‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 58 sur 94 · MISE EN COMMUN DES EEFECTIFS · texte numérisé non relu

MISE EN COMMUN DES EEFECTIFS

Négociations pour avoir des travailleurs italiens. — Au~3ébut de 1917, 10.000 travailleurs civils devaient être employés en France. On nous l'avait annnoncé, mais on ne nous avait pas dit que le contrat avait été fait pour six semaines de travail, ce qui donne avec la mise en chantier, un mois de travail effectif.

Le contrat était fait pour 9 heures de travail par jour, pendant 6 jours par semaine, payées 80 centimes. Les cantonnements devaient être gratuits ; des paillasses, des traversins devaient être fournis. Le service de l'émigration italienne devait surveiller l'exécution du contrat. Cette main-d'œuvre devait être employée aux environs de Paris.

Lorsque les travailleurs arrivèrent, les Allemands avaient abandonné Noyon. Ils furent employés sur le front dans les conditions ordinaires des travailleurs français. D'innombrables plaintes eurent lieu.

Le coût de cette expérience fut très élevé.

Actuellement 10.000 ouvriers st)nt dans les usines de M. Loucheur. 4-000 Italiens travaillent sur le front français. Ils correspondent, en fait, aux 6.000 territoriaux employés sur le front italien.

Le n fronte unico » se traduit par l'envoi de 11 D. I. franco-anglaises. Si notre première ligne en France est enlevée par la prochaine attaque allemande, nous pleurerons des larmes de sang d'avoir eu des gouvernements auxquels l'énergie et la prévoyance ont manqué

pour pratiquer à l'intérieur de la coalition le do ut des,

L'Italien est très ménager de ses intérêts. Le laisser aller dans les négociations ne conquiert pas son estime. Notre Gouvernement lui fournit le blé, le charbon, les canons, le matériel, et à la veille de la ruée allemande, i36.ooo hommes de nos meilleures troupes.

Jusqu'à ces dernières semaines, rien ne fut demandé pour obtenir les bras nécessaires et nous épargner de nous battre, comme devant Verdun, sans positions préparées.

Le Gouvernement de M. Clemenceau a un pénible courant à remonter. Il s'y emploie. M. Loucheur vient d'obtenir 3o.ooo travailleurs pour notre front. Nous l'en félicitons, mais nous ne considérons avec lui ce résultat que comme l amorce de négociations à suivre et à pousser.

Effectif de l'armée italienne. — Unification des lois d'etïectifs, a-t-on dit souvent. A cet égard, Tltalie a fait, en apparence au moins, un effort voisin de celui de la France. Le chiffre de ses mobilisés est de 3.450.000 hommes. Ses classes âgées n'ont é^é convoquées que jusqu'à la classe 9^ incluse. Mais les classes plusjeunes sont convoquées: la classe 19(260.000 hommes) est déjà aux armées. Elle en constitue même le meilleur élément. La nôtre n'est pas encore recensée.

Sous ces apparences se cachent néanmoins de nombreuses fuites d'effectifs : d'abord les irrécupérables^ puis les hommes en sursis d'appel; enfin les déserteurs que l'on estime entre 70.000 et 100.000 hommes.

Les travailleurs affectés à l'armée sont nombreux : 260.000 hommes qui multiplient les lignes sur une profondeur de 4o kilomètres.

Les Italiens déclarent 34o.ooo morts et tués : chiffre douteux (1); il a crû depuis le jour où nous avons de-

(1) Les déserteurs ne seraient-ils pas comptés parmi les disparus présumés morts ?

mandé de la main-d'œuvre à l'Italie. Le chiffre des prisonniers dépasse 4oo.ooo hommes.

Pour comparer les effectifs des deux armées, ne tenons pas compte de ces avantages, tous au bénéfice de nos alliés ; contentons-nous de comparer la densité des troupes du front français et du front italien.

Comparaison de la densité des troupes italiennes sur le front italien et des troupes françaises sur le iront français. — L'armée italienne, de la Suisse au Lac de Garde, occupe d'inexpugnables hauteurs que deux à trois divisions suffisent amplement à garder. Nous ne tiendrons donc pas compte de ce secteur dans notre calcul.

Nous nous bornerons à comparer le front italien, du lac de Garde à la mer, à notre front de France.

En France, les défenses naturelles sont rares. En Italie, du lac de Garde à la Piave, l'armée italienne est devant des montagnes plus hautes que celles des Vosges; de la Piave à la Mer, elle est couverte par le fleuve que l'on ne peut franchir en masses importantes sans pont de bateaux, délicate opération sous le feu des mitrailleuses et celui des batteries.

La force défensive des positions italiennes est supérieure à celle du front de France : nous les comparerons pourtant.

Le front italien, déduction faite de la partie tenue par les divisions françaises et anglaises en Italie, est, du lac de Garde à la Piave, de i25 kilomètres.

Le front français de France est de 574 kilomètres.

A la date du i*"" décembre 1917, l'armée italienne avait sur ce secteur 4^ D. 1. (déduction faite des 3 D. I. employées à l'ouest du lac de Garde). L'armée française sur le front de France avait io3 divisions.

Il y a donc une division italienne sur un front de 2 km. 600, une division française en France sur un front de 5 km. 600.

L'armée italienne est de 1.800.000 hommes (déduc-

tion faite des loo.ooo hommes employés à Touest du lac de Garde.) L'armée française est de 2.466.000 hommes. L'armée italienne a donc i4 hommes au mètre courant, l'armée française a 4 hommes ;^au mètre courant.

L'armée italienne a 63o bataillons (déduction faile de 36 bataillons employés à l'ouest du lac de Garde). L'armée française compte 874 bataillons.

Les Italiens ont donc 5 bataillons au kilomètre, les Français ont donc 1 bataillon et demi au kilomètre.

En conclusion, au kilomètre courant, l'effectif de Varmée italienne est quatre fois supérieur à l'effectij de l'armée française.

1° Il n'est pas tenu compte dans ces calculs des 9 autres divisions franco-anglaises en réserve derrière le front (soit 220.000 hommes de troupes d'élite) ;

2** Il n'est pas tenu compte dans ces calculs de la force naturelle des positions italiennes ;

3* Il n'est pas tenu compte dans ces calculs des ressources en effectifs de la zone intérieure italienne.

Ces chiffres excluent tout commentaire; ils font un devoir à notre Gouvernement de poursuivre ses négociations.

Effectifs de l'armée française. — Six divisions françaises sont sur le iront d'Italie.

Cinq divisions anglaises sont*sur le front d'Italie. Les Français sont au nombre de 1 34- 000 rationnaires, les Anglais sont au nombre de 120.000 environ.

Les divisions françaises sont parties avec l'effectif fort, les compagnies d'infanterie divisionnaire sont à 3oo hommes au lieu de i5o sur le front français.

Mais si ces troupes sont engagées, elles s'useront; il faudra tenir l'effectif au complet.

Comment ? Par quel courant de dépôts ? Où trouver du monde? Après l'armée de Salonique, (200.000 hommes), Tarmée d'Italie (1 34.000 hommes).

Les pertes françaises en Italie sont de Soy hommes dont 84 tués.

Car déjà, par une concession inévitable à l'opinion italienne, nous avons dû prendre un secteur. Une division française et une division anglaise sont en ligne. La division française a pris le plus mauvais secteur.

Les armées franco-anglaises sont disposées en flancgarde de l'armée italienne, face aux montagnes, du lac de Garde, par Vérone, Vicence, Castel-Franco, Azolo ; la majeure partie des divisions françaises fait face au secteur le plus délicat.

Territoriaux. — En présence de cette pléthore d'hommes et de travailleurs la Commission de l'Armée s'étonnera sans doute que le Gouvernement ait envoyé 5.400 territoriaux avec nos divisions.

Les villes fourmillent d'hommes jeunes. Les routes sontcouvertesde travailleurs multipliant lespositionssur 5o kilomètres de profondeur et derrière le P. C. d'une division en secteur, voici les territoriaux français à barbe blanche cassant les pierres 'dans un chemin de campagne.

Comment le Gouvernement français n'a-t il pas exigé, lors de l'envoi de nos divisions combattantes, que la main-d'œuvre territoriale fût remplacée par la main-d'œuvre italienne ? Nous faisons de cette question l'objet d'une proposition au Gouvernement actuel.

Conclusion. — En résumé, nous avions désiré 100.000 travailleurs italiens pour l'organisation de notre front. Nous ne les avons pas obtenus. Mais les Allemands ont pris i5o.ooo Italiens (i) qui travaillent sur notre front à notre détriment.

Par contre, nous nous sommes privés de i35.ooo com-

(1) La moitié des prisonniers italiens est, d'après les conventions passées avec l'Autriche, cédée par nos ennemis à l'Allemagne. ^' *'*

battants français qui sont allés faire des secondes lignes en Italie.

Cette situation douloureusement paradoxale, nous demandons au Gouvernement de l'atténuer.

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