‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 13 sur 94 · COMMUNICATION · texte numérisé non relu

COMMUNICATION

Faite par Abel Ferry a la commission de l'armée

En vue de justifier une proposition tendant à demander au Gouvernemei d'exercer sur l'armée combattante sa mission de contrôle

Notre front de 900 kilomètres n'a jamais été organi de telle façon qu'une attaque puisse réunir la prép ration à la surprise.

Les récentes attaques, ou, pour employer un tern plus exact, les récentes expériences sur le front fra çais, ont généralisé le sentiment que la ligne contim des fortifications semi-permanentes élevées par 1 Allemands, est infranchissable. Comme il est probah que les événements balkaniques nous réduiront bient à manœuvrer sur notre seul front, une pareille convi tion, une fois acquise, serait lourde de conséquences.

Il importe d'examiner minutieusement si toutes 1 manœuvres possibles ont été tentées. Or, j'affirme jamais notre Jront de 900 kilomètres n'a été organis telle façon quiine attaque puisse bénéficier de la surp de lieu et de date.

part l'attaque de Woëvre en mars 1915, qui man- L de préparation, toutes les offensives ont été con-

du Gouvernement, des Chambres, du public, des mobibstes et des journaux étrangers, un mois il leur déclenchement. On en savait Tendroit, les ens, le jour ou tout au moins la semaine. -, tout l'art de la guerre, aussi bien dans la guerre louvement que dans la guerre de position, repose 'espoir de surprendre Verinemi ; à fortiori dans la -re actuelle où les forces allemandes sont placées )rofondeur et sont constituées par une première B de tranchées, et derrière des groupes de réserves locales, soit générales, tant d'artillerie que d'infanj, dont la caractéristique principale est l'extrême liUté. Derrière les deux lignes, française et alleide, le succès ne peut dépendre que d'une véritable ie de cache-cache entre les réserves déjensives alleides et la masse offensive Jrançaise.

ue la surprise puisse être tentée, le G. 0. G. l'a cru, qu'en mars 1915 il essaya, avec trois Corps d'Armée dainement amenés, la réduction de la hernie de it-Mihiel. Mais l'opération échoua, faute d'organiondu terrain et de préparation d'artillerie. On en nt alors, à Arras comme en Champagne, à l'attaque hodiquement menée sur un secteur déterminé ^ance et connu des ennemis aussi bien que de la orité des Français et la bataille prit désormais le ictère d'une attaque de vive force de forteresse ; teuse en hommes, elle ne pouvait réussir, .es Allemands par contre, à plusieurs reprises, ont

sur notre front, par exemple à^ la tranchée de Cane en avril 1916, en Argonne en juillet 1915, des iques inopinées qui ont enlevé notre première ligne lous ont mis dans une situation critique telle, que

de ceux qui les ont vécues ne peut prétendre que,

avait été dans le plan allemand de soutenir une ique par une forte réserve, elle n'aurait pas passé.

Et demain si les Allemands veulent faire sur nos lig autre chose qu'une démonstration, j'affirme qu'ils i ront à la préparation minutieuse la surprise décon tante.

Je demande pourquoi notre front n'est pas orgai de telle façon que, à tout instant, sans que le sa l'ennemi, le Général en Chef puisse porter sur tous points du front sa masse d'attaque ?

Lorsqu'on a voulu attaquer en Artois en juin ic on a organisé le terrain d'attaque, tranchées, boya pour enterrer des troupes d'attaque. Lorsqu'on a vo attaquer en Champagne en septembre iQiS, on a de même. Pourquoi le terrain en Champagne, n'apas été aménagé en juin, au moment où on voulait a quer en Artois? L'ennemi eût hésité entre les deux 1 rains d'opérations.

Ou plutôt, pourquoi tout le front n'est-il pas part organisé pour une attaque? Pourquoi s'est-on inter par exemple, par l'absence de travaux en Woëvre possibilité d'un terrain d'attaque ? Pourquoi tout le fr depuis un an, n'a-t-il pas été organisé en terrains d taques? Au lieu d'écrire sur le sol et sur les photog phies des avions ennemis chacune de nos offensiv quelques semaines avant qu'elles se produisent, po quoi ce travail gigantesque, qui aurait permis sur t^ le front d'enterrer des masses d'attaque d'infantei n'a-t-il pas été fait ?

Est-ce le manque d'hommes? Les dépôts de Frai et d'Angleterre en ont regorgé pendant toute i année. On eût pu, et on pourrait encore, utiliser p( l'aménagement d'une offensive générale sur tout front, des équipes enrégimentées de travailleurs d( l'arme serait la pioche. I

Quant à l'artillerie lourde, les Allemands ont d'innc brables positions préparées. Ils y transportent une incroyable vitesse leurs réserves d'artillerie. P< quoi n'avons-nous pas, en abondance, préparé sur

e front, des positions de batteries, afin que notre 'éserve d'artillerie lourde ou légère puisse immédiaement, partout et sur tout le front, trouver ses alvéoles )rêtes, abris et tables de tir préparés?

Si cette organisation, dont je ne méconnais pas le Jl^igantesque, avait été faite depuis un an, nous aurions ,out au moins le bénélice de retenir sur notre front par a menace constante d'attaques pouvant partout se proluire, des réserves allemandes plus importantes que le 'ideau qui nous est opposé.

Reste à la vérité la difficulté de transporter 200.000 i 400.000 hommes d'Artois à Soissons, de Champagne în Lorraine. On objecte que les masses modernes ne peuvent pas se dissimuler.

Ce serait déjà quelque chose de réduire la prépara- Lion de l'attaque au transport de troupes et de matériels, alors que maintenant la préparation de l'attaque Bst surtout longue par la nécessité de préparer le terrain.

Mais pourquoi prétend-on que derrière nos lignes constituées, nous ne pourrions pas secrètement transporter nos troupes, alors que les Allemands ont dissimulé au début de la guerre, dans les forêts du Luxembourg, à notre service de renseiguements, à nos avions qui ne voyaient que des routes blanches, les troupesdu Kronprinz, qui ont surpris dans leur marche précipitée nos troisième et quatrième Armées?

Les Allemands, sur notre territoire envahi, ont doublé plusieurs de nos voies ferrées ; ils ont multiplié les decauvilles ; ils ont créé de nouvelles routes. Leurs transports par automobiles sont plus fréquents, plus nombreux et plus perfectionnés que les nôtres; nous savons d'ailleurs qu'ils font sur le front russe un travail analogue, qui fait le désespoir et l'admiration de nos alliés. De notre côté, le stock montant de nos munitions est déjà si formidable que dans la zone de l'intérieur, il oblige le sous-secrétaire d'État aux

Munitions à vider, pour les loger, toutes les halles, gares et tous les locaux disponibles.

Au printemps prochain, auraoment où l'on attaquera, si la mobilité de transport des munitions n'est pas assurée, si n'ont pas été prévus les moyens nécessaires pour transporter de Verdun à Soissons ou d'Arras à Châlons,dans un bref délai, quelquesmillions d'obus, on sera réduit à empiler les munitions jour par jour pendant des semaines, sous l'œil vigilant des avions allemands. Une fois de plus notre zone d'attaque sera à l'avance jdécelée.

Le problème transport est parallèle au problème munitions.

Or, le G. Q. G. n'a pas étudié ce problème. On peut dire que notre zone est inorganisée sauf sur quelques points, comme sur notre front de Champagne. Le G. Q. G. a si peu étudié ce problème qu'il n'a même pas établi un plan général de demandes : voies ferrées de om.6o, doublement de voies ferrées normales, ou camions. Je ne sache rien qui juge plus sévèrement la pauvreté de conception du Haut Commandement.

Je me résume. On ne passera que le jour où les choses seroni ainsi organisées que le Général en Chef pourra, pour ainsi dire en pressant un bouton, porter de façon inopinée, avec la vitesse maxima, sa masse d'attaque sur un point quelconque de son front de 900 kilomètres.

En tout cas la préparation d'attaque est partout possible en ce qui concerne V aménagement du terrain pour l'infanterie et V artillerie . Une plus grande mobilité de la masse d'attaque peut être obtenue.

Imagination, dira-t-on? Hélas ! notre défaut depuis le début delà guerre a été de manquer d'imagination; toutes les victoires, les grandes victoires de l'histoire ont été la réalisation, dans les faits, d'une œuvre d'imagination surprenant l'ennemi, les contemporains la postérité. Bernhardi le dit et le prouve.

LENTEUR AVEC LAQUELLE l'EXPÉRIENCE EST MONTÉE . . . . d'en bas jusqu'en HAUT

En Champagne, en septembre, les réserves ont été •approchées, enterrées à proximité de la première igné, mais il n'en reste pas moins à la charge du Uni Commandement que pour arriver à cette concepion, il lui a fallu un an de guerre; son expérience [lous a coûté cher.

Et pourtant, la note du 16 avril elle-même constituait un progrès sur les procédés d'attaque antérieurs; en mars igiS, lors de la première offensive de Champagne, le terrain n'avait même pas été aménagé ; à la Cote 196, prèsdeMesnil-les-Hurlus,où,à certains moments, dans un dédale de tranchées de 1 km. 5oo, se trouvaient, tant en troupes d'attaque qu'en troupes de garnison de tranchées, jusqu'à trois brigades, il n'y avait comme canal d'écoulement pour les blessés, les ravitaillements en vivres, en munitions, en pétards, sur une profondeur de 600 mètres, que deux boyaux. D'abris de bombardement, il n'y avait que ceux pris sur l'ennemi.

CONCLUSIONS

En Champagne février et mars 1916, ce fut l'attaque des hgnes ennemies sans préparation ni surprise.

En Woëvre en avril, ce fut l'attaque par surprise, sans préparation.

A Arras en mai-juin 1916, ce fut l'attaque préparée sans surprise mais avec réserves enterrées.

En Champagne en septembre, ce fut l'atlaque préparée sans surprise mais avec réserves enterrées.

Il nous reste pour le printemps prochain, à obligerle Haut Commandement à monter une attaque qui unisse la préparation à la surprise.

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