennissements des chevaux, que la présence du détachement Rauch soit signalée, les deux compagnies de Haïnkieui seront renforcées dès le matin du 14 juillet par les trois bataillons campés à Tvardica et les cinq bataillons retranchés à Maglis. C'est plus de monde qu'il n'en faut pour faire échouer l'audacieuse tentative de Gourko.
• Cependant le jour était venu, et les soldats contemplaient à leurs pieds les gorges bordéçs de précipices du versant sud. La route avait été suffisamment réparée ; on se hâta de descendre les pentes pour rejoindre le détachement Rauch, prêt à déboucher. L'ennemi n'avait pas donné signe de vie. Quelques heures après le lever du soleil, les Russes sortirent, sans coup férir, des derniers défilés dont les positions dominantes n'étaient même pas gardées par les postes avancés du détachement turc. Campé près d'Haïnkieui, il se laissa bientôt surprendre et mettre