AVIAT
L'armée française n'avait pas, comme sur la Somme, a maîtrise de l'air. Nous avons cité à cet égard :
1° La destruction d'un grand nombre d'avions de ;ommandement au jour J. ;
2" L'opinion des exécutants : infanterie, artillerie, généraux de brigades et de divisions, et même de Corps l'Armée.
L'aviation du G. Q. G. et le très Haut Commandenent sont plus optimistes à l'égard du rôle joué par lotre aviation.
Nous exposerons les deux thèses tout en discriminant es raisons probables de l'infériorité constatée par cer- ,ains :
1" Une erreur initiale « laissa immobilisée toute 'aviation de combat le premier jour de la préparation » . ^.'aviation de chasse allemande sortit seule. Des sanc-
lions furent immédiatement prises à l'égard du Com mandant de l'aviation ;
2« L'infériorité connue de nos Farman et appareil de réglage qui manquent de défense, fut le seconc élément (prévu depuis longtemps par la Commission) d( notre mfériorité dans la bataille aérienne et terrestre 3« Il est une autre cause d'infériorité sur laquelle i( dois attirer l'attention de la Commission.
Observateurs d'artillerie. — De tous côtés, j'a recueilli des plaintes à l'égard du mauvais personne: d'observateurs d'artillerie.
La casse est terrible parmi eux, du fait même de leurs mauvais appareils.
Le personnel est jeune : il vient fréquemmenl d'autres armes, il ne connaît pas l'artillerie; il accroche souvent le tir de batterie au hasard. « H faudrait des as parmi les observateurs », m'a dit un colonel commandant une artillerie divisionnaire. On ne les encourage pas assez ; ils ne sont pas assez directement notés et défendus par l'artillerie. Ils dépendent de l'aviation et pourtant ils sont en fait de vrais commandants de batterie, car c'est à eux qu'incombent fréquemment des initiatives de tir.
Il y aurait un gros effort à faire pour améliorer ce personnel, le récompenser à l'égal de l'aviation de chasse et le mettre plus étroitement sous la dépendance des batteries, dont il assure le bon ou le mauvais rendement. Ce n'est pas dans le cadre de cette étude que nous pouvons traiter à fond un problème aussi complexe, mais nous serions heureux de connaître sur ce point les enseignements qui se sont dégagés pour le Ministre de la Guerre, des dernières opérations.
4" La médiocre quahté de réglage d'artillerie est imputable aussi à la qualité baissante de nos cadres d'artillerie. La qualité diminue :
a) Parce que les officiers les meilleurs et les plus anciens ont eu des commandements supérieurs ;
OFFENSIVE GÉNÉRALE DU l6 AVRIL I917 255
6) Parce que, depuis Verdun, les progrès réciproques de la contre-batterie font éprouver des pertes jusqu'alors inconnues à l'artillerie ;
c) Parce que nos programmes d'artillerie multiplient les besoins en personnel. On voit maintenant les batteries commandées par de simples aspirants ;
d) Parce que, à cet égard, le Gouvernement n'a pas pris les mesures nécessaires. Certaines Armées, comme la IV^, ont reçu des groupes de i55 Schneider munis de cadres n'ayant jamais tiré et qui ont fait leur école à feu sur le champ de bataille.
La Commission estime à cet égard que les meilleurs ojficiers devraient avoir le meilleur matériel.
Aviation de chasse. — Nous relevons dans les notes adressées par une Armée au G. Q. G. qui dispose des 3 groupes de chasse, les réclamations suivantes :
« 5 avril, excès décentralisation... formalités excessives, on ne peut pas avoirdes avions de chasse.
« 6 avril. L'aviation de corps n'a pas été protégée. Les ballons ennemis sont aussi nombreux que les nôtres. Plusieurs de nos ballons ont été abattus, d'où reiard dans la préparation d'artillerie.
« 7 avril. Des Corps d'Armée se plaignent que tous les matins, des avions viennent survoler nos tranchées, étudier nos préparatifs d'attaques.
« Le jour J., devant nos lignes, un fort barrage de l'aviation allemande repousse notre propre aviation. »
Conclusion. — En résumé, nous pouvons conclure que tous les généraux commandant les grandes unités et tous les exécutants se plaignent que l'aviation de chasse française ait livré sa bataille pour ellemême.
Le G. Q. G. répond à ceci qu'une décentralisation de l'aviation de chasse ne permettrait pas la protection de nos avions de réglage.
Il soutient que « l'aviation ne peut tenir l'espace où elle vole... Pour la sécurité de l'aviation des Corps
266 LA GUERHE VUE d'eN BAS ET d'eN HAUT
d'Armée, il faut pouvoir porter le combat à larrière, loin dans les lignes ennemies.
« Les groupes de chasse et les groupes de bombardement se sont efforcés d'obliger l'ennemi à se terrer... Ils y sont parvenus. »
L'aviation de chasse fait notamment état d'une note du général Von Boehn, commandant l'armée allemande en fa€e delà VP Armée, qui, dans l'hypothèse d'une attaque en masse de l'aviation française, ordonne la mise au sol des ballons et des avions allemands jusqu'à ce que l'aviation de chasse allemande concentrée à 25 kilomètres à l'arrière des lignes, puisse venir accepter le combat.
L'aviation de chasse alleitiande, selon les bulletins de renseignements du 8 mai de la VI'' Armée, adopte une tactique aérienne <( défensive». Des effectifs importants ont été consacrés à faire des barrages ; notre aviation a été plus agressive.
En résumé, à côté d'une question de matériel, se pose une question d'ordre tactique :1a centralisation de l'aviation de chasse aux mains du G. Q. G., ou la décentralisation aux mains des Armées.
Nous signalons ce grave problème à l'attention du Gouvernement.
ARTILLERIE d' ASSAUT
Au cours de ces récentes opérations, les tanks ont été employés de deux manières : En masse, au nombre de 8o environ, dont les trois quarts seulement sont rentrés au parc. Ils ont attaqué en masse, au nord de Pontavert.
On comptait sur les chars d'assaut pour enlever la 3' ligne. Aucun n'y est arrivé.
Dès 6 heures du matin, ils furent vus par les Drachen allemands non détruits. Ils s'engagèrent vers midi; l'artillerie allemande concentra ses feux sur eux :
OFFENSIVE GÉNÉRALE DU l6 AVRIL I9I7 257
ce ne furent que des brûlots. Les hommes en sortirent en flammes et se roulèrent sur le sol.
Leur apparition avait exalté le moral de l'infanterie. Ce spectacle le déconcerta. Aucun exercice de liaison n'avait eu lieu entre l'infanterie et les tanks qui devaient l'aider.
Le barrage formidable qu'attirèrent les chars d'assaut n'eut d'autre résultat appréciable que de faire bombarder l'infanterie et d'accroître ses pertes.
Le commandant Bossut, resté brûlé sur le terrain, avait laissé entendre à certains de nos collègues qu'il ne concevait l'emploi des tanks que sur un front calme, par surprise, au petit jour.
Les emplois de chars d'assaut de Saint-Ghamond, faits sur le secteur du XXXVII^ corps, ces derniers temps, ont confirmé le bien-fondé de sa théorie.
Bien que les chenilles de ces chars d'assaut fussent trop étroites, ils rendirent à certains bataillons, par un emploi de surprise au petit matin, d'excellents services. Ils nettoyèrent' des boyaux, balayèrent des tranchées, détruisirent des nids de mitrailleuses.
Nous conclurons donc, comme l'ont fait devant nous plusieurs généraux, en disant : « Il faut perfectionner ze matériel, lui donner des chenilles plus longues et plus larges. »
« Il se peut que les chars d'assaut doivent être un organe d'infanterie : le principe est bon, l'emploi tactique fut mauvais, comme le fut, pendant la guerre ie 1870, l'emploi des mitrailleuses. »