‹ La Guienne anglaiseChapitre 17 sur 39 · LÉO DROUYN · texte numérisé non relu

LÉO DROUYN

Chef-lieu de canton, arrondlssemeni de La Réole.

La ville, ou plutôt la bastide de Sauvelerre, ne remonte pas à une haute antiquité; elle doit être mise au nombre de ces villes neuves appelées bastides en langue d'oc, bâties d'un seul jet et sous l'empire d'une môme volonté dans la seconde moitié du XIII» siècle. Le plan que voici donne une idée de toutes les villes fondées

A Place et hille.

B H«tel-de Tille.

Léger on

pondant cette grande époque, que bien des hommes, imbus des préjugés laissés par la Renaissance et ravivés par le XVIII* siècle, traitent encore de barbare. Pour eux et pour tous ceux qui ne lisent que les romans dits historiques, ville gothique est synonyme de ville irrégulière et mal tracée. Les villes du XIII' siècle sont, au contraire, les plus régulières , que nous ayons : Sainte-Foy et Mon- ^^, ségur nous en fourniront encore des exemples.

« Après tout, dit M. Félix de » Vemeilh , dans une remarquable » étude sur Y architecture civile au » moyen âge dans le Périgord et le » Limousin ('), il est dans la nature » des hommes d'aimer l'ordre et la >• règle, et c'est pour cela que l'on » s'est toujours fait la môme idée de » la beauté et de la commodité des » bourgs ou des villes. Jamais, qu'on » le croie bien, nos ancôtres n'ont » été assez absurdes ixjur rendre à » plaisir tortueuses et irrégulières les rues de leurs villes; ils n'avaient pas |)eur à ce point du vent » ou de l'ennemi, quoi qu'on en dise. Jamais, si ce n'est peut-ôtre au XV» siècle, ils n'ont admis, » ni dans leurs monuments, ni dans aucune de leurs œuvres, l'irrégularité sans motifs. Y a-t-il » rien de plus symétrique que les jardins du moyen âge, devenus les jardins à la française? »

Les rois d'Angleterre et de France et les grands seigneurs du Midi, voulant se créer une autorité plus directe sur les contrées qui leur appartenaient, achetaient ou se faisaient donner un emplacement

Porte de U Font ou de I.a

R^ole.

F Porte Saubotte oo d« Li-

bonrne.

G Pone de S«int-ltoin«lii.

O Poterne*.

P PttlU de Oi«r«c.

a Ra« dn Cimetière.

6 Km Bonicrie.

e Ra« Ettttbotte.

# Rue du Petit-Bordeaui.

f Rue de U Font.

g Rue de Saint-RomaÎD.

h Rbc den Troii-BotirdODS.

o Rtw S«inle-C«tberiiie.

(*) Armales archéologiques, tome VI, p. 71. Vol. I.

choisi à l'avance, l'enlouraient de fossés avec palissades ou murs, y faisaient tracer des rues, construire des maisons uniformes, puis accordaient de nombreux privilèges aux personnes qui venaient s'y établir. L'espoir d'une condition meilleure y attirait bientôt des habitants, et les villes se trouvaient vite entièrement peuplées. Il arrivait bien quelquefois que les seigneurs réclamaient et se faisaient rendre les hommes qui les avaient quittés; que les évoques excommuniaient les fondateurs et les nouveaux habitants des bastides; mais rien n'arrêtait l'élan donné : les rois, les grands seigneurs et les habitants y trouvaient leur avantage. Plus tard, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, les rois d'Angleterre les réunissaient à leur couronne, et finirent enfin par les donner aux seigneurs gascons dont ils avaient le plus à se louer.

Sauveterre, située dans l'ancien diocèse de Bazas, est une de ces villes neuves, bâtie dans un lieu nommé auparavant Athala, au-dessous d'un château dont il ne reste plus qu'une motte, au nord et à 1 50 mètres environ des fossés de la ville. Cette motte fait maintenant partie de la commune de Saint-Léger. Nous voyons, par les Rôles gascons, qu'en 1281-82, Edouard i", roi d'Angleterre, fonde cette bastide (de quandam baslida in loco salvœ-terrœ fienda); la même année, il accorde des privilèges aux habitants de Sauveterre pour les récompenser de l'emplacement qu'ils ont cédé. Cette cession ne s'était cependant pas faite sans de nombreuses difficultés : le terrain que le roi avait choisi appartenait à divers seigneurs; les uns ne cédèrent qu'à la force, les autres de bonne volonté. Certaines réclamations n'avaient pas encore cessé en 1289; mais alors les constructions étaient achevées.

En 1283-84, des Hbertés furent encore accordées aux habitants (*).

(') J'ai cru utile, pour donner une idée des privilèges généralement accordés à ces sorles de villes au moment de leur fondation, d'offrir une traduction de ceux de Sauveterre, publiés en latin dans le Compte-rendu des travatix de la Commission des Monuments historiques, 1847.

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