COPIE DES PRIVILÉSES DE SAUVETERRE
Voici la teneur desdits articles, droits et capitulaires antiques , telle qu'elle existe dans quelques manuscrits (monuinentis) :
1" Nous leur concédons et octroyons les lieux ou places nécessaires à la construction de leurs maisons, à la condition que chaque place aura quatre stades de large sur douze de long, le stade étant lui-même de six pieds. Chaque place sera tenue de nous payer, à nous ou à notre ordre, sur le fief (de feudo), annuellement, à la fête de S. Romain, la somme de douze deniers, monnaie courante de Bordeaux.
Item, à la mort du prince et seigneur de la terre, chaque bourgeois de ladite ville sera tenu de payer, pour droit d'investiture (pro sportuld), douze deniers, et autant à la mort du maître du lieu ou de la place.
Item, sont tenus, les bourgeois de ladite ville qui auront obtenu des emplacements ou des places, de construire une maison sur la première partie de leur place, au moins sur la troisième partie et sur la façade (in anteriori), avant que la première année soit écoulée; ils devront bâtir le second tiers dans le courant de la seconde année, et le reste plus tard, quand ils pourront et quand il leur plaira.
Nous statuons que chaque grande rue (carreria) de ladite ville aura partout et dans toute son étendue (ubicumque etper totum) quatre stades de largeur.
Item, nous voulons que chaque bourgeois de ladite ville soit tenu de payer annuellement pour son flef (pro feudo), à raison de chaque conquate de terre, trois sous au maître du flef dont il tiendra sa terre ; pour les portions de terre moindres, il paiera seulement deux sous.
Item, nous statuons que chaque habitant de ladite ville pourra laisser et léguer de la manière qu'il voudra, s'il meurt sans héritiers, ses biens meubles, tout son fief et ses possessions, en quelque endroit qu'elles soient, pourvu cependant que le nouveau propriétaire de ces biens fasse à ladite ville ce que faisait le décédé, et qu'en entrant en possession (in ingressuj il paie, pour droit d'investiture, la moitié de l'argent qu'on a coutume de compter annuellement au maître du flef. Ce droit d'investiture sera acquitté au maître quelconque dont il tiendra ses biens, selon ce qui vient d'être exprimé. Les habitants de ladite ville ne sont tonus, dans aucun autre cas, de payer des droits d'investiture. Nul cependant ne pourra laisser ou léguer au grand-maître (majori domino) ou à l'église les possessions qu'il tiendra en flef, c'est-à-dire ses biens immeubles ; et quand le nouveau possesseur paiera les droits d'investiture à ceux dont il tiendra ses terres ou possessions, le maître, quel qu'il soit, doit l'investir pacifiquement de son flef. Pour nous, si l'on inquiète les feudataires ou si on leur impose quelque charge... nous devons les soutenir dans leur droit.
Cette ville, après être- restée entre les mains du roi d'Angleterre pendant soixante ans, fut concédée, en 1341, par Edouard III, à Bernard Ezii, duc d'Albret, qui, la même année, rend hommage
Item, nous statuons qu'il sera fait bon accueil au nouveau possesseur, de quelque endroit qu'il vienne en ce même lieu, pourvu qu'il jouisse d'une bonne renommée; sont exceptés les hommes questables des soldats et des maîtres qui sont bourgeois de ladite ville, et de ceux qui y possèdent des terres annexées.
Item, nous voulons et nous statuons que les habitants de ladite ville soient exempts, pendant sept années consécutives et les suivantes, de toute cavalcade (calvagald) et de tout enrôlement pour l'armée; pendant le même espace de temps, ils seront également exempts de toute poursuite (quarumoniâ] devant le bailli dudit lieu, soit pour dettes, soit pour blessures, mais moyennant la moitié de leurs gages (pro medielate radiorum).
Item, nous statuons que chaque bourgeois de ladite ville, dès qu'il sera hors du fief de son maitre, sera avec sa famille et ses biens, en quelque lieu qu'ils soient, sous notre protection, attendu que nous sommes tenus de défendre et de protéger sa personne et ses biens avec le même zèle que ce qui nous intéresse personnellement.
Item, nous voulons que soldats et maîtres, bourgeois ou habitants de ladite ville, soient exempts de tous les travaux communaux (communibus), excepté ceux des ponts, des puils, des fontaines, des routes et clôtures delà ville, travaux auxquels les voisins du lieu sont tenus, sans aucun doute, de coopérer. Pour nous, nous sommes tenus de faire la première clôture de la ville, et lesdits soldats et maîtres doivent veiller de jour et de nuit pendant l'exécution du travail; les autres voisins sont, à leur tour, responsables des dégâts et maléfices qui se commettront de jour et de nuit, aux termes des statuts que nous avons publiés en Gascogne, et ils doivent nous suivre en amies avec les gens de la commune (cum alid conimunitate villce) jusqu'à la distance d'une journée de chemin, aller et retour; et si nous perdions notre terre. Dieu nous en préserve! les bourgeois de ladite ville doivent nous suivre et défendre notre terre, comme font les autres communes de notre terre en Bazadais.
Item, nous concédons et voulons ({ue lesdits bourgeois de notre ville de Sauveterre puissent tenir et garder toutes leurs possessions, aïeux, flefs et conquêtes, eu quelque endroit de notre domaine qu'ils soient situés, excepté les possessions et terres pour lesquelles et desquelles ils auront été auparavant hommes liges et questables; et nous devons les garantir et les préserver, eux et leurs biens, de tout outrage et de toute vexation.
Item, nous les autorisons, pour la construction et l'achèvement de leurs maisons, pour leurs vases et ustensiles de première nécessité, à couper librement dans nos forêts environnantes, sans qu'ils soient tenus de payer aucun fore$tage (droit de forêt).
Item, nous statuons qu'il y aura dans ladite ville de Sauveterre un marché (forum) chaque jeudi, et quatre foires par an aux jours et époques fixés par notre bailli et la jurade de ladite ville; et nous voulons que tous ceux qui viendront au marché ou aux foires aux époques fixées, puissent s'y rendre et en revenir en toute sécurité, à moins qu'ils n'aient tué ou retenu prisonnier quelqu'un de leurs voisins.
Item, nous leur accordons d'user de la même monnaie que les citoyens de La Réole, des poids et mesures que nous avons jugé à propos d'octroyer aux habitants de cette cité.
Item, nous sommes tenu, ou à notre défaut celui qui nous remplace, d'établir dans la ville une police suffisante (prœcortem tufficientem) avec le conseil des jurais.
Nous voulons aussi que les bourgeois de ladite ville soient libres et exempts de toute prohibition, pour le vin, le sel, le foumage; pour tout ce qu'ils vendront et achèteront intérieurement et extérieurement, nous voulons qu'ils soient exempts de tout tribut et de péage dans l'enceinte (in honortj et le district de ladite ville. Nous exceptons les actes qui doivent se juger Mlon la coutume de la ville et du Bazadais, tels que blessures, violences manifestes, homicides, peines à infliger aux délinquants en matière ecclésiastique ou séculière, selon la coutume de la ville et du Bazadais.
Item, nous octroyons aux mêmes habitants le privilège de n'être dépouillés de leurs biens, pour aucun motif, dans notre terre du liazadais, et de ne pouvoir être arrêtés par personne, à moins qulls ne soient débiteurs ou garants de secours [manutensœj .
Item, nous voulons que les sièges, grands ou petits (ambona et porrectaj, les gouttières des maisons, les fenêtres et les devants des fenêtres qui sont devant le marché, jouissent de toute franchise pour les bourgeois dont lesdites maisons sont placées là, à la charge cependant de payer le fief déjà mentionné.
Item, nous statuons que chaque année, le lendemain de saint Romain, on élira dans ladite ville douze jurats; lesquels, en présence des jurats de l'année précé<lente, avec le conseil de celui qui nous représentera et de quelques autres hommes honnêtes de la ville, promettront et jureront sur les saints Évangiles qu'ils se conduiront fidèlement envers nous et envers toute la commune de ladite ville, avec tout le zèle et l'intelligence dont ils seront capables.
Item, nous nous engageons envers lesdits bourgeois à ne leur donner pour maître, dans ladite ville de Sauveterre, que celui qui aura été agréé par le conseil des jurats et de la commune de ladite ville.
Item, nous ne devrons nous emparer de la personne de quelque bourgeois de Sauveterre ou de ses biens, qu'autant qu'il pourra et voudra nous y autoriser, à moins qu'il ne soit coupable d'homicide, de quelque mauvais traitement grave, ou (|u'il n'ait encouru i|uelque peine corporelle.
Item, nous statuons que les bourgeois de ladite ville, y résidant, ne pourront être traduits devant notre sénéchal ni actionnés pour une cause séculière, tant que les jurés seront parmi eux et s'acquitteront des fonctions de jugps, à moins qu'il ne s'agisse de faits qui nous louchent personnellement.
au roi pour plusieurs localités et châteaux, parmi lesquels se trouve la bastide de Sauveterre {').
En 1342, elle fut annexée à la couronne d'Angleterre (*). Nous voyons, par les Rôles gascons, que le bailiage de Sauveterre fut concédé à Thomas de Saint-Clair en 1333; que le même baillage et la capitainerie le furent en 1445-46 à Raimond de Piis, banneret. Avant môme d'être achevé, ce baillage avait été également concédé à Guillem Amanieu de Rauzan {^).
En 1 370, le roi Charles V fit donation de Monségur et de Sauveterre au fils de Bérard d'Albret, qualifié sire de Sainte-Bazeille (*).
Quelques années auparavant, le prince de Galles, ayant obtenu en toute souveraineté le duché de Guienne, fit prêter serment à tous les seigneurs et à toutes les villes de la principauté d'Aquitaine. Celles-ci envoyèrent un certain nombre de députés; ceux de Sauveterre rendirent hommage, le 15 juillet 1363, dans l'église Saint-André de Bordeaux : c'étaient « Moss' Raymond de Pellegrue, » Moss'' Pierres de Gavaret, Moss"" Bernard de Lavisan, Moss'' Arnaud Caussaroya, Moss' Helies
Item, nous ne devons, pas plus que notre bailli, demander pour gage ou prendre de force, pour cause de dettes, l'étoffe du lit des bourgeois habitant dans ladite -ville, ni les vêtements qu'ils porteront habituellement, ni leurs armes, ni le blé prêt à porter au moulin, ni le via tiré chaque jour pour être bu.
Item, nous voulons que de toutes les marchandises qui y seront portées, l'hôte des marchands ait le droit d'en retenir la moitié, au prix qu'elles seront vendues, à la condition cependant d'en payer le prix aux marchands.
Item, nous statuons que chaque bourgeois de ladite ville pourra retenir des terres et des possessions qu'il aura autour de
la ville, tout ce que deux bœufs peuvent raisonnablement (boiio modo) cultiver dans un an, et un (sasonem) de terre pour
l'herbe, et pour fournir à ses besoins alimentaires une comiuate de terre; si plusieurs terres lui sont indispensables, nous devons, de concert avec les jurats, lui donner les terres nécessaires.
Item, nous statuons qu'il y aura dans la ville un notaire reconnu par nous et par les jurats.
Item, nous statuons qu'aucun bourgeois de ladite ville ne sera tenu de garantir le bien des autres, si cela ne lui plaît.
Item, nous statuons que lorsque notre sénéchal viendra de nouveau en Gascogne, il prêtera serment entre les mains desdits bourgeois, et recevra ensuite celui des bourgeois, comme cela se pratique dans les autres villes de notre terre de Gascogne; toutes les fois que le bailli sera changé dans ladite ville, il jurera auxdits bourgeois de respecter leurs libertés, privilèges ((oros) et coutumes octroyées et observées, les défendra et leur sera fidèle en tout, selon son pouvoir.
Item, nous statuons que si un homme coupable de meurtre a été découvert ou a pris la fuite, tout son mobilier nous appartiendra; son héritage et ses immeubles reviendront à ses héritiers naturels, à la charge par eux de payer les dettes et de satisfaire les créanciers; si, par hasard, ils ne veulent pas payer, les immeubles seront livrés aux créanciers, qui payeront le cens et le fief au seigneur ou aux seigneurs des fiefs.
Item, nous octroyons auxdits bourgeois le privilège d'un sceau communal Ce sceau devra être gardé par deux hommes
probes et fldéles de ladite ville, agréés par nous et les jurats ; lesquels jureront de conserver fidèlement ce sceau ; ils ne pourront l'apposer que du consentement de notre bailli et de notre représentant.
Item, nous nous réservons le droit de bâtir une maison pour vendre de la viande ou du poisson sur la place du marché on ailleurs, pourvu que ce ne soit pas au détriment de ceux dont les maisons sont près du marché.
Item, nous statuons que les jours de foire, de marché ou autres, on devra et on pourra déposer sa marchandise dans une maison quelconque; nous prélevons cependant pour nous, dans ladite ville de Sauveterre, sur les étrangers qui ne sont pas bourgeois dudit lieu, un péage et un autre tribut (leodas), comme nous le faisons dans notre bastide de Sainte-Foy, et avec le même mode de perception; nous avons permis, en outre, à chaque bourgeois de ladite ville de Sauveterre, de prendre pour ses usages et sa défense, dans ses propres bois, une charretée de bois, en payant le cens et les offrandes dues aux seigneurs des bois.
C'est pourquoi qu'aucun ne s'avise, contrairement à nos ordres et à moins d'encourir une amende de soixante et cinq sous de monnaie courante, d'entrer dans ledit bois contre la volonté du seigneur de ce bois, pour couper ou emporter quelque chose de ce bois.
Item, quant au droit de criée pour dette, pacte ou tout autre contrat, si, dès le premier jour, le débiteur, avant tout procès et toute contrainte juridique, fait sa déclaration en présence de notre bailli, rien ne nous sera dû pour la justice; mais si au bout de neuf jours le môme débiteur ne s'est acquitté, ou s'il n'a confirmé à son créancier ce qu'il aura avoué devant le bailli, dès lors le débiteur sera tenu de nous payer le gage accoutumé.
Lesquels privilèges nous avons jugé à propos d'octroyer, pour nos héritiers et nos successeurs, auxdits bourgeois et à leurs successeurs, réservant notre droit dans les autres matières, réservant aussi et exceptant les droits quelconques des étrangers.
(•) Rôles gascons. — (') Id. — {') Compte-rendu des travaux de la Commission des Monuments historiques de la Gironde, 1847.
(') Samazeuilh; Histoire de l'Ayenais, du Condomois et du Bazadais.
» Carbonel, Moss'' Pierres Cossaroge, Moss' Helics Depuch, Moss' Gallard Ârros, procurours et tous » chevaliers, faisant foy de ledit procuration, par lettres suffisantz rendues et baillées en la garde » du dit sieur chancelier d'Aquitaine, pour eulx mêmes et en lieu et en personne et envoies à fere » octroyer les choses surdités, pour tous les habitantz de le-dite ville pour chacun d'eux, ont jure, » mise le main sur le livre et sur la croys, et fet le serement de foiaulte et d'obéissance ('). »
Jusqu'à présent on connaît peu de chose de l'histoire de Sauveterre, qui, à l'opposé des autres villes de la Gironde, paraît n'avoir joué qu'un bien petit rôle dans la province dont elle faisait partie : cela tenait sans doute à sa position isolée au milieu d'un pays inabordable, plein de forêts, et dont les routes étaient si mauvaises et tellement impraticables, si ce n'est pour d'excellents marcheurs, qu'elles ont donné lieu à ce dicton gascon :
Saoubeterre, ' Sauveterre,
Bille de guerre, Ville de guerre,
Lou qui es pas passât Celui qui n'y a pas passé
N'es pas boun sourdat. N'est pas bon soldat. >
Les Archives de la ville n'existent plus; elles ont été, m'écrit M. Rivière, notaire à Sauveterre, incendiées en 1814 par la population des campagnes, qui s'était révoltée un jour de foire, à cause d'un impôt que l'on voulait établir, au profit de la commune, sur le bétail.
Il faut descendre jus(pi'en 1377 |X)ur la trouver mentionnée. Froissart raconte que les Français, commandés par le duc d'Anjou, se présentèrent devant Sauveterre, qui « ne les tint que trois jours, » car le chevalier qui sire et capitaine en estoit se rendit au duc, sauf son corps, ses hommes et » tout le sien. » A cette époque, le duc d'Anjou confirma les privilèges de Sauveterre, confirmés déjà auparavant par Charles le Bel, et en accorda de nouveaux. Cent quatre-vingt-cinq ans plus tard, pendant les guerres de religion, nous trouvons dans les Mémoires de Monlluc cette phrase courte, mais significative : « Monsieur de Burie estant arrivé à La Rèolle, avec les canons, nous allasmes » assiéger Monségur, et logeasmes une nuict à Sauveterre, ou j'en pris quinse ou seize ( huguenots), » lesquels je fis tous* pendre sans despendre pjtpier ni encre, et sans les vouloir escouter, car ces » gens |>arlent d'or. »
La petite ville de Sauveterre, où maintenant des voitures publiques arrivent plusieurs fois par jour et par des routes magnifiques, est bâtie sur le flanc méridional d'un coteau qui descend en pente douce ju.squ'au fond d'une vallée où coule un petit ruisseau appelé la Rouille des Tanneries. C'est peut-^tre sur le bord de ce cours d'eau qu'était situé le moulin, maintenant détruit, qui en 1314 fut cédé par Edouard H à Amesan de Seny, connétable du cliAteau de Sauveterre (*).
Le plan de la ville a la forme d'un carré irrégulier; elle était jadis entourée de murailles, formées d'une suite de lignes brisées, sans tours saillantes, si ce n'est aux portes; murailles qui existaient encore presque en entier au commencement du siècle. « Elles appartenaient, dit encore M. Rivière, » au domaine royal, et ont été vendues aux enchères publiques, dans le mois de novembre 1814, » par l'État, en l'hôtel de la Préfecture, à Bordeaux, à divers habitants de Sauveterre. Les portes » sont restées en la possession de la ville. Ces ventes ont eu pour conséquence la destruction » immédiate des murs, que le temps avait respectés. L'empierrement des routes, pour la plupart » tracées par M. de Toumy et M. le baron Gary, a eu lieu avec les débris provenant de la démolition
(') J. Delpit; Collection générale des documents françaii qui se trouvent en Angleterre. (*j RdU» gascons.
» de ces murs. Sauveterre y a perdu son principal cachet d'antiquité, mais il a gagné de s'être tiré » de ses boues et de ses mauvais chemins. »
Je crois, pour ma part, que Sauveterre y a perdu sous tous les rapports; on aurait trouvé alors, partout ailleurs, des pierres pour macadamiser les routes, comme on en trouve maintenant pour les entretenir. C'est une triste économie que de détruire les monuments qui font la gloire et la beauté des villes, pour paver les chemins qui y conduisent. Des fossés assez larges, et maintenant presque entièrement comblés, défendaient l'approche des murs.
Toutes les villes bâties dans la seconde moitié du XllI* siècle ont tant d'analogie, que je ne peux mieux faire que de copier textuellement la description de Monpazier faite par M. Félix de Verneilh, ville que j'ai eu la bonne fortune d'étudier avec lui. Je me contenterai de faire quelques
coupures, de souligner les noms que je changerai, et d'ajouter des lettres : « Quatre grandes
» rues de même largeur se croisent au centre de la ville, et laissent entre elles un espace libre qui » forme le marché, la place publique (A), le forum en miniature de la petite cité. Au lieu de faire
» façade en arrière des rues, les maisons qui bordent la place s'avancent portées sur de larges
» ogives (à Sauveterre, il n'y a plus qu'une ou deux maisons qui ont conservé leurs ogives» — Voir Planche XX, n" -3, celles qui sont le mieux conservées), « et ouvrent à la voie publique un passage » couvert oîi deux chariots peuvent facilement se croiser. Le long de la place centrale, les rues sont » donc couvertes par les maisons ; elles offrent aux habitants un abri contre le soleil et contre la » pluie. Au moment même où je relevais le plan de Monpazier, des charrettes chargées de foin s'y » étaient réfugiées, des chevaux s'y trouvaient attachés aux anneaux de fer dont les piliers sont pourvus, » et la circulation n'était point interrompue. Il y a bien dans tout cela un certain cachet de bizarrerie; » mais c'est original, c'est pittoresque, et surtout c'est commode. » Lorsque j'étudiais Sauveterre, c'était xm jour de foire, 26 avril 1859, des scènes analogues se passaient sous les couverts.
La place était autrefois interdite aux voitures; la halle, simple hangar, s'y trouvait placée. Cette halle a été détruite il y a peu de temps. La maison commune donnait aussi sur la place; elle s'y trouve encore en B, mais elle a été rebâtie et n'a plus aucun des caractères de l'époque primitive.
« Toutes les rues sont tracées au cordeau et parfaitement droites. — Toutes se coupent à angles » droits. — Toutes ont des dimensions déterminées selon leur importance. Ainsi, les quatre grandes » rues, qui sont les principales artères de la ville, ont 8 mètres de largeur » (Voir le 3* paragraphe des Privilèges).
» ... Bien plus, on a mesuré rigoureusement sa place à chaque maison, et certes nous n'en sommes » pas encore là, malgré notre manie de régularité. L'homme qui a tracé sur le terrain le plan de » Sauveterre, calculait tout, de manière à loger, dans un espace donné, le plus grand nombre » possible d'habitants, et à les loger le plus commodément possible. Il fit donc en sorte que toutes » les maisons présentassent leur pignon sur une rue et qu'elles aboutissent par une autre extrémité » à une voie d'un ordre secondaire, à une ruelle; de cette manière, point de cours, point de jardins, » mais aussi pas de terrain perdu.
» La profondeur des appartements se trouvait réglée à 24 mètres. L'ingénieur n'eut plus
« qu'à fixer leur largeur, qui est de 8 mètres, ou plus exactement encore de 24 pieds, l'espace que » peuvent couvrir des solives de moyenne grandeur (Voir le V' paragraphe des Privilèges). — Il y » avait peu d'inégalité parmi les premiers habitants de Sauveterre; on s'accommoda donc sans peine » de ce partage, et rarement il arriva qu'une seule maison s'étendît sur deux emplacements.
» Pour que chaque maison piit s'emparer de tout le terrain qui lui avait été attribué, il aurait
>) fallu, puisque l'on se seryait de toitures à pignons sur rue, recevoir les eaux pluviales dans des » rigoles placées sur les murs mitoyens. Mais c'était cher, c'était même d'une construction difiicile, » à cause de la profondeur excessive des emplacements ; on préféra pourvoir toutes les maisons de » leurs quatre murs, et laisser entre chacune d'elles un étroit intervalle de O^^B à O^SS.
» Chaque maison était isolée , ce qui empêchait les incendies de faire de grands ravages.
» Toutefois, car il faut tout dire, ces intervalles, appelées andronnes, sont habituellement assez » malpropres, quoique les eaux s'en écoulent sans difficulté. »
Il faut remarquer qu'à Sauveterre, il ne reste plus que quelques maisons anciennes, et qu'une seule, du moins à ma connaissance, n'a pas été dénaturée : elle se trouve dans une petite rue qui est en face du flanc sud de l'église; que des rues ont été fermées, des maisons démolies et remplacées par des jardins; que presque toutes les andronnes ont disparu; qu'enfin, Sauveterre n'est pas admirablement conservée comme Monpazier.
« Comme la ville de Sauveterre se trouve en quelque sorte orientée, l'église n'a dérangé en rien » la régularité ni l'harmonie de son plan. C'est d'ailleurs une construction peu remarquable, quoi- » qu'elle appartienne à la fin du XIII* siècle. »
Les nefs de l'église et le clocher viennent d'être rebAtis; il ne reste d'ancien que l'abside.
A Monpazier, une porte s'ouvre à l'extrémité de chacune des quatre grandes rues, ce qui fait huit |X)rtes. Ce n'est pas ainsi à Sauveterre : une des rues principales traverse la ville dans sa plus grande longueur, du nord-est au sud-ouest. A chacune de ces extrémités s'ouvre une porte : celle du ni»rd-est s'appelle porte de Sainte-Foy ou de Saint-Léger (DJ, et l'autre, porte de la Font (E). Aux extrémités de la grande rue, parallèle à celle-ci, s'ouvraient, dit-on, d'autres petites portes à cintre ogival ( poternes) (0). Les deux autres portes de la ville (elle n'en avait que quatre) ne s'ouvrent pas aux extrémités d'une môme rue. Celle du nord-ouest, appelée porte de Libourne ou Saubotte (F), est au bout de la rue qui passe sous la galerie du nord-est de la place; la porte de La Réole ou de Saint- Romain (G) est à l'autre extrémité de la ville, au bout de la rue qui passe sous la galerie opposée. Aux autres bouts de ces deux rues s'ouvraient des jwternes (0). Il paraît y avoir eu trois autres poternes : deux dans le mur sud, et l'autre dans le mur est (0).
Les portes, ou du moins ce qui en reste, a été sauvé par la Commission des Monuments historiques de la Gironde; et ce n'était pas une petite affaire, car elle avait à lutter contre l'Administration des |X)nLs et chaussées. Déjà, au|)aravant, il y a vingt ans environ, M. Joly de Honneau, propriétaire à Saint-Sulpice-<le-Pommiers, faisant remanier une ancienne maison adjacente à l'une de ces quatre portes (porte de Saint-Romain], proposa à l'autorité départementale de se charger de la restauration de cette porte, à condition qu'il en deviendrait propriétaire exclusif, à la charge par lui de suivre en la restaurant le plan qui lui serait donné, et obligation pour ses héritiers de l'entretenir, sous peine de déchéance. La réponse qui lui fut faite fut celle-ci : « Les ponts et chau.ssées ne peuvent » consentir à celte aliénation qu'avec la restriction d'en exiger la démolition si les besoins de la voirie » l'exigeaient. » La choses en restèrent là; mais la Commission des Monuments historiques intervint et réus.sit.
Sans être entières, les portes de Sauveterre offrent un fort grand intérêt, d'abord à cause de leur beauté, et ensuite parce qu'elles sont à dates certaines, fin du XIII» siècle (1281). Les jwrtes, et quelquefois les murailles, étaient à la charge du roi et devaient être exécutées avec promptitude.
Porte de Libourne ou Saubotte (Planche XIX). — Toutes les portes de Sauveterre traversent le
rez-fle-chaussée d'une tour carrée, à deux étages surmontés d'une terrasse jadis crénelée et fort probablement hourdée. La mieux conservée est la porte Saubotte. La première fois que je l'ai visitée, en 1845, elle avait encore une partie de ses créneaux et deux pans de murs d'une bastille qui la pré- 7 ^B cédait, mais qui depuis ont été démolis. Le couloir de la porte est formé d'abord ^M d'un arc (A) en plein-cintre, s'élevant au-dessus du second étage et retombant ^^^^B^ sur deux contreforts ou pieds-droits saillants. Il est suivi d'une archivolte ^^H ogivale contre laquelle s'appuyait une fermeture dont on ne voit plus aucune JH trace. Plus loin se trouvait la herse, protégée par un assommoir qui la précédait; puis venait un arc ogival un peu plus bas que la voûte du couloir, et retombant sur des piedsdroits en saillie, contre lesquels s'appuyaient les vantaux de la porte, maintenus par des gonds et des barres, et roulant sous une voûte en berceau plein-cintre tournée du côté de la rue. Les arrachements des murs de ville, de I^SS d'épaisseur, s'appuient contre la tour; celui du sud est sur le même alignement intérieur qu'elles, mais celui du nord est en arrière de i™72. Cette disposition, irrégulière et bizarre au premier abord, était commandée par la distribution du premier étage, auquel on arrive par une petite porte ogivale s'ouvrant à 1™50 environ au-dessus du sol du côté de la ville (Planche XX, n" 1). Elle conduit dans un escalier à vis, percé dans une tourelle carrée attenant à la tour. De cette tourelle, on pénètre par une porte à linteau droit dans le premier étage, composé d'une seule chambre carrée, dans laquelle se tenaient les hommes de garde chargés de manœuvrer la herse et de la défendre. Une autre petite porte passe de l'escalier sur le chemin de ronde des courtines du sud. En face, de l'autre côté de la chambre, est une autre porte à linteau sur consoles, conduisant, par quatre marches ménagées dans son embrasure, sur le chemin de ronde de la courtine du nord, plus élevé que le sol de la chambre; elle est ogivale à l'extérieur. Pour donner à cette embrasure (Planche XX, n° 2) une hauteur à peu près égale, depuis son entrée jusqu'à sa sortie sur la courtine, on a établi un système de plafond formé de pierres plates appuyées sur des consoles, et qui s'élèvent d'une assise à chaque marche. Le vantail était assujéti par des barres qui s'enfonçaient dans le mur. Au point A du plan se Irouvaient la herse et l'assommoir. Du côté de la ville est une petite fenêtre carrée. La niche intérieure de la meurtrière donnant sur la façade extérieure est en plein-cintre ; le bas de cette meurtrière a été arrondi pour faire passer le bout d'une arme à feu. Cet étage n'était que planchéïé; le plancher reposait sur un tailloir ou espèce de corniche fort simple, et les chevrons étaient fortifiés par des jambettes qui s'appuyaient sur des corbeaux.
Le second étage est voûté en berceau plein-cintre dont la retombée se fait sur les murs latéraux. La meurtrière a la môme forme que celle de l'étage inférieur; seulement son embrasure est plus étroite et n'a pas été dénaturée pour lusage des armes à feu. Une petite fenêtre carrée s'ouvre aussi du côté de la ville, et la porte de l'escalier est à linteau droit. C'est encore un monument du X1II« siècle, dans lequel les arcs ogivaux sont en minorité.
Sur la façade extérieure, au-dessus du cintre ogival, a été incrustée, je ne sais à quelle époque, une large pierre portant un écusson aux armes de France.
A la hauteur du sol du premier étage s'avancent, entre les deux contreforts, des corbeaux qui n'ont pu servir qu'à établir une brelèche chargée de défendre la première entrée ogivale ; on ne pouvait y arriver que par les hourds des courtines. Il est évident que lorsque cette bretèche était établie, la meurtrière du premier élagc devenait inutile.
Voici les diverses manques de tâcherons (jue j'ai trouvées dans la tour :
Porte de Saint-Léger (Planche XIX). — La tour qui la recouvre est semblable, à peu de chose près, à celle de la porte Saubotte; seulement le sommet en est bien plus ruiné, ce qui la rend infiniment plus pittoresque. Les dispositions intérieures, les portes, les fenêtres et les meurtrières n'offrent pas de différences; mais les corbeaux qui ont servi à établir une bretèche sont au second étage au lieu d'être au premier. La longueur du couloir est de 8°38.
Voici les marques de tâcherons que j'ai remarquées dans cette porte : i 1
Porte de Saint- Bomain (Planche XIX). — C'est la plus curieuse de Sauveterre, quoiqu'elle soit
^A une des moins bien conservées. Elle ne diffère cependant des autres qu'en
^ ^Vi>^^^ '^ ^"*^ '^■' ''^"'^ contreforts qui précèdent le couloir, au lieu de suivre
J^H ^IMH l'alignement des murs latéraux de la tour, sont placés de façon à en empâter
^■^^^^^^^" les angles. Ils s'amortissent en glacis avant d'atteindre au sommet de la
^B|^___H^^k tour. Ces contreforts constituent une rare exception, car on ne les rencontre
^▼^ ^^^ ordinairement ainsi placés qu'au XV» siècle. Ceux-ci sont bien contem|X)-
rains de la [Kjrte, contemporaine elle-même des autres fortifications de la ville.
La porte de La Font ou de La Réole (Planche XIX) est semblable à la porte Saubotte; seulement elle est bien plus ruinée, tlomnie elle se trouvait trop étroite pour permettre à des charrettes chargées de foin ou d'autres marchandises encombrantes de passer, on a établi un chemin de chaque côté de la tour, ce qui vaut bien mieux que de l'avoir démolie.
Il a déjà été dit qu'il ne reste que très-peu d'anciennes maisons : une seule est à peu près entière. Au rez-de-chaussée s'ouvraient deux portes : une est très-grande et donnait probablement entrée dans une boutique; et l'autre, plus j)etite, dans un corridor au fond duquel était une arrière-boutique et l'escalier pour monter au premier étage, lequel était éclairé par deux fenêtres composées chacune de deux baies ogivales subtrilobéts, renfermées dans un encadrement rectangulaire. Elles ressemblent à celles du moulin de Bagas (Planche XI).
Les arcades de la place .sont toutes plus ou moins modernes; les deux qui forment le coin de la rue Saubotte sont Us seules qui remontent à la fondation de la bastide (Planche XX, n" 3). La mauvaise qualité des matériaux qui ont servi à les bâtir donne à penser que les autres ont eu réellement besoin d'être remplacées, et que le vandalisme dont cette petite ville a tant à se plaindre n'est pour rien dans cette déplorable destruction.
Sauveterre est une ville bien aérée, dont les rues sont parfaitement entretenues et fort propres. Sa vaste place, entourée de blanches maisons, sans caractère il est vrai, lui donne un air de grande cité. Elle n'a pas de promenades ; mais espérons qu'avant longtemps les vilains chemins qui entourent les anciens fossés en tiendront lieu ; il ne faut pour cela que les élargir, les aplanir, et puis y [)lanter des arbres; mais surtout ne pas démolir les portes pour macadamiser ces chemins. Si la municipalité a vu, dans une ré\olle, détruire ses Archives, (ju'clle ne démolisse pas de sang-froid les seuls témoins qui restent de sou histoire et de sa gloire passées.
Vol.. 1.
CHÂTEAU DE POiMMIERS
A Saint-Félix-de-Pommiers, canton de Sauveterre, arrondissement de La Kéole.
On peut avancer sans crainte que presque tous nos châteaux ont pris naissance avec la féodalité, et que si les constructions que nous voyons aujourd'hui ne remontent pas à une aussi haule antiquité, elles ont été élevées sur un emplacement occupé déjà depuis longtemps; seulement, les documents historiques manquent pour en donner la preuve, et le monument lui-même peut rarement la fournir. Les documents les plus anciens que j'aie- pu trouver sur Pommiers ne remontent qu'au XI' siècle. Guillaume Amanieu de Pommiers est cité dans une charte de 1 098 comme l'un des bienfaiteurs du monastère de Saint-Pierre de la Réole ('), et le château lui-même ne fournit pas une date plus reculée que le Xill* siècle. Cependant, à cette époque, la famille de Pommiers était assez puissante pour faire supposer qu'elle était déjà d'ancienne date. Alors, les membres de cette famille avaient une certaine considération; l'un d'eux, Amanieu de Pommiers, avait épousé Marie de Pins ou Piis, dont la famille était une des plus puissantes de la Guienne (*); un autre, Pierre Amanieu, qualifié de chevaUer, fut en 1276, la veille de la Noël, commis par Luc de Tany, sénéchal de Gascogne, pour juger à Langon trois membres de la famille de Lados, accusés de meurtres {').
En 1294, le roi d'Angleterre écrivit aux seigneurs gascons pour les engager à lui être fidèles dans la guerre qu'il allait entreprendre contre Philippe le Bel. Rymer nous a conservé les noms de ces divers seigneurs : celui de Pommiers s'appelait Guillaume Sans.
Pendant le XllI" siècle, les seigneurs de Pommiers étaient astreints envers le roi d'Angleterre à une curieuse redevance : lorsque ce roi voyageait et s'arrêtait à leur château de La Redorte, ils devaient le nourrir, lui et dix de ses chevaliers; ils devaient lui servir « de la chair de porc et de » vache, des choux, de la moutarde et des poulets rôtis. Si l'un des seigneurs de Pommiers était » chevalier, il devait, sans bottines, en chausses d'écarlate rouge, et les éperons d'or aux pieds, » servir le roi pendant son repas. S'il n'y avait pas de chevaliers dans leur famille, celui d'entre eux » qui servait le roi devait avoir des chausses d'écarlate blanche et des éperons d'argent (*). »
Au commencement du siècle suivant, les sires de Pommiers étaient fort dévoués au roi d'Angleterre. Nous voyons, en effet, par une lettre de Jean Travers, connétable de Bordeaux, à Hugues Le Despenser, et dans laquelle il se plaignait que le roi d'Angleterre laissait la Guienne sans défense tandis que les Français se fortifiaient de tous les côtés, que le sire de Pommiers dévoila les projets que son ami Antoine Pesaigne méditait contre l'Angleterre. Voici le passage de cette lettre, qui
donne une idée du français parlé en 132S : « Nepurquant pur ceo ni pur nules paroles ni treitis
» il ne devroyt lessier de soy le mieus garnir pur le guerre, si comme font les Franceys, qui ce » garnissent de totes partz, au mieuz et plus fort que eux puent, et ont envoyé celi Antoyne Pesaigne, » qui est chivalier du dit notre seignur le Roy e fut son seneschal de Gascoigne e a qui il a fetz » grans biens et grant honours, en Lambardie, pour avoir et assembler totes les galyesquc il porra,
(') M' Dupin; Notice historique, et statistique sur La Réole, p. 261.
(') Archives historiques de la Gironde, vol. I, p. 119.
(') Martial et Jules Delpit; Notice d'un manuscrit de la bibliothèque de Wolfenbuttel. p. 143.
(*) Idem, p. 30.
» contra le dit notre seignur le Roy et les seons, et il dist à la Riole, si corne autre foys je ay escrit » au dit notre seignur le Roy et à vous, au sire de Pomers qui estoyt son bien voylhant, lequel sire » de Pomers fut illuques ave monseignur le compte de Kent, frère du dit notre seignur le Roy qe si » le Roy de France li bailhast une somme de deniers, la quele ne estoyt pas molt grande, dins un » certeyn terme, qui ne estoit pas molt long, il li auroyt conquis et votre royaume d'Engleterre et » ceo moy dist le dit seignur de Pomiers, que le dit Antoyne li avoyt dit e li avoyt nome, e déclare » la somme et le temps; mes il ne ly souveneyt pas de la somme, ni du temps ('). »
Dans le milieu du XIV» siècle, la seigneuri»; de Pommiers paraît, si l'on s'en rapporte au Catalogue des Rôles gascons, avoir été possédée par Guillaume Sans. Trois autres Pommiers, Jean, Hélie et Aymon, qui vivaient en même temps, devaient être ses frères, puisque l'un d'eux, Aymon, après la condanuiation à mort de son neveu Guillaume, fils sans doute de Guillaume Sans, se chargea de le venger, ainsi que nous le verrons plus loin. Toute cette famille était en grande faveur auprès du prince de Galles et du roi d'Angleterre, auxquels d'ailleurs ils avaient rendu et rendaient encore de grands services Ainsi, en 1343, le sire de Pommiers fut un des seigneurs qui passèrent en Angleterre pour avertir le roi que le duché de Guienne était mal gardé, que les Français couraient la campagne, et (pi'il était urgent de pourvoir à sa défense. A la suite de cette ambassade, Edouard déclara la guerre à Philippe (*). En 1344, le seigneur de Pommiers fut un de ceux qui vinrent rejoindre, à Bordeaux, le comte de Derby, envoyé par le roi d'Angleterre pourchasser les Français de la Guienne ('). En 1356, le seigneur de Pommiers, messire Hélie et messire Aymon de Pommiers, assistaient dans l'armée anglo-gasconne à la bataille de Poitiers; ils étaient dans le corps de bataille qui se trouvait en face de celui que commandait le roi Jean, le seul qui opposa une vigoureuse résistance. En 13S7, lorsque le prince de Galles quitta Bordeaux pour conduire en Angleterre son royal prisonnier, le sire de Pommiers fut un de ceux auxquels il laissa la garde de la Guienne (*). En 1363, Mom' Guillem Sans, seignour de Pomers, se rendit à Bordeaux |X)ur prêter serment au prince de Galles. Celte cérémonie eut lieu le 9 juillet, à midi, dans l'église Saint-André (").
Lorsqu'on 1367, le prince de Galles [wrlit pour l'Espagne au secours de Pierre le Cruel, on
remarque, parmi les seigneurs gascons qui l'accompagnaient, les trois frères de Pommiers, Jean,
Hélie et Aymon (•).
Là sires de Pommiers y vint lance drecie, Emerions ol non, con l'histoire crie.
Le castal [captalj ot o lui maint hardi compaignon; Cilz de Pommiers y fu c'en nomme Aymerion f ).
Avant d'entreprendre cette exp<Hlition, il jugea prudent de consulter son père, le vieux roi d'Angleterre, et c'est Jean et Hélie de Pommiers qu'il lui députa en compagnie de deux seigneurs anglais, les .«sires de Wère cl de \or>vick ("). Mais si la famille de Pommiers rendait de grands services à l'Angleterre, elle en était largement récompensée; ain.si, en 1341, des renies et des redevances furent concédées à Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, par le roi d'Angleterre, dans les localités de Soirac, de Sauveterre et de Pujols (•). La même année, le roi Edouard lui accorde la rhâtellenie et la garde du château de La Réole ("). En 1345, Guillaume Sans et Hélie de Pommiers
(') J. Delpil; Documents..., p. 54. — (») Froissant. — (») Uuinodie; Histoire de Liboume. — /) Froissart. — (') J. Delpit; Docufn«n<«... — (•) Froissart. — (') Chronique de Bertrand Du Guesclin, par Cuvelier, trouvère du XIV» siècle, publiée pour la première fois par B. Charrière, vol. I, pag. 377 ol 40Î. — (•) Froissart. — (»j Rôles gascons. - ('•) Idem.
furent faits chevaliers au siège de Bergerac ('). En 1347, le lieu de Maureux, dans le diocèse de Périgueux, avec le droit de haute et basse justice , fut concédé à Bertrand de Pommiers (*). Ce Bertrand, quaUfié baron, prête hommage au prince de Galles en même temps que Guillaume Sans; il était aussi parmi les députés de La Réole, avec Arnaud de Pommiers, pour la même cérémonie. Parmi les seigneurs qui prêtèrent serment au prince de Galles, on rencontre encore Hélie de Pommiers, coseigneur de Civrac, le 4 août 1363, « en la chapelle de dintz le chatel et ville de » Bruggerac, dame Marie de Maduran, feme de Monz Amanieu de Pommers, H absent ('). »
En 1348, le roi permet à Hélie de Pommiers et à sa femme de construire une bastide à Poureit (l'abbé Beaurein, Variétés bordelaises, vol. V, p. 130, pense que c'est Portets) ou ailleurs, dans le district d'Arbanats. (C'est peut-être le château de Castelmoron, qui date en effet de cette époque.) En 1 351 , il est mis en possession, ainsi que sa femme, d'une terre dans le Bordelais et dans le pays de Buch, dans un lieu appelé Aleya (*). Ce même Hélie est qualifié, en 1334, seigneur d'Arbanats et sénéchal du Périgord (^). La même année, le roi d'Angleterre donne à Jean de Pommiers, chevalier, la terre et les rentes qui appartenaient auparavant à Gaillard de Pressac , seigneur de Stank C). En 1358, il accorde à Guillaume Sans de Pommiers, ainsi qu'à sa femme, le droit de justice dans le château d'Uza, celui d'épaves sur les vaisseaux naufragés, les baleines échouées sur les côtes de la mer de Biscarosse et de Saint-Julien C). Le château et la châtellenie de Blanzac lui furent également concédés la même année ("), pendant laquelle il fut donné à un autre membre de la même famille, Élie de Pommiers, deux cents livres do rente annuelle, en outre probablement des cinq cents livres également de rente qui lui furent soldées (^). La sénéchaussée du Périgord lui rapportait encore un assez bon revenu. L'année suivante, Sivrack (Civrac) lui fut donné ("). En 1363, il rendit hommage au prince de Galles dans l'église Saint-Front de Périgueux, « à cause de Régine » de Pomers, sa fille (**). » En 1365, cent mesures de terre (centum libralis lerrœ) lui furent encore concédées (''^)
Dans la seconde moitié du XIV" siècle, nous voyons cependant que, malgré toutes ces faveurs, certains membres de la famille de Pommiers ne se faisaient pas scrupule de recevoir de l'argent du roi de France et de faire serment de le servir contre tous , excepté cependant contre le roi d'Angleterre et ses enfants. Ainsi, en 1369, Amanieu de Pommiers recevait de Charles V une pension de 1 ,000 livres tournois de rente, qu'il devait abandonner s'il venait à s'armer pour le roi d'Angleterre. Vers la môme époque, Jean de Pommiers recevait 800 livres du même monarque ("). Les rois de France se faisaient ainsi, parmi la noblesse de Gascogne, des partisans qui pouvaient leur être utiles dans l'occasion. Il paraît que Guillaume Sans, seigneur de Pommiers, avait de fréquents rapports avec la cour de France; car en 1375, convaincu d'avoir voulu hvrer aux Français le château de Fronsac qui lui appartenait, il fut pris, jugé et décapité, avec deux de ses complices. Voici comment Froissart raconte ce triste épisode : « En l'an de grâce 1 375, était advenue une cruelle » justice en la cité de Bordeaux, emprise, faicle et accomplie par messire Thomas Felleton (Felton), » lieutenant du roi d'Angleterre ens es marches de Bordeaux, sur le seigneur de Pommiers, qui )) s'appelait messire Guillaume, et tout par manière de trahison ; de quoi on fut moult émerveillé. » Et furent pris un jour en la cité de Bordeaux, au commandement et ordonnance du sénéchal, ce » sire de Pommiers et un sien clerc, conseiller et secrétaire de la nation de Bordeaux, qui s'appelait
(*) Guinodie; Histoire de Libourne. — (-) Rôles gascons. — (») J. Delpit; Documents... — \*] Rôles gascons. — fl Idem. — 1») Idem. — C) Idem. — (*) Idem. — (») Idem. — ('") Idem. — i") J. Delpit; Documents... — ('*) Rôles gascons. — i») Froissart (édition Puchonl; Xotes, liv. II, ch. II.
» Jean Coulon. El fut prouré sur eux, si comme je fus adonc informé, que le seigneur de Pommiers » se devoit rendre son corps et ses chasteaux aux François, ni oncques ne s'en put excuser ni ôter » qui ne l'en convint mourir. Si furent le sire de Pommiers et son clerc publiquement décollés en la >> cité de Bordeaux, en la place devant tout le peuple, dont on fut moult émerveillé; et tinrent ce » fait à grand blâme ceux du lignage; et se départit de Bordeaux et de Bordelois ce gentil chevalier, )' oncle au dessus dit, messire Aymon de Pommiers, et prit ce fait à grand vergogne, et jura que » jamais pour le roi d'Angleterre ne s'armeroit. Si s'en alla outre mer au sainct Sépulcre et en plu- » sieurs autres voyages; et quand il fut retourné, il s'ordonna François, et se mit, lui et sa terre, )' en l'obéissance du roi de France; et défia tantôt le seigneur de Lesparre, Gascon, et lui fit grand » guerre, pourtant qu'il avoit élé au jugement rendu de faire mourir son neveu le seigneur de » Pommiers.
» Et pour ce même fait et soupçon, et pour le chatel de Fronsac qui fut pris et livré aux François, » qui étoit de l'héritage au seigneur de Pommiers, fut décollé en la cité de Bordeaux messire Jean » de Plassac; et en furent accusés de cette même trahison messire Pierre de Landuras (Landiras) et « messire Bertrand de Franc, et en tinrent prison, à Bordeaux, plus de sept mois. Mais depuis en
» furent délivrés par le pourchas de leurs amis ; car on ne pouvoit rien prouver sur eux Si s'en
» engendrèrent et nourrirent en Gascogne, pour ces besognes, plusieurs haines couvertes, dont » plusieurs meschefs depuis en naquirent. » A la suite de ce procès, les terres et les châteaux de la seigneurie de Pommiers furent confiscpiés au profit du roi (1377-78) (')
Cet Aymon de Pommiers, (jui devint si guerroycur pour venger la mort de son neveu, était cependant, à ce qu'il paraît, un homme fort pacifique; car, quelque temps auparavant, « se départit, w dit Froissart, de la duché d'Aquitaine, en grand ennui de ce qu'il veoient la guerre des deux rois » ainsi multiplier, Aymemon de Pommiers, qui étoit chevalier du prince, et dit que la guerre durant » il ne s'armeroit ni pour l'un roi ni pour l'autre. Si s'en alla le dessus dit outre mer et Chypre et ). au saint Sépulcre en plusieurs autres beaux voyages. » C'est peutr^tre lui cependant qui, avec le sire d'.AIbret, messire Peliton de Curton, le soudan de La Trau (l.a Trave), et plusieurs autres seigneurs gascons, était en 1364 au service du duc de Normandie, sous le commandement de Du Guesclin; ce qui, avant la bataille de Cocherel, fit dire au captai de Buch, qui commandait Tarméc d»' (Charles le Mauvais, roi de Navarre : « Per lou cap saint Antony, Gascouns contre Gascouns se » fréteran. » Si nous en croyons Froissart, le seul histf)rien contemporain qui rapporte ce fait, tout l'honneur de celte journée doit revenir aux Gascons qui composaient le troisième corps de l'armée française. Qu'on me permette encore de copier textuellement le récit de Froissart; son vieux français me parait si naïf, ses tournures de phrases si originales, que je n'en pourrais faire qu'une froide et pâle copie. Je me sers de l'édition de 1574, de Denis Sauvage, de Fontenailles en Brie,
historiographe du « très chreslien roy Henri deuxième de ce nom » : « Et l'autre bataille (qui
» esloit pour arrière garde) estoit toute pure de Gascons : desquels messire Aimemon de Pommiers, » monseigneur le souldich de L'Estrade (soudan de La Trau — La Trave), monseigneur Perducas » d'Albreth et monseigneur Petiton de Curton, furent souverains meneurs. Or, eurent ces chevaliers » gascons un grand advis. Us imaginèrent lantosl l'ordonnance du captai, et comment ceux de son
('; Bôks gascotu. — M. Jules Delpil, dans son Catalogue des documents ou de» cullectiont de documents qui intéressent l'histoire (If France, signale, dans les diverses parties des Archives de l'Kcliiquier qu'il a visitées, sous la date du 10 a\Til 1377, les procédures do la Cour de Gascogne contre Guillaume Sans de Pommiers, vicomte de Fronsac. Pell-rolles, clas.iemcnt provisoire. (Jules Uelpii; Document!... Introduction, p. cxiv.)
» côté avoient mis et assis son pennon sur un buisson, et qu'aucuns des leurs le gardoient, comme » en voulans faire son estendard, si dirent ainsi : Il est de nécessité que quand nos batailles seront » assemblées, nous nous tirions de fait, et adrécions de grande volonté au pennon du captai, et que » nous nous mettions en peine de le conquerre. Car si nous le pouvons avoir, nos ennemis en per- » dront moult de leur force et seront en péril d'estre déconfits.
» Encore advisèrent ces dits Gascons une autre ordonnance, qui leur fut moult profitable et qui » leur parfit la journée. Assez tost après que les François eurent ordonné leurs batailles, les chefs » des seigneurs se mirent ensemble et se conseillèrent, un grand temps, comment ils se maintien- » droient (car ils veoient leurs ennemis grandement sur leur advantage (') , et alors dirent les » Gascons dessus dits une parole qui moult volontiers fut ouie. Seigneurs, nous savons bien quau » captai y a un aussi preux et seur chevalier de ses besongues, qu'on pourroit aujourd'hui trouver » en nulle terre, et, tant comme il sera sur la place, et pourra entendre à combattre, il nous portera » trop grand dommage. Si ordonnons que nous mettrons aux chevaux trente des nôtres, des plus » apports et des plus hardis, par advis, et ces trente n'entendront à autre chose, fors eux adrécer » devers le captai, et, de fait, ils prendront ledit captai, et le trousseront, et l'emporteront entre » eux, et le mèneront, à sauveté, oîi que ce soit; et la n'entendront fin de bataille : en sorte que » s'il peut être prins et retenu par telle voye, la journée sera du tout nostrc, tant fort ses gens seront » ébaliis de sa prinse. Les chevaliers de France et de Bretaigne qui là esloient, accordèrent ce » conseil largement, et dirent que c'estoit un bon advis, et qu'ainsi seroit fait. Si éleurent tantost » entre-eux trente hommes d'armes des plus hardis et dos plus entreprenans, par advis qui furent » en leurs routes; et furent montez ces trente hommes chacun sur bons coursiers les plus légers et » les plus roides qui fussent dessus la place, et se tirèrent d'un lez, sur les champs, advisez et informez » quelle chose ils dévoient faire » Les Français choisissent ensuite leur cri de guerre et proposent de faire le comte d'Auxerre leur souverain pour la journée; il refuse, et parmi les quelques
seigneurs qu'il nomme comme étant plus dignes que lui, on trouve Aymon de Pommiers « Or.
» continue Froissart, vous veuil conter des trente, qui estoient éleus pour s'adrocer au captai. Iceux » estans trop bien montez sur fleur de coursiers et n'entendans autre chose si non à leur entreprise » (si comme chargez en esloient) s'en vinrent, tous ferrez, là où le captai se combattoit moult vaillam- » ment d'une hache, et donnoit les coups si grans, que nul n'osoit approcher de luy. Si rompirent » la presse par force de chevaux et aussi parmi l'aide des Gascons qui leur firent voyage. Ces trente, » qui estoient aussi bien montez que vous avez ouy, et qui savoient quelle chose ils dévoient faire, » ne voulurent resonger la peine ni le péril : mais vindrent jusqu'au captai, et l'environnèrent, et » s'arrêtèrent dutout sur luy, et le prindrent et embrassèrent de fait entre eux par force; et puis » vuiderent la place, et l'emportèrent en celuy estât; et y eut adoncques grand abatis; et commen- » cerent toutes les batailles à se ranger celle part Car les gens du captai (qui sembloient bien » forcenez) crioyent : rescousse au captai, rescousse. Néantmoins ce ne leur pouvoit aider, ne valoir; » pour ce qu'en effet le captai fut emporté et ravi en la manière que je vous ai dit, et mis à sau-
» veté En ce grand hulin et froissis, et pendant que Navarrois et Anglois entendoyoient à suivir
» la trace du captai (qu'ils veoyoient mener, et porter devant eux, dont ils serabloyent forcenezl, » messire Aimemon de Pommiers, messire Petiton de Courton, messire le souldich de L'Estrade, et » les gens du seigneur d'Albreth, d'une force entendirent, par grande volonté, a eux adrecer au
(') Le captai de Biich avait rangft son armée sur une hauteur et attendait ainsi l'attaque des Français.
» pennon du captai, qui estoit en un buisson, et dont les Navarrois faisoyent leur estendard. Là eut » grand liutin, et dure et aspre bataille, car il estoit bien gardé, et défendu de bonnes gens; et par » spécial de mesire l'abbé de Marneil et naessire Geoffroy de Roussillon » Ce seigneur fut pris p;ir Aymon de Pommiers. Les Gascons, après de grands efforts, s'emparèrent du pennon; mais « là furent » navrez et durement blecez messire Petiton de Curton et messire le souldich de L'Estrade; et
» tellement que depuis, pour la journée, ne se peurent aider Et sachez que les trente, qui lo
» captai emportèrent ainsi comme vous avez ouy, ne cessèrent si l'eurent amenez à Vernon, à sauveté
» et mis dans le chastel »
« La seigneurie de Pommiers, dit M. M' Dupin dans l'ouvrage déjà cité, passa, vers la fin du » X1V« siècle, dans les mains de Pérot de Fontaines dit le Béarnais, par son mariage avec Marguerite » de Pommiers. C'est ce qui résulte des lettres du serment de fidélité par eux prêté, le 12 décem- » bre 1394, à Charles VL Elles contiennent en même temps la promesse, de la part du mari, de » faire hommage de ses terres de Pommiers et autres seigneuries, et de 2,000 livres de rente à vie, » à lui coBcédées par le roi, et de la part de la femme, l'engagement d'envoyer son fils Jehanot à » la cour pour y rester au service de S. M. » Mais ce qui paraît prouver que par la suite les seigneurs de Pommiers ne continuèrent pas à élre fidèles à la France, c'est que Guillaume Sans de Pommiers était maire de Bordeaux en 1434 ('), et que celui qui possédait cette seigneurie en 1 453 fut exilé par Charles Vil, après la seconde prise de Bordeaux. Depuis cette époque, nous trouvons dos Pommiers dans la magistrature bordelaise ; mais nous ne savons s'ils appartiennent à la famille si puissante du XIV* siècle, à celle qui l'a remplacée après la mort de Guillaume, ou à de nouveaux possesseurs de cette seigneurie après la conquête de la Guienne. En 1 552, un Pommiers est appelé par Delurbe : lumière du Sénat (').
Vers le milieu du XVIII' siècle, Jean-Zacharie de La Faurie est qualifié baron Villandraut, vicomte de Pommiers, président à mortier de la Cour des Aydes de Paris, ensuite conseiller lay et conseiller honoraire en la Cour du Parlement de Bordeaux; il était fils de Jean de La Faurie, qui avait épousé en 1700 dame Élizabeth d'Abzac de La Douze (').
Le château, après avoir été possédé par M. Béchade, qui a fait construire, il y a une vingtaine d'années, dans le milieu de son enceinte, une grande maison sans caractère, appartient maintenant à M. de Tarlas, neveu du général de Tartas, dont la mort prématurée a causé à Bordeaux autant d't'tonnement que de regreU.
Pommiers est un des châteaux les plus grands et les plus intéressants du département de la Gironde. Sa position, admirablement choisie sur un promontoire rocheux au-<lessus de la Vignague, petite rivière qui se jette dans le Drot à Morizès, lui donnait au moyen âge une grande' importance comme forteresse. Cependant, il est dominé de tous les côtés, mais à une certaine distance, par les coteaux environnants; aussi, soit que l'on vienne de Sauvelerre ou de La Réole par la grande route qui met ces deux villes en communication, soit par les chemins de traverse, on ne l'aperçoit que lorsqu'on arrive pres(^ue sur lui.
Son plan est un triangle irrégulier formé d'une succession de pans coupés, qui, sur le bord de la rivière, suivent autant que pos.>;ible les sinuosités des rochers, et forment du troisième côté, vers le plateau, une ligne irrégulièrement brisée (AD). On pénètre dans l'enceinte par deux grandes
', Chronique boTilela.if .'liU^; Kubiliaire df Guienne et de Gasccgne, \o\. U, i>. i\l.
portes placées aux deux angles nord et sud-ouest. Il y avait de plus deux poteraes encore apparentes : l'une au sud (C), l'autre à l'est (D), toutes deux près de l'angle sud-csl. D'autres poternes ont peutrêtre existé dans la courtine occidentale; mais cette courtine a presque entièrement disparu, ainsi que la
coupure (OP) qui séparait le château du plateau à l'exlrémité duquel il a été construit.
Il ne reste que de faibles traces de cette coupure, assez éloignée des courtines, ce qui donne à penser, ou que de larges lices existaient entre elles deux, ou qu'une autre I oupure a été creusée au pied des courtines, depuis la porte septentrionale jusqu'à la porte du sud. Dans ce cas, un simple chemin de ronde, comme à Rions , remplacé maintenant par un mur moderne, et se reliant aux deux ouvrages avancés ( barbacanes Ret S) qui précèdent les portes, aurait existé entre les deux coupures. Cette dernière conjecture paraît la plus vraisemblable, car il n'était pas d'usage, au XIII" siècle, de laisser un terre-plain devant les portes. Ces deux barbacanes (B et S] sont fort dégradées, et il est impossible, sans quelques fouilles, d'en tracer un plan exact; celle du nord, qui est triangulaire, me paraît assez moderne.
L'intérieur de l'enceinte offre fort peu d'intérêt : tout ou à peu près tout a été démoli. Une trèsgrande maison moderne, fort belle suivant beaucoup de personnes, mais qui, suivant d'autres, dépoétise ce paysage auparavant si triste et si sauvage, remplace les anciennes constructions dont il ne reste que l'emplacement. On voit encore, contre la courtine occidentale, un bâtiment du XVII* siècle (N), qui a remplacé l'ancien château placé au sud-est, ce qui fait dire que cette enceinte était jadis une ville renfermant une population de 300 habitants, défendue par deux forts, l'un appelé Château du seigneur, l'autre du Four (•). Un marché se tenait dans l'intérieur de l'enceinte; un bâtiment du XVI" siècle, placé en K, servait de halle.
Deux côtés de la forteresse étaient tout à fait inaccessibles, protégés d'abord par le ruisseau large et profond, ensuite par des pentes naturelles très-escarpées de B en C. des rochers de C en jt, et des rochers verticaux de A en S. Cette dernière portion ne fait pas partie de l'enceinte principale.
C) Jouannet; Statistique.
.Nous avons va plus haut que les murs et les approches des murs du troisième côté sont à peu près détruits ou dénaturés ; ce qui est d'autant plus regrettable que ce côté, étant le plus exposé, devait être celui où l'on avait accumulé les moyens de défense les plus intéressants. Nous avons vu aussi que c'est aux deux extrémités de cette ligne que se trouvent les deux portes du château. Celle du
nord (B), dont voici le plan, est fort simple; c'est une tour carrée, dont la saillie est à l'intérieur de l'enceinte, et sous laquelle passe un couloir interrompu par une herse, suivie d'une porte à doubles vantaux. Le couloir, en avant de la herse, est recouvert d'une voûte en berceau ogival; il est en plein-cintre du côté de la cour; l'extrados de l'arc intérieur, contre lequel venaient battre les vantaux, est, suivant l'usage, surmonté d'une console ayant dû servir à suppoiter une statuette. Les hommes chargés de manœuvrer la herse étiiient logés au premier étage, d'où s'avance une ligne de moucharabys. Une meurtrière en croix, comme celles déjà signalées ailleurs, défendait les abords de la porte, et prenait de front ceux qui s'avançaient pour passer le pont qui la précédait.
m^^ La porte du sud (Planche XXI) est fort intéressante (•) ; en voici un
^ ^^^^ plan. Le couloir extérieur f.4j est ogival, ainsi que le cintre sur lequel
BH^^H^^^^^^HP frappent les vantaux ; le couloir intérieur (B) est en plein-cintre, au fond
^ — ^^^g ggj yjjp console pour statuette. La petite porte de l'escalier, ouverte à 1 "50
^H|____^H|| au-flessus du sol, est ogivale. Le gros contrefort, qui empAte l'angle, est
^B une masse de maçonnerie nécessaire pour offrir à ce coin du chûteau une
forte résistance passive.
Le premier étage, directement au-dessus du couloir de la porte, est un carré-long se rapprochant du losange. Deux meurtrières s'ouvrant sous une embrasure voûtée en plein-cintre battent l'extérieur
du château : l'une sur la façade, l'autre du côté sud; une pelite fenêtre carrée prend jour du côté de la cour. Trois portes se trouvent dans cette chambre : celle qui vient de l'escalier et celle qui conduit sur le chemin de ronde des courtines (C) sont à linteau sur consoles, l'autre (A) n'a qu'un simple linteau; elle n'a pu servir qu'à conduire sur des hourds, dont on voit des traces sur la courtine. La voûte de celle chambre est en berceau ogival, et sa retomlwe ne se fait pas sur les mômes murs que celle du couloir inférieur. Dans un des angles en B est une cheminée fort primitive, dont le manteau, formé d'une seule pierre, s'enfonce dans les murs de droite et de gauche. Cet étage a S^as de hauteur.
Entre le premier et le deuxième étage, existe, dans l'intérieur de l'escalier, une porte à linteau sur consoles qui conduisait sur la courtine occidentale.
Le second étage est muni d'une cheminée. 11 est éclairé par des fenêtres géminées dont les baies sont en plein-cintre : cheminée et fenêtres sont du XV1« siècle. La voûte, en berceau ogival, retombe dans le même sens que celle du premier étage; sa hauteur est de 4™30. C'est dans ce second étuge, si bien aéré et si clair, qu'on fait voir dénormes chaînes destinées, dit la légende, à de malheureux prisonniers. Ces chaînes, scellées près des embrasures des fenêtres, servaient tout simplement à empêcher le recul des petits canons qu'on avait hissés dans cet étage à l'époque des guerres de religion ou de la Fronde. Ce n'était certes pas au-dessus des portes principales et dans les chambres
' date vue est prise du point V du plan , la vue du la planche XX est pri&c du point X.
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les plus commodes el les plus aérées des tours, qu'on renfermait les prisonniers. On peut monter sur la terrasse de la tour, dont on a démoli les créneaux. Sa hauteur, à partir du sol de la cour, est de 1 T^SO environ.
Ces portes ont avec celles de Sauveterre une telle ressemblance, comme construction et comme disposition, qu'il me paraît évident qu'elles ont été construites presque en même temps, c'est-à-dire à la fin du XIIP siècle.
Tout le mur du sud et celui de l'angle sud-est ont été bâtis sur la crête du rocher, dont ils suivent à peu près toutes les sinuosités. A chacun des angles s'avance un contrefort formant un long pilastre carré qui fait presque l'office de tour, car le chemin de ronde qui règne sur la courtine suit la saillie du sommet du contrefort, en sorte que les archers qui pouvaient s'y établir prenaient en flanc les assaillants qui s'approchaient du pied des courtines. Le chemin de ronde est large de I^SO, et le parapet a O^iO d'épaisseur. Ce chemin est plus large que l'épaisseur du mur, parce qu'à l'intérieur il s'avance sur une corniche.
Un seul contrefort, le premier du côté de l'ouest (T), est surmonté d'une grande échauguette dont voici le plan. Elle faisait complètement l'office d'une tour. Elle est munie d'un siège de latrines. Deux portes s'ouvrent à chacune de ses extrémités : une, celle de l'est, donne directement sur le chemin de ronde, et l'autre sur un escalier qui descend dans la cour, contre le mur, et dont la marche supérieure est au niveau du chemin de ronde; cette dernière porte, parfaitement conservée, est ogivale. Le contrefort sur lequel s'élève celte échauguette étant carré, le raccordement se fait au moyen d'arcs en cintres plus ou moins bombés.
Au point C (Voir le plan d'ensemble) est une poterne ouverte à la base du mur. Pour en facihter l'accès, le rocher a été coupé sur une largeur égale à celle de la porte. A peu de distance du mur .sud, et avant d'arriver à la prairie qui borde le fossé, existe une terrasse (EF) en pente douce, terminée brusquement par une dépression naturelle du sol. Cette terrasse devait être envelop|)ée par une barrière et servir de lices, comme celles qui précèdent la poterne (D' ouverte dans un angle rentrant de la courtine orientale. Le seuil de cette poterne est à une assez grande élévation au-dessus du sol des lices; plus tard, on a construit deux escaliers pour en faciliter l'ascension; un d'eux passe, du bord du ruisseau, sur les lices, et l'autre monte, de ces lices, à la poterne, dont le linteau est formé de fortes pierres plates.
La chapelle était en / dans une tour carrée en saillie sur le mur oriental; il n'en reste plus que le soubassement ; on y entrait par une porte ogivale. Contre l'extrémité orientale de la chapelle s'appuie un mur ancien, qui se prolonge jusque dans le lit de la Vignague. Un autre mur semblable existe après la poterne D. Cet espace laissé entre ces deux murs, n'a été sans doute si bien défendu que pour permettre de puiser de l'eau dans le ruisseau sans être inquiété; peut-être aussi la grande ouverture dans le rocher, et dans laquelle je n'ai pu pénétrer lors de mes deux visites à Pommiers à cause de l'eau dont elle était remplie, est-elle un souterrain communiquant avec l'intérieur de la cour et permettant aux chevaux et autres animaux renfermés dans le château de venir s'abreuver sans sortir de l'enceinte.
De la chapelle à la porte du nord, je n'ai rien vu de particulier à noter.
11 faut remarquer que cette forteresse n'a pas et n'a probablement jamais eu de tour pour défeiulre les courtines, car il ne faut pas considérer la porte et la chapelle comme des tours proprement dites.
Nous retrouverons à Rauzan, à Pujols et dans d'autres localités ce type curieux que nous n'avons encore rencontré que dans le sud-est du département.
Presque tous les châteaux avaient un ou plusieurs moulins qui en dépendaient ; quelquefois ils étaient assez éloignés de la place; d'autres fois ils eu étaient fort rapprochés : celui de Pommiers, situé en M, et dont quelques parties sont aussi anciennes que les murs du château, est dans ce dernier cas.
La vallée de la Vignague est extrêmement pittoresque, et le vieux château lui-même, une des ruines les plus remarquables du département de la Gironde, vu a travers les arbres magnifiques qui l'enveloppent au sud et à l'est, forme un des sites les plus ra\issants que l'on puisse voir.
riLLEDLE DE BOEDEACX
Chef-lieu de canton, arrondissement de Blaye.
Si l'on en croit Sidoine Appollinaire, et après lui Élie Vinet ('), la ville de Bourg aurait été fondée, au commencement du IV" siècle, par Ponce Paulin, aïeul de saint Paulin, évoque de Noie (*).
Les Paulin, dit Élie Vinet, « étaient seigneurs de Bourg sur Dordoigne, à cinq lieues de » Ikiurdeaus : et d'un bourg firent une ville, comme écrit Sidonius Appoltinaris en ses Carmes ('). »
Ou devrait s'incliner devant des autorités aussi resjxîctables. Cependant, après l'inspection minutieuse de la ville de Bourg, il m'était venu des doutes sur cette haute antiquité. Je n'avais rien trouvé appartenant à la période gallo-romaine, pas le moindre pan de mur, pas la plus petite brique à rebords; j'avais fouillé dans les décombres épars çà et là, et je n'y avais pas rencontré le plus mince tesson romain. Personne n'a pu me dire que pareille découverte y ait jamais été faite. Et cependant « Ponce Paulin avoit en sa ville une fort bêle maison, moût bêles galeries et greniers, un » teniplo, des bains bien aornés de beau marbre, et autres choses (*). » Les Barbares anciens ont eu beau briMer, démolir, .saccager les monuments; les Barbares modernes ont eu beau les raser, faire du moellon de leurs sculptures, labourer leur emplacement, — ou retrouve toujours quelque indice de leur existence passée. A Bourg, rien de tout cela.
Mais en face de toutes les objections qui naissaient dans mon esprit, je rencontrais toujours la grande figure de Vinet, lors(ju'enfin, en relisant avec attention WAnliquilé de Botirdeaux et de Bourg, rééditée il y a quelques mois à Bordeaux par M. Henry Ribadieu, j'ai vu qu'Élie Vinet lui-même manifestait son étonnement de ne trouver à Bourg aucun reste de cette belle maison : « De quoi ne » trouvères mémoire, dit-il, ni reliques aucunes pour le jourd'hui en la ville de Bouig ("). » Vinet écrivait cela au milieu du XVI* siècle; de plus, il ajoute qu'on ne peut avoir une trop grande confiance dans la description que donne de cette ville Sidoine Appollinaire ; car « il fist cela estant à
(') Anliquilé de Bnurdfaux et de Bourg.
('; Celle faniille des Paulin élail originaire de nortle.Tux, où elle possédait de nombreuses propriétés; le châleau qu'elle habiUil était situé sur l'emplacement de l'ancienne Intendance et de la place Puy-Paulin.
' Élie Vinet; Antiquité de Buurdeaux et de Bourg, } 87. — (♦) Idem, g 120. — (•) Idem, | 120.
» N^arbonne en Languedoc, et, ainsi que je croi, sans jamais avoir esté à Bourg, ains seulement » pour en avoir oui parler à des gens qui l'avoint mal informé de l'assiete du lieu. Car il semble » qu'il veuille planter Bourg sur son roc en Ambès, entre les deux rivières (*). »
D'après une tradition qui existe à Bourg, la ville n'était pas bâtie autrefois où elle est maintenant; elle s'élevait beaucoup plus à l'ouest. Là, en effet, à un kilomètre environ de la ville, sur le sommet d'un coteau plus élevé que celui de Bourg, aethera mons rumpens (*), existent des ruines galloromaines qui ont été visitées par Vinel, et qu'à Bourg on appelle à Paulin ou aux Gogues : « Or, je » n'ai pu oncques reconnoistre en la ville de Bourg chose qui me monstrast grand aage ; mais aus )) Gogues, qui est un lieu dans les vignes de dessous Bourg, oîi le seigneur de Lansac cuïlle de fort » bon vin, i a quelques restes de vieille muraille qui ne ressemblent pas mal de matière et façon à » celés du vieil Bourdeaus et du Palais Galiene. Je ne sai que cela peut avoir esté; mais j'ai la » quelquefois reconu un pan de muraille antique de cinquante et sis toises de longueur (^). »
Je me demande donc si Bourg, qui ne renferme rien, absolument rien d'antique, dont aucune construction n'est antérieure au moyen âge, est bien bâti sur l'emplacement de la ville (peut-être villa) des Paulin, et si, au contraire, nous ne devons pas chercher cet ancien Bourg dans les Gogues, où Vinet a vu, il y a trois cents ans, cinquante-six toises de murailles romaines (*).
Si cette opinion, que j'avance en hésitant, était reconnue vraie, il faudrait peut-être retarder l'origine de la ville jusqu'en 821, année de la fondation d'une abbaye de Bénédictins dont la maison et l'église abbatiale ont existé jusqu'en 1 595 (*). Depuis Sidoine Appollinaire jusqu'à cette époque, aucun historien ne fait mention de Bourg. Les annales de la ville demeurent encore muettes jusqu'en liai; alors fut fondée une abbaye de l'ordre de Saint-Augustin, sous le patronage de saint Vincent (^). A cette époque, si la ville n'était pas aussi étendue qu'aujourd'hui, elle possédait du moins un château qui, par sa position et la valeur personnelle de ses possesseurs, avait acquis une grande importance. En 1 199, Gérard de Bourg fut un des seigneurs qui vinrent s'inscrire à La Béole auprès de Richard-Cœur-de-Lion, pour le suivre en terre sainte C). Andron de Bourg assistait en 1242 à la bataille de Taillebourg, où Henri III, roi d'Angleterre, fut vaincu par saint Louis; la môme année, les seigneurs de Tontoulon et de Blanquefort s'emparèrent du château de Bourg, appartenant au vicomte de Fronsac, avec lequel ils étaient en guerre (*). Arnaud de Blanquefort paraît avoir conservé le château jusqu'à l'arrivée de Simon de Montfort, comte de Leycester, soit qu'il lui ait été donné par le roi d'Angleterre, soit qu'il l'ait gardé après l'avoir pris; car, le 12 septembre 1251, Simon, qui s'en était emparé sur Arnaud, « choisit un arbitre qui, avec l'arbitre déjà » désigné par ce chevalier et par Mabile, sa femme, doit prononcer sur l'indemnité due à Arnaud
(>) Antiquité de Bourdeaux et de Bourg, § 117. — [*) Sidoine. (') Antiquité de Bourdeaux et de Bourg, § 1 16.
(*) Voici le plan des 35 mètres qui restent actuellement de ces anciennes constructions. Le mur est bâti en petit appareil carré, a^fec rangs de briques; il n'en existe plus qu'un rang, et il n'est formé que d'une seule brique, tandis qu'ordinairement
il y en a deux ou trois superposées. Ce rang n'est apparent que dans la partie AB du mur et dans la tour D, qui n'est qu'un renflement semi-circulaire de la muraille. Un pavillon moderne, bâti sur les tours accouplées E, ne permet pas de voir si elles sont construites de la même façon ou si elles sont massives. La base du mur est bâtie en talus formé par les derniers rangs de pierre, qui avancent de 10 centimètres environ l'un sur l'autre. — Dans les vignes au milieu desquelles s'élève cette construction, on rencontre des quantités considérables de briques à rebord, de pierres concassées et des fragments de marbre.
(') Jouannet; Statistique du département de la Gironde. — (^) GalUa Christiana, t. II, p. 886. — C) ûupin; Notice historique et statistique sur La Réule, p. 29. — (') O'Reilly; Histoire complète de Bordeaux.
» et à Mabile pour ledit chAtean de Bourg et ses dépcnflances ('). » Cette indemnité était une concession conseillée par Henri III, qui fut obligé, dans certains cas, d'employer la douceur pour ramener les seigneurs gascons révoltés contre la tyrannie de son lieutenant.
Jusqu'à présent, il n'a été parlé que du château de Bourg comme lieu fortifié, et cependant la ville existait et avait même une certaine importance, puisqu'en 1261 une charte et des privilèges Furent accordés aux habitants; ces privilèges furent renouvelés ou, du moins, confirmés en 1284-85, en 1377-78 et 1 423-24 (*), et enfin par Louis XI. La charte originale se trouve dans la Collection de liréquigny, tome XXIX. Quelques années plus tard, le 22 mars 1273, une déclaration est faite par le maire et les jurais de cette ville au nom de tous les n)embres de la commune; en voici un des passages les plus curieux : « Lorsque le Roi vient pour la première fois en Gascogne-, il jure, on » fait jurer par son sénéchal, de défendre la ville envers et contre tous, de la préserver de toute » injure et de garder ses forts et coutumes. En retour, les habitants lui prêtent serment de fidélité. » Leur ville ne possède ni terre, ni propriétés communales, comme en ont les villes de la Lombardie j» et beaucoup d'autres; ils ne peuvent dire qu'eux ou leur commune aient quelque chose en fief du j» Roi, puisque, d'après leur coutume, il n'y a fief que là oîi il y a esporle ou investiture. Ils tiennent » du Roi, comme de leur souverain et prince, l'usage des rues, des places, des murs, des fossés et » des autres choses qui, en droit, sont dites de droit commun; ils tiennent de même le droit de » pêche et de navigation du fleuve. Ils possèdent un grand nombre de libertés, tant à 1 "égard des » personnes qu'à l'égard des choses; ils ont une mairie et une jurade avec les droits qui en » dépendent, et reconnaissent, en leur nom et en celui de la commune de Bourg, devoir au Roi tout » ce qui a été stipulé dans la charte de privilèges que ledit seigneur a donnée à leur commune ('). »
Entre autres choses, nous remarquons dans cette déclaration que la ville de Hourg avait l'usage des murs et des fossés ; elle était donc déjà fortifiée en i 273 ; mais il est probable que ces fortifications n'étaient pas suflisantes, puisqu'en 1280-81 Edouard !•', roi d'Angleterre, ordonne de la clore de murs (*). Du moment qu'elle fut sérieusement fortifiée, elle devint une des places les plus importantes du pays, ce qui sans doute devait être fort honorable pour ses habitants, mais ce qui leur attira aussi une foule de calamités. Bourg, par sa position en face du confluent de la Dordognc et de la (laronne, était, avec Blaye, la clef du pays, et pas une armée, soit de terre, soit de mer, n'arrivait en Guienne sans l'assiéger. En effet, le roi d'Angleterre ayant déclaré la guerre à Philippe le Bel, fit [mrtir une flotte commandée par Edmond, son lieutenant, qui, à la fin de 1294, reprit Bourg, dont les Français s'étaient emparés l'année précédente ('). Ces attaques répétées avaient dû dégrader les fortifications de la cité, car l'année suivante Edouard I" accorda des subsides aux maire, jurats et habitants, pour la fortification de la ville {'). Ces travaux étaient à peine terminés, que Robert ri'Artois, qui avait pris le commandement des troupes françaises en remplacement de Charles de Valois, s'empare sans trop de peine de presque toutes les places que les Anglais po.^sédaient on Guienne, excepté de Bourg, qui leur resta fidèle C).
Depuis longtemps le château de Bourg appartenait au vicomte de Fronsac. Pendant les neuf années (1294 à 1303) que la Guienne fut obligée d'obéir au roi de France, l'amour que les tièdes portaient à leur souverain légitime s'était affaibli, et Edouard sentait la nécessité, pour conserver la Guienne, de ménager les seigneurs de ce pays. Des diflicultés subsistaient depuis longtemps entre
(') Martial et Jules Delpit; Notice sur un manuscrit de la Bibliothèque de Wolfcnbutlet, p. 146.
(») Rôles Gascons. — (') Martial et J. Delpit; ll'olfenbuttel, p. 74. — {♦) Râles Gascons. — (») Chronique Bordeloise. — (") Rt'des Gascons. — 'j O'Rc-illy ; Histoire complète de Bordeaux.
le roi d'Angleterre et le vicomte de Fronsac, à propos du château de Bourg; en 131 4, elles furent aplanies, et il fut convenu que le vicomte rendrait hommage pour celui qu'il recevait d'Aymeric de Hourg, damoisel (*). En 1 322, le roi d'Angleterre ayant besoin de troupes pour la guerre qu'il faisait en Ecosse, demanda l'aide des seigneurs gascons. Dans la liste de ceux qui furent convoqués à cette occasion, on retrouve Aymeric de Bourg (*), auquel Edouard 111, à son avènement au trône, écrivit pour l'engager à lui être fidèle ('). La lutte entre la France et l'Angleterre ne pouvait tarder à se rallumer, et les Anglais faisaient tous leurs efforts pour mettre la Guienne en état de défense et la maintenir dans de bonnes dispositions. Le roi d'Angleterre écrivait aux seigneurs gascons pour les engager à lui être fidèles; il leur accordait des subsides pour mettre leurs châteaux en état de défense. On fortifiait les villes, on les remplissait de vivres et de munitions, on leur accordait de nouveaux privilèges. Dans un Mémoire adressé, à cet effet, à Hugues le Despenser, on trouve cet article : « 3° Item, soit ordide de mannder partie des vytailles a Burdeux, partie a Blayes et partie » a Burh ; car a Burgh covent mettre plus de foison de vitailles et d'armures, pur ceo qe hors de » Burgh covent vitailler Lyburne et Seint-Émilion. — 27" Item, q'il face mestre Thomas l'inginour » appareiller les espringaldz qe sont a Burgh et a Blayes, issint q'ils soient prestz a gulter (*). » Il fallait que Bourg fût une place de premier ordre, puisque c'était de là qu'on devait ravitailler deux villes très-importantes, et qu'elle renfermait l'arsenal et le chantier de réparation des engins.
Cependant, Edouard tardant à reconnaître Philippe de Valois comme roi légitime de France, celui-ci envoya en Guienne le comte d'Alençon, qui pilla le château de Bourg. Edouard, qui tenait à terminer la guerre d'Ecosse, consentit pour le moment à ce que voulait son rival; mais peu de temps après les hostilités recommencèrent plus terribles et plus acharnées que jamais. En 1338, Gaston, comte de Foix, prend le commandement de l'armée française, s'empare de Bourg ('), qui venait d'être de nouveau fortifié par les Anglais (^); la même année, le roi d'Angleterre avait écrit aux nobles et aux habitants de Bourg pour les remercier de leur fidélité et les engager à y persister. En 1341 , la ville était de nouveau au pouvoir de l'Angleterre, déclarée devoir rester entre les mains du Roi C), et la châtellenie en fut cédée à Bernard Daillon (*), et l'année suivante à Amanieu Belhord, seigneur de La Mote (^). Cette môme année, Bernard Ezii, seigneur d'Albret, avait été fait prisonnier par les Français dans la ville de Sainte-Bazeille. Edouard, pour le dédommager, lui donna plusieurs seigneuries en Guienne, et comme le nouveau serment du sire d'Albret l'exposait au courroux de Philippe, il lui promit, entre autres, le château de Bourg, reconquis depuis peu sur les Français (").
Depuis ce moment, et jusqu'au commencement du siècle suivant, la ville paraît avoir joui d'une tranquillité qui ne fut pas troublée par la présence d'armées ennemies; pendant ce temps, le roi d'Angleterre accorda de nombreux privilèges aux habitants, entre autres, en 1337, celui qu'il ne serait vendu, en gros et en détail, dans les auberges de la ville, d'autres vins que ceux de leurs crùs("). Mais les fortifications avaient besoin d'urgentes réparations : Edouard 111 imposa à cet effet la noblesse de la juridiction de Bourg ; les travaux étant terminés l'année suivante, l'impôt cessa d'être perçu ('^).
En 1363, toutes les villes et les seigneurs du Bordelais vinrent à Bordeaux rendre hommage au prince de Galles, qui prenait possession de la principauté d'Aquitaine, que lui avait donnée Edouard III, son père. Les députés de Bourg se composaient du maire, Arnaud Olivier, accompagné
(') Guinodio; Histoire de Libourne. — {') Bréquigny; tome VIII. — (') Rymer. — ('; J. Delpil; Documents — (', Guinodie;
Histoire de Libourne. — {"] Rôles Gascons. — C) Idem. — (') Idem. — (') Idem. — (">) L'abbé Montlezun ; Histoire de la Gascogne, vol. III, p. 252. - (") Rôles Gascons. — ("1 Idem.
(lAmaubin Congé, d'IIéliee de Laporto, d'Arnaut Johan et d'Hélies Aymeric ('). Trois ans après, la ville fut annexée à la couronne d'Angleterre (*).
Nous avons vu, en parlant de Rions, quelles étaient les raisons qui, en 1379, avaient engagé les villes du Bordelais à faire une alliance offensive et défensive sous le patronage de Bordeaux. Il y eut dans ce traité une clause particulière pour la ville de Bourg : celle-ci avait une bannière sous laquelle marchaient les troupes bourgeoises et celles de ses alliés; malgré cet ancien usage, les habitants de Bourg promirent que si ceux de Bordeaux étaient obligés de se mettre en campagne pour le service du Roi, ils marcheraient sous la bannière de la métropole toutes les fois qu'ils en seraient requis {').
Les rois d'Angleterre ne pouvaient conserver les villes de Guienne qu'à la condition de veiller à l'entretien de leurs fortifications. Déjà, nous avons vu que les murailles de Bourg avaient été réparées à plusieurs reprises; elles le furent de nouveau, en 1405-06, aux frais des habitants. Ces travaux n'étaient peut-être pas encore terminés lorsque le duc d'Orléans, fils de Charles V, roi de France, après avoir levé à grands frais une petite armée, vint mettre le siège devant Blaye et Bourg, il était appuyé par une flotte qui, ayant été défaite par la flotte anglaise, l'obligea de lever honteusement le siège et de retourner en France, où son équipée causa de graves mécontentements parmi le peuple et la noblesse, à cause des sommes énormes qu'avait coûté d'abord l'organisation de l'armée et celles qu'elle coûtait en campagne. Pendant le siège, le duc d'Orléans avait écrit qu'il était sûr de réussir à prendre Bourg s'il ne manquait pas d'argent, et le Conseil décida qu'il lui serait envoyé cent mille livres tous les mois f*).
Voici comment Monstrelet raconte celte campagne : « . . . Tous ensemble ( le duc d'Orléans et ses » six mille combattants] s'en allèrent mettre le siège devant la ville de Blaye, et très fort la travaillè- » rent de leurs engins. Et tant qu'en assez brief de temps, la dame d'icelle ville feit traicter avec » iceluy duc par si qu'elle lui rendroit ou cas que la ville de Bourg, laquelle ledit duc avoil conclud » d'assiéger, se submettroit à luy; et si promit aussi que durant le siège de Bourg, elle feroit » délivrer par ses subjects vivres aux François pour juste prix ; lequel traicté conclud, iceluy duc » d'Orléans s'en alla assiéger laditte ville de Bourg, qui estoit très fort garnie de grand nondjre de » gens d'anues, Anglois et Gascons, si furent dressez plusieurs engins contre les jX)rtes et murailles » f)ar les François, qui fort les dommagèrent ; mais ce nonobstant, les assiégez se deU'endircnt » vigoureusement. Durant lequel siège, ledit messire Clugnet (ou Clignet) de Brabant, admirai de » France, se mit sur la mer à tout vingt et deux nefs pleines de gens d'armes à résister contre les n navires du roi d'Angleterre, qu'à grande puissance pareillement estoient sur la mer; et se rencon- » trèrent l'un contre l'autre très durement, tant qu'il y eut de chacune partie plusieurs morts et » navrez; mais sans qu'il y eusl nulles desdictes parties outrées, se départirent l'un de l'autre; mais » les François y perdirent une de leurs nefs, en laquelle estoit Lionnet de Braquemont, Agieux de » Saint-Martin et plusieurs autres qui estoient audit duc d'Orléans; lesquels furent menez par les » Anglois à liordeaux. Et lesdits François, c'est à savoir : messire Clugnet, admirai; messire Guil- » laume de Villannes, capitaine de La Rochelle; messire Charles de Savoisy, et autres, retournèrent » vers Bourg, et raccontèrent à iceluy duc l'advcnture qu'ils avoient eue sur mer; lequel duc, après » qu'il eut esté environ trois mois audit siège, voyans la force d'icelle ville et aussi le message et » mortalité qui estoit en son ost, print conclusion avec les capitaines et s'en retourna à Paris en
(') J. Delpit; Documents p. 03. — i») Mm Gascons. — (•) Hullelin Polymathique, arin. 1812, p. 367. — (') Archives
hisloriijues, vol. I, p. 45.
» renvoyant ses gens d'armes. Pour lequel retour le peuple de France et aussi aucun nobles mur- » murèrent fort contre luy, pourtant qu'à l'instance dicelle armée on avoit par tout le royaume levé » une grande taille. »
Après cette vive alerte, la ville jouit pendant quarante-cinq ans d'une tranquillité parfaite, ou du moins ne vit plus sous ses murs d'armées ennemies; mais Charles VII, ayant résolu de conquérir la Guienne, envoya dans cette province une nombreuse armée commandée par Dunois, qui, après avoir pris Blaye dont Pierre de Montferrand était gouverneur, vint assiéger Bourg, défendu par cinq cents combattants, à la tête desquels était Bertrand de Montferrand, frère de Pierre. La ville fut vigoureusement attaquée par mer et par terre, et le siège ne dura que cinq ou six jours; « car, dit » Monstrelet, quand ceux qui estoient dedans veirent si grand puissance et en si belle ordonnance, » aussi bombardes et canons assortir devant eux, avec ces mines, approchements et trauchis, ils » requirent eux rendre leurs corps et biens saufs ('). » Ce fut Jacques de Chabanne, I"' du nom, seigneur de La Palisse, etc., grand-maître d'hôtel du Roi, qui fut chargé de traiter de la reddition de la place, dont il fut nommé capitaine (^). Bourg se rendit le 29 mai et conserva tous ses anciens privilèges (^).
Il paraît que cette ville ne prit pas part à la révolte de la Guienne en 1 453, puisque Charles VU lui permit de porter l'Écu de France en plein, avec deux lions pour supports (*).
L'expulsion des Anglais rendit pour longtemps à nos provinces une tranquillité qui ne commença à être sérieusement troublée que par la sédition de la gabelle : ainsi se nommait l'impôt prélevé|;sur le sel.
Jusqu'en ISil, les provinces de l'intérieur de la France payaient le sel beaucoup plus cher que celles qui occupaient les bords de l'Océan, où étaient les lieux de fabrication. François I"', après avoir, par des édits successifs, augmenté les prix dans ces dernières provinces, voulut égaliser cette perception dans tout le royaume ; de là, un grand mécontentement dans les pays exempts jusqu'alors de cet impôt. Sous Henri III, le mécontentement fut à son comble : on accusait, en outre, les- agents de l'impôt de mettre dans le sel du sable et du gravier. Les communes de l'Angoumois, de la Saintonge et de la Guienne se révoltèrent; les paysans, après avoir massacré les gabelous et pillé leurs maisons, parcoururent en masse les campagnes, et profitèrent de l'occasion pour attaquer les châteaux et les maisons riches, sous prétexte qu'ils appartenaient à des agents de la gabelle. Ils mirent à leur tôle un nommé Talmagne, qui ne manquait pas de talents militaires. Il s'empara sans peine d'une certaine quantité de châteaux qui lui opposèrent plus ou moins de résistance. Les villes se révoltaient à son approche, le recevaient comme un libérateur, mais ne tardaient pas à s'en repentir. Il pénétra ainsi dans Bourg, et dut, comme partout où il passait, laisser commettre à sa troupe d'épouvantables désordres; de là, il se rendit à Bordeaux, où les actes les plus déplorable.*, suivis d'atroces représailles , furent commis. Mais comme tout ce qui est violent ne peut avoir une longue durée, les populations ne tardèrent pas à s'apercevoir que l'impôt prélevé par le Roi élail moins onéreux pour elles que les pillages de Talmagne et de sa suite, et l'esprit de révolte se dissipa insensiblement.
Les troubles de la gabelle étaient à peine terminés, que la Guienne fut ensanglantée de nouveau par les guerres de religion. Bourg était une place de premier ordre, et son occupation était trop importante pour n'être pas disputée par les deux partis. En 1562, Piles, un des chefs des religion-
(*) Monstrelet. — (^) O'Gilvy; Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, vol. I, p. 95. — {'j Monstrelet, Mathieu de Coucy, Jean Chai'tier, etc. — (') O'Reillv; Histoire complète de Bordeaux.
naires, l'assiège, la saccage et brûle la plus grande partie de ses archives ('). En i5G8, le capitaine Dupleix, qui tenait campagne dans les environs de Bourg, apprenant que la garnison était sortie pour ravager le jJays, attaque la ville et l'emporte en plein jour par escalade. Les habitants, (jui étaient presque tous catholiques et qui supportaient avec peine le joug des protestants, flrent l>eu ou point de résistance; ils furent épargnés. Le château n'était pas fortifié; les soldats qui y étaient restés se rendirent à condition qu'on leur laisserait la vie. I^ garnison, ignorant ce qui se {Kissait, revenait le soir en désordre : Dupleix la tailla en pièces (*). L'année suivante, Piles voulut reprendre la ville, mais les Bordelais y envoyèrent un prompt secours, et le siège fut levé f).
La ville resta donc au pouvoir des catholiques, et le seigneur de Lansac, auquel appartenait le château, était, par ses alliances et sa fortune, un des hommes les plus influents du pays. La ville, dont il était seigneur, était une des plus fortes de la contrée; aussi est-ce chez lui que le duc et le cardinal de Guise se rendirent en 1577 |)our accréditer la Ligue dans la Guienne (*).
Après la mort de Henri 111, les religionnaires se saisirent de Bourg par surprise; mais le capitaine La Louisière, qui commandait le château, s'y barricada et donna le temps au Parlement de Bordeaux d'envoyer des secours. Les religionnaires ne l'attendirent pas, levèrent le siège et se réfugièrent à Créon (»).
Jusqu'au voyage de Louis XIII en Guienne pour son mariage avec l'infante Anne d'Autriche, l'histoire ne trouve aucun fait mémorable à raconter concernant la petite ville qui nous occuj)c. Ce monanjue s'arr<^ta à Bourg : son intention était de se rendre à Bordeaux en passant par Libourne; mais ayant appris qu'un parti de religionnaires l'attendait du côté de Guîtres pour se saisir de sa personne, il s'y rendit juir eau, malgré les assurances du duc de Guise, qui se vantait de traverser toute la Guienne et de faire tète aux ennemis avec les dix-huit cents cavaliers (jui l'accompagnaient (•). Celte auguste visite fut suivie peu de temps après de celle de la reine-mère, qui, en 162i , fit un voyage à Bordeaux. Après avoir visité Blaye, elle se rendit à Bourg, où l'attendait le frère du roi {').
Jusqu'à présent nous avons vu la ville de Bourg prendre une part active à tous les événements qui se sont pssés dans la Guienne; les troubles de la Fronde, commencés à Bordeaux en 1648, ne lui laissèrent pas plus de repos qu'aux autres villes de la province. Elle avait pris le parti des Bordelais; mais Desaugeys, que le duc d'Épemon avait de sa propre autorité nommé jurât l'année précé«lente, voulut reconnaître cet honneur : il se saisit du château de Bourg et y mit garnison (*). Le duc d'Épcmon savait combien il im[>ortait de garder celte place, qui était la clef de la Dordogne; aussi y entretenait-il toujours une bonne garnison. C'est là que l'année suivante le roi et toute sa suite se rendirent : l'intention de Sa Majesté était de s'arrêter à Libourne avec toute la cour; mais la contagion occasionnée par les blessés, et les révoltes incessantes des paysans des environs, forcèrent le roi et sa suite à se retirer à Bourg pendant que la Mailleraye assiégeait Bordeaux. C'est dans celte petite ville que, le I" octobre 1650. fut signée la paix entre les députés bordelais cl les commissaires du conseil d'fitat (•). Deux jours après, la princesse de Condé vint se présenter à i;i cour: elle entra dans la chambre de la reine, tenant son fils par la main; elle se jeta aux pieds
(') Dom Devienne ; Histoire de Bordeaux. — (*) Idem. — (') Idem. — (*) Chronique Bourdeloise. — Dom Devienne ; Histoire de Bordeaux.
{*) La Colunle; Histoire curieuse et remarquable de la ville et prorince de Bordeaux, vol. II, p. 34. — ['} Darnal; Chronique Bourdeloise, p. 158. — ') Continuation (le la Chronique Bourdeloise, p. 4.
(•) Fonteneil; Histoire des mouvements de Bourdeaux, p. 39. — (•) Dom Devienne; Histoire de Bordeaux.
Vol. I. 10
de Sa Majesté et lui demanfla la liberté de son mari; le lendemain, elle quitta la cour et coucha à Fronsac. Leurs Majestés firent leur entrée à Bordeaux le 5 octobre.
La tranquillité ne tarda pas à être troublée : les Bordelais se révoltèrent de nouveau ; une faction populaire appelée YOrmée était maîtresse de la ville, et la plupart des cités environnantes avaient pris parti pour elle. Bourg étail de ce nombre. Les Ormistes ne se sentant pas assez forts contre les troupes royales, demandèrent du secours aux Espagnols. Ceux-ci envoyèrent le baron de Valeville, qui avait le commandement supérieur des troupes espagnoles. Le prince de Condé mit dans Bourg une garnison de six cents de ces étrangers, commandés d'abord par Vateville, auquel succéda bientôt Ozorio. Quelque temps auparavant, Vateville avait fortifié la place. Mazarin, ayant résolu de soumettre Bordeaux par la famine, ordonna à ses lieutenants, les ducs de Caudale et de Vendôme, de se saisir des villes qui bordaient les deux fleuves. En conséquence, le 29 juillet, le duc de Vendôme bloqua Bourg du côté de la rivière, tandis que le duc de Caudale l'attaquait du côté de la terre. Malgré la surveillance active de l'amiral, Marchin , officier de l'armée de Condé, parvint à jeter du secours et des vivres dans la place, à la face de la flotte royale ('). Ce secours et la bonne garnison qu'il commandait ne purent décider Ozorio à se défendre vigoureusement. Jacques de Rolland, écuyer, seigneur du Pont, chevalier de l'ordre du roi et capitaine dans le régiment de Guise, contribua grandement à sa reddition; il avait connu Ozorio en Espagne. Profitant de cette ancienne relation, il lui fit passer un Mémoire qu'il avait concerté avec les généraux. Ozorio, convaincu qu'il ne pouvait résister, capitula au bout de six jours de siège, et rendit la ville le 5 juillet. La garnison se retira en Espagne ('). Arrivé dans son pays, Ozorio fut accusé d'avoir trahi son devoir, enfermé dans le château de Saint-Sébastien, jugé et décapité (^).
Louis XIV prit si bien ses précautions, que les Bordelais ne songèrent plus à se révolter, et que la Guienne, entièrement soumise, s'habituanl à la tranquillité, devint une des provinces les plus florissantes du royaume. La ville de Bourg ne gagna rien à tous ces changements. Sa position en faisait, au moyen âge, une des places fortes les plus importantes du pays. Maintenant, éloignée de toutes les grandes voies de communication, elle n'est qu'un lieu de relâche pour les barques qui attendent la marée. Son commerce est peu étendu, et l'on ne voit guère embarquer dans son porl (|ue les vins qui se récoltent dans les environs.
La ville de Bourg-sur-Mer (Planche XXV, n° 1) est bâtie, presque en face du Bec-d'Ambès, sur un rocher perpendiculaire de 20 mètres environ de hauteur, qui domine la rive droite de la Dordogne, large en cet endroit de 1 ,450 mètres (*). Ce rocher forme, du côté du sud-ouest, un promontoire assez saillant servant d'assiette au château (D). La ville n'était accessible que par le nord-est et le nord. Là ont été creusés deux fossés parallèles, entre lesquels existait un chemin de ronde qui a été considérablement élargi aux dépens du fossé extérieur. On y a établi une belle promenade plantée d'arbres. Un second fossé, ou plutôt une dépression naturelle, paraît aussi avoir existé à l'est, en dehors du fossé intérieur, en partie naturel, en partie artificiel.
Au nord et à l'est, les murs sont à peu près en ligne droite; au sud, du côté de la rivière, ils suivent les sinuosités du rocher, qu'ils surmontent. Lorsque les inégalités de ce rocher ont été trop
(') Balthazar ; Histoire des guerres de Guienne. Bibliolhoqiie elzevirienne, p. 365.
(') Doui Devienne; Histoire de Bordeaux. — Balthazar; Histoire des guerres de Guienne. — O'Gilvy; Nobiliaire de Guienne et de Gascogne. Généalogie do la famille de Rolland. — (') Dom Devienne; Histoire de Bordeau.r.
(*) Les habitants des rives de la Dordogne donnent le nuni de mer à celte rivière, jusqu'au point où le reflux se fait sentir.
fortes, on a bAti (Vexcellentes murailles pour combler les vides. A l'ouest et au nord-ouest, les murs suivent le sommet du j)roniontoire.
Il ne reste presque plus lien des anciennes fortifications, qui furent à peu près toutes démolies eu vertu d'une ordonnance de 1663 ('). Tous les murs du nord ont été détruits, sauf un petit fragment, couvert d'herbes et de ronces. A l'est, ils existent encore, mais ils ont été remanies si souvent, qu'ils n'ont plus aucun caractère; ils sont presque entièrement en moellons, sauf ceux d'une petite tour carrée sans intérêt. Du côté de la rivière, rien qui vaille la peine d'être étudié. Ceux qui entourent le château sont en grande partie modernes. Le soubassement d'une partie de ceux du nord-ouest est intact. On voit par là qu'ils avaient 1"70 d'épaisseur, et qu'ils étaient formés par un blocage intérieur, revêtu d'un parement en petits moellons carrés et piqués. Ceux de la ville basse n'ont pas laissé de traces.
On entrait dans la ville par trois poi-tes, peut-être quatre. Au nord, près de l'angle nord-ouest, la porte de Blaye (C); au nord-est, la porte de Saint-André (B); au sud, mais ayant son ouverture tournée vers l'est dans un retour d'équerre du rocher, la porte du Port (A). Enfin, il existe dans le rocher, au Sud, entre la place du Marché et celle de la Mairie, une solution de continuité recouverte d'une grande arcade en plein-cintre, murée maintenant, et fermant une espèce de rue en pente très-raide conduisant à l'extrémité occidentale de celle du Château-Vieux (m) {*). Ce couloir, large d'environ 10 mètres, profond de 8 à 10 au-dessous de Tarche qui le recouvre, défendu à droite par des constructions maintenant sans caractère, et à gauche par le chevet d'une église romane (Lj et des murs de construction très-ancienne, pourrait bien avoir été ou une entrée de la ville, ou le premier fossé du cluUeau, dont le .souvenir est resté dans le nom de la rue percée sur son emplacement ('). Il existait. peut-être une poterne (co) à l'extrémité méridionale de la rue Neuve, oîi l'on voit maintenant un escalier moderne qui descend dans la rue du Roc (r), au pied des rochers.
On arrive de plain-pied dans la citadelle ou château de Bourg (D). Il n'était pas cependant d'usage (ju'nn château, môme dans une ville, ne fût pas isolé f»ar un fossé particulier. Ce fossé devait exister dans la dépression, encore parfaitement visible, qui est occujM^e actuellement par la rue Neuve, tourner devant la porte de la citadelle en A', et rejoindre le point Z. où il rencontrait la pente du promontoire. La dépression de A' en Z est très-marquée.
Nous voyons, par le Catalogue des Rôles Gascons, quÉdouard III permit à Milel de Boilhe de construire une maison forte dans la châlellenie de Bourg (pro Mileto del Buithe ticentia conslruendi domum fortem in terra sua infra castellaniam de Burgo). Si c'est le château de Bourg qui est ici «lésigné, ce ne devait être qu'une reconstruction ou une réparation; car il est probable, pour ne pas dire i)ositif, qu'un château existait à Bourg avant le XIV» siècle, et qu'il occupait la pointe du promontoire, c'est-à-dire l'emplacement de celui qui existe actuellement. Il est probable aussi qu'il
V Jounnnet; Staduliqut dmUpartemenl de ta i, •,•',.••■.
(*) Voici le nom des rues et des places de la ville (voir le plan, Planche XXV) : a, rue des ReligieiiscB; 6, rue des Récolels; '■. iilaoe du Couvent; d, grande Rue; c. rue du Tertre; f, rue Saint-Martin, dans laquelle était la chapelle Saint-JIartin; y, (j. grande rue du Port; /i, rue d'Ambarenne; i, petite rue d'Am baronne; m. rue du Cliàteau-Vieux ; n, rue Poyenne; o, impasse Langon; p, rue Leydet; q, rue de la Plume; r, rue du Roc; », rue de l'Abbaye; E, hôpital; .V, place d'Armes; P, port.
C) Il arrivait souvent que, lors<iu"un chàtrau (Uait situé sur un point élevé, on jiniliquait, pour lui servir d'i-ntrée, une tranchée qui, partant du pied du mamelon, montait eu pente assez rapide jusqu'à une certaine distance dans la basse-cour. Ce chemin creux, quelquefois tracé en zigzag, était souvent interrompu par plusieurs obstacles, et défendu, à droite et à gauche, par des murs ou des terrasses. On en trouve un exemple dans le château de Ro(iuelaillade, et j'en fournirai d'autres pris également dans la Gironde. Une des plu.s curieuses entrées de ce genre existe a'.i château de l'rouilly, eu Tnurraino. Le chilleati 1 Angles, dans le Poitou, en fournit un autre exemple, et bien des châteaux du PérigorJ ont des entrées analogues.
s'étendait plus loin, vers l'est. Le chAteau moderne nesi qu'une grande rnai.>-on qui ne mérite d'être
visitée qu'à cause de son admirable position.
Au milieu de la place existe une halle fort ancienne !F), mais de la plus grande simplicité; elle se compose de dix gros piliers octogones en pierre, couronnés par un tailloir servant de chapiteau, sur lesquels s'appuient les sablières de la charpente. Les piliers sont reliés, à leur base, par un bahut à hauteur d'appui, avec un banc en pierre qui fait tout le tour intérieur de la halle, sauf dans les endroits où l'on a ménagé les entrées. Dans la grande rue, ou voit une jolie maison du XVl* siècle.
On a vu plus haut que l'on pénétrait dans la ville par trois portes principales : celle de Saint- André est entièrement démolie, et les renseignements qui m'ont été donnés sur sa forme ne me sufliscnt pas pour en faire une description quelconque. Cette démolition a eu lieu, assure-t-on, pour laisser le passage libre aux charrettes chargées de foin. 11 est désolant de penser que c'est pour un motif aussi misérable que depuis cinquante ans la plupart des villes de la Gironde se sont dépouillées de leurs anciens édifices, lorsque partout il eût été si facile de percer, comme à Sauveterre, une grande ouverture à côté de la porte. Dans les grandes villes, déjà assez intéressantes par elles-mêmes, on emploie des millions (et pas un homme intelligent ne les regrette) pour conserver les monuments; et dans les petites, qui n'ont souvent de curieux que leurs vieilles murailles et leurs portes, on fait de folles dépenses pour les détruire, quand on devrait les conserver religieusement, comme, lorsqu'on a du cœur, on se fait gloire, quoi qu'il arrive, de ses titres de noblesse.
La porte du Port (Planches XXII et XXIII) n'a probablement été sauvée que parce qu'elle recouvre une rue très-rapide (la grande rue du Port), dans laquelle de gros fardeaux ne peuvent pas monter, et que, reposant sur le rocher, on a pu impunément, après avoir adouci la côte, en saper la base et conserver la voûte et les pieds-droits. Il est probable qu'on n'arrivait pas autrefois de plain-pied comme maintenant jusqu'au seuil de la porte, mais qu'elle était précédée d'une cavité que l'on franchissait, quand on ne venait pas avec des intentions hostiles, sur un pont en bois, facile à enlever dans les moments de siège ou lorsqu'on craignait une surprise.
Le côté extérieur du couloir (voir le plan, Planche XXV, n" 2) présente d'abord une arcade ogivale (A), contre laquelle s'appuyaient les vantaux de la porte, dont les gonds sont encore en place. Ces vantaux roulaient sous une voûte en arc bombé, suivi d'une seconde arcade ogivale de même hauteur que la première, et derrière laquelle tombait la herse. Derrière la herse, une autre arcade ogivale (B), plus haute et plus large que les précédentes; puis enfin trois arcades en plein-cintre, plus ou moins réguhères, sous lesquelles roulaient d'autres vantaux. La Planche XXIII fait bien comprendre cette disposition. Sur l'intrados de la large arcade (B) et au-dessous de l'intrados de l'arc qui la suit, existe une niche recouverte d'une contre-courbe destinée à placer la statuette de saint Girons, patron de Bourg.
La porte paraît avoir été recouverte d'une tour à pans coupés sur la façade extérieure, et accompagnée d'une tourelle sur encorbellement. Les pans coupés sont disposés de façon que lorsque, du sommet, on laissait tomber des projectiles, la chute des uns était verticale, tandis que les autres, rencontrant un plan incliné, pouvaient ricocher à une certaine distance. La tour est rasée jusqu'au sol du premier étage.
A 2 mètres environ au-dessus de l'arcade extérieure, on a incrusté un écusson dont la position inclinée est fort rare dans nos contrées (Planche XXV, n" 3). Il est surmonté d'un casque de face, et il a pour tenans deux oiseaux, dont celui de droite est un coq; la tête de l'autre est si fruste, qu'on n'en peut voir sa forme; mais je crois que c'est un autre coq.
Nous avons va que Bourg avait été fermé do murs en 1280; (ju'une réparation y avait été faite
en 1295, uue autre réparation fort importante en 13a8, une troisième en 1403, et une dernière,
sous la Fronde, vers 1648 : celle-ci consistait probablement en de simples bastions. La porte du
Port est de cette première époque, mais 1 ecusson et la niche me paraissent de celle du XV» siècle.
La {)orte de Blaye (Planche XXIV) s'ouvrait entre deux tours : une ronde, appelée lour de Gog
>u des Gogups. et l'autre barlongue. Cette dernière, la moitié du couloir de la porte et l'étage qui le
sunnootait, ont été démolis en 1839; mais le côté occidental du couloir et la tour ronde ont été con-
; serves. Voici une vue de la porte telle qu'elle existait avant sa démolition; elle est dessinée d'après une aquarelle de Roger ('). Cette porte datait de la fin du XV« siècle. L'ouverture extérieure de son couloir était ogivale; il était interrompu par trois portes successives, dont les gonds sont encore scellés dans la paroi qui n'a pas été démolie. Le premier étage était éclairé, du côté de la campagne, par une fenêtre surmontée d'une contrecourbe et encadrée de pilastres à clochetons. La tour de l'est s'élargissait, au prt.iiiicr ela^e, au moyen de deux encorbellements placés à peu de distance l'un de l'autre. Les ouvertures carrées qui se voient dans cette tour [«iraissent assez modernes.
L'ingénieur du XIII* siècle avait ménagé une porte dans le môme endroit, mais il est probable qu'elle s'ouvrait entre deux tours rondes. Une de ces tours existe encore, mai.s fort dégradée et englobée dans les constructions du XV* siècle (Planche XXV, n" 4). L'intérieur est carré et renferme deux étages au-<]essus du rez-dc-chau.ssée ; celui-ci est recouvert d'une voûte d'arôtes ogivales, actuellenient effondrée, dont les nervures retombent sur des pilastres à pans coupés. Cette chambre
"; r .r n.-iquit à Bordeaux le 7 mars 1778; il était fils de Jean-Riptiste Roger, qui fonda, avec une tante
•le m 1. i, cette maison de commerce dont la célébritt! est devenue universelle.
Ituger avait trois frères?, qui embrassèrent différentes carrière» et devinrent tous des hommes distingut^s.
Appartenant à une famille qui avait une brillante fortune. Botter reçut une éducation soignée. Il fut envoyé au collépe de Sorèze, dirigé alors par les Hénédictins. Là, un professeur italien lui donna les premiers éléments de dessin. Ses études terminées, il voyagea, fuissa quelque temps en Allemagne, revint à Bordeaux, où il se maria avec M"« Laureiis.
Depuis sa sortie du collège, il avait laissé le dessin de côté. Il avait pris seulement iiueKiues leçons de M. Lacour. Mais, ^lyant perdu l'aîné de ses enfants, son seul fils, il chercha des consolations dans l'étude de la peinture, qu'il cultiva avec tant de succès, qu'il devint un des premiers aquarellistes de son époque. Il excellait surtout dans les ciels et les arbres, qu'il poiLiiait presque toujours d'après nature. Bareinenl il ^'^i^liir <<.s a<iuarclles, mais il les donnait à ses ,iinis. et prosciue tous les nin.itciirs de Bordeaux en possédaient quelques-unes.
A la suite d'un voyage dans les Pyrénées, oii il avait recueilli une grande quantité de croquis ([u'il avait rinlriuinn de litliograpliier et de rasiiembler en album, il (It un essai de dessin sur pierre; mais une attaque d'apople.xie remi>éeha d(.' réaliser ce projet. Depuis ce moment, ses facultés intellectuelles et physiques s'éteignirent peu à peu, et quatre ans iilus tard, le 3 août 1830, il mourut à l'âge de cinquante-deux ans.
Boger était membre de l'Académie de Bordeaux. Il avait obtenu, en 1827, le premier prix de la Société Philomalhiqiie. Il a laissé une quantité considérable d'aquarelles : toutes sont remarquables à plusieurs titres, mais surtout par la vigueur du coloris et le sentiment profond de la nature. Sa fille, M°« Capelle, qui s'est retirée à Bourg avec sa vieille mère, possède des albums d'une grande valeur, composés uniquement d'aquarelles et de dessins laissîés par son père lors dte son décos. C'est «rice à son obligeance que je i>eiix duiiner une vue de l'ancienne porte de Blaye, et cette courte notice biographique.
n'était éclairée que par des meurtrières cruciformes (Planche XXV, n° 7), dont l'intijricur, à linteau droit, est sous une embrasure recouverte d'une voûte bombée. Deux de ces meurtrières seulement sont entières, une au nord et l'autre à l'ouest. Une troisième a existé à l'est; elle est en partie murée et en partie remplacée par une porte qui date de la restauration du XV» siècle. Au sud était une porte, dont la destruction date aussi du XV' siècle. Ce côté de la tour est d'ailleurs assez dégradé; mais là ne devait pas exister de meurtrières, parce que cette partie du mur fait face à l'intérieur de la ville. Ce rez-de-chaussée ne paraît pas avoir eu de communication avec le premier étage, qui, ainsi que le second, ont été planchéïés; ils ont des meurtrières cruciformes comme celles du rezde-chaussée, mais en plein-cintre à l'intérieur et bien plus étroites; elles sont toutes murées, ainsi qu'une porte percée en biais dans l'angle sud-ouest, par laquelle on passait sur les courtines qui s'appuyaient contre la tour. Impossible de voir ce qui était dans la portion ruinée du sud ; mais là se trouve une porte percée au XV« siècle et qui conduit dans la chambre qui existait au-dessus du couloir de la porte. Le second étage a été remanié au XV« siècle et percé d'embrasures pour de petits canons destinés à battre les fossés dans tous les sens et même par-dessus la toiture de l'autre tour. La tour cylindrique et celle de même date qui, sans nul doute, existait en face, ne défendaient pas la porte proprement dite, mais le passage, le pont qui la précédait. Elles étaient fortement en saillie sur le fossé. Le couloir de la porte était en arrière; ce qui le prouve, c'est une meurtrière (A), (|ui est certainement aussi ancienne que la tour et qui battait le couloir percé entre deux murs trèsépais. Les lignes tracées an pointillé sur le plan i\° 4 de la Planche XXV indiquent la forme supjwsée de la porte du XIII* siècle.
Revenons au rez-de-chaussée de la porte. On a vu comment est composé celui de la tour des Gogues et comment une porte moderne (B) remplace une ancienne meurtrière. On entre maintenant par une porte en plein-cintre (C), à laquelle il est difficile d'assigner une date. De cette porte, on va directement dans le rez-de-chaussée de la tour, en passant sous un grand assommoir carré (D) (ju'on pouvait desservir depuis le premier étage du couloir et le sommet de la tour. Une autre porte (E), dont le linteau est surmonté d'une contre-courbe écrasée, pénètre dans un étroit corridor (|ui, à droite, communique, par une porte très-basse, avec un couloir étroit (IL) percé dans l'intérieur d'un mur qui s'appuie contre le massif de la porte, et se dirige vers le nord, où il devait faire partie d'ouvrages avancés. Une porte (M) est, dit-on, l'entrée d'un souterrain par lequel on se rendait à la citadelle. Si celte tradition est vraie, et rien ne paraît s'y opposer, on pouvait, à l'insu des assiégeants et des habitants de Bourg, faire passer des hommes et des munitions dans les défenses entourant la porte, ou les retirer à volonté. Le mur LM est trop dégradé pour qu'on puisse voir positivement l'usage auquel il était destiné; il paraît appartenir à l'époque de la restauration de la porte.
A gauche de l'assommoir D existe un escalier assez large, se dirigeant d'abord en ligne droite dans l'épaisseur du mur, puis prenant, à partir de la dixième marche, la forme d'une ellipse, pour reprendre la forme cylindrique à partir du premier étage. A moitié de sa hauteur existe la meuitrière A, dont il a été parlé, chargée de battre le couloir de la porte; puis, plus haut, une porte ou fenêtre murée; et enfin, dans le haut du premier étage (Planche XXV, n» 5), une grande fenêtre percée en soupirad et répandant une abondante lumière dans tout l'escalier. Arrivé sur le palier du premier étage, on trouve un large corridor placé au-dessus de celui du rez-de-chaussée. A gauche est la porte qui passe dans la tour; à droite, celle qui va dans la chambre du premier étage. Entre ces deux portes et deux autres portes qui ferment le corridor, existe l'assommoir, assez large pour intercepter toute communication lorsqu'il n'était pas recouvert par une trappe, et pouvait, lorsqiiil
t'tail rouvert par un plancher très-mince, servir de piège à ceux qui n'étaient pas prévenus. Le corridor se prolongeait jusqu'à la rencontre d'une embrasure destinée à de très-petits canons; elle est percée de deux orifices superposés ( Planche XXV, n" 6), un servant à passer le bout de la pièce, cl l'autre destiné à examiner les environs et à laisser sortir la fumée. Je n'ai pu voir le sol de cette embrasure; mais vers l'extérieur, on aperçoit une gargouille dont l'orifice intérieur doit être dans un angle près du sol : elle était destinée à l'écoulement de l'eau qui avait servi à laver la pièce. Les orifices extérieurs de ces embrasures sont de petits trous ronds surmontés d'une mince fente verticale; ils sont bien apparents dans la Planche XXIV.
Les pieds-tlroits de toutes les portes du corridor sont biseautés en gorge ; cette moulure existe également sur le linteau, qui est droit, avec une légère courbure dans les angles.
La porte de Blaye offrait un très-grand intérêt, parce que c'était certainement une des premières forteresses construites lorsqu'on a commencé à faire un usage régulier du canon pour la défense des places fortes. La ville de Bourg, à qui elle appartient, l'a louée à un charron, je crois, qui y dépose ses matériaux. Juscju'ici, rien de mieux; mais il se sert d'un réduit à l'entrée du corridor IL pour chauffer son fer, et, dans ce but, il y allume un feu si violent, que les pierres sont entièrement hrûlées. Si la municiplité tolère encore quelque temps cette industrie, les pierres calcinées tomberont, et la chute d'une partie de la tour des Gogues ne tardera pas à les suivre.
Si l'on en croyait la tradition, la ville était autrefois plus grande du côté du nord qu'à présent. Rien ne justifie cette tradition. Qu'autrefois il y ait eu sur les chemins qui conduisent à la ville plus de maisons que maintenant, c'est |K)ssib!e, quoique j)eu probable; mais, comme place de guerre. Bourg ne s'est pas agrandi depuis qu'il a été entouré de murs au Xlll* siècle. La \ille basse, qu'on apiKilait la Relraile du temps des Anglais, était également entourée de murs, mais non toutefois de si l)onne muraille, dit Vinet. Il n'existe plus de trace de ces fortifications, et toutes les maisons (|ui sont au sud des rues du Roc (r) et de i'.4bbaye (s) sont mo<lernes. Quelques-unes de celles qui longent la grande rue du Port fgg), et les petites rues adjacentes, ont un certain caiactère d ancienneté. Là se trouve une fontaine (G) du XIV* siècle, recouverte d'une voûte en mitre écrasée. H est certain que celte source, qui est extrêmement abondante, était trop importante pour que, de lx)nne heure, on n'ait pas songé à la protéger par de bonnes défenses. Elle fournit de l'eau à une |)artie de la ville. Près de là, en M, se trouvait l'abbaye de Saint-Vincent, qu'un devait également avoir entourée de murailles. Il est à peu près sur que les fortifications de la ville basse remontent au XIII* siècle, comme celles de la ville haute; car le roi d'Angleterre permit, en 1291, à Alquard Korlun, bourgeois de Bourg, d'établir un étang dans les fossés de la ville ('). Il est évident qu'on ne pouvait faire un étang dans les fos.sés de la ville haute, oii il n'y a pas et où jamais il n'y a eu d'eau. Ni net dit que la ville basse était presque aussi grande que l'autre. Je crois cependant qu'elle ne iléiKissait pjis la ligne méridionale des rues du Roc et de l'Abbaye.
La ville renfermait plusieurs couvents : le premier en date, fondé en 821 , étHit un couvent de Bénédictins; il était, d'après Vinet, près du cli.^teau, sur le bord des rochers. Nous avons vu plus haut (pi'une ancienne arcade murée recouvrait une poterne ou une porte, suivie d'une rue en pente assez rapide. Le chevet de leglisc de ce couvent donnait sur celte rue; elle était située au point L Noir le plan d'ensemble). Ce qu'il en reste se compose de trois contre-forts plats, divisés horizontalement par un cordon en larmier; le soubassement, formé de plusieurs talus, a pour base le locher.
Entre deux contre-forls s'ouvre une porte, qu'on croit être celle d'une crypte. Je n'ai pu y entrer, parce qu'elle est murée .
Le second couvent remonte à 1124. Cette date a été donnée par une pierre sépulcrale qui fut trouvée en 1G58 sous des décombres; elle recouvrait un tombeau en pierre renfermant un corps entier, avec une fiole pleine d'eau et une lame de plomb, sur laquelle était écrit : Hic requiescil dominus Gvyraudus hujus ecclesiœ abbas primus qui eam rexit annis trigenta septem minus duobus diebus, anima ejus requiescat in cœlestibus. Obiil vero hic sanctiis, anno Incarnalionis Domini millesimo centesimo sexagesimo primo. Itaque hujus monaslerii fundatio alliganda est anno Chrisli i12i : « Ici repose Dom. Guyraud, premier abbé de cette église, qu'il gouverna pendant 37 ans moins » deux jours. Que son âme repose aux cieux. Ce saint homme mourut l'an de l'Incarnation du » Seigneur 1161. C'est pourquoi on doit faire remonter la fondation de ce monastère à Tannée du » Christ 1124. » A la suite de cette inscription, le Gallia Christiana donne une liste incomplète des abbés de ce monastère, parmi lesquels on trouve : Pierre Andron de Lansac, en 1 303; Robert de La Chassaigne, mort avant 1 565, auquel succéda Urbain de Saint-Gelais, qui fut évéque de Comminges depuis 1580 jusqu'en 1613, année de sa mort; Paul-Philippe de Chaumont, qui fut évoque de Dax, mort en 1597. Celte abbaye se trouvait, au point If du plan, dans la ville basse. On y voit encore quelques constructions remontant à 150 ou 200 ans, une grande grange sans caractère architectonique et l'emplacement d'une petite chapelle qui vient d'être démolie; elle était creusée en partie dans le rocher. On lit sur une porte des bâtiments une date qui se termine par deux 8; les deux premiers chiffres étant effacés, quelques personnes laissent aller leur imagination, et y lisent 1188. Mais, outre qu'à cette époque on ne se servait pas de chiffres arabes, le caractère de la porte sur laquelle elle est gravée ne donne pas une date aussi reculée : c'est tout au plus s'il faut lire 1688.
Il y avait un couvent d'Ursulines établi en 1 609 par les soins du cardinal de Sourdis : « Elles » ne purent s'y maintenir, faute de ressources; mais elles y revinrent le 5 mars 1627, et s'y main- » tinrent jusqu'à la suppression des ordres religieux en France, le 13 février 1790 (*).
En 1627, le même prélat y appela les Récolets. Les constructions de leur couvent n'existent plus; elles se trouvaient au point / du plan.
Bourg était le siège d'un archiprêtré. Son église vient d'être reconstruite; elle est mal orientée et mal placée. Si on l'avait bâtie sur le bord des rochers et dans l'orientation normale, le chevet à l'est, sa silhouette produirait un certain effet dans le paysage.
Les quelques ruines qui restent encore à Bourg ne doivent pas seules attirer le voyageur : ceux qui aiment le pittoresque doivent aussi parcourir les environs de la ville, oii de riches vallées, parsemées de prairies et de bouquets d'arbres, leur offriront de plantureux paysages ; au bord de la rivière, ils trouveront d'admirables rochers, dont la base est cachée par une végétation luxuriante, et le sommet comptante de vignes qui produisent un excellent vin. De la terrasse du château, on aperçoit un immense panorama : à l'ouest, le Médoc, les Gogues et le village pittoresque de Cameillac; au sud-est, l'Entrc-deux-Mers ; à l'est, les coteaux de la rive droite de la Dordogne, la vallée de cette rivière et le pont de Cubzac; au sud, la vallée de la Garonne jusqu'à Bordeaux, dont les monuments bornent l'horizon; et pour premier plan à cet immense paysage, le Bec-d'Ambès séparant les deux larges rivières que sillonnent les navires les plus grands à côté des plus petits bateaux.
(') L'abbé J.-B. Pardiac; Étude archéologique et iconographique sur Sainte-Ursule, extrait de la Revue de l'Art chrétien.