COMMENT TOUT FUT DECOUVERT
Connaissant la trame ennemie, ses agents les plus actifs et observant ses progrès depuis de longs mois, je me demandais, avec une angoisse mêlée de curiosité, comment cela finirait. Il n'y avait que deux solutions : ou le progrès continu du défaitisme et de la corruption aurait raison du moral français, ou une réaction vigoureuse serait déclenchée par un événement qu'il était difficile de conjecturer. J'optais pour la seconde issue, parce que j'ai une foi invicible dans les destinées de mon pays ; mais je me demandais sans cesse quel voile était jeté sur les yeux de nos gouvernants : (( Il suffirait, me disais-je, d'ouvrir les paupières, de lire, d'écouter les conversations, de regarder ce qui se passe. » L'atmosphère légère et animée, qui avait suivi la vie-
toire de la Marne et ses espérances légitimes, avait fait place à une atmosphère pesante et débilitante. Les propos que Ton entendait aux terrasses des cafés, dans le métro, dans les rues, n'étaient plus les mêmes. Le « Nous les aurons » avait cédé la place à l'exclamation morne : « Cette guerre ne pourra jamais finir! » Une littérature spéciale s'était fondée, avec mission de dénoncer à la risée publique — combien amère, cette risée ! — les (( bourreurs de crâne », c'est-à-dire ceux qui continuaient à annoncer la victoire finale et à encourager, chacun à sa façon, le public. Que des excès d'optimisme aient été commis aux débuts des hostilités, je n'en disconviens certes pas. Faute vénielle, par rapport à la faute contraire. Dans ce heurt de plusieurs peuples armés jusqu'aux dents, dans ses phases changeantes, dans ses alternatives, il y a place pour toutes les erreurs et pour un grand nombre de bévues. Les broyeurs de noir se sont mis dedans comme les broyeurs de rose, avec cette aggravation qu'ils ne tenaient pas compte des chances de succès.
Je me rappelle notamment des conversations de gens très compétents, au moment de l'offensive allemande contre Verdun. La plm-