‹ La guerre sur le hameauChapitre 6 sur 46 · I.\ GMERRi: SUR LF HAMFAU tii · texte numérisé non relu

I.\ GMERRi: SUR LF HAMFAU tii

seul à pouvoir lui donner des nouvelles de Camuzat. Il n'eut pas le courage de lui dire qu'il avait la certitude que son mari eût été tué. Madeleine ne comprenait pas que, puisque l'un avait disparu, l'autre n'eût pas subi le même sort. Elle en souffrait. Elle en était jalouse, Chaque matin elle attendait une lettre de Camuzat. une de ces lettres qui vous arrivent d'Allemagne quatre ou cinq mois après avoir été écrites; le facteur ne passait même pas. Il avait cessé d'apporter le journal, Madeleine ayant cessé de s'intéresser aux événements de la guerre depuis que Camuzat n'y était plus mêlé.

Dans les autres maisons le Jean reçut à peu près le même accueil. Il était desservi par Camuzat. Il ne pouvait que perdre à la comparaison. Seul, la Tampole l'eût plaint. Camuzat porté disparu, donc, malgré tout, présumé mort, le Jean avait encore de la chance; on ne pouvait les en faire démordre. Ils ne redéclarèrent pas la guerre, mais, comme sans doute il fallait que toujours il y eût deux partis à la Tampole, il n'y eut plus, dans im des camps, que le Jean avec sa mère, la Grangère n'ayant plus de lettres à écrire pour le compte de la vieille.

Il souffrit d'abord de son isolement, puis s'y habitua. Le travail des champs lui fut une distraction, mais il ne parlait plus de transformer la maison, ni de s(^ marier. Quand la vieille lui rappelait ses projets :

— Qui est-ce qui voudrait d'un vieux garçon et d'un n gambi » comme moi? disait-il.

En juillet, Madeleine attendait encore des nomelles

de Gamuzat. Sa disparition remontait à Novembre. Et justement, lorsqu'elle eut la certitude qu'il était bien perdu et enterré dans quelque bois où nulle croix n'indiquait le lieu de sa sépulture, son chagrin avait bien diminué d'intensité. Le Jean remarqua qu'elle ne cherchait plus à l'éviter. Il put l'aborder et lui avouer — il le faisait maintenant qu'elle-même ne doutait plus — que depuis longtemps il était certain que Gamuzat fût mort.

Il y aurait bientôt un an que la guerre avait été déclarée. Onze mois avaient passé heure par heure, jour par jour. Et l'on ne pensait même plus qu'un jour pût venir ni sonner une heure où le monde apprendrait que le canon allait se taire. Et Madeleine songeait qu'elle ne pouvait pas rester indéfiniment seule. Le Jean avait une jambe de moins, mais il aurait, en plus, sa pension de réformé n<^ 1, et dès maintenant il touchait son indemnité journalière. Le 27, à dix heures du matin, elle entendit le facteur gratter sur le seuil ses gros souliers. Elle pâlit.

— Je crois, dit-il, que vous l'avez attendue assez longtemps, celle-là !

Il lui tendait une carte saHe, maculée de cachets et datée du 2 juin. Gamuzat annonçait que, blessé légèrement au pied, il avait été fait prisonnier, qu'il n'avait pu écrire plus tôt et qu'il était guéri. La nouvelle s'en répandit vite. La mère Gatherine triompha.

— Quand je le disais, s'écriait-elle sur le pas de sa

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porte, qu'il était prisonnier l Tandis que toi, te voilà estropié pour le restant de tes jours !

Pensait-elle que la Tampole viendrait lui faire amende honorable? On fut d'accord pour estimer que Gamuzat devait fameusement souffrir là-bas, en captivité, tandis que le Jean était ici son propre maître. Peu de temps après, d'ailleurs, il retourna à Paris, ayant abandonné ses idées de mariage; son magasin l'emploierait à une autre besogne que celle de garçon livreur, tout simplement. La vieille eut beau le supplier : il ne céda point. Elle se retrouva toute seule dans sa maison qui lui parut bien grande. Un soir qu'elle s'ennuyait par trop, elle alla voir Madeleine, mettant de côté toute fierté !

— C'est bien malheureux, ce qui t' arrive 1 dit-elle.

— Quoi donc ? demanda Madeleine qui ne comprenait pas.

— Mais que Gamuzat soit prisonnier I

— Oh pour sûr ! dit Madeleine sur un certain ton qu'à ^^on tour la vieille ne comprit pas.

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