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LE GRAND MOULIN

A Blazimonl, cantoa de Sauve-terre, arrondissement de La Réole.

A 2 kilomètres environ en amont du moulin de Labarthc, est située, sur le même ruisseau, une autre usine appelée le Grand Moulin, qui dépendait du château de Blazimonl, dont l'histoire et la description trouveront leur place dans la suite de cet ouvrage. Il est moins bien conservé que le précédent, mais il offre autant d'intérêt archéologique, car il date du milieu du XIll' siècle, et lui

pst murée et détruite entièrement. Quelle que soit la raison qui a pu pousser le propriétaire à la faire disparaître, on ne peut s'cmpt^cher de déplorer une pareille résolution, qui enlève au moulin un de ses détails les plus intércsi^nnls.

est, par conséquent, antérieur de soixante ou quatre-vingts ans environ. Malheureusement, toute la partie occidentale a été refaite en 1776, ainsi que l'atteste une inscription. L'eau sort dans le bief d'aval par une seule embouchure ogivale, et ne fait mouvoir qu'une roue. On pénètre dans le rez-dechaussée par une grande porte cintrée. Il m'a paru ne rien renfermer de particulier. — 11 est vrai que, lorsque je l'ai visilé, il était, sauf le logement du meunier, encombré de bois et de foin. — Il existe dans le premier étage une vaste cheminée dans laquelle est un évier-meurtrière.

Voici le plan de l'étage le plus élevé {n° 15), qui était éclairé par trois grandes fenêtres, dont deux sont géminées ; leurs cintres trilobés reposent sur de charmantes petites colonnettes à chapiteaux, n'ayant qu'un seul rang de feuilles ou de crochets, ou même pas d'ornements (n° 16;; leurs

^° " bases ont des scoties

profondes; le tout décèle le XIII* siècle.

Au-dessus des fenêtres de cet étage, on voit deux lignes horizontales de boulins à pigeons (n° 17). De pareils colombiers se rencontrent souvent dans la Gironde jusqu'au XVII* siècle.

Voici la fenêtre du nord (V. n° 17). Dans un des angles du moulin est un avant-corps peu saillant, renfermant, au dernier étage seulement, une petite chambre planchéiée triangulaire, espèce d'échauguette. Le mur de séparation AB est soutenu dans le bas, près de l'eau, par un arc en plein-cintre, derrière lequel se trouve le vide, qui n'est séparé de la chambre que par le plancher. Je n'ai pu me rendre compte de l'usage de ce petit cabinet, dont le mur paraît avoir été plus élevé que celui du reste du moulin, qui d'ailleurs a été complètement découronné.

Les constructions du déversoir sont aussi du XIII* siècle; elles ont été, il y a peu d'années, enlevées en partie par une crue subite de la Gamage, dont la vallée est une des plus pittoresques et des plus fertiles de cette partie du département de la Gironde.

Chef-lieu de canton, arrondissement de Baz£

« Vers 1200, vivait un cadet de Biscaye, appelé Don Alonzo Lopez et apanage de Villandrando, » lequel eut deux fils. Don André, le plus jeune de ces fils, ayant petite part au patrimoine, passa » en France à la suite de madame Blanche de Castille, s'arrêta en Guienne, et là fit si bien qu'il » acquit une seigneurie près de Bazas, en un lieu qui, de son nom, s'appela et s'appelle encore » Villandraut. Un demi-siècle ne se passa pas, que le manoir de Villandraut, porté dans la maison de

» Golh par la flUe ou la petite-fille du même André, vit naître le fameux Bertrand de Goth, qui fut » pape sous le nom de Clément V; si bien que les Viilandrando, à cause de la parenté, ne se faisaient » pas faute de dire, en parlant de lui : o Notre cousin le pape Clément. » Si étranges que paraissent » ces allégations, déduites de la tradition espagnole, on ne pourra guère se refuser à les mettre au » nombre des faits incontestables, au moins en ce qui concerne la généalogie de Bertrand de Goth, » lorsqu'on saura que son père Béraud de Goth, a eu, de l'aveu des généalogistes français, deux » femmes, dont une seule, Ida de Blanchefoit, avait pu être nommée jusqu'ici; que le môme Beraud » est le premier de sa maison qui se soit intitulé seigneur de Villandraut; enfin, que son premier né, » Arnaud de Goth, qualifié frère germain par le pape Clément V, joignait à son nom de baptême » celui de Garcia, palronimique chez les 'Viilandrando d'Espagne (•). »

Cette relation de l'origine du monument militaire le plus important du département de la Gironde nous a paru si intéressante, que nous avons cru devoir la copier textuellement (*).

Les bulles de Clément V, datées de Villandraut, apiHillent ce lieu Viguandraldum ; Régine de Goth, petite-nièce du pape, le nomme, dans son testament, Y inhandrandum (^), et la Chronique bazadaise, Vignandraldo. D'après M. l'abbé O'Reilly (*), cette localité était autrefois complantée de vignes et apimrtenait à la famille noble d'Andron, de Bordeaux, d'où elle a pris le nom de Villandrandus, ville d'Andron, — ou Vignandrondon , vigne d'Andron.

Nous ne pouvons accepter les étymologics de M. l'abbé O'Reilly que sous bénéfice d'inventaire.

Quoi qu'il en soit, la seigneurie de Villandraut était possédée par la famille de Goth lorsque Bertnmd vint au monde, et l'illustration de la localité comme celle de la famille ne remonte qu'à Clément V. L'histoire de ce prélat a besoin d'être refaite en entier; les calomnies de Villani, auteur italien et ennemi des papes d'Avignon, ont été trop copiées [mr les auteurs qui l'ont suivi. Des travaux anciens ont déjà fait justice de (juclques-unes d'entre elles, et des études récentes de M . l'abbé Lacurie, de Saintes ('), et de M. Rabanis [^ i, prouvent que la célèbre entrevue de Saint-Jeand'Angely doit passer au nombre des mensonges historiques.

La famille «le Golh était fortement attachée au parti de l'Angleterre ; aussi, à la fin du XIII* siècle, pendant la cam|>agne en Guienne de Charles de Valois, le pape Boniface Vill, ennemi de Philippe le Bel, voulant la dédommager des pertes qu'elle avait éprouvées, « éleva Bertrand aux charges » ecclésiastiques, et de chanoine qu'il était et sacristain de l'église de Bordeaux, lui procura l'évôché » de Comminges, et quelque temps après l'archevêché de Bordeaux, l'année 1300, un peu avant

(') Jules Quicberal; Bibliothèque de l'École des Chartes, tom. I, 2* série, 1844, p. 119.

(*) Clément V eut pour frère Arnaud Gareie de Goth, vicomte de Lomagne et d'Auvillars; leur père s'appelait Beraud, ou Bertrand, ou Bernard de Goth; il s'était marie! en 1249 avec Ida de Blanquefort. Le Père Anselme ne lui reconnaît pas d'autre femme. Il eut jwur pire Senebrun de Golh, (ils de Raymond. On ne voit paraître le nom de Garsie qu'après l'alliance supposée par M. Quicherat; mais, de son côté, M. l'abbé O'Keilly, dans son Essai sur ihisloire de la ville et de l'arrondissement de Bazas, donne la généalogie de la famille de Goth, dans laquelle nous voyons qu'Arnaud Garcias de Goth, frère de Gardas Benquet. évéque de Bazas en 1166, eut pour fils Beranl ou Beraud Garcias de Goth, écuyer, seigneur d'Uzesle et de Vignandrondon, lequel eut pour fils Bertrand, devenu pape sous le nom de Clément V, et Arnaud Garcias, vicomte de Lomagne.

Si on en croyait la généalogie fournie par M. l'abbé O'Reilly, le nom de Garcias serait plus ancien dans la famille de Goth que ne l'ont pensé le Père Anselme et M. Quicherat.

(*) Variétés Bordelaises.

(*) Essai sur ihixtuire de la ville et de l'arrondissement de Bazas, p. 224.

(•) L'abbé Lacurie, inspecteur divisionnaire de la Société française d'Archéologie; Dissertation sur l'entrevue de Philippe-le-Bel et de Bertrand de Got. Saintes, Rose SclielTer, libraire-éjliteur; 1849.

(') Commission des monuments historiques de la Gironde (année 1847).

» Noël (*). » Il est cependant probable que là n'est pas le seul motif de l'élévation de Bertrand; d'autres seigneurs dont les fils ou les frères étaient dans les ordres, avaient dû être aussi maltraités que Beraud de Goth; nous aimons à croire que son mérite y était pour quelque chose.

Pendant son pontificat, Clément V passa quelque temps à Bordeaux et dans sa seigneurie de Villandraut, d'où il a daté plusieurs bulles. C'est à cette épnque qu'il fit bâtir (^) sur la rive gauche du Ciron le magnifique château dont les ruines passent à juste titre pour une des merveilles du sudouest de la France.

Villandraut ne resta pas longtemps dans la famille de Goth, qui, après avoir jeté un si grand éclat au commencement du XIV« siècle, finit bientôt par s'éteindre à peu près complètement. Régine de Goth, petite-nièce de Clément V, était propriétaire de cette seigneurie; elle la laissa par testament à son mari Jean, comte d'Armagnac (^). « Quoique cette dame, dit l'abbé Baurein, eût institué son » époux pour son héritier universel, néanmoins plusieurs des seigneuries qui lui appartenaient ne » tardèrent pas à passer dans l'illustre maison de Durfort, qui était alliée à la maison de Goth(*). »

Voici comment : en 1336, Philippe de Valois fit avec Ëymery de Durfort, fils d'Arnaud de Durfort et de Marquèse de Goth, un traité par lequel celui-ci renonça aux droits qu'il tenait de sa n)ère sur les vicomtes de Lomagne et d'Auvillars, indivis entre les héritiers de la maison de Goth. 11 reçut en compensation les terres de Villandraut et de Blanquefort (").

Les Durfort possédèrent Villandraut jusqu'à la fin du XVl* siècle, puis il passa dans la famille de Lalande, dont un des membres, « M. Sarran de I.alande, chevalier, conseiller du Roi en ses conseils » d'État et privé, second président en sa Cour du Parlement de Guienne, se qualifiait de baron de » Villandraut (^). » En 1 660, M. François de Salomon, président à mortier au Parlement de Bordeaux, était seigneur de Villandraut C). La famille de La Faurie lui succéda. « En 1789, la seigneurie de » Villandraut fut achetée par Charles-Philippe, comte de Pons, de demoiselle Jeanne-Louise de La » Faurie, fille mineure et héritière de Jean-Zacharie de La Faurie, baron de Villandraut. Cette terre » passa ensuite par succession à M. Louis-Marie, marquis de Pons, lieutenant général des armées du )) Roi, ministre plénipotentiaire à la cour de Berlin, ambassadeur aux cours de Suède et d'Espagne. » Dans le partage de sa succession, la seigneurie de Grignols échut à M. le vicomte de Pons, père » de M"« la comtesse de Sabran, et Villandraut à M. le marquis de Pons, oncle de cette dame. A la » mort de M. le marquis, en 1834, ces terres furent de nouveau partagées entre M, le vicomte de

» Pons et le comte Dubois de La Mothe Le château appartient maintenant à .M. le comte de

» Sabran (*). »

Mais il ne faut pas croire que tous ces seigneurs aient toujours goûté les douceurs de la paix à l'abri de leurs redoutables murailles. Peu de temps après leur construction, dans le second tiers du XIV^ siècle, le prince de Galles, cité devant la Cour des Pairs par Charles V, n'ayant pas voulu obéir, le roi de France fit passer en Guienne une armée sous les ordres du duc d'Anjou et de Duguesclin. Presque toute cette province fut conquise, et Villandraut fut obligé de faire sa soumission. Mais à peine les Français repartis, cette place se refit anglaise; elle se soumit de nouveau à la première conquête de la Guienne en 1451, prit part à la révolte l'année suivante, et fut reprise en 1453 par le seigneur d'Albret, qui la soumit définitivement au roi de France ('■').

(') H. Lopûs; L'église métropolitaine et primaiiale de Saint-André de Bourdeaux, p. 240. (') Chronique Bordelaise. — Du Chêne; Histoire des Papes. — Du Haillan; Histoire générale des Rois de France. (') Variétés Bordelaises, t. VI. — ^') Idem. — (') Précis historique sur la famille de Dur fort- Duras; par M. Jean Favre, avoué à Marmande. — (') Variétés Bordelaises. — C Lopès. — (') O'Reilly; Histoire de Bazas. — (') Monslrelet.

Les guerres de religion furent surtout fatales à ce château. En 1572, après le massacre de la Saint-Barthéleray à Bordeaux, ceux qui s'étaient sauvés s'emparèrent de Villandraut, où ils commirent d'épouvantables dégâts ; ils furent peu de temps après obligés de l'abandonner, et ils le reprirent de nouveau en 1o77; mais en 4 592, le maréchal de Matignon, après la prise de Rions, vint avec une nombreuse artillerie mettre le siège devant le château, qui ne se rendit, par composition, qu'après avoir essuyé douze cent soixante coups de canon {'). « II (Matignon) avait charge du Roy de faire » raser la place, et y vouloit-on travailler; mais cela fut interrompu par Monsieur de Duras, qui obtint » du Roy des lettres patentes jiortans inhibitions : tous les appareils estoient faicts (*). » L'abandon de ce merveilleux monument paraît cependant dater de cette épotiue, et l'on ne peut guère blâmer les maîtres do cette seigneurie d'avoir préféré le séjour de Duras, dont le château domine la splendide vallée du Drot, à celui de Villandraut, dont le site ni le pays n'offrent rien de bien agréable. Depuis lors, son rôle dans l'histoire a été nul. Ses fossés larges et profonds, ses grosses tours, ses solides nuirailles, attestent la puissance et la richesse du prélat qui les fit construire, et dureront autant que le monde, si quelque main vandale ne se charge de les combler et de les démolir.

Le château de Villandraut est bâti sur la rive gauche du Ciron, à 200 mètres environ de cette rivière, au sommet d'un mamelon peu élevé, et dans un lieu si peu fortifié parla nature, qu'il a fallu exécuter des travaux considérables pour en faire, ainsi qu'il en avait la réputiition, même après l'adoption de l'artillerie, une des plus fortes places de la Guienne. Pour arriver à ce résultat, le Pape fit creuser d'énormes fossés enveloppant un massif de terre à peu près carré; les matériaux qu'on extrayait de ces fossés étaient rejetés en dehors sur les trois côtés, dont le niveau était plus bas que celui du massif où' l'on voulait établir la forteresse; celui du nord se trouvait au niveau du massif réservé. On formait ainsi un glacis en pente douce. Je suis cependant porté à croire que le glacis n'existait pas primitivement, mais qu'il a été fait depuis l'invention des bouches à feu, et qu'auparavant <»n avait élevé un vallum extérîeur aux fossés, ainsi que cela se prati(]uait assez souvent, comme on le verra «lans la suite de cet ouvrage.

Autour du massif. Clément V fit élever des courtines de 2 mètres d'épaisseur et de 20 mètres de haut, renforcées à chaque angle d'énormes tours rondes très-saillantes dans les fossés. Deux autres tours rondes s'avancent en outre sur le milieu de la façade méridionale, et protègent la porte qui

{«sse entre elles deux. Afin de laisser toujours au fossé la même largeur (15 mètres), il le fit élargir en face de chaque tour, en |)renant pour centre de cet élargissement le centre de la tour elle-même. Le plan que voici indique parfaitement cette disposition, (jui ne manque ni d'élégance ni d'originalité.

Le château, .sans y comprendre les fossés, a 52 mètres de long de Test à l'ouest, et 43 mètres de large du nord au sud. Il faut y ajouter la saillie des tours de chaque côté, ce qui donne du nord au sud 58 mètres, et 67 de l'est à l'ouest; de plus, 1 5 mètres de chaque côté pour la largeur des fossés, dont la contrescarpe en talus est toute construite en pierres de taille. Ce plan est pris au fond du fossé, où l'épaisseur des murs est rendue plus considérable qu'au niveau du .sol supérieur, par un talus qui commence à ce

I \\a\„r},.. ii.r'.r'-iup Dunielaise. — (') Uarnal ; W^m.

niveau. Le revêtement de la contrescarpe est également bâti en talus, et, sur la façade méridionale seulement, il s'élève de 2 mètres environ au-dessus du glacis. Partout ailleurs il arase le sol.

Une source assez abondante située en A existait évidemment, avant la construction du château, à la base du mamelon, et formait un petit cours d'eau qui se dirigeait vers l'ouest et allait se jeter, après un parcours de 500 mètres, dans le ruisseau du Bâillon, un des affluents du Ciron. Cette source convertit maintenant les fossés en marais, et pourrait y entretenir quelques pieds d'eau si l'on fermait l'ouverture d'un canal souterrain située en B. Quelques personnes affirment qu'autrefois les eaux du Ciron remplissaient à volonté les fossés. Cette tradition ne mérite même pas un essai de réfutation .

Les tours, toutes de même dimension, excepté celle du sud-est, qui est démolie jusqu'au niveau du sol du premier étage, se composent de quatre salles superposées : une cave, qui pouvait à l'occasion servir de cachot, un rez-de-chausée et deux étages. Toutes ces salles, sauf celles du deuxième étage, sont voûtées. Les appartements, formés de deux étages correspondant à ceux des tours, s'appuyaient contre trois courtines ; celle du sud est libre ; une grande cave existe sous ceux de l'ouest. On entrait dans le château par une grande porte, au sud, défendue par les deux tours jumelles de la façade, et s'ouvrant à l'extrémité d'un pont porté sur deux piles. On voit, de plus, une poterne sous ce pont, au fond des fossés, et une autre poterne, au nord, d'oii, au moyen d'un pont en bois supporté par trois piles à bases de pierre, on pouvait passer dans la garenne qui s'étendait jusqu'au confluent du Ciron et du Bâillon.

Tel est l'ensemble de cette belle forteresse.

Fossés et caves. — On entre maintenant dans les fossés qui servent de basse-cour à une habitation voisine par un couloir souterrain qui traverse le glacis méridional et vient déboucher à l'ouest de la fontaine .4. Autrefois on y descendait par une poterne étroite, en cintre surbaissé, percée sous la troisième arche du pont qui les traverse. On m'a assuré que de cette poterne on passait dans le caveau de la tour placée à l'ouest de la porte ; on m'a dit aussi que les escaliers de ces deux tours centrales descendaient jusqu'au fond des caveaux. 11 m'a été impossible de vérifier ces deux faits. J'ai essayé d'entrer par la poterne, mais des décombres en obstruent le passage; j'ai voulu pénétrer par les escaliers, des matériaux de toute nature m'ont encore arrêté. Les salles du rez-de-chaussée étaient encombrées de barriques, de pièces de bois, de fumier, etc., et je n'ai, par conséquent, pu passer par l'orifice percé au milieu de la voûte et fermé par une grosse pierre. Néanmoins, je crois qu'on doit adopter comme exacts les renseignements qui m'ont été donnés. Le rez-de-chaussée des tours jumelles devait servir de corps-de-garde, et il était nécessaire que les hommes chargés de la défense du château pussent surveiller en même temps les fossés et le pied des remparts, et sortir de ces fossés ou y entrer à toute heure du jour ou de la nuit sans troubler les autres habitants de la forteresse. Il fallait aussi qu'un certain nombre d'hommes pussent, à un moment donné, se porter rapidement et en secret sur les points attaqués ou menacés. C'est pour cela que les deux escaliers ont été prolongés jusqu'au fond de ces caveaux.

Des raisons semblables n'existant pas pour les caveaux des tours d'angle, il était inutile d'en prolonger les escaliers. Ces caveaux n'ayant aucune issue vers l'extérieur, si ce n'est par l'orilice percé au milieu de la voûte, doivent être considérés comme des cachots. Je n'ai pu pénétrer, par les motifs signalés plus haut, dans trois de ces cachots, mais je suis entré dans celui de la tour du sudest (Voir la coupe, planche XV). 11 est carré, voûté en berceau plein-cinlre, profond de 4 mètres,

long et large d'autant; la voûte, à la clef, a O^TS d'épaisseur : c'est là que se trouve un orifice carré formant la seule ouverture, et dont les côtés font face à la porte du rez-de-chaussée de la tour, qui est juste dans l'angle du chûteau. Les parois du caveau sont parallèles à celles de l'orifice. Cette disposition se trouvant la môme dans deux autres tours, il est assez probable que le plan intérieur est partout aussi le même. D'un autre côté, j'ai tracé les parois des caveaux des deux tours centrales parallèles aux courtines du château, me fiant en cela à la disposition de l'orifice, dont un des côtés fait face à la porte du rez-de-chaussée s'ouvrant directement sur la cour.

Il existe encore, outre ces six petits caveaux, une grande cave sous les appartements de l'ouest. On y descend par un large escalier droit, dont l'ouvei ture extérieure ogivale est dans la cour du château. Cette cave est divisée en travées par trois pilastres supportant des arcs doubleaux ogivaux soutenant une voûte en berceau. Une petite fenôtre carrée, jadis fortement grillée et très-ébrasée vers l'intérieur, prend jour dans le fossé. Deux autres ouvertures percées dans le sol des embrasures des meurtrières du rez-de-chaussée servaient à monter les provisions déposées dans la cave.

Porte et appartements enveloppant la cour. — Pour entrer dans le chAteau, on traverse le fossé sur un pont (') composé de trois arches en plein-cintre. Une reprise très-visible au niveau des sommiers des arches et leur appareil, donne à penser qu'elles sont plus motlernes que les piles, et qu'autrefois le tablier était en bois. Ce qu'il y a de bien positif, c'est que l'arche la plus rapprochée de la porte nexistait pas, mais était remplacée par un jwnt-levis dans le genre de ceux de Roquetaillade; la rainure contre laquelle il s'appuyait, une fois relevé, se voit encore très-bien en A (Planche XIII). Vient ensuite un cintre boml)é, après lequel on trouvait une porte (B) dont les gonds sont encore en place. On pénétrait ainsi dans une antichambre, espèce de bastille défendant le fossé, par des meurtrières qui rasent le pied des tours jumelles, et qu'il fallait traverser avant d'entrer dans le couloir entre ces deux tours. Cette bastille avait une voûte d'arêtes sans nervures, surmontée d'un étage dans lequel on montait par un escalier volant. On voit encore les boulins qui ont servi à l'établir. Des bastilles de ce genre se rencontrent assez souvent dans les cliAteaux bâtis en Angleterre du temps d'Edouard I". Cet obstacle franchi, et avant d'arriver à la première porte, il fallait passer sous un assommoir (C) placé au second étage des tours, derrière un arc bombé. Les défenseurs chargés de laisser tomber les projectiles par cet assommoir se tenaient dans une petite chambre, dont la trace n'est signalée que par l'arrachement de ses murs. Contre le côté extérieur de la première voûte ogivale (D) du couloir sappuyait une porte, dont l'existence ne peut être prouvée que par les rainures assujétis.sant les barres qui la consolidaient et les gonds dont les traces restent encore dans les murs. Les vantaux de cette porte devaient s'ouvrir en dehors, car autrement ils auraient caché l'ouverture des meurtrières par lesquelles on prenait en flanc les assaillants. Cette porte franchie, il fallait [wisser devant les meurtrières, puis sous un second assommoir (E), suivi d'un arc ogival plus

(') Les plans de détail devant tous <^lre dessinés à la mi^me éclielle (3 millimètres pour 1 mètre), il m'a été impossiLle de tracer le plan des fossés, et, par conséquent, du pont de Villandraut; mais ils sont indiqués sur le petit plan d'ensemble.

Il est bon de remanjuer que le plan de Villandraut, qui prûscnlc un aspect parfaitement régulier, est, pour lus détails, d'une grande irrégularité; il n'est peut-être pas deux des parois de l'intérieur des tours qui soient de môme dimension ; ces parois sont rarement en face l'une de l'autre, et rarement aussi elles sont dirigées dans le même sens que celles des tours voisines; les angle» des hexagones ne correspondent pas toujours parfaitement d'étage à étage, etc., etc. Je crois que, pour certains détails, il y a eu négligence de la part du constructeur; mais queliiiies autres sont motivés : il fallait faire chevaucher les meurtrières et le» diriger dans le sens favorable à la défense ; changer les portes et les fenêtres de place, suivant les étages. D'un autre côté, il ne faut pas chercher dans les constructions môme les plus soignées du moyen âge cette uniformité monotone, et souvent hors de raison, des constructions modernes.

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bas que le précédent, et derrière lequel tombait la herse, dont la rainure a 0"21 de large. La herse est suivie d'un troisième arc ogival (G) encore plus bas, contre l'intérieur duquel s'appuyaient les vantaux de la dernière porte (H), assujélis par des barres qui glissaient dans des rainures, l.a voûte / est en arc bombé.

Après avoir franchi tous les obstacles qui viennent d'être signalés : un pout-levis, une herse, trois portes, deux meurtrières, deux assommoirs, on débouche dans une vaste cour carrée, entourée des trois côtés (est, nord et ouest) par des appartements qui s'appuyaient contre les courtines. En face de l'entrée, au nord, ils sont complètement ruinés; mais les arrachements des cheminées du rez-dechaussée (IJ) et du premier étage, les grandes fenêtres du haut, les meurtrières du bas, et les latrines des deux étages, permettent d'en retrouver à peu près la distribution.

Juste en face de la porte d'entrée existe une poterne ogivale (K), d'où, comme il a été dit plus haut, au moyen d'un pont en bois jeté sur le fossé et dont on voit encore la base des piles, on passait dans la garenne. 11 existe sur la face extérieure de la courtine, et de chaque côté de la poterne, des assises saillantes, horizontales, parallèles, partant de la base du mur, distantes l'une de l'autre de O^ôO environ, et longues de 4 ou 5 mètres. Je n'ai pu deviner l'utilité de ces assises, sortes d'escaliers qui devaient faciliter, ce me semble, l'escalade de la poterae. On avait peut-être eu l'intention de bâtir une bastille pour protéger cette entrée, comme on l'a fait devant l'entrée principale; peut-être aussi avait-on établi de chaque côté de la poterne deux tourelles en encorbellement pour protéger le pont-lcvis ; on voit de ces sortes de tourelles dans plusieurs châteaux d'Angleterre de la fin du Xlll* siècle. La vue à vol d'oiseau ( Planche XIV), prise du côté du nord, donne une idée de l'ensemble de la forteresse. Dans ce dessin, la tour de l'angle nord-est est restaurée; des hourds ont été placés au sommet de celle du nord-ouest; une partie des créneaux et du bahut du chemin de ronde ont été rétablis sur la courtine du nord. La cour et les quatre tours de la façade sont telles qu'elles existent maintenant; seulement, j'ai dégagé les murs d'une partie du lierre qui les cache, coupé bien des arbres qui poussent dans les fossés et dérobent dans la nature la vue du monument.

A droite, côlé oriental de la cour, on entre dans une vaste salle (L) par trois portes (MMM) en arc bombé et entourées de petites colonnettes séparées par des gorges profondes, et dont les bases sont profilées comme celles usitées au commencement du XIV' siècle. Cette salle, chaufTée par trois grandes cheminées (J'J'J'), était éclairée, du côlé de la campagne, par des meurtrières, et du côté de la cour, par deux grandes fenêtres carrées (NN) divisées en deux par une traverse en pierre horizontale; la division supérieure, plus petite que l'autre, est divi-ée à son tour par un meneau vertical dont l'ornementation se compose d'une simple gorge. Le linteau est surmonté d'un arc de décharge ogival. Au nord de cette vaste salle en existe une autre bien plus petite (0), occupant l'angle nord-est du château; elle est complètement dégradée.

Ces salles n'étaient pas voûtées; les planchers s'appuyaient sur des poutres soutenues à leurs extrémités par des corbeaux en pierre. Les appartements du premier étage ne paraissent pas avoir eu de communication directe avec ceux du rez-de-chaussée. On devait y entrer par les tours seulement; plus tard, on a établi un balcon qui permettait d'y monter par la cour. Ils étaient éclairés par de grandes fenêtres ressemblant beaucoup à celles du rez-de-chaussée , et s'ouvrant sur la campagne et sur la cour.

Au-dessus du premier étage, très-haut de cerveau, s'étendaient des greniers peu élevés qui paraissent avoir été à peu près privés de lumière.

Le rez-de-chaussée, du côté occidental de la cour, a dû servir de magasin ; il est dépourvu de

cheminées; les portes et loe fenôtres sont moins ornées que celles de lappartement qui lui fait face. Les carrés noirs (PP) tracés sur le plan sont les orifices percés dans la voûte de la cave, dont l'escalier est en F. Dans l'angle nord-ouest est une petite chambre voûtée [Q], mais cette voûte est plus moderne que les constructions primitives.

Le premier étage (Planche XVII) parait avoir servi de salle d'honneur, si l'on en juge par le luxe des ornements des quatre ouvertures qui donnent sur la cour : deux portes et deux croisées; les portes sont en cintre bombé, et les deux fenêtres sont surmontées d'une archivolte saillante retombant sur des culs-de-lampe. Portes et fenêtres sont entourées de petites colonnelles dont les chapiteaux sont formés d'un seul rang de feuilles de lierre, de chêne, d'olivier, etc., d'un dessin très-large et très-gras, et les bases semblables à celles signalées plus haut (Voir Planche XVIll, n" < et 2, ces bases et chapiteaux).

Tous ces apptjrtenients sont tellement dégradés, qu'il est à peu près impossible de deviner l'usage particulier auquel chacun d'eux était destiné. Ils paraissent avoir été recouverts, comme ceux du château de Roquetaillade, par une charpente plate et des tuiles creuses, de façon à laisser entre la toiture et les créneaux un chemin de ronde qui servait également de chéneau.

Tours; rez-de-chaussée (Planche XIII et Planche XV, celle-ci donnant la coupe des quatre tours de la façade, sur la ligne ab des plans). — Les tours, étant mieux conservées, sont, par conséquent, plus intéressantes; on y retrouve, à [)eu près intactes, les anciennes dispositions. Le château avait, dans l'origine, six tours semblables ; vu à distance, il paraît n'en avoir plus que cinq, parce que l'une «felles, celle de l'angle sud-est, a été démolie juscju'au niveau du sol du premier étage, soit par les douze cent soixante coups de canon du maréchal de Matignon, soit dans le but d'établir une batterie à ciel ouvert pouvant protéger la place du côté du bourg <le Villandraut. I^ voûte du rez-de-chaussée a été refaite en forme de dôme très-bas, très-lourd et sans caractère. Elle remplace une voûte formée de huit compartiments séparés par des nervures simplement épannelées, comme celles de Roquetaillade (Planche V, n"* Il et 12), et se réunissjinl au centre sans dessiner de clef; ces nervures retoml)ent, dans les angles, sur des culs-fle-lampe pyramidaux, dans le genre de ceux figurés aux mêmes numéros de la même Planche. C'est du moins ainsi que sont construites les voûtes des cinq autres tours.

Partout les salles du rez-de-chaassée sont octogones, et toutes ont trois meurtrières, dont l'embrasure, fort large, est recouverte d'une voûte en berceam boml)é. Ces meurtrières s'élèvent au-dessus du sol de la chambre d'une ou plusieurs marches; leur ouverture extérieure est cruciforme, et ressemble à celle des meurtrières de Ro(juetaillade, avec cette différence que la petite branche transversale est pattée comme la branche verticale. J'ai figuré (Planche XVII) une de ces ouvertures; c'est celle qui est placée sur le côté occidental du couloir de la porte. Toutes les autres sont faites sur le même modèle.

Chaque tour a sa porte particuhére généralement ogivale, suivie d'un couloir au milieu duquel s'ouvrent à droite et à gauche deux portes donnant dans des corridors : l'un, droit, conduit dans la lage de 1 escalier à vis qui se prolonge jusqu'au sommet de la tour; l'autre, coudé, dans des latrines on encorbellement, et cachées par une haute cage carrée s'élevant jusqu'au milieu du dernier étage et dérobant à la vue l'angle formé par la tour et la courtine. Chaque étage a ses latrines particulières, toutes renfermées dans la cage. On voit très-bien cette disposition dans la coupe (Planche XV) et dans les divers plans. Je ne crois pas ces quatre cages aussi ancieniies que le château, avec lequel

elles sont d'ailleurs très-bien raccordées; mais on n'a pas été longtemps sans s'apercevoir que ces douze latrines, sur la façade, n'étaient pas d'un aspect agréable, et on a dû vite chercher à les cacher, ce qu'on n'a pas fait pour celles des autres tours, comme on peut le voir par la vue prise à vol d'oiseau (Planche XIV). A une époque qu'il est difficile de préciser, on a changé la destination du rez-de-chaussée de la tour placée à l'est de la porte; il a été métamorphosé en cuisine. De la meurtrière de l'ouest, on a fait la cheminée et deux petits fours ; d'une autre meurtrière, on a fait un évier. Ces deux premières tours n'avaient pas de cheminées, tandis que les deux autres en étaient munies; leur manteau est en cintre bombé. Le rez-de-chaussée des deux tours du nord-ouest et du nord-est n'offre rien de particulier.

Premier étage. — J'ai déjà dit que le premier étage de la tour du sud-est n'existait plus. On y montait de deux façons : par l'escalier à vis et par le premier étage des logements appuyés contre la courtine. On montait par les mêmes procédés dans toutes les tours des angles; quant à celles qui encadrent la porte, on y monte par leur escalier particulier et par une galerie extérieure anciennement en bois, et portée par des corbeaux et des poteaux.

La partie de cette galerie qui est appuyée contre le mur de façade RS a été, vers la fin du XVI* siècle, remplacée par une belle terrasse supportée par de grands arcs en plein-cintre retombant sur des piliers; d'autres arcs plus étroits partent de ces piliers et s'appuient contre l'ancien mur. A la môme époque, des perrons et des balcons de pierre (TTTT) ont été bâtis dans la cour pour faciliter l'accès des appartements (Voir aussi la Planche XIV). Ces terrasses et balcons ont remplacé avec avantage les galeries en bois; mais si leurs moulures, rares d'ailleurs, ne suffisaient pas à faire reconnaître leur date plus récente, on pourrait encore assurer qu'ils ne sont positivement pas aussi anciens que la construction primitive, parce qu'à cette époque on évitait généralement les escaliers larges et d'un facile accès. C'est par une de ces terrasses qu'on pénètre maintenant dans le premier étage (Planche XVII) des deux tours de la façade : dans celle de droite, par une fenêtre, et dans l'autre, par une petite porte ancienne (A) dont il ne reste plus qu'un léger fragment des pieds droits.

Cette petite porte, assez rapprochée des appartements du seigneur, placés à l'ouest de la cour, et ouverte tout près de l'escalier par lequel on communiquait avec le rez-tle-chaussée sans entrer dans le premier étage de la tour, et la cheminée du rez-de-chaussée, me donnent à penser que c'était le corps-de-garde principal de la place, et que c'était bien, comme on me l'a assuré, par la cave de cette tour qu'on passait pour entrer dans les fossés.

Les deux tours jumelles, au premier étage, sont calquées l'une sur l'autre; seulement, les objets placés à droite dans l'une sont à gauche dans la voisine; elles ont chacune deux fenêtres (BB" CC). l'une ouverte sur la campagne, et l'autre, en face, sur la cour; elles ressemblent, par leur forme extérieure, à celle des apparteriients de l'est; à l'intérieur, leur embrasure est recouverte d'une voûte bombée et garnie, comme presque toutes les fenêtres de cette époque, de deux bancs en pierre (Voir aussi la Coupe, Planche XV). Dans le premier étage de ces deux tours, on ne trouve qu'une seule meurtrière, et un siège de latrines en encorbellement à l'extrémité d'un corridor coudé. Toutes les tours ont, à cet étage, nue cheminée semblable à celles du rez-de-chaussée. Les portes des latrines et de l'escalier sont ogivales; les pieds-droits de ces portes et des fenêtres sont formés de pierres de plus grand échantillon que celles qui composent les murs, mais cependant irrégulières entre elles. Les claveaux sont aussi très-irréguliers, mais extradossés. La clef de voûte

de celle de l'est (D) est ornée d'un fleuron de feuilles grasses et largement dessinées, entourées de feuilles à crochets dans le caractère de celles de la corniche du chéneau de Roquetaillade (Planche V, n° 13), La clef de voûte de l'autre tour (E) est dans le même genre, mais les feuilles ont moins de style. Les parois et les voûtes sont couvertes d'un enduit remontant à l'époque de la construction du château, et sur lequel sont figurées des assises au moyen de deux raies rouges. Ce genre de décoration économique était très-commun dans nos contrées pendant le X1V« siècle.

En sortant de ces deux chambres, et après avoir franchi quelques marches de l'escalier, on trouve, sur le couloir de la porte, et, par conséquent, entre les deux tours jumelles, la petite chambre voûtée en berceau plein-cintre (F), dans laquelle se tenaient les hommes chargés de la manœuvre de la herse et de lancer des projectiles par l'assommoir, qui pouvait être desservi par le deuxième étage lorsqu'il n'y avait plus personne en bas, ou lorï^que les assaillants étaient parvenus à soulever la her.se, ce qui mettait un obstacle entre l'assonmioir et la chambre. Celle-ci était éclairée, du côté «le la cour, pjir une petite fenêtre rarn'c. et une me intri('re (H), en face de la fenêtre, battait de front le tablier du [)onl.

Le premier étage de la tour de l'angle sud-ouest (K) a été un peu plus orné que celui des autres : une rose décore le centre des assises peintes; plus tard, un enduit assez épais a recouvert cette décoration, et sur cet enduit on a peint des arabesques d'un assez beau dessin. Les culs-delampc des nervures des voûtes .se terminent, pour la plupart, eu fleurons, et ont quelques moulures de plus que ceux des autres tours (Planche XVIII, n° 3). Sur la clef est sculpté un bas-relief (Planche XVIII, n" 4), représentant un évoque assis, non nimbé, bénissant; il est coiffé d'une mitre et tient une crosse; il est accosté de deux anges qui portent dos phylactères. Le dessin de ce Iws-relief e.«t fort beau et rappelle celui des sculptures de la cathédrale de Bordeaux. Je crois que cette statuette représente l'archevêque Bertrand de Goth. — Le premier étage des deux autres tours n'ofl're rien de jKirliculier, il est à peu près calqué sur ceux qui viennent d'être décrits.

Second étage (Planche XV), — Le second étage est également octogone, mais n'a jamais été voûté ; la voûte était remplacée par un plancher s'appuyant sur un redan du mur, et soulagé par des jambettes ; il était surmonté «l'une charpente très-ba.sse, recouverte de tuiles creuses (*), laissant entre elle et les créneaux un large chemin de ronde sur lequel on établi.*sait les hourds, ainsi que le démontrent les trous horizontaux faits exprès pour établir leur charpente au niveau du sol du chemin de ronde.

Chacun de ces étages a deux ou trois meurtrières, mais pas de fenêtre, excepté les deux tours jumelles, qui en ont une petite du côté de la cour. Entre ces deux tours est un petit réduit placé juste au-dessus de la chambre de la herse; de là, deux assommoirs protégeaient le couloir de la porte d'entrée. Le sommet des courtines est au niveau du sol de cet étage; de sorte qu'au moyen des deux portes de chaque tour donnant sur le chemin de ronde, on pouvait faire le tour du chûteau sans descendre, et se transporter assez vite d'une extrémité de la forteresse à l'autre, suivant que la nécessité et le besoin du service l'exigeaient.

Les tours et les courtines n'étaient pas, comme ce fut l'usage général à la fin du XIV* siècle,

(') Au XIV« siècle, les tours n'élaicnt quelquefois couvertes que de chaume. • ... El ordonnèrent à porter canons en avant. • et à traire, en aquemiix et à feu grégeois, dedans la basse court : si que toute la basse court fut embriisée : et ce multiplia » lellenient ce feu. (|u il entra en la couverture d'une grosse tour qui était toute couverte de chaume. • (Froissart; Siège de Homurantin, tn l3iS.)

couronnées de mâchicoulis; ceux des tours étaient remplacés par des hourds dans le genre de ceux figurés dans la planche XIV. Les courtines ne paraissent avoir eu que des créneaux. L / K li I I I /\ ^^'^' '^^ quelques marques de tacherons que j'ai relevées çà et là,

J ^ U> l/l I I ( l-l \ partout où le mur n'est pas caché par du badigeon ou du lierre. \^-*-r* *^> j — Le château de Villandraut, comme celui de Roquetaillade, était une

forteresse de premier ordre; le parement des murs est en moellon de pierre dure, carré et piqué. Ces murs, d'une épaisseur considérable, sont encore parfaitement d'aplomb, et aucune lézarde ne s'y est manifestée. Les pieds-droits et les archivoltes des ouvertures sont en pierre irrégulière, mais de plus grand éciiantillon. Tout a été sacrifié à la force, et rien ou à peu près rien au luxe; et, sauf une clef de voûte, quelques petits chapiteaux (Planche XVIII, n"* 1 et 2), quelques congés sculptés à la partie inférieure des pieds-droits des fenêtres, la console d'une porte au rez-de-chaussée de la tour du sud-est, et quelques légers détails, on ne rencontre pas de sculptures. Les nervures des voûtes ne sont qu'épannelées, et les culs-de-lampe sur lesquels elles retombent sont de la plus grande simplicité. En un mot, c'est la force dans toute sa sévérité. Ici, pas de donjon, qui donne tant de grâce à Roquetaillade. Toutes les leurs pouvaient en servir l'une après l'autre.

Le château de Villandraut est de ceux qui gagnent à être étudiés ; son premier aspect n'est pas séduisant; les longs et minces ormeaux qui poussent dans les fossés, les énormes touffes de lierre qui grimpent jusqu'au sommet des murs, le cachent presque en entier et diminuent l'échelle de ces grosses tours. De loin, on n'en peut voir que le sommet, et de près on n'en embrasse qu'une faible portion. Cependant, nous avons essayé, en changeant plusieurs fois de place, de dessiner les quatre tours de façade et le pont qui traverse le fossé (Planche XVI) (').

Si nous avions le bonheur de posséder le château de Villandraut, nous le conserverions avec le soin que l'on met à préserver des outrages un objet précieux, et nous voudrions en faire jouir pleinement les amateurs qui viendraient le visiter (^). D'abord, nous donnerions congé à tous les locataires qui occupent le rez-de-chaussée des tours, et nous ne souffririons pas que les fossés fussent métamorphosés en basse-cour; puis, les locataires partis, nous ferions faire une bonne porte dont notre homme d'affaires seul aurait la clef. Nous ferions griller le soupirail de la cave, par où les enfants peuvent s'introduire. Cela fait, nous tiendrions à ce que notre homme d'affaires dessinât ou fit dessiner un parterre dans la cour el y cultivât des fleurs. Nous ferions enlever les trois quarts au moins du lierre qui cache les tours et les courtines, tant en dehors qu'en dedans; il en resterait bien assez, et peut-être encore trop. Nous ferions nettoyer les fossés pour leur restituer leur profondeur primitive, et pour cela nous arracherions presque tous les arbres, qui y poussent cependant si bien; mais le château et le paysage lui-même y gagneraient. L'agriculture peut-être n en soulfrirait pas, car ce terreau transporté dans les champs ferait un excellent engrais. Nous ferions enlever la terre des appartements jusqu'au sol primitif, déblayer les décombres des caveaux des tours ; de cette manière on en connaîtrait toute la profondeur, et nous aurions une échelle au moyen de laquelle on pourrait les visiter tous; nous irions même peut-être jusqu'à couvrir les tours, dont alors la

(') Voir une vue de l'intérieur de la cour dans mon Choix des Types, et une reproduction de la même vue dans le Magasin Pittoresque, année 1847, page 56.

(')i Je saisis l'occasion que nie fournissent ces réflexions pour remercier M. le comte de Sabran-Pontevez de l'obligeance qu'il a mise à me fournir toutes les facilités pour visiter et étudier ce qu'il est actuellement possible de voir dans le château de Villandraut.

conservation serait indéfiniment assurée. (Il est bien entendu que nous serions assez riche pour faire toutes ces petites dépenses sans trop nous gêner.) Enfin, pour encourager notre homme d'affaires ou son chargé de pouvoirs à entretenir la ruine dans un bon état, nous le laisserions fibre d'établir un tarif forcé pour visiter le château, tarif qui, bien entendu, ne serait pas présenté à ceux qui ont l'habitude de ne pas déranger les gens sans les récompenser de leur peine. Nous sommes siir que les jours de foire et de marché on ferait queue pour visiter les cachots de la forteresse.

En agissant ainsi, nous croirions rendre un véritable service à l'archéologie, car Villandraut, qui est presque cnn)plot, est une des forteresses les plus intéressantes de la Guienne.

L'auteur d'un article publié sur Villandraut, dans le Magasin pittoresque, termine ainsi : « Le pays » au milieu duquel ce riche manoir est situé offre un aspect étrange et qui peut plaire aux imagi- » nations portées à la rêverie. Au milieu de vastes forêts de pins, on découvre de loin en loin » quelques misérables fermes entourées de rares terrains cultivés; là, l'hospitalité ne se vend pas; » si le voyageur fait une halte, tout s'empresse autour de lui; mais après un accueil cordial, il n'a » plus guère rien à espérer : le triste mobilier du logis lui annonce suffisamment qu'il doit regagner » la ville s'il veut quelque chose de plus que ce que peut offrir la plus humble rusticité. » Je ne sais si je me suis fait illu.sion, mais tout me [Kiraît faux dans ces quelques lignes. Le pays offre, en effet, lui as|>ect étrange ; mais le Ciron est une charmante rivière lx)rdée de chênes séculaires et de pins gigantesques; les fermes sont loin d'avoir l'air mist'rable, et le voyageur n'a pas besoin de demander l'hospitalité aux fermiers : le bourg de Villandraut, très-grand, fort bien percé et renfermant de belles maisons, offre toutes les ressources d'une ville. L'hospitalité pouvait ne pas se vendre au XIII' siècle, mais d'excellents hôtels ont depuis lors changé tout cela, et, avec une bourse bien garnie et au prix des grandes villes, on vit aussi bien à l'ombre du manoir de Clément V que partout ailleurs. Ce qui n'a pas changé, c'est l'accueil cortlial des habitants.

L'église de Villandraut n'offre que peu d'intérêt : c'est une longue nef dans laquelle on entre par une porte ogivale du XIV" siècle, surmontée d'une ro.«ace de même époque. Le mur méridional de la nef est très-<'pais. Au sud-<'st de l'église s'appuient des constructions (jui paraissent avoir apjwrtenu à une forteresse de la fin du \\\l* siècle, contre laquelle l'église aurait été construite. Sont-ce les restes du château qui a prc'cétlé celui du Pape?

Clément V établit à Villandraut un chapitre qui a subsisté jusqu'à la Révolution.

On trouve d;ms le bourg, à côté de la maison de M. Dupuy, membre du Conseil général de la Gironde, une fontaine recouverte d'une voCite ogivale, et qu'on appelle la fontaine du pape Clément.

Bordeaux, le i" juin i860.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer que, par arrêté du 30 mai dernier, M. le Préfet a approuvé la délibération du 21 du même mois, par laquelle le Conseil Municipal a souscrit pour vingt exemplaires à l'ouvrage que vous publiez sous le titre : La Guienne anglaise.

Je ne dois pas vous dissimuler que le rapport sur lequel cette délibération a été prise

exprime le désir que le titre de votre ouvrage pût être changé. J'ai la confiance que ce vœu sera entendu par votre patriotisme.

Agréez, etc.

Le Maire de Bordeaux,

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