UN BILEUX
fier. Je m*en aperçus bien lorsque dans son quart, après avoir bu lui-même, il m'offrit de son vin. Je ne refusai pas. Moi non plus je n'étais pas fier.
Je ne fus, d'ailleurs, pas seul à profiter de la tournée. Tous ceux du banc, et ceux d'en face, en eurent leur part. Et ce fut pour nous tous qu'il lit sa déclaration de principes, du moins pour ses plus proches voisins, car le bruit du train couvrait sa voix.
— Moi, tu sais (il affectait de prononcer : t'sais. à la parisienne), je ne suis pas un bileux. Ah ! Pour ça, non ! On est de Charonne, ou on n'en est pas. (De toute évidence, il n'en était pas; on s'en apercevait à l'accent de son pays d'origine qui subsistait sous le vernis superficiel de l'accent de Paris qu'il se flattait d'avoir attrapé). Du moment que faut marcher, n'est-ce pas? on y va. Les Pruscos (on ne disait pas encore : les boches) viennent renifler ce qui bout dans nos marmites : on va prendre les couvercles pour leur cogner sur le crâne. Mais, par exemple, ce qui me dégoûte, c'est d'aller dans la cambrousse, chez les croquants. Vois-tu ça d'ici, toi? Un trou de huit mil'e habitants, trente fois moins peut-être que rien qu'à Charonne I Où c'est-il qu'on pourra prendre la bleue là-drdans? Ça va me changer mes heures. A Charonne, j'étais mon maître. Si par hasard un client rouspétait parce que ses ribouis n'étaient j)as prêts, fi>llait voir comme je l'envoyais bourlinguer! Non, mais
des fois I... Depuis quand c'est-il que l'ouvrier serait Tesclave? Aussi vrai que je m'appelle Vernais...
Et iJ continua de nous dévider l'écheveau de ses souvenirs et de ses espoirs. Il avait la langue bien pendue. Il s'humectait fréquemment le gosier. Ainsi appris-je qu'il ne faUait pas que «la patronne» lui fit une observation quand il rentrait tard, Pourtant, ils allaient ensemble, les dimanches d'été, manger sur l'herbe au bois de Vincennes. Je sus aussi qu'il était né sur les bords de la Loire, à La Charité.
— Ça ne vaut pas Charonne, tu sais. Mais les gars de La Charité, faut pas essayer nonj)lus de leur monter le job !
Charitois de naissance, et d'adoption Parisien de Charonne, Vernais ne pouvait qu'être terrible I
Plus la journée s'avançait, et plus il devenait loquace. De temps en temps il se levait, montait sur le banc et mettait la tête à l'ouverture rectangulaire qui aux chevaux sert de fenêtre. En agitant sa casquette il interpellait gardes-barrières et gardes- voies et poussait des cris de « Vive la France » ! A Montargis il descendit pour renouveler au buffet de la gare ses provisions épuisées. Il me sembla qu'il ne marchait plus d'aplomb, mais le moyen de conserver son équilibre en traversant les voies sur des rails ! Nous croisâmes
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ensuite plusieurs trains de tirailleurs algériens. Vernais ne manqua point de les acclamer.
— Hé 1 Les Bicots 1 Tâchez de leur rentrer dans le bide, et proprement, hein 1
Ils riaient en montrant leurs dents blanches. Plusieurs étaient dépoitraillés à cause de la chaleur. D'autres étaient assis, jambes pendantes, à la porte des wagons. Et les gares, petites et grandes, se succédaient. Et Vernais ne s'interrompait de crier que pour boire, et de boire que pour nous tenir au courant de ses idées successives, et de parler que pour boire.
A quatre heures de l'après-midi, nous arrivâmes. Il y avait foule dans la rue du Quatorze- Juillet qui est ici l'avenue de la Gare. Le bataillon de dépôt de notre régiment territorial était cantonné en ville. A cinquante mètres de la gare le bureau de notre compagnie, celle de Vernais et la mienne, était installé dans une école.
— Penses-tu, dit-il, que je vais rentrer tout de suite ! Faut pas me prendre pour un bileux, moi ! La foire n'est pas sur le pont. On est de Charonno ou on n'en est pas. xXon, mais regarde-moi ces bicoques! Tu parles d'une cambrouse I... Depuis près de vingt ans que je n'avais pas vu ça I
Et il s'en fut, très fier d'arriver de Paris, un bout do c igaretle éteinte collée à la lè\Te inférieure, se dandinant avec sa valise reficelée et interpellant tous coux ({u'il rencontrait.
— On arrive de Pant ruche vieux! Dis donc, tu t'amuses là-dedans, toi? Vivement ia classe ou la guerre ! Je paie la bleue.
Les uns se retournaient pour le suivre d'un regard admiratif, saluant en lui le type du « bileux » qu'ils avaient perdu de vue depuis leur service actif. Les autres le laissaient dire. Et il passait, la blague et son bout de cigarette aux lèvres. Mais il était aussi de La Charité, et il se retrouvait, ici, presque dans son pays d'origine. Il poussa des reconnaissances un peu dans toutes les directions, cherchant des figures sur lesquelles il pût mettre un nom : il n'en découvrit pas. En revanche, il but, un peu dans toutes les auberges, une certaine quantité de demi-setiers de blanc : il faisait chaud. Puis il jugea qu'il devait être l'heure de la bleue. 11 s'en fut s'installer dans une auberge sur les bords de la Loire. Le spectacle de l'eau, des hauts peupliers, des saules échevelés et des îles ne le rendit point rêveur.
— C'est rien moche, ici ! dit-il à l'aubergiste qui le servait. Ça ne Vaut pas Charonne ni le bois de Vincennes.
L'homme ne répondant rien, il se mit en devoir de rouler une cigarette, mais il lui en coûtait de garder le silence.
— C'est pas tout ça, dit-il. J'aurais comme une envie de me taper la tête, ce soir. Passez-moi voir le menu, que je choisisse.
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11 n'y avait pas de carte. Mais il aurait à sa disposition de la friture, du gigot froid, de la salade, du fromage... La friture le ravit.
A neuf heures du soir il était encore là, fumant sa pipe devant im petit verre de cognac. De tous les clients qui s'étaient succédé là, aucun n'était parti sans savoir qu'il venait de débarquer, arrivant de Pantruche : à preuve sa valise et son accent. Mais ce fut justement à cette heure-là que les choses se gâtèrent. Trois gars entrèrent, trois ouvriers des forges d'environ dix-huit ans. Ils étaient à peine assis que déjà Vernais leur demandait :
— Dites donc, vous ^'ous amusez, vous, dans ce trou-là? Moi, j'arrive de Pantruche! On est de Charonne.
Une fois lancé il ne s'arrêta point. L'un d'eux lui dit :
— Ta gueule ! On sait ce que c'est.
Vernais se redressa, outragé dans sa dignité de citoyen de la capitale.
— Non, mais des fois!... dit-il. Faudrait voir à être poli!
L'autre riposta :
— Mouche ton nez ! Il est sale. Est-ce ([u'on te demande l'heure qu'il est?
— Pas do disputes ici, hein? intervint l'aubergiste. Il y a de la place dehors. \o\\k trois heures que vous nous rasez.
l::^G LA GUERRE SUR LE TL\ME\TÎ
Que dut-il se passer ensuite? Toujours est-il que le lendemain matin Vernais arriva avec un œil au beurre noir, et sans sa valise. Ce furent et sa première blessure, et les premiers dommages qu'il subit du fait de la guerre. Mais il était fier de son œil poché : les gars de Gharonne n'ont peur de rien ni de personne. Quant à sa valise, elle ne valait pas la corde pour l'attacher.
l'intermezzo
Les premiers jours, on ne le vit pas à l'exercice. Il arguait de la nécessité où il se trouvait de soigner son œil. Et il se promenait en effet avec un pansement maintenu par un bandeau. Mais il y voyait encore assez clair pour avoir reconnu, dès son arrivée dans la cour de l'école, deux de ses anciens camarades d'enfance qui n'avaient pas, eux, abandonné leur pays d'origine : Babiot et Moulinneuf. Eux non plus n'avaient pas eu de peine à le reconnaître : c'était comme si la voix du sang eût parlé.
Tout de suite, ils constituèrent le plus réjouissant trio qu'il fût possible dimaginer. Certes, Vernais seul avait été promupar sa destinée à l'éminente dignité de « Pantruchard «, mais il rne l'avait dit lui-même :
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— Les gai'6 d».^ La Charité, faut pas essayer de leur monter le job.
De leur métier, Babiot et Moulinneuf... n'eu avaient aucun. C'est une spécialité comme une autre, mais plus rare qu'on ne croit généralement. Us vivaient d'expédients et de ruses, braconnant sur terre et dans Feau, habiles à prendre à la main les poissons dans les trous où ils se réfugient entre les racines des saules. La mobilisation venait de les arracher à ces captivants loisirs qui n'avaient pas dû les enrichir beaucoup, si j'en jugeais par leur tenue de civils, le matin de ce vendredi 14 août, avant que l'uniforme eût fait de chacun de nous un soldat de deuxième classe, sans plus. A partir de ce moment, Vernais, Babiot et Moulinneuf furent, comme nous tous, des soldats. Mais ils gardaient, eux, quelque chose de leurs origines et de leur profession. Le képi ne les décoiffa point de leur auréole. On avait pour eux de la considération, vçiro un certain respect. 11 n'est pas donné à tout le monde d'avoir le talent du braconnage, d'ailleurs inoiïensif. Et, parmi nous, Vernais restait le premier, et le seul, qui eût été blessé. Cela lui valut d'être, de droit, le chef du joyeux et pittoresque trio. Ses deux subordonnés ne lui contestaient point, d'autre part, la supériorité qu'il pouvait avoir sur eux de l'expérience de la vie, puisqu'il venait do Charonne; il en résulta entre eux un touchant accord basé sur le senti-
ment de la valeur du chef et de la bonne volonté des camarades inférieurs.
On les rencontrait rasant les murs, marchant à pas feutrés, comme guettant toujours une proie tantôt attendue, tantôt inespérée. Même lorsqu'ils étaient inactifs, ils avaient Tair de prêter Toreille et d'ouvrir Toeil. Vernais, bientôt, put ouvrir les deux yeux. Son pansement disparut. Mais on ne le vit pas davantage à Texercice, pas plus d'ailleurs que ses deux complices : ils se proposaient toujours pour les corvées d'ordinaire ou autres, dont ils s'acquittaient d'ailleurs à la satisfaction générale
Le reste du temps ils étaient à l'affût — à défaut de gibier — d'un verre ou d'une cigarette, Vernais aussi bien que ses deux inférieurs. 11 était évident que son métier de cordonnier à Charonne n'avait pas dû l'enrichir beaucoup plus que le braconnage n'avait fait de Babiot et de Moulinneuf. Ce devait être la faute des clients qui venaient trop tôt réclamer leurs ribouis. Et puis n'oublions pas le jour de l'arrivée où, des deux façons, il s'était « tapé la tête ». En tout cas ils avaient une telle manière de vous demander :
— Est-ce que tu n'aurais pas une feuille de papier à cigarettes? qu'on ne pouvait s'empêcher de leur faire en même temps cadeau de l'accessoire qu'était pour eux le tabac.
Il faut dire aussi qu'ils s'étaient créé des rela-
UN r.lLF.UX 129
fions parmi « l'élément civil ». Sans doute ce n'était pas avec de hauts fonctionnaires en redingote qu'on les rencontrait, mais plutôt avec des galopins ou des hommes de leur âge chaussés d'espadrilles et dont le costume était réduit à sa plus simple expression Mais enfin ils sortaient « avec des civils » (avantage que nous n'avions pas tous), qui savaient, en temps opportun et si leurs fonds le permettaient, leur offrir un litre... et du papier à cigarottes. Dans ces occasions, jamais Vernais n'oubliait de rappeler et de spécifier qu'il arrivait de Pant ruche, en s'efforçant d'attraper le plus pur accent de Charonne.
Et ce fut bien autre chose le dimanche où, avant l'heure du réveil, ils partirent tous les trois pour La Charité. Vingt-huit kilomètres à l'aller et autant au retour n'étaient pas pour les effrayer. Ils avaient en poche quelque argent, car ils savaient de temps en temps tirer parti de leurs loisirs : toutes les auberges qui se trouvèrent sur leur chemin furent les bienvenues. Jamais moins que ce jour-là Vernais n'eut l'accent de son pays natal: il était aujourd'hui de Charonne, et non d'ailleurs. Il fallait que l'on s'en aperçût. Ce fut une belle journée où ils furent fêtés, non point par la haute société de la ville, mais par leurs pairs. Et il serait pout-etro exagéré de dire qu'au retour ils ne firent que vingt-huit kiloiut'tres. Mais enfin ils échouèrent à bon port, sur la paille du canton-
nement. Ce fut tout juste s'ils nous réveillèrent, étant eux-mêmes aux trois quarts endormis. Seul Vernais murmurait des phrases confuses :
— Le jour de gloire est arrivé... On est de Gharonne... Pas me prendre pour un bileux... Se taper la tête...
Le lendemain matin, ils burent beaucoup d'eau.
Et la vie reprit son cours. Vernais s'intéressait aux opérations militaires du front. A Pantruche il avait pris l'habitude de lire un journal par jour. Et il avait, sur ses deux camarades, pour ne parler que de ceux-ci, cette autre supériorité de connaître l'emplacement des hôtels de la plupart de nos grands quotidiens. Il en parlait avec une telle assurance que parfois je me demandais si je les connaissais aussi bien que lui. Car nous tenions parfois des conciliabules aux heures chaudes de l'après-midi, avant l'exercice. Assis dans la poussière sur les trottoirs étroits à l'ombre des petits arbres, ou sur l'herbe du jardin qui faisait partie de notre cantonnement, de quoi aurions-nous parlé, sinon de la guerre? Babiot et Moulinneuf écoutaient en clignant des yeux. Vernais n'écoutait pas : il parlait d'abondance. Souvent l'un de nous lui disait, histoire de l'interrompre :
— Tout ça ne t'empêche pas d'avoir eu l'œil poché.
Il répondait :
— Cause toujours : tu m'intéresses.
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Et il reprenait la suite de son discours. Sur tous les points son siège depuis longtemps était fait. Par exemple, il disait :
— Les boches (on commençait à employer ce qualificatif), c'est canaille, choucroute et compagnie. Mais laisse-les seulement arriver sous Pantruche (nous n'en étions pas encore à la victoire de la Marne), et tu verras la torchée qu'ils vont recevoir.
Or, ce qui l'exaspérait le plus, c'était qu'on lui objectât :
— Tu parles de Paris comme si tu en étais : tu n'es jamais que de La Charité.
Alors il faisait nettement figure de sanglier qui fonce. Mais il se contentait de secouer les épaules en grognant. Ses deux acolytes l'observaient, prêts à le défendre.
Mais les plus belles choses ont le pire destin. Et il ne fallut pas plus d'une journée pour que le trio fût désorganisé. Babiot partit comme volontaire. 11 avait trente-neuf ans : on lui en eût donné soixante-dix, tant ses cheveux étaient naturellement blancs. Aucun lien de famille ne le retenait, de près ni de loin, à son pays, sauf, je crois, un ca deux enfants mais qui avaient été à bonne écolo pour vite apprendre à se passer de lui. La guerre l'attirait, avec ses hasards, ses ruses et ses embuscades. Il n'y aurait peut-être pas de poisbon à prendre à la main, mais il y aurait du gibier à tirer.
Quant à Vernais, depuis plusieurs semaines les doigts lui démangeaient de ne plus manier l'alêne ni le tranchet. L'atelier régiment aire demandant des cordonniers, il offrit ses services qui furent acceptés. Il quitta le cantonnement sans tambour ni trompette, mais non sans nous avoir fait sa déclaration :
— A présent, je vais travailler de mon métier, au moins ! Ça sera toujours plus intéressant que d'aller faire le Jacques comme vous autres, des à droite et des à gauche par quatre et du maniement d'armes. Après ça, s'il faut y aller pour le coup de fourchette, on ira tout comme les copains.
11 s'installa à la caserne, et on le vit de moins en moins en ville. Sans doute s'était-il créé d'autres relations. Du trio de naguère, Moulinneuf restait seul avec nous. Quand on lui demandait :
— Eh bien, l'œil au beurre noir, qu'est-ce qu'il devient donc?
Moulinneuf répondait sèchement :
— Je n'en sais rien. Qu'il fasse donc ce qu'il voudra.
Une fois il se laissa aller à dire :
— Tu sais : des copains comme ça!
II semblait qu'il eût perdu tout ressort. Il restait des heures de suite étendu sur la paille, sans doute remâchant des souvenirs. Il lui arrivait même de mâcher des brins de paille.
UN Bir.rux 133
l'iliade
Jo me retrouvai assis, non plus à côté, mais en face de Vernais, peut-être dans le wagon même où nous étions montés en gare de Bercy.
— Si tu avais pris son matricule, dit-il, on saurait à quoi s'en tenir.
Si ce n'était pas le même, il Jui ressemblait comme un frère en matière de confortable : banc?; « rembourrés en bois », comme disait encore Vernais, et plancher ajouré tout exprès pour que les coquilles d'œufsdurs,et les épluchures de pommes, et les miettes de pain pussent tomber directement sur les cailloux de la voie. Nous aurions pu nous croire rajeunis de deux mois si nos sacs et nos fusils entassés dans les coins, si nos équipements accrochés au plafond et qui se balançaient au gic de la marche du train, ne nous eussent rappelé par leur présence que « nous y allions pour le coup de fourchette ».
Vernais ne s'embarquait pas « sans biscuit ». Outre les six réglementaires dont l'avait gratifié la prévoyant(^ Intendance, il avait d'autres provisions dans ses deux musettes et dans son sac : conserves, jambon, saucisson, sardines, chocolat, que sais-je encore? Dès qu'il s'était su désigué, il avait envoyé un mot à « la patronne » qui, par
retour du courrier, lui avait fait tenir un mandat de cinquante francs. Et il emportait aussi « du blanc » en quantité suffisante pour pouvoir atteindre, sans trop souffrir de là pépie, la prochaine gare où il lui serait loisible de se ravitailler à nouveau.
Le temps de traverser, par des voies indirectes, quatre ou cjnq départements, de passer deux nuits sur nos bancs rembourrés en bois et une troisième sur de la paille et du foin dans un immense hangar à fourrage, de nous reposer une après-midi dans un bois d'où ncius entendions très distinctement le canon et voyions évoluer des aéros qui lançaient de blanches fusées de repère, d'en partir au crépuscule et de marcher jusqu'à onze heures du soir : et nous arrivions aux tranchées.
Vernais, on le pense bien, ne s'était pas tu tout ce temps-là. On n'avait même à peu près entendu que lui. Il prétendait que ce n'était pas le sac qui pesait le plus, mais les deux courroies qui s'obstinaient à le lui maintenir sur les épaules.
Déjà il avait retrouvé l'allure du pousse-cailloux qui, lors d'inoffensives grandes manœuvres, avale les lieues mètre par mètre, dos voûté et bras ballants, le fusil une fois pour toutes retenu par la patte d'épaule.
— Ça me rappelle, disait-il, les manœuvres de l'Est en 98, mais en mieux.