CRYPTE DE LA LIBARDE
Canton de Bourg, arrondissement de Blaye.
A 1 ,000 mètres environ au nord de la ville de Bourg, existe un des plus curieux monunienls du département de la Gironde : c'est la crypte de la Libarde, signalée par M. Grelet-Balguerie à la Commission des Monuments historiques de la Gironde, il y a une quinzaine d'années.
En 1417-18, Henri V, roi d'Angleterre, concéda à Guillaume ClilTord, capitaine du château de Fronsac, la terre de Lil)arde ('). En 14ia-2G, Henri VI la céda à Louis de Faices (*). Nous voyons dans le pouillé du diocèse de Bordeaux, publié par Lopos, dans ['Eglise métropolitaine et primatiale de Bourdeaux, en IGtiS, que Saint-Saturnin de la Libarde appartenait à celte époque au chambrier de l'abbaye de Bourg. En I^SS, François de Belhade était seigneur de la Libarde. Cette localité fait maintenant partie de la commune de Bourg.
L'église a été démolie pendant la Révolution; mais la crypte qu'elle recouvrait a échappé, je ne sais par quel miracle, aux vandales de celte époque. Toutes deux remontent au commencement du \l* siècle; mais l'église, avant sa dernière destruction, avait éprouvé de graves accidents qui ont motivé au XIl* siècle une importante réparation. L'église primitive (Voir le plan, Planche XXVH; la teinte la plus foncée indique les portions les plus anciennes) paraît s'être composée d'une large nef recouverte par une charpente, dans le genre des anciennes biisiliques; les murs latéraux, soutenus par de petits contre-forts plats, étaient biUis en petits cubes de |)ierre de 10 centimètres carrés, dans lesquels on rencontre quelques briques romaines placées sans ordre. Avant la fin du XII* siècle, cette église fut incendiée; on trouve la preuve de cette catastrophe dans les pierres du petit appareil, (pii sont toutes calcinées, et dans des cales en bois enfoncées entre les pierres et complètement carbonisées. La façade de la crypte, biUie de la même façon, présente aussi des traces d'un feu violent; mais l'intérieur ne fut pas atteint.
Il fallut rebcllir l'église; les murs latéraux, du moins celui du nord, qui est encore debout en partie, parurent assez solides pour être conservés, mais on les fortifia par des contre-forts intérieurs en pierre de taille; on divisa régli>e en trois nefs, celle du centre plus large que les deux autres, par des piliers carr(»s canionnés de colonnes à demi engagées sur leurs faces, sauf celle qui est en regard des bas-côtés. Une colonne aurait trop rétréci ces bas-côtés. Fort probablement l'église fut alors voîltée, |)eut-élre aussi fut-elle raccourcie. Les terres du cimetière avaient exhaussé le sol environnant, et on profita de cette réparation pour exhausser également le sol de l'église, qui paraît avoir été primitivement au niveau ou presque au niveau de celui de la crypte, de sorte que celle-ci formait une église renfermée dans une autre église. L'aulel était sur la voûte de la crypte, et pour y monter on avait pratiqué deux escaliei"s contre les n)urs latéraux.
Si l'incendie du .Xll' siècle n'avait pas attaqué l'intérieur de la crypte, il avait fortement endommagé sa façade, et surtout la porte qu'on a été obligé de refaire à cette époque. Cette porte est encadrée par deux colonnes et recouverte par un linteau droit orné d'entrelacs variés. Il faut descendre un escalier formé de quatre marches circulaires pour entrer dans le monument. Celui-ci
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se compose d'une nef et de deux bas-côtés formés chacun de deux travées, dont les voûtes en berceau, cintrées d'une façon fort irrégulière, retombent sur une corniche simplement épannelée; la nef centrale est suivie, à l'orient, d'une abside semi-circulaire; les travées sont séparées par un arc doubleau retombant, vers l'intérieur, sur deux piliers formés de quatre colonnes accouplées dont le plan forme un quatre-feuille, et vers l'extérieur, sur des colonnes engagées dans les parois.
Les bas-côlés sont séparés de la nef par des arcades en plein-cintre retombant, au milieu, sur les colonnes accouplées, contre les parois de la façade et du chevet, sur des colonnes engagées, et enfin, entre ces colonnes et les piliers, sur de petites colonnes monolithes en pierre tendre. L'arc triomphal est également en plein-cintre et retombe sur des colonnes engagées. Deux très-petites fenêtres éclairent l'abside, deux autres sont percées à l'extrémité orientale des bas-côtés.
La longueur de ce petit monument, sans y comprendre l'abside, est de 5"40, et de 10 mètres avec l'abside ; la largeur totale est de G^ÏS, celle de la nef centrale de a^SO ; la hauteur totale jusqu'au sommet de la voûte est de 3"1 0; celle des arcs, entre la nef et les bas-côtés, de \'"83 ; des colonnes, de O^OS, et 0"50 pour le chapiteau avec son tailloir. C'est, comme on le voit, un très-petit monument. Son aspect est lourd et sauvage (voir Planches XXVI et XXVII ). Ses voûtes basses, ses arcades peu élevées, ses chapiteaux dont la plupart ne paraissent pas avoir été faits pour les colonnes tant elles sont courtes et quelques-unes minces (0'"2G) pour eux, l'air épais et humide qu'on y respire, et son manque de lumière, le font ressembler à un vaste sépulcre.
Si de l'ensemble on passe aux détails, on trouve de grossiers chapiteaux presque tous cubiques, et dont la partie inférieure passe à l'octogone au moyen de l'épannelage des angles : là, une lourde astragale les relie tant bien que mal à la colonne; leur tailloir est taillé en biseau; l'abaque et la cymaise sont à peu près de même dimension, mais leur profil varie à chaque chapiteau : quelques-uns sont ornés de moulures losangées. Les chapiteaux n'ont pas tous la même hauteur, et le niveau général de ceux du nord est plus élevé que celui de ceux du sud; d'autres sont ornés de moulures cylindriques et prismatiques, qu'un dessin seul peut faire comprendre. Enfin, il en est quelques-uns qui ont des sculptures : deux de ceux-ci, du côté du nord, sont couverts de raisins; un troisième, celui de la colonne engagée du chevet, et qui a été mutilé, nous verrons plus loin dans quel but, a pour ornement un animal bicorporé (*). Sur un de ceux du pilier central du sud, on trouve des palmettes grossièrement agencées, et sur un autre, un loup entre deux grillons. Celui de la petite colonne monolithe de la travée orientale, au sud, est formé, sur trois côtés, de feuilles d'acanthe mal dessinées, et du quatrième, d'une arcade dans laquelle paraît voler un petit personnage nu.
Presque toutes les bases sont enfouies sous le sol. Deux sont apparentes : une d'elles forme un bourrelet pyramidal autour du fût, qui se trouve ainsi enfoncé dans une espèce de cuvette ne ressemblant nullement d'ailleurs à celles que l'on retrouve si fréquemment au XIII* siècle.
Autrefois, la crypte était à chevet droit. Lors de la reconstruction de l'église, au XII' siècle, on y a ajouté une abside qu'on a voûtée en cul-de-four. Pour faire cette addition, on a été obligé d'enlever tout le chevet de la nef centrale, qu'on a remplacé par une arcade en plein-cintre plus haute que la voûte de cette nef. On a mutilé, pour élargir cette ouverture, les chapiteaux qui s'appuyaient contre le chevet, et on a élevé deux colonnes engagées qui supportent cette arcade, devenue ainsi l'arc triomphal; les chapiteaux sur lesquels elle repose sont ornés, au sud, de palmettes, et au nord, de volutes et de palmettes d'une nature différente de celles de l'autre chapiteau. Sur le tailloir, on a
(') Une tûtp. pour deux corps.
CHATEAU DE IIAUZAN 83
gravé des cintres qui s'entrecroisent. Les bases de ces colonnes sont pourvues de griffes, signe raraclérislique du Xil* siècle. Cette abside est divisée en chœur et sanctuaire, séparés par une -impie marche qui élève le sol de cette dernière partie.
Les fenêtres indiquent aussi un changement d'époque et de faire : celles du chevet des bas-côtés -ont évasées seulement vers l'intérieur; celles de l'abside, plus modernes, sont évasées en dedans L'i en dehors. D'ailleurs, elles sont toutes extrêmement étroites.
Au sud du chœur existe une petite piscine incrustée dans la muraille, et qui m'a paru assez intéressante (Planche XXV, n" 8).
Les badieconneurs ont l)arbouillé la crypte de la Libarde comme toutes les autres églises; ils ont ainsi recouvert une décoration qui paraît très-ancienne et qui consistait en de simples lignes rouges indiquant un appareil. Les lignes horizontales sont simples, les verticales doubli^s. A l'abside, le décorateur a ajouté sur chaque assise deux lignes diagonales parallèles. Une décoration semblable, mais tracée sans soin, a couvert les voûtes en berceau; celle de l'abside paraît avoir été plus riche; j'ai cru y reconnaître, vers le nord, un fragment de personnage peint. Les chapiteaux ont également été décorés de la même façon, et l'on a simulé des moulures sur les tailloirs et les chapiteaux, qui ne sont {«s sculptés.
Ce curieux monument a été restauré il y a une douzaine d'années; mais alors on n'a pas creusé jusqu'au sol primitif, et les bases sont encore enfouies ; le dallage, en petites briques carrées, ressemble à celui d'une ancienne cuisine de campagne ('). La porte, fixée par des chambranles de bois, au lieu d'être fixée à la pierre comme cela se pratiquait autrefois, tombe en ruine, et sur le dallage qui recouvre l'extrados de la voûte croissent une (]uantité considérable de plantes parasites, qui, dans peu de temps, auront soulevé les pierres. De nouvelles réparations sont urgentes. Les bases des colonnes sont noyées dans l'eau, et tout fait craindre un dépérissement rapide si des réprations intelligentes n'y sont faites avant longtemps.
Cette crypte remplace un monument plus ancien, un temple peut-être, mais du moins une villa gallo-romaine; on trouve, dans le cimetière et dans les environs, des briques à rebord, des fragments de marbres de différentes couleurs, et les débris d'un magnifique chapiteau corinthien en marbre blanc que j'ai dessiné au premier plan de ma gravure. Dans les décombres, j'ai trouvé également un morceau de la pierre de l'autel et des sculptures romanes provenant de l'église. Dans le cimetière existe le socle d'une croix du XV» siècle.
Ce monument a une grande valeur archéologique; il faut donc espérer qu'on ne reculera pas devant la dépense nécessaire à son entretien et surtout à sa conservation.
Canton de Pnjols, arrondissement de Libourne.
La seigneurie de Rauzan, qui faisait partie du diocèse de Bazas, parait remonter à une assez haute anti(|uité; cependant, il n'en est fait mention dans l'histoire qu'à partir de la seconde moitié
;') Dans ma gravure (Planche XXVI), j'ai fnii nbstniction de ces ridicules carroaux.
(lu Xtll^ siècle. A cette époque, elle appartenait à HélieRudel. Vers 1282, son fils, Guillaume-Amanieu, obtint du roi Edouard H le bailliage de la ville de Sauveterre, dont la construction n'était pas encore achevée (*). En 1313, Guillaume Raiinond de Gensac, seigneur de Rauzan et de Pujols, à la tête de quatre-vingts cavaliers suivis de deux cents hommes de pied, parcourait les environs de sa seigneurie, assiégeant les places qu'il jugeait renfermer une riche proie. Lorsqu'il les avait prises, il partageait le butin avec ses hommes d'armes. Il se saisit pendant une nuit d'une forteresse du duché de Guienne. Edouard II, roi d'Angleterre, s'en plaignit à Philippe le Bel (*). Mais que pouvait l'autorité des rois de France ou d'Angleterre contre des seigneurs puissants et aventuriers, qui n'étaient fidèles à leur souverain que tout autant qu'ils trouvaient un certain avantage à celte fidélité; qui, pour le moindre mécontentement, abandonnaient un parti pour embrasser la cause d'un autre; dont l'intérêt était le seul guide, et qui ne vivaient que de la guerre?
A cette époque, les seigneurs de Rauzan jouissaient d'un droit assez curieux : c'était celui de branche de cyprès, que chaque navire quittant le port de Bordeaux était obligé de payer. Une branche de cyprès, cueillie sur la côte du Cypressat, commune de Cenon-la-Bastide, et délivrée au capitaine du navire, équivalait à un laisser-passer. Pour cela, il payait 18 ardits : 12 revenaient au seigneur de Rauzan, les 6 autres étaient perçus pour le roi, au palais de l'Orabrière, par le comptable de Bordeaux. Ce droit se percevait encore avant la Révolution, et remontait au moins jusqu'en 1282 ('). Il est probable qu'au commencement du XIV* siècle, Guillaume Amanieu, seigneur de Rauzan, avait de la peine à faire respecter ses arbres, et qu'il demanda, pour protéger ses employés, la permission de construire une forteresse (domum fortem) dans un lieu appelé au Cypressat (Sipressa), dans la commune de Cenon (de Senone). Cette permission lui fut accordée, le 13 juin 1331, par Edouard III, roi d'Angleterre (*).
En 1337, le seigneur de Rauzan s'étant distingué dans la guerre qu'Edouard soutenait contre le roi de France, fut loué par son souverain le roi d'Angleterre. Celui-ci cependant, en 1341 , révoqua la concession qu'il lui avait faite des châteaux de Rauzan et de Pujols, pour les rendre à Guillaume Raimond de Durfort, au préjudice duquel ils lui avaient été concédés (*).
En 1346, le comte de Derby, commandant les forces anglaises dans la Guienne, avait divisé son armée en trois corps; il s'était mis à la tête du troisième, dans lequel figurait un seigneur de Rauzan, qui, en 1355, passa en Angleterre pour demander du secours contre les Français; il suivit le prince de Galles en Languedoc; il assista à la bataille de Poitiers, et, au départ du prince Noir pour l'Angleterre, il fut un des seigneurs chargés de la garde de la Guienne (*).
Le 4 avril 1 364, Guillaume Raimond, seigneur de Rauzan, était à Angoulême et rendait hommage au prince de Galles C); il accompagna ce prince en Espagne, au secours de Pierre le Cruel.
En 1377, le duc d'Anjou et Bertrand Du Guesclin assiégeaient Bergerac; ne pouvant prendre la ville avec les engins qu'ils possédaient, ils expédièrent à La Réole une troupe d'élite chargée de ramener de cette ville un engin appelé truie. Thomas Felton, qui tenait la campagne dans les environs de Bergerac, rencontra cette troupe près d'Eymet; il fut battu et pris avec les seigneurs de Mucidan, de Langoiran, de Duras, et Guillaume Aramon de Madaillan, seigneur de Rauzan, qui étaient sous ses ordres. On rendit cependant la liberté aux Gascons, à la condition qu'ils ne porteraient plus les armes contre la France. Le seigneur de Rauzan, qui obtint la même année la concession de
(') Compte rendu des travaux de la Commission des Monuments historiques de la Gironde. — (*) Rymer. — {*] Affiches dt Bordeaux, 22 janvier 177S. — {*) Mes Gascons. — (°) Id. — ('; Fmissai-t. — (") J. Delpit; Ikirwnents....
la terre de Blaignac ('), avait fourni pendant celte guerre trente hommes d'armes pour lesquels il reçut 150 fr. ('). Mais, peu de temps après, les seigneurs de Duras et de Rauzan faussèrent leur serment et vinrent à Bordeaux otfrir leurs services aux Anglais. Le château de Rauzan, assiégé par les Français, ne tarda pas à être pris.
Ce Guillaume Aramon avait épousé la sœur de Florimont, sire de Lesparre, qui, n'ayant pas d'enfant niAle, fit son testament le 23 février \ 393, et institua, pour son héritier général et universel, (ùiillaume Amanieu de Madaillan, son neveu, à la charge de porter le nom et les armes de Lesparre. Amanieu, qui avait été maire de Bordeaux en 1 404, n'eut de Jeanne d'Armagnac, son épouse, qu'une fille qui mourut en bas-âge. Peu après son mariage, il suivit pendant quelque temps le parti du romte d'Armagnac contre Jean, comte de Foix; il fut fait prisonnier et obligé do payer pour' sa rançon une forte somme, dont il devait encore une bonne partie un an avant sa mort, qui arriva en 1413.
Jeanne d'Armagnac, après le décès de son mari, projetait de donner sa fille au sire d'Albret, qui tenait pour le roi de France. Henri V, à cette occasion, fit saisir le château de Lesparre. 11 s'en suivit un procès, et Jeanne se démit, moyennant une certaine somme, de ses seigneuries de Lesparre, de Rauzan et de Pujols, qui rentrèrent, en 1417, dans le domaine du roi d'Angleterre (').
Vingt ans plus tard, en 1437, Henry VI, roi d'.\ngleterre, concéda à Bernard Angevin, entre autres, la seigneurie de Rauzan {*), et l'année suivante celle de Pujols ('). En 1438, il lui permit de faire une enquête pour rechercher les droits att^ichés à ces terres ('); en 1440, ces donations lui furent définitivement confirmées ('); en 1444, nouvelles concessions des mêmes châteaux, terres et seigneuries (*); en 1443, le roi lui octroya la faveur de pouvoir disposer comme il l'entendrait des seigneuries qui lui étaient accordées, et de plus il l'anoblit, lui et ses enfants légitimes. (Rex concessit Bernardo Angevin consiliario Aquitaniœ, castra, (erras et dominia de Roasano, de Puyols, de Blazimoril, in Basadois, cum perlineutiis, sibi et hœredibus suis, ut sibi placueril dividere secumdum
dispositionem didi Beruardi. et ipsum nobililavil ac procreatos suos in légitima matrimonio
cum libertatibus , privilegiis immunitatibus , juribus, et itisignis , hominibus nobilibus debilis et consuetis. et in signum hujusmodi nobilitatis dédit arma hic depicla.) (")
Ces armes sont d'azur à un lion d'or armé et lampssé de gueules, environné de dix fleurs (I argent appelées angevines.
En 1 446 et 1 451 , de nouvelles lettres lui assurèrent la jouissance de Rauzan et de Pujols ("j.
En 1451, il fut, avec Pierre, archevêque de Bordeaux, les .seigneurs de Montfcrrand, de Duras, de La Brède et de Lansac, député par les Anglais et les Bordelais auprès de Dunois pour s'entendre avec lui sur la reddition de Bordeaux. Il promit fidélité à Charles VII, et fut cependant de ceux (|ui fomentèrent la révolte de la Guienne après le départ de Dunois. Il assistait à la bataille de Castillon, et parvint, après la défaite de son parti, à se réfugier dans cette ville ("). Il se trouvait à Bordeaux lorsque la ville fut assiégée par Charles VII. Il se soumit sans doute de nouveau, et Henry VI, mécontent de la conduite de son ancien favori, accorda les possessions d'Angevin à Jean Moulon ('*); mais le règne des Anglais était fini, et Bernard, toujours du côté du plus fort, demeura maître de ses châteaux, terres et seigneuries.
Un des fils de ce favori, Jaccjues Angevin, eut de sa femme Marguerite de Monlferrand une fille
(') RMt<i GaKtms. — (') Giiinoilie; Histoire de Libourne. — (') L'abbé Baurt-in; Variéié:* PurJelaises. Guiiiodio; Histoire de f.ilxftrne. RMes liascons. — ('j Rôles Gascuits. — (') Id. — (•) W. — (') IJ. — ('j /ci. — (»i W. Guinodie; Histoire de Libuume. - '") Rôles GoiCiM». — (") llonstrelei; Mathieu de Ooucy; Jean Ghartier. — ("j Rôles Gascons.
appelée Jeanne, qui fut mariée en 1478 à Jean de Durfort, seigneur de Duras, de Blanquefort et de Villandraut('). Les Durfort conservèrent la seigneurie de Rauzan jusqu'en 1793. En 1819, M. Louis- Henri de Chastellux épousa Claire-Phiiippine-Benjaraine de Durfort-Duras, seconde fille d'Amédée- Bretagne-Malo de Durfort-Duras et de M"« Claire de Coëtnempren de Kersaint. A l'occasion de ce mariage, le roi Louis XVIIl créa M. de Chastellux duc de Rauzan, l'autorisanl à écarteler ses armes de celles des Durfort-Duras.
On peut se convaincre, par l'aperçu historique qui précède, que la seigneurie de Rauzan était une des plus considérables de la Guienne, et le château un des plus forts de cette province; c'est maintenant la plus belle ruine de l'arrondissement de Libourne, et son donjon peut aller de pair avec ce que les constructeurs du moyen âge nous ont laissé de plus imposant. Je n'ai trouvé nulle part la date de la consli'uction du chûteau. Ce n'est donc que par analogie, et après une étude approfondie de son ensemble et de ses détails, qu'il sera possible de connaître son âge, à quelques années près.
Le château de Rauzan est construit sur un petit promontoire qui s'avance dans un vallon, au fond duquel coule le ruisseau de Lausade. Sa forme est celle d'un polygone ovale très-irrégulier,
précédé d'une basse-cour qui paraît avoir été à peu près carrée, isolée du plateau par un large fossé (FF) dans lequel on a depuis construit des maisons. La basse-cour est séparée, par un second fossé semi-circulaire et taillé dans le roc, d'une bastille également semi-circulaire (A). Une profonde coupure, dont le fond est au niveau d'une terrasse ou de lices qui font le tour du pied des remparts de l'est à l'ouest, en passant par le nord, sépare la bastille du château. Un talus assez raide et fort élevé descend de ces lices jusqu'au fond du vallon, et rendait inattaquable ce côté de la forteresse, d'autant mieux qu'au sommet du talus devait, suivant l'usage, s'élever un vallum garni de palissades ou d'un mur crénelé.
Abstraction faite des constructions, la forme de ce plan est fort ancienne; le promontoire, facile à isoler au moyen d'une simple coupure dans le roc, a dû attirer l'attention à une époque fort reculée. Plus tard, lorsqu'on a voulu donner plus d'importance au château, on a creusé un second fossé destiné à isoler un poste avancé en avant de la porte. Pareille précaution a été prise à Saint-Émilion, devant les portes Brunet et du Chapitre, au commencement du XIII« siècle (*). Enfin, et peut-être en môme temps, on a établi la basse-cour carrée, qui pouvait arrêter longtemps les assaillants du seul côté par oîi le château était accessible.
Cependant, les constructions les plus anciennes ne paraissent pas antérieures au commencement du XIV« siècle, ainsi qu'il est facile de le voir en les analysant.
La basse-cour était entourée de murs épais, garnis, du côté du vallon, à l'ouest, de contre-forts carrés (1), semblables à ceux que nous trouverons autour du château. On voit encore une portion
(') Variétés Bordelaises. Guinodie; Histoire de Libourne. Jean Favre; Précis historique sur la famille de Durfort Duras. {') Voir mon Guide du Voynrj^ur à Saint-Émilion.
des murs élevés sur la coutrescarpe du fossé au sud : là devait se trouver en P un pont communiquant à une porte défendue par des tours ; la rue qui passe devant l'emplacement des fossés s'appelle rue Pont-Long. Murs et fossés ont disparu, à l'est, sous des maisons et des rues modernes; il est difficile de voir où ces fossés se reliaient à la coupure; peut-être suivaient-ils la ligne ponctuée tracée sur le plan.
De la cour, on entrait dans la bastille A au moyen d'un pont à bascule. Ce bloc de rocher servait de base à une tour semi-circulaire, dont le parement extérieur prenait du fond des fossés ; elle était destinée d'abord à mettre un obstacle devant la porte principale du château, et à battre la basse-cour et la coupure si les assaillants étaient parvenus à s'en emparer. Le rez-de-chaussée devait être formé d'un simple couloir possédant, aux deux bouts, des portes munies de herses et d'assommoirs. Celte baslille enlevée, il fallait forcer la porte priuciple du château, ouverte à l'extrémité d'un pont long de 12 mètres et composé de deux arches en plein-cintie et d'un pont-levis remplacé maintenant par une troisième arche en pierre.
La porte est ogivale ; au-des.sus de la clé se voit un petit orifice dont la partie inférieure est usée {«r la chaîne unique qui faisait mouvoir le pont-levis. La porte, la bastille, les fossés et la bassecour, étaient dominés et protégés par une grande tour cylindrique qui fait une assez forte saillie dans la coupure.
La porte était suivie d'un long couloir, dominé d'un côté par le donjon C, et de l'autre par des bùtimeuls entièrement ruinés, mais dont l'existence est signalée par deux étages de corbeaux engagés dans les murs qui enveloppent le chAteau, xlepuis la porte jusqu'à l'extrémité septentrionale. Les constructions, du côté opposé, existent encore. Au centre se trouvait donc une cour, dans laquelle il fallait pénétrer entièrement pour atteindre la porte du rez-de-chaussée qui se trouvait placée dans l'angle rentrant où, plus tard, on a construit l'escalier B. Ainsi, après avoir franchi tous les obstacles signalés plus haut, on n'avait réussi qu'à s'engager dans une cour intérieure où l'on se trouvait, de tous les côtés à la fois, exposé aux traits lancés des créneaux, des mâchicoulis, des fenêtres et des meurtrières.
Avant d'étudier les bâtiments du donjon, revenons sur nos pas, et voyons ce qui reste d'intéressant dans les murs de l'ouest.
A partir de la porte, et en se dirigeant du côté du nord, on trouve deux contre-forts ruinés, dont l'un a été surmonté d'une échauguette, à laquelle on arrivait par un escalier percé dans l'épaisseur de la courtine. La porte de cet escalier est située au premier étage d'une petite tour carrée (D) appelée la Prison. On y arrivait par un autre escalier droit bâti sur un massif appuyé contre le mur •le cette tour, qui a été reconstruite au XVI* siècle, mais sur les soubassements d'une ancienne tour semblable. Il faut remarquer qu'elle empâte un des angles obtus du mur d'enceinte, et qu'une des meurtrières enfile toute la courtine, qui, .sans cela, ne pouvait être protégée que par les défenses du .sr)mmet lors<iue les assaillants étaient parvenus à atteindre le pied du mur. S'il y a un cachot au-dessous du rez-tlc-chaussée, il est impossible d'y descendre. La voûte du rez-de-chausée est en plein-cintre; de cette chambre, on pénétrait dans l'épaisseur des murs de la courtine par une porte actuellement murée. Les deux meurtrières, qui servaient en môme temps de fenêtre, ont cette forme à l'extérieur. Le premier étage est éclairé par de petites fenêtres cintrées.
Les moulures des bandeaux qui séparent les étages à l'extérieur indi(juent la fin du XVI* siècle. En suivant toujours la courtine, au nord de celte tour, on trouve deux contre-forts peu saillants; le second contient un escalier à vis qui conduit à une poterne percée au bas du contre-fort, et dans
l'angle qu'il forme avec la courtine. Cette poterne éiait utile pour sortir secrètement du château, surveiller les lices et les fossés, et permettre à une partie des défenseurs de ces ouvrages extérieurs de rentrer dans la forteresse lorsqu'ils étaient débordés par les assiégeants.
Un peu plus loin, le mur fait un second angle obtus, qui est empâté par un contre-fort trèssaillant renfermant un puits au bas duquel, à l'extérieur, est une petite porte moderne qu'on ne peut plus ouvrir, et par laquelle on puisait encore il y a trente ans à peine; l'orifice supérieur devait se fermer au moyen d'une trappe, car le haut du contre-fort contient deux échauguettes superposées, munies chacune de trois meurtrières. Le sol de la première est au niveau de l'orifice du puits. (Contre la courtine qui suit s'avancent encore un contre-fort et des latrines saillantes. Dans toutes ces courtines sont pratiquées des meurtrières, dont l'extérieur prend la forme de celles déjà signalées dans les constructions dont la dale nous est connue : Roquetaillade, Rions, Villandraut, etc., et dont la niche intérieure est en plein-cintre. Des trous percés au sommet de toute cette ligne de murs prouvent que des hourds les couronnaient.
L'extrémité septentrionale du château fait un angle à peu près droit; sur cet angle s'élevait encore, le 30 septembre 1844, une belle tour assez saillante pour protéger les courtines qui l'avoisinaient. Le 1 8 juillet de l'année suivante, la tour n'existait plus : des carriers étaient occupés à extraire des pierres sur son emplacement, et se disposaient à faire tomber peu à peu tout le château, assis sur un lit de pierre dure d'une grande finesse et très-recherchée à Bordeaux pour des pierres tombales. Cet acte de vandalisme était dirigé par un individu étranger au pays, et qui se disait autorisé par M. le duc de Rauzan. L'indignation de la population, qui aime son vieux château, était au comble; aussi n'eus-je pas de peine à obtenir tous les renseignements nécessaires, et je parvins, aidé de la Commission des Monuments historiques de la Gironde, à sauver ce monument dune démolition qui paraissait inévitable. Cette tour est figurée sur ma gravure pubUée dans le Choix des types de l'architecture an morjen âge dans la Gironde. ,
Depuis cette époque, j'ai visité encore deux fois le château de Rauzan : le Temps seul.y a fait quelques ravages; mais si de sa faux impitoyable il renverse quelques pierres, il les remplace presque aussitôt par un arbuste, une touffe de mousses ou un bouquet de fleurs sauvages, dont les tiges flexibles, caressées par les rayons du soleil ou mollement agitées par le vent, augmentent la poésie du vieil édifice. Les ruines qui nous viennent du temps réveillent en nous un sentiment de mélancolie résignée, qui n'est pas sans charme; celles qui sont faites par les hommes ne font que nous irriter.
Un industriel a essayé d'établir dans le donjon une fabrique de plomb de chasse. Cet essai n'a pas réussi et n'a heureusement à peu près rien dégradé.
Les murs tournés vers l'est sont garnis d'énormes contre-forts surmontés d'échauguettes à plusieurs étages, et percés de larges fenêtres en croix entourées de moulures et ornées de sculptures qui paraissent de la fin du XV* siècle. C'est par ce côté que le château a dû être toujours attaqué; il n'est donc pas extraordinaire qu'il ail eu besoin de plus de réparations que le côté opposé, qui est tout entier du XIV* siècle, sauf la prison. Les autres constructions encore debout du XV* siècle consistent en une tour de forme irrégulière renfermant un magnifique escalier dont la voûte est formée d'une quantité de nervures qui rayonnent d'une clé centrale et vont retomber sur les murs latéraux; puis, à la suite de cet escalier, d'un petit oratoire à voûtes à nervures, s'appuyanl sur des culs-de-lampe qui représentent des monstres accroupis. On entre dans la tour de l'escalier par une jolie porte encadrée de pilastres prismatiques à clochetons, et dont le linteau est surmonté
d'une conire-courbe ornée de riches crochets; le tympan était orné d'un écusson complètement effacé.
Le donjon de Rauzan n'est pas seulement cette haute tour cylindrique voisine de la porte et qui domine toutes les autres constructions : les seigneurs du commencement du XIV* siècle, et surtout ceux du midi de la France, n'aimaient plus à se renfermer dans ces tours sombres et étroites; ils recherchaient le luxe et il leur fallait de larges logements. Nous avons vu que celui de Roquctaillade avait abandonné un château presque neuf pour s'en construire un autre et se faire ainsi une habitation qui est regardée, encore de nos jours, comme parfaitement logeable. La grosse tour était le dernier refuge , mais n'était pas l'habitation ordinaire. Il en était de môme à Bauzan. Derrière la tour cylindrique >'élève le logis du seigneur, à peu près carré (C), et dont voici le plan, abstraction faite du grand escalier, (jui date du XV" siècle. Ses hautes murailles, qui dominent les courtines, ont leurs défenses particulières qui le protègent contre une attaque venant de l'intt^ rieur du château. Leur sommet est crénelé, peut-être était-il hourdé dans les moments de siège; l'angle aigu qui domine la cour centrale est empAté par un contre-fort (A] surmonté d'une échauguette munie de trois meurtrières et de trous de mâchicoulis entre les consoles; en voici le plan : La porte se trouve près d'un autre angle rentrant en B; elle est cachée maintenant par le grand escalier. Il fallait donc franchir bien des obstacles pour arriver seulement ^k ^ sur le seuil de cette porte, qui, selon toute probabilité, avait des défenses supé-
^^^Êm^r^ rieures enlevées lors de la construction de l'escalier. La porte franchie, on se ^ ^T^ trouve dans un vaste ap|»artement divisé en deux par un mur (CD), qui ne date
^"-^^^TL^ M"^ ^^ ^^ * siècle, mais qui doit remplacer des piliers et une cloison qui soute- ^^^^EÉ^ naient la charpente. Dans le sens de la hauteur, ce logis se compose d'un
'^ > rez-de-chau.ssée surmonté de deux étages. Du côté de la campagne, les murs
é|»ais étaient |>ercés de meurtrières qui ont été dénaturées; du côté de la cour, il était éclairé par trois [Kîtites fenêtres très-étroites extérieurement et très-t;vasées à l'intérieur. Elles sont placées à (juelques mètres au-dessus du s<jI. Une jxjrte mwlerne s'ouvre au-dessous d'une de ces fenêtres. On remarque dans le mur extérieur, à côté de cette porte, un petit orifice carré percé presque verticalement dans l'épaisseur du nnir; il se dirige vers le premier étage du logis, et servait peutêtre à communiquer des ordres, peut-être aussi était-ce un conduit pour l'écoulement des eaux lorsiju'on nettoyait les ap|)artemenls. Je nai pu retrouver l'orifice supérieur. On coninuiniciue dune chambre à l'autre par trois larges baies ogivales qui n'ont jamais été fermées que par des tentures. Ce logis n'avait pas de voûtes, les poutres des planchers s'appuyaient sur des corbeaux.
Le premier étage paraît avoir été la salle d'honneur du château. Au XIV* siècle, elle n'était éclairée, à l'ouest, que par une fenêtre ogivale subtrilobée, ouverte vers le milieu du mur, et une autre très-|)etite ouverture près de la tour. Au nord, on voit les restes d'une très-belle cheminée. Cette salle avait été décorée, au XIV* siècle, de peintures consistant en des assises figurées au moyen de deux lignes rouges parallèles. Le milieu de l'assise est enrichi d'une rose r)u d'un
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écusson d'argent à la fasce d'azur, encadré dans un ornement polylobé. Dans les gros contreforts
^-N du sud sont ménagées, à la hauteur des premier et second étages, de petites chambres
("(■iNl) munies de meurtrières pour arme à feu, et dont les voûtes sont percées d'orifices carrés
^-^ destinés à transmettre des ordres et à faire passer des projectiles et des munitions d'un
étage à l'autre.
Le second étage du logis était éclairé au nord par une grande fenêtre ogivale subtrilobée, et une autre petite fenêtre simplement ogivale sans ornements. On a muré ces ouvertures pour les remplacer par deux croisées à linteau droit orné d'accolades. D'autres fenêtres de cette dernière époque j)rennent du jour au nord et à l'est. Cette salle était chauffée par une belle cheminée dont le manteau s'appuyait sur des groupes de légères colonnettes. Le mur de séparation est percé, au premier et au second, d'orifices circulaires.
Si le château était pris, si le donjon lui-même n'avait pu résister aux assaillants, les seigneurs dé Rauzan trouvaient encore un dernier refuge dans la maîtresse tour, qui pouvait seule soutenir un siège en règle avec une très-faible garnison. Voici une coupe de cette belle tour, prise sur la ligne YZ des plans levés à tous les étages. Sa hauteur totale est de 31 mètres jusqu'au fond de la coupure. Son diamètre est de 9 mètres passés.
A partir du niveau du sol du rez-de-chaussée, qui ser- ^ vait de prison , la base de la ^] tour forme un talus rapide, et le diamètre inférieur est de 1 1 mètres ; elle renferme cinq chambres superposées surmontées d'une terrasse.
La porte ne donne pas dans le rez-de-chaussée, la prudence exigeait qu'on n'établît pas la porte des donjons au niveau du sol ; ici, elle s'ouvre à 3 mètres environ de hauteur, et donne directement entrée dans le premier étage. Au milieu du couloir qu'elle forme dans l'épaisseur du mur, est la porte qui conduit dans l'escalier à vis par lequel on monte dans tous les étages et sur la terrasse, où il est couvert par un lanternon voûté en calotte hémisphérique. Il faut remarquer que cet escalier, percé dans l'épaisseur du mur. est placé ( précaution toujours observée par les constructeurs de forteresses) vers l'intérieur du château, afin de ne pas affaiblir les murailles du côté de la campagne.
Revenons au premier étage, où il est facile de monter maintenant par un escalier moderne. Après avoir franchi la porte ogivale et traversé le couloir voûté en cintre bombé, on entre dans ime chambre carrée dont la voûte en berceau plein-cintre retombe surMes murs du nord et du sud; elle avait trois meurtrières, l'une est ogivale, l'autre en plein-cintre, et la troisième a été convertie
en une vaste fenêtre. Ces 'meurtrières sont plongeantes, de sorte qu'à cette hauteur en pouvait défendre le pied de la tour. Leur forme intérieure ne ressemble pas à celle des meurtrières que nous avons déjà observées; ici, elles sont tout simplement coniques, assez étroites, sans ornements, (^ette forme est d'ailleurs assez rare dans la Gironde. A l'extérieur, elles ont la forme ordinaire. Une porte ogivale pennet de pénétrer dans un réduit faisant saillie sur l'ancien mur et ayant servi de latrines. A l'extrémité de ce corridor se trouve une autre porte qui s'ouvre dans l'angle formé par la tour et le nmr d'enceinte. Cette porte ne me paraît pas ancienne. Dans un angle de la chambre existe une cheminée moderne.
Pour pénétrer dans le rez-de-chaussée ou plutôt le cachot, il faut soulever une grosse pierre (jui ferme un orifice carré de O^SB sur O^ôS, percé au milieu du sol. Ce sombre réduit est voûté en plein-cintre; il est carré dans le haut jusqu'au niveau de la retombée de la voûte, et circulaire dans le bas. La poussière et les décombres empêchent d'en mesurer bien exactement la profondeur, qui doit être d'environ 5 mètres. Deux soupiraux extrêmement étroits traversent le mur de l'est à l'ouest, et devaient donner peu de lumière et encore moins d'air.
Le second étage est à peu près rond. Sa voûte en berceau plein-cintre retombe sur les murs du nord et du sud. On y |)énétrait par l'escalier et par les appartements adjacents, au moyen d'une |K)rte ogivale dont le seuil est de six marches plus bas que le sol de cet étage. Les meurtrières sont en plein-cintre et très-étroites, et leur voûte va en s'abaissant jusqu'à la fente extérieure, de sorte qu'à l'entrée elles ont S^IO de haut, et à la sortie I^GS seulement. Cette chambre était chauffée [wir une cheminée dont il ne reste plus que la partie inférieure des montants. Un orifice carré, de 0'"20 d'ouverture, traverse le mur en entier et devait servira l'écoulement des eaux lorsqu'on lavait la chambre, qui était au moyen âge la seule habitable de la tour, car seule elle possède une cheminée.
Le troisième étage n'était [«s voûté; il est octogone et éclairé par une large fenêtre en ogive subtrilobée, prenant la lumière au-dessus des toitures des appartements du donjon; un banc en pierre garnit une de ses embrasures; les meurtrières sont généralement en cintre surbaissé jusqu'à une certaine profondeur; à partir de là, elles sont recouvertes par de larges dalles formant un plafond droit. Elles ressemblent d'ailleurs, comme forme générale, à celles de l'étage inférieur : une d'elles en diffère quelque peu comme plan. Dans un des pans de l'octogone s'ouvre une porte à linteau, suivie d'un corridor qui traverse en ligne droite toute l'épaisseur du mur et conduit à un siège de latrines renfermé dans une petite guérite en encorbellement sur deux consoles formées chacune d'une seule pierre. La forme de ces latrines est celle qui est le plus ordinairement employée depuis le Xni* jusqu'au XVI" siècle; seulement, ici le corridor qui y conduit est droit, ce qui n'est pas ordinaire. Il était généralement coudé.
Le quatrième étage est voûté en berceau bombé, dont la retombée se fait de l'est à l'ouest; il est également octogone et un peu plus large que le troisième. Cette différence de largeur a permis d'appuyer le plancher qui si-parait les deux étages sur la saillie du mur. La fenêtre de cet étage, placée juste au-dessus de celle du troisième, lui ressemble en tous points, mais elle est un pou plus petite. La forme des meurtrières est également à peu près la même. Le seuil de la porte qui conduit à l'escalier est placé à O^TO au-dessus du sol de la chambre.
La terrasse, recouverte de larges dalles, est entourée d'un parapet bien plus moderne que le reste de la construction ; il me paraît appartenir à la fin du XVI» siècle, ainsi que le lanternon qui recouvre l'escalier. Malgré une console qui s'avance du côté de l'ouest, je ne crois pas que cette
])elle tour ait été couronnée par des inûchicoulis : une ceinture de trous percés au niveau du plancher du quatrième étage a dû servir à établir des liourds à cette hauteur.
On voit, par la description qui précède, où les différents caractères architectoniques ont été indiqués, que ce qui reste des plus anciennes constructions du château (Planche XXVIII) est contemporain de Roquetaillade et de Villandraut, et doit remonter au commencement duXIV" siècle. Les meurtrières sont les mêmes dans les courtines, ainsi que la forme extérieure de celles de la maîtresse tour. Les bases des colonnettes des cheminées ressemblent à celles du chœur de Saint-.4ndré de Bordeaux, construit par Clément V. Quant aux constructions de la seconde époque (Planche XXIX), elles portent le cachet de la dernière moitié du XV^ siècle, et doivent avoir été élevées lorsque ce château est entré dans la possession de la puissante famille des Durforl-Duras.
De légères réparations ont été faites au sommet de la tour et à la prison; les moulures qui y existent ressemblent à celles du château de Cadillac, ce qui me fait penser quelles sont de la fin du XVI« siècle.
Voici les marques de tacherons que j'ai relevées sur les murs du donjon "^ Y ( — f— \^ <^ et sur les courtines. (^ T ^X^ T^TT
Ce beau donjon domine la petite ville de Rauzan, qui s'est réfugiée sous son ombre protectrice; et quoique le château soit placé presque au fond d'une vallée, la \'ue du sommet de la terrasse ne manque pas d'une certaine étendue. Au sud, on aperçoit les mamelons où s'élevaient les églises actuellement ruinées de Casevert et de La Veyrie; au nord, les coteaux de Cabara et de Saint-Jeande-Blagnac cachent la vallée de la Dordogne; et si leurs flancs couverts de vignes et de terres labourées ne présentent pas des sites bien pittoresques, on suit avec plaisir les méandres du ruisseau de Lausade bordé de vertes prairies et de quelques bouquets d'arbres, et on repose ses regards sur la modeste église placée sur l'autre rive de ce ruisseau et complètement isolée de la ville. Sa ])orte occidentale, qui remonte au commencement du XIV* siècle, ferait certainement honneur à une église de grande ville. Elle se compose d'une grande porte ogivale, accompagnée de deux portes aveugles un peu plus petites (Planche XXX]. Les archivoltes en retrait de la porte centrale sont formées de boudins qui retombent sur des groupes de légères colonnettes reposant sur un socle élevé de I^ÔO depuis qu'on a abaissé le sol du cimetière, et dont les chapiteaux, malheureusement fort mutilés, sont ornés de feuilles de vigne et de lierre, de crochets, de têtes humaines, de personnages entiers, etc. La grande porte seule a cinq archivoltes en retrait. L'archivolte supérieure de toutes les trois est ornée de crochets.
Le reste de l'église, dont quelques portions sont romanes et les autres de la fin du XV* siècle, n'offre que fort peu d'intérêt.