‹ La Guienne anglaiseChapitre 23 sur 39 · CHATEAU DU BREUIL · texte numérisé non relu

CHATEAU DU BREUIL

grande distance. Je ne sais de quelle époque il est, mais la tradition en attribue la construction à Charlemagne. Cette traditipn attribuant au temps de cet empereur la construction des souterrains n'est pas particulière à la Lorraine ; car Froissart, après avoir raconté (') le siège d'un chûteau du Languedoc où un souterrain joue un rôle assez romanesque, ajoute : « Adonc fut regardé partout » le chastel où celle caverne ou allée pouvoit être; on la trouva en es celliers, et l'huis de l'allée » tout ouvert. Les seigneurs la vouldrent voir et la virent, dont messire Gautier et très grand » merveille, et demanda au sénéchal de Toulouse : Messire Hugues, ne saviez vous point celle » croûte et conduit? — Par ma foi, sire, répondit messire Hugues, je avois bien ouï dire que telle » chose avoit céans, mais point n'y pensois ni ne m'en donnois de garde que ceux (|ui s'en sont » allés s'en dussent partir par la cave. — En nom Dieu, dit messire Gautier, si ont fait, ainsi » comme il appert. Et sont donc les chastels de ce pays de telle ordonnance? — Sire, dit messire » Hugues, de tels chastels a plusieurs en ce pays; et par spécial tous les chastels qui jadis furent » à Regnault de Montauban sont de telle condition ; car quand lui et se» frères guerroyèrent au roi » Charlemaigne de France, ils les firent ordonner de telle façon par le conseil de Maugin, leur » cousin; car quand le roi les assiégeoit à puissance et ils véoient qu'ils ne pouvoienl échapper, » ils se boutaient en ces croûtes et s'en alloient sans prendre congé. — Par ma foi! dit messire » Gautier, j'en prise bien l'ordonnance, et je ne sais si je serai jamais guerroyé de roi, ni de duc, » ni de voisin que j'aie; mais moi, retourné en mon pays, j'en ferai faire une dedans terre en mon M chastel de Passac. »

Quoi qu'il en soit et jusqu'à preuve du contraire, je ne peux admettre que le souterrain du Breuil ait une autre issue que celle de la poterne.

Une autre poterne parait avoir existé en K.

Revenons au rez-de-chaussée. La porte d'entrée franchie, on trouve à gauche une grande salle (F) qui devait servir de magasin. On y entre par une grande porte ogivale. Nous avons vu qu'à Roquetaillade et à Villandraut, les magasins étaient également situés près de la porte, à gauche. A droite, on trouve un mur qui fermait les appartements de ce côté, divisés en trois salles par des murs percés de portes ogivales. En / étaient d'autres appartements maintenant ruinés, mais dont l'existence est signalée par des cheminées anciennes et des corbeaux destinés à supporter les poutres des planchers. D'autres appartements occupaient peut-être le fond de la cour, où d'étroites et longues fenêtres pouvaient aussi servir de meurtrières. Dans le bas de l'une d'elles a été établie une gargouille par où s'écoulent les eaux pluviales qui tombent dans la cour.

On monte maintenant au premier étage par un grand escalier très-ancien, mais non de l'époque primitive; il s'appuie contre le mur GH. monte en rampe droite jusqu'à la hauteur du premier étage, où, à gauche, on trouve une porte qui passe dans les appartements du nord-est, et, à droite, une galerie sur un arceau bombé qu'on traverse pour entrer dans les appartements du sud-ouest, qui ont été tout à fait dénaturés. De petits cabinets ont été ménagés dans les tours des angles. Le premier étage de la tour qui recouvre la porte a trois meurtrières percées à l'intérieur sous un arc en plein-cintre, et présentant à l'extérieur une simple fente verticale. Une de ces meurtrières est sur la façade de la tour; les deux autres, très-près des courtines, prenaient en flanc ceux qui s'approchaient du pied des murs.

Il n'y a pas de second étage. Le linteau de la porte qui conduit dans l'escalier par lequel on

(') Froissart; éd. Bachon, vol. Il, p. 44Î. Voir aussi pages 444 et 445.

Vol. I. Ij

lU LA GUIENNE ANGLAISE

monte sur le chemin de ronde est orné de moulures employées vers la fin du XIV siècle et le commencement du XV« (Planche XXXV, n" 4), ce qui me fait penser que cette porte est le produit d'une restauration, car les parties intactes de cette forteresse ont le caractère de celles élevées dans nos contrées dans la première moitié du XI V° siècle. Le chemin de ronde était dallé; un chéneau en faisait le tour, comme à Roquetaillade, et rejetait les eaux des toitures par des gargouilles. Les créneaux n'existent plus; ils ont été remplacés sur la façade (Planche XXXVI) par une laide balustrade. Le sol de la chambre de la tour de façade étant bien plus bas que celui du chemin de ronde, on y descend au moyen d'un escalier droit (Planche XXXV, n° 6) composé de huit marches. Les meurtrières de cette tour sont à sections carrées à l'intérieur et cruciformes en dehors, et placées juste au-dessus de celles du premier étage ; elles concouraient par conséquent à la même défense. Ces meurtrières, fort petites, ont à l'intérieur O^oG de large et O^SO de haut. On ne rencontre pas dans ce château de meurtrières semblables à celles de Roquetaillade ou de Villandraut; elles sont bien plus petites. Nous en verrons dans le même genre à Fargues. Dans l'angle nord-ouest, il en existe (Planche XXXV, n° 7) qui ne sont pattées que dans le bas. Le .sommet de la tour paraît avoir été garni de hourds.

Le château du Breuil, quoique très-petit, est, par la forme de son plan, une des forteresses les plus intéressantes de la Gironde. On avait trouvé moyen de rassembler, dans un espace restreint, un logement fort convenable; les chambres étaient petites, mais nombreuses. La défense devait en être très-facile; elle était toute ou presque toute portée au sommet des murs, car on ne voit de meurtrières ni au premier étage ni au rez-de-chaussée, si ce n'est près de la porte et de la poterne. Les murs ont une faible épaisseur, I^^O; mais les fossés ont une largeur inusitée, et leur accès devait être fort difficile lorsque des palissades garnissaient la crête du vallum qui les précédait.

Si comme forteresse féodale le château du Breuil offre un grand intérêt , il se recommande également à ceux qui recherchent avant tout la beauté du paysage. Situé dans une des contrées les plus fertiles du Médoc, il domine, d'un côté, une charmante vallée arrosée par un ruisseau bordé d'aulnes et de saules, tandis que vers le plateau, des chênes séculaires et de jeunes ormeaux, qui croissent sur le vallum et dans les fossés, le cachent en partie sous leur feuillage touffu. Aussi n'est-ce que pendant l'hiver, de fort près et en supprimant quelques arbres, qu'on peut en dessiner la façade postérieure (Planche XXXVII).

A Saint-Sulpice-de- GuiUeragues, canton de Monségur, arrondissement de La Réole.

Le château de GuiUeragues s'est d'abord appelé Armentil. En i 170, on commença à lui donner le nom de Jusix. « ..... Dominum feudi d' Armentil nunc dicti de Jusix, » trouve-t-on dans une sentence arbitrale de l'évêque de Bazas sur les délimitations du fief de Gazes ('), appartenant aux Bénédictins de La Roole. En 1202, il est encore appelé (ïArmcntil dans une charte du roi d'Angleterre, par laquelle il accorde aux mêmes Bénédictins la permission de fortifier ce même fief de Gazes (^).

(') Archives historiques du département de la Gironde, l. I, p. 188. — p) Id., id., p. 190

Depuis cette époque jusqu'au milieu du XVI* siècle, on ne trouve rien concernant le château de Guilleragues ; mais on sait que de 1557 à 1729 ce château appartenait à la famille de Lavergne, qui fournit plusieurs conseillers au Parlement de Bordeaux. En 1 557, Pibret ou Pibray de Lavergne était seigneur de Guilleragues. En 1589, Madelaine Darte, dame dudit lieu, était mère de Pierre- Charles, qui vivait en 1596. En 1627, Olive de Malet, veuve de Jacques de Lavergne, était dame de Guilleragues. En 1662, on trouve un Gabriel-Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues, qualifié seigneur de Monségur ; c'est qu'en effet, en 1 660, le roi de France, par un contrat d'échange, avait cédé au seigneur de ce château la terre et seigneurie de Monségur, moyenne et basse justice, fief, cens, rentes, etc. Le seigneur de Guilleragues possédait encore ce titre en 1716. Cette seigneurie fut vers ce temps érigée en comté, puisque, en 1729, Jacques-Gabriel de Lavergne est qualifié comte de Guilleragues.

Sur la liste des membres de l'ordre de la noblesse, en 1789, on trouve Jean-Henri-Constance Auger de Guilleragues, fourrier-major des gardes-du-corps de monseigneur comte d'Artois, seigneur de l'Homme et Giscote. Cet Auger fut porté sur la liste des émigrés; il était mort en 1794, puisqu'à cette époque sa veuve Rose de La Pujade assista à l'estimation et à l'arpentement des biens de son mari (*).

La terre de Guilleragues a été acquise de M"* veuve de Laval, née Auger, par M. le comte de Menou, qui l'a vendue il y a quelques années au sieur Boulet, forgeron à La Réole. Ce dernier en est actuellement propriétaire.

On voit, par ce qui précède, qu'une forteresse existait au XH» siècle à Guilleragues, et fort probablement sur l'emplacement du château actuel, qui a été complètement reconstruit au XI V". A cette dernière époque, on a remanié le terrain, recreusé peut-être les fossés et opéré des

^^ changements qui ne permettent pas de voir sur quel plan était = construite la jireniière forteresse. Nous ne pouvons donc nous occuper que du château encore debout, mais dont la ruine est imminente. Construit sur un plan barlong, à l'extrémité méridio- ^i nale d'un vaste plateau, il domine la vallée de l'Andouille, qui f après un parcours de 1 1 kilomètres environ se jette dans le ^ Drot, en face de Coutures, et un petit vallon qui prend naissance • à peu de distance au nord du château. Il est donc protégé, au sud-ouest et au nord-ouest, par des pentes naturelles très-rapides qui descendent d'un côté au fond de ce vallon et de l'autre vers la vallée de l'Andouille, et des deux autres côtés par un fossé qui relie ces deux vallées.

Je ne crois pas que les constructions du XIV* siècle occupaient tout l'emplacement de colles qui existent actuellement; il ne reste bien positivement de cette époque que la portion ABCD. Les soubassements de la partie BEFD peuvent être du XI V« siècle, mais la tour F paraît être de la fin du XV», et la façade BE est de la seconde moitié du XVI" siècle. On y voit (PI. XXXVIII) un charmant motif d'architecture, composé d'une porte en plein-cintre surmontée d'une frise au-dessus de laquelle est un trumeau accosté de fines colonncttes. Les élégants chapiteaux de ces colonnettes supportent un entablement et un fronton triangulaire. Les frises sont ornées de fleurons alternant avec des

;') >'oiis (lovons la plus grande partie do ces note» a M. IJupin, de. La liéole.

IK; la GUIENNE ANGLAISE

itroupes de trois croissants enlacés. Le trumeau renferme un écusson portant la date de 1 564, écusson qu'on retrouve sur une clef de voiite de la tour A. (Sur la porte d'une métairie située à peu de distance, au nord du château, on trouve un écusson portant les mômes armes et surmonté d'une couronne de comte.) A côté de la porte s'ouvre une grande fenêtre à linteau droit appuyé sur deux colounettes, semblables à celles qui encadrent le trumeau. Une frise, qui le relie avec celle de la porte et qui est ornée de la même façon qu'elle, passe au-dessus de la fenêtre et forme un riche bandeau sur le milieu de cette façade. Contre la tour F, dans laquelle existe un large escalier, s'avance, sur des encorbellements qui donnent une idée de la science des appareilleurs de cette époque, un réduit servant d'échauguette et de latrines. Ce motif d'ornementation est aussi pittoresque que savamment combiné.

On a élevé vers la même époque toute la portion AHIC, et comme de ce côté le terrain n'était pas solide, on a été obligé de soutenir le mur du nord-ouest par trois énormes contreforts. Ceux des angles sont surmontés de tourelles rondes servant d'échauguettes. Cette dernière portion du château est la seule habitable; les autres sont dans un état complet de délabrement.

Les appartements du château comprenaient un premier étage et un rez-de-chaussée , qui paraît avoir été voûté au XI V^ siècle; les portes de cette époque sont ogivales et très-petites; l'étage supérieur n'était pas voûté, il était éclairé par des fenêtres cruciformes (Voir Planche XXXVIIl, qui donne la façade tournée vers le plateau, et Planche XXXIX, dont le dessin est pris du fond de la vallée de l'Andouille). Toutes ces fenêtres ont été refaites lors de la restauration de 1 564, excepté une seule, au nord-est, qui a bien la même forme, mais dont les deux baies supérieures sont quadrilobées, et dont les moulures indiquent le XIV^ siècle. Il est probable que toutes les autres fenêtres étaient faites sur le modèle de cette dernière, ce qui était certes plus élégant que ce qu'on a fait à la Renaissance ; il est probable aussi que le rez-de-chaussée n'avait pas de fenêtres, mais simplement des meurtrières cruciformes, comme celle que l'on retrouve encore, mais murée, près de la porte d'entrée du milieu de la façade.

Deux tours [A et BJ flanquent les angles est et nord (Planche XXXVIIl); cette dernière est ronde jusqu'au sol, couronnée de mâchicoulis, et surmontée d'une tour d'observation qui m'a paru ]>lus moderne. La tour actuellement éventrée, et depuis peu d'années seulement, renferme, dans son rez-de-chaussée, un oratoire recouvert d'une espèce de voûte en coupole sur laquelle on a copié, à la détrempe, des tableaux de Raphaël. Ces peintures, encadrées d'arabesques, sont assez mauvaises et ne donnent qu'une très-faible idée des originaux. On entrait dans cette tour par les étages correspondants du château : dans le premier, au moyen d'une porte ogivale, et dans le second par une porte en cintre bombé qui communiquait avec le chemin de ronde, derrière des créneaux actuellement murés. — Lors de ma première visite au château de Guilleragues, le 23 mai 1858, cette tour était éventrée, mais avait toute sa hauteur. A une seconde visite faite le 22 août 1860, j'ai trouvé la tour complètement démolie; les matériaux avaient servi je ne sais à quel usage : le château n'existe peut-être plus maintenant.

La tour A est circulaire et s'élève sur une base carrée ; la liaison de ces deux plans se fait au moyen d'assises circulaires en encorbellement; elle est couronnée de mâchicoulis, et possédait autrefois un lanternon qui a été démoli depuis peu d'années. On arrive au premier étage de cette tour au moyen d'un escalier droit, percé dans l'épaisseur des murs de la courtine de façade. Les anciennes meurtrières cruciformes dont elle est munie, permettent de faire remonter la date de sa construction au XIV siècle.

La tourelle C, du côté opposé (Planche XXXIX), devait donner accès sur le chemin de ronde : (était peut-être le seul escalier par oii on pouvait y arriver. L'échauguette D protégeait l'angle sud du château, et, dominant la vallée, permettait à la sentinelle qui y était en observation de signaler tout ce qui se passait dans la plaine.

On ne retrouve plus rien de la cour du XIV siècle. Les fossés sont comblés, mais on en voit bien l'emplacement; on aperçoit encore la place du pont qui les traversait et des ouvrages qui le protégeaient, mais il m'a été impossible, avec ce qu'il en reste, d'en relever un plan même approximatif. Les fossés étaient secs, car on ne peut supposer que la petite fontaine placée en P ait pu suftire à les remplir d'eau.

La grande cour d'entrée, au nord-est, et ses tours d'angles, sont du XVI' siècle, et n'offrent qu'un faible intérêt.

Ce château, fort pittoresque d'ailleurs, était un des moins considérables du pays, et s'il ne restait (]ue la portion construite au XIV* siècle, on ne pourrait guère la considérer que comme une tour isolée chargée de protéger la vallée qu'elle domine; mais la famille qui le possédait au XVI* siècle a triplé son importance, et en avait fait une résidence presque somptueuse, occupée maintenant [)ar une famille de cultivateurs qui habite un des coins de la forteresse, abandonnant le reste aux plantes parasites et aux animaux de basse-cour.

A Saint -Sulpice-de-Guilleragues, conton de Moneégur, arron (lissomen t ije La Réole.

L'histoire du château de Gazes, comme celle de Guilleragues, ne commence à être connue qu'à jjartir de la seconde moitié du XII" siècle. .\ cette époque, il appartenait au monastère des Bénédictins de La Réole. Des discussions s'étant élevées à propos des limites de ce fief, l'évoque de Bazas, (juillaume Garcias de Benquet, convoqua à Bordeaux, en H70, les parties intéressées, afin d'éviter à l'avenir de nouvelles discussions et fixer ces limites; c'étaient : d'un côté, les commissaires du prieur de Saint-Pierre de La Réole, et, de l'autre, l'abbé de Saint-Ferme, le seigneur du Puy, Frère Pierre de La Porte, prieur de la commanderie de Roquebrune, le seigneur de Jusix et celui «l'Arraentil (Guilleragues). Après que l'assemblée eut longuement discuté, eut examiné avec soin les documents fournis, l'évéque décida que le fief de Vallès ou de Cazes-Barte, avec les moulins d'P'.-itournet (') sur le fleuve du Drot, et toutes les autres terres, vignes, prés, forêts, côtes, ponts, fontaines, étangs, moulins, chaussées, colombiers, garennes, etc., commençait au ruisseau de 1 Andouille, traversait près de l'église de Guilleragues le plateau jusqu'à la rencontre de la combe (vallée) et du ruisseau appelé (ÏEstoiimet, suivait cette vallée jusqu'au Drot, englobait les moulins d'Kstournet et ce qui en dépendait, descendait le Drot jusqu'à son confluent avec l'Andouille, et remontait ce ruisseau jusqu'au point signalé plus haut (*). On voit, par cette sentence, que le château de Gazes s'était d'abord appelé Vallès, feudi de {'allés seu de Cazis, et qu'il s'appelait aussi Cazes- Barte, feudum de Vallès, alias de Cases Barta.

A cette époque, il n'était pas fortifié ou l'était peu, car le 4 janvier de l'année 1202, le roi

(') C'est liroliablonipnt le moulin qui, sur la carte du dépôt de la guerre, est appelé Des Tourneux. Arrhires historiques de la (limiiils', vdl (. p. |K8.

d'Angleterre, Jean-sans-Terre, permit aux Bénédictins de La Réole, qui n'avaient à Gazes qu'une maison de bois, probablement un de ces châteaux sur motte si communs dans les premiers temps de la féodalité, de l'envelopper de murailles, de tours et de retranchements. Il leur permet en même temps de rebâtir et de fortifier leur moulin d'Estournet (•).

« En 1345, le fief de Gazes appartenait à Jean Dupuy et à Marguerite de Gondomine, son » épouse; ils en rendirent hommage le 21 juin, même année, au prieur de Saint-Pierre de La » Réole (*). » Il est probable que le Bertrand de Gazes, baron, et Guillem de Gazes, licencié ès-lois, qui vinrent en 1363 rendre hommage au prince de Galles, étaient seigneurs d'un autre ou de deux autres terres portant le même nom.

En décembre 1 557, les Bénédictins aliénèrent ce fief. Au moment de la Révolution, la seigneurie de Gazes appartenait à la famille Pardaillan de Bacalan. Depuis cette époque, le château a passé entre les mains de plusieurs propriétaires : un d'eux a vendu les matériaux à des charpentiers et à des maçons. Tout le bois a été enlevé, toutes les bonnes pierres ont eu le sort des poutres et des planchers; mais les maçons, s'étant aperçu un peu tard que les pierres de taille seules étaient bonnes, que les autres ne valaient rien, et qu'il était moins coûteux d'en prendre dans les carrières, ont abandonné leur œuvre de destruction après l'avoir accomplie à moitié. Ge fait s'est passé sous les yeux de toute une population, et personne, que je sache, n'a élevé la voix pour protester contre un pareil acte de vandalisme et demander grâce pour un des plus curieux monuments militaires de l'arrondissement de La Réole.

Je vais essayer de faire la description de ce qui reste, en l'accompagnant d'une vue générale prise du fond de la vallée, au sud (Planche XXXIX), qui donne l'aspect du monument dans le paysage, et d'une seconde vue prise de plus près, du côté opposé (Planche XL).

Si les Bénédictins de La Réole ont profité de la permission que le roi leur avait donnée en 1202 de fortifier leur fief de Gazes, il ne reste rien des constructions de cette époque; il est probable qu'ils ont gardé l'autorisation accordée, et ne s'en sont servi que cent ans après. Il n'existe à. Gazes aucune construction antérieure au XI V^ siècle.

Gette forteresse s'élève sur l'extrémité d'un promontoire qui s'avance vers le sud-ouest dans la vallée de l'Andouille, à 2 kilomètres environ du même côté, et au-dessous du château de Guilleragues. Gonstruite sur un plan barlong, elle présente ses faces les plus larges au nord et au sud. Un

fossé la sépare du plateau, et longe ses deux flancs est et nord ; il se relie aux déclivités rapides du coteau, où un semblable moyen de défense a paru inutile. Il est difficile de savoir si la portion qui occupe l'extrémité occidentale du promontoire était comprise dans l'ancienne forteresse; ce qu'il y a de positif, c'est que les murs de ce côté et les deux bastions circulaires et très-saillants (EF) qui fortifient

■ — • — • ■ — .«-0 ses angles, sont beaucoup plus modernes. Leur hauteur est

la môme que celle des courtines qui les avoisinent, et leurs murs ne forment que de simples ])arapets cu-dessus du niveau de la cour. Ils ont été élevés depuis l'adoption de l'artillerie à feu, et probablement pendant les guerres de religion.

(') Archives historiques de la GiromU, vol. I, p 190.

Id.. id , p. 189.

Page 1