‹ La guerre vue d'en bas et d'en hautChapitre 88 sur 94 · SURPRISE STRATÉGIQUE · texte numérisé non relu

SURPRISE STRATÉGIQUE

Le commandement allemand sait où sont nos réserves, nous ignorons où sont les siennes : tout sou terrain est préparé; il attaque là où nous avons le moins de réserves.

Pourquoi la Commission de TArmée s'étonnerait-elle d'une surprise allemande, elle qui depuis trois ans, a toujours cru à la possibilité d'une surprise française?

Car si c'est une faute d'avoir été deux fois surpris, c'en est une bien plus grande, pour le Haut Commandement et pour les g-ouvernements français, de n'avoir pas voulu, pendant les trois années qui précèdent, céder aux objurgations de la Commission de l'Armée.

Organisation de terrains offensifs sur tout le front. — Dès décembre 1916, la Commission de l'Armée et la Commission du Budget réunies, sur mon rapport demandent au Gouvernement de préparer le front partout pour surprendre quelque part (1).

(1) Rapport de M. Abel Ferry du 30 novembre ]91.o (voir chap. m).

. « J'affirme que jamais notre front de 900 kilomètres n'a été organisé de telle façon qu'une attaque puisse bénéficier de la surprise de lieu et de date. A part l'attaque de Woëvre, en mars, qui manquait de préparation, toutes les offensives ont été connues du Gouvernement, des Chambres, du public, des automobilistes et des journaux étrangers un mois avant leur déclenchement. On savait l'endroit, les moyens, le jour ou tout au moins la semaine. Or, tout l'art de la guerre, aussi bien dans la guerre de position que dans la guerre de mouvement, repose sur l'espoir de surprendre l'ennemi...

« Je me résume. On ne passera que le jour où les choses seront ainsi

En janvier 1916, il y eut sur ce sujet une audition du général Gallieni, mais il n'avait alors ni pouvoir, ni renseignements sur la zone des armées.

L'organisation du front est demandée par MM. Abel Ferry et A. Favre, dans leur rapport sur l'organisation des voies de om. 60 et du terrain, en octobre 1916; par M. Renaudel, dans ses rapports sur l'A. L. G. P., en octobre 1916; par M. Tardieu, dans ses rapports sur TA. L. , en octobre 1916.

La Commission de l'Armée réitère ses demandes; il n'est guère d'audition de ministres où les uns et les autres ne fassent allusion à ce qui est la conviction de la presque totalité de ses membres.

Or, il ne lui a été répondu officiellement qiien août 1917, deux ans plus tard! — deux ans trop tard!

Les Allemands ont, en 1916, réalisé ce que les généraux en chef français de 1915 et de 1916 déclaraient impossible.

La carte que nous avons demandé au G. Q. G. de faire en est la douloureuse preuve. Il en résulte que, tandis que pendant deux ans nous avons attaqué du fort au fort en vertu d'une folle théorie d'offensive à outrance, les Allemands nous attaquent du fort au faible.

Le 21 mars, le gros des réserves françaises était derrière le centre du front français.

Le gros des divisions de réserve anglaises était de même au centre du dispositif des armées britanniques.

Les Allemands ont attaqué sur la ligne de plus faible résistance, là où il y avait le moins de réserves, sur l'Oise.

Disposition générale de nos réserves. — Le 27 mai, un quart de nos divisions de réserve attendaient l'at-

organisées, que le Général en Chef pourra, porter de façon inopinée, avec la vitesse maxima, sa masse d'attaque sur un point quelconque de son front de 900 kilomètres. »

laque entre Amiens et le mont Cassel ; un autre quart était échelonné de TArgonne à la frontière suisse ; la moitié restante était entre Beauvais et Châlons. Le^: Allemands nous ont attaqués là où nos réserves étaieni le moins dense. Le jeu allemand fut infiniment subtil : les menaces et les feintes se sont succédé.

Pendant les deux premiers jours de Taltaque allemande, le 21 mars, le G. Q. G. français a cru à un€ attaque de diversion. Il a gardé ses réserves en Champagne. Pendant les deux premiers jours de l'attaquf du 27 mai, le Haut Commandement français a cru è une attaque de diversion : il a gardé ses réserves sui le front des Flandres.

Nous avions rêvé le succès par une véritable partù de cache-cache entre réserves défensives allemandes ei niasse offensive française. Hélas! c'est le contraire qu se produit. ,

Tout notre espoir de déjouer les attaques successiveî de l'ennemi jusqu'au mois d'octobre ne peut repose) que sur le bon fonctionnement de notre service de ren saignements.

Organisation des services de renseignements. — Or, notre service actuel de renseignements ne rensei gne pas.

Les officiers chargés du contre-espionnage sont ab sorbes par les permis de circulation, les circulaires sui les débits de boissons, les locaux nécessaires aux ré fugiés, etc..

Le contrôle postal est composé d'un personnel inapte qui assouvit des rancunes politiques et personnelle! plus qu'il ne surveille les agents étrangers. Ce person nel est choisi par les régions, en dehors du contrôle di service de renseignements : il n'est pas demandé à cei agents d'aptitudes professionnelles.

Trois semaines avant l'attaque surTOise, nous avons prévenu les Anglais, mais nous croyions à une attaqu( principale sur la Champagne qui ne s'est pas produite

soit qu'elle ait été décommandée, soit que ce n'ait été qu'une feinte de l'ennemi.

L'attaque de Coucy avait été prévue.

L'attaque de Noyon avait été prévue.

La dernière attaque en Champagne avait été prévue.

Mais le deuxième bureau n'avait pas prévu l'attaque du 27 mai.

Pourtant plus de 5o.ooo Allemands devaient être, depuis plusieurs jours et plusieurs semaines, dans le secret de l'attaque du Chemin des Dames.

A l'heure présente, il est d'importantes régions de voies ferrées et de concentrations sur lesquelles nous sommes totalement démunis de renseignements, nous ignorons l'emplacement de 44 divisions allemandes sur 209.

Les prisonniers constituent les neuf dixièmes de nos sources de renseignements. Les procédés de notre 2^ bureau sont en vérité un peu trop romantiques et trop peu modernes.

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