INFÉRIORITÉ DES EFFECTIFS ALLIÉS
Le Gouvernement indique comme l'une des causes de la surprise du 27 mai l'infériorité globale des effectifs alliés : cette infériorité serait, selon ses déclarations, d'environ 4oo.ooo hommes, conséquence de l'absence de toute politique d'effectifs pendant trois ans.
La Commission de l'Armée a élevé trop de protestations à ce sujet pour s'étonner de voir se réaliser les prévisions qu'elle avait émises.
Rappelons ici quelques chiffres, ne fût-ce que pour ne pas laisser périmer des responsabilités lointaines.
Voici quel est le chiffre des morts sur le terrain, disparus et prisonniers, non compris les morts dans les formations sanitaires : *
1914 448.000 tiommes.
Du l-"- janvier au 15 mai 1917 80.000 —
Du 15 mai au 31 décembre 1917 . . . . 63.000 —
7» Directives du 22 décembre 1917 du Général en Chef;
8° Lettre personnelle et secrète du Général en Chef du 24 janvier 1918 (carte au liséré violet);
9» Carte des emplacements de troupe de la VI' Armée le 26 mai .
10" Carte générale des réserves des armées du Nord-Est le 26 mai;
11° Dossier sur la rupture des ponts ;
12* Rapports du général Roques, inspecteur général des travaux du front de 1917 à 1918.
Ce gaspillage des effectifs a eu pour conséquence l'atTaiblissement de l'armée française.
Notre infanterie, depuis le i" août 1916, a diminué d'un tiers.
Enfin les Alliés ont, hors de la bataille, sur ur front passif à Salonique un efîeclif de : Français, 200.000 hommes; Anglais, 100.000 hommes en chiffres ronds. Salonique nous a coûté environ 100.000 hommes de pertes définitives et autant à nos Alliés.
Le total des hommes immobilisés par l'expédition de Salonique est donc d'environ /Joo.ooo à 5oo.ooo hommes,
Ces chiffres montrent que l'usure de l'armée française, prolongée dans le temps comme dans l'espace au delà de ce que l'histoire raconte de plus légendaire n'a pas été indifférente au destin de la bataille.
BÉNÉFICE TIRÉ PAR L'ARMÉE ALLEMANDE, POUP SON OFFENSIVE CONTRE LE FRONT FRANÇAIS DE SES DEUX OFFENSIVES VICTORIEUSES CONTRI LE FRONT ANGLAIS.
La ténuité de nos effectifs en ligne sur le Chemin des Dames et le faible nombre de nos réserves en arrière dt ce même Chemin des Dames, sont donnés par l'opinior publique comme l'un des éléments principaux de h rupture soudaine et facile de ce front.
La densité de nos troupes, dans cette région, avail diminué dans la mesure où s'était étendu le front français après les échecs de l'armée anglaise.
Extension du front anglais en février 1918. — Ai mois de février dernier, le front anglais avait été étendu d'une quarantaine de kilomètres.
Ce front ayant été enfoncé au 21 mars, certaines per
sonnes, jusque dans les milieux parlenaentaires français, épousant contre le Gouvernement anglais et contre l'intérêt français la thèse de l'E.-M. anglais, ont prélendu que l'échec du 21 mars avait été dû à cette extension du front anglais.
Or, même après cette extension, il y avait 8.000 Anglais au kilomètre pour 4-3oo Français au kilomètre.
La relève n'avait porté que sur 4 divisions françaises.
Ces 4 divisions mises, après convention passée entre les deux armées, en réserve à la droite de la V*' Armée anglaise, s'étaient portées à son secours dès le soir du 21 mars.
Extension du front français avant le 27 mai 1918. — Il serait plus conforme à la réalité des faits de prétendre que l'extension du front français à la veille du 27 mai fut l'un des éléments principaux de notre échec.
L'armée anglaise ayant été deux fois enfoncée, le 21 mars sur l'Oise et le 9 avril devant Lille, avait le 27 mai perdu Soo.ooo hommes et plus d'une dizaine de divisions. Son front s'était rétréci de 186 kilomètres à 125 kilomètres.
Le front français, par contre, par suite de la réduction du front anglais et de l'extension générale de la ligne de bataille, s'était accru de 120 kilomètres de front de combat actif.
Une trentaine de divisions de réserves françaises avaient été absorbées par cette nouvelle et lourde tâche.
La Commission mesurera l'effort qui était imposé à la France par ces simples chiffres :
Le 21 mars, pour garder chaque kilomètre de front français, nous avions une moyenne de 4-3oo hommes; le 27 mai, pour garder chaque kilomètre de front français, nous n'avions plus qu'une moyenne de 3. 5oo hommes, soit près d'un quart en moins.
Ainsi, l'armée allemande, par ses premières opérations, avait affaibli la force défensive générale du front franco-anglais.
A la veille du 27 mai, Tarmée française portait le poids principal de la bataille.