‹ La Guienne anglaiseChapitre 27 sur 39 · CHATEAU DE BLANQUEFORT · texte numérisé non relu

CHATEAU DE BLANQUEFORT

face l'une de l'autre; on forçait l'assaillant qui avait franchi la première, à faire un détour pour arriver à la seconde. Il ne faut pas la chercher non plus du côté de l'est; on ouvrait rarement les portes à droite de l'arrivée, parce qu'en les rejoignant, l'assaillant se serait mis, derrière sou bouclier, à l'abri des projectiles lancés des meurtrières et des hourds. Elle pouvait être entre les deux tours MN. Là, en effet, on voit une large ouverture biseautée qui ressemble assez à une porte; mais elle est à une hauteur telle au-dessus du sol primitif de la salle basse du château, que je crois que c'était une fenêtre ; néanmoins, on pourrait s'en assurer en enlevant une masse considérable de décombres qui cachent le pied des murs. On serait entré, de cette façon, directement dans le château, ce qui était assez contre les usages; cependant, ce n'est pas sans exemple. Elle n'est pas entre les tours NO^ partie peu endommagée et où l'on n'en voit aucune trace; elle était peut-être entre la tour 0 et celle P, où, en effet, on remarque certaines dispositions qui paiaissent prouver sa présence; cependant, il faudrait aussi faire là des fouilles pour s'en assurer; mais elle n'était pas dans la courtine, où existe encore une partie du soupirail semblable à ceux qui se remarquent entre les autres tours.

Cette porte, si elle a existé là comme je le crois, est abandonnée depuis la fin du XIV" siècle; on l'a remplacée alors par une autre porte (YJ ouverte dans la tour voisine, el dont le seuil est bien

plus élevé. Lors de ce changement, on a exhaussé le terrain par des remblais qui ont caché l'ancienne porte ; mais on voit celle qui est tournée vers l'intérieur en pénétrant dans la tour P, où elle débouchait dans l'angle coupé /?(Voir le plan d'ensemble, Planche LXXII, et la coupe ci-contre).

Divers obstacles avaient été accumulés aux approches de celte entrée, pour arrêter l'assaillant qui serait parvenu à pénétrer dans les lices. Après avoir franchi la porte A, il se trouvait en face de deux tours rondes, dont la base, privée d'ouverture, devait lui paraître massive; là, il était exposé aux traits lancés tout autour de lui, et partant des tours de la porte des lices, des courtines de ces mêmes lices, et des tours de face. S'il prenait la droite, il lui fallait faire le tour entier du château, ce qui était as.sez difficile, en supposant môme qu'aucun mur ne lui barrait le passage. S'il prenait la gauche, il trouvait un mur épais (STJ qui reliait la tour Z' au rempart des lices, et dont la porte paraît avoir été près de la tour, bien protégée par conséquent par les hourds placés au sommet de cette tour. Cet obstacle franchi, il lui fallait attaquer la porte placée en U, dans le bas de la tour, sous l'assommoir percé derrière l'arceau ogival qui relie le sommet des deux tours voisines, et en face d'une meurtrière F. Enfin, il fallait, une fois le preu)ier vantail L-nfoncé, traverser le corridor UR, défendu probablement par quelque assommoir. L'escalier sous leijuel il passait s'arrêtait au-dessus de la voûte de ce corridor; de sorte que, pour en atteindre la première marche, on avait un escalier mobile en bois. Une fois celui-ci retiré, toute communication avec le premier étage était interrompue. Le rez-de-chaussée de la tour P servait donc d'antichambre. Par le corridor (X), voûté en berceau ogival, on pénétrait dans les salles basses du château.

Le rez-de-chaussée de celle tour, dont la voûte ogivale en berceau retombe sur une corniche formée d'un listel et d'un qmwl de rond, est éclairé par deux soupiraux dont l'ouverture iniérieure

assez large est recouverte par un cintre ogival ( Voir la coupe) ; celle de l'extérieur, fort étroite au contraire, est à sections droites. Trois petites niches sans fermetures, de O^iO de profondeur, et recouvertes d'un linteau sur consoles (Planche LXXV, n° 8), s'enfoncent dans les parois. Un corridor coudé, voûté en berceau ogival, se termine par un siège de latrines enfermé dans un massif de maçonnerie, et dont la fosse existe encore intacte (Voir la coupe en A). Le massif a été démoli, et le corridor sert maintenant d'entrée à la tour. Cette démolition a mis à découvert le tuyau des latrines du premier étage, qui avaient la même fosse. Le cabinet du bas était éclairé par un soupirail venant percer la voûte.

L'escalier ne communiquait pas directement dans la salle du premier étage, mais bien, au moyen d'un passage, dans un corridor droit qui allait directement du premier étage du ch.tteau dans le premier étage de la tour; celui-ci, de forme octogone très irrégulière, était recouvert d'une voûte ogivale d'arêtes, dont les nervures, réunies par une clef ornée de feuillages ('), retombent, aux angles, sur des colonnes polygones dont les chapiteaux sont formés d'un ou deux rangs de feuilles d'un assez beau travail (Planche LXXVI, n°' 4, 5 et 6). Le tailloir est polygone comme le fût de la colonne, et les nervures sont épannelées comme celles de toutes les voûtes des châteaux de la (iironde. Les bases, dont voici le profil (Planche LXXV, n" 9), possèdent deux tores simplement épannelés et séparés par un trait gravé qui rappelle l'ancienne scotie; le socle est au-dessous de la moulure inférieure qui tient à la plinthe. Trois meurtrières, dont la niche est recouverte d'un linteau ^ur console, battent l'extérieur; leur ouverture extérieure forme une simple ligne verticale pattée aux deux extrémités, et leur embrasure est voûtée en berceau ogival. Une gargouille se retrouve ici près de la fente extérieure, comme à Langoiran, à La Travette et ailleurs. Dans l'une des embrasures est l'entrée d'un corridor coudé qui communique aux latrines. La salle était chauffée ]Y.\r une cheminée fort profonde, dont le contre-coeur est en hémicycle et l'ouverture en cintre bombé appareillé; il ne reste plus que les sommiers de ce cintre, qui était surmonté d'une corniciie dont voici (Planche LXXV, n» 10) le profil. Je n'ai pu me rendre un compte exact de la cause qui a forcé l'ingénieur à tracer ce plan d'une façon si irrégulière. Nous avons vu des irrégularités de cette nature dans le donjon du château des Quate-Sos à La Réole. L'escalier, recouvert dune calotte sphérique, servait à monter sur les terrasses et dans le second étage de l'intérieur du château.

La tour suivante était, dans le principe, carrée à l'intérieur. A la fin du XIV« siècle, on a trouvé la première entrée du château incommode et l'escalier pour arriver aux étages supérieurs trop étroit; alors on a transformé cette tour en un large escalier à hélice, dont la main-courante, sculptée dans les parois et interrompue par les diverses portes et fenêtres, se termine inférieurement par une cariatide représentant un chien couché. Il ne reste plus une seule marche de cet escalier. La porte Y, qui a été percée à la même époque, est aussi remarquable par l'élégance de sa forme que par la finesse de ses sculptures. La Planche LXXVII me dispense d'en faire une description. Son style et son travail ont la plus grande analogie avec le siège de la collégiale de Saint-Seurin à Bordeaux, dont j'ai publié une gravure (^), et que M. Viollet-le-Duc a également dessiné dans son Dictionnaire raisonné de l' archilccture . On ne voit |)lus les armes qui devaient être peintes sur l'écusson, dans le tympan du fronton; l'écusson lui-même a subi des dégradations; les

(') La voûte Psl eiTondn'e Pt la clef est ilôposfte dans iino niitro tour.

,'! Clioix des types li;3 plu.s rciiidi-quablcs de rarchiiccliiie au moyen âge dans la Gironde.

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feuillages si finement ciselés qui ornent l'intrados du fronton ont été brisés en bien des endioils . quelques choux frisés n'existent plus; et, malgré cela, je suis étonné de voir cette porte encore aussi bien conservée au milieu des ruines qui l'entourent, et après tous les sièges que le château de Blanquofort a soutenus. Des soupiraux, semblables à ceux de la tour précédente, éclairaient primitivement le rez-de-chaussée de celle-ci. C'est dans cette tour que se trouvait le puits maintenant comblé, et percé dans l'épaisseur de la muraille depuis la base jusqu'au sommet de la tour. Son étroitesse, O'^cSO environ, est inusitée; aussi a-t-il été pris pour l'entrée des oubliettes, pour celle des souterrains : c'est là que le démon, gardien du trésor, a pris domicile. Il est impossible de voir comment était disposé l'étage supérieur, oîi l'on voit une fenêtre ogivale subtrilobée, mais (jui ne paraîl pas remonter à l'époque de la construction primitive.

De la tour A', i! ne reste de bien conservé que le rez-de-chaussée, dans lequel on entre par un corridor ogival. Ce rez-de-chaussée, de forme ronde, est voûté en coupole; on y trouve deux soupiraux maintenant murés, deux petites armoires semblables à celles observées dans la première tour, et une très petite cheminée recouverte d'un linteau sur console. Il ne reste non plus que le rez-de-chaussée de la tour M, dont l'intérieur carré est recouvert d'une voûte en berceau pleincintre. Les ouvertures, sauf la porte, ont été murées. Elle n'avait qu'un soupirail et un évier, qui a peut-être remplacé une meurtrière. La porte est en accolade. Le premier étage, de forme ronde, était voûté en coupole. Cette voûte, semblable à celle du rez-de-chaussée de la tour A^, retombait comme elle sur une corniche formée simplement d'une abaque et d'une cymaise.

Une maison fZJ, dont la construction doit remonter au XVI® siècle, occupe l'emplacemenl compris entre les tours I et J des lices. Elle a été bâtie contre l'intérieur de la courtine, de façon à laisser libre le chemin de ronde. On aperçoit le sommet de cette maison dans la vue générale du ciiàteau ( Planche LXXIII ).

.Si l'on a suivi avec attention cette description, examiné avec soin les plans et dessins que; j'ai tlonnés à l'appui, on a dû remarquer que la forteresse, après sa première construction, a subi une modification complète qui a porté non sur son plan, qui est resté à peu près le même, mais sur son système défensif. A peine l'usage du canon commença-t-il à s'introduire dans les armées en campagne, que le seigneur de Blanquefort, possédant une des places les plus importantes de la Guienne, sentit le besoin, pour conserver hi position qu'il occupait, de le mettre en état de résister aux moyens d'attaque, qui avaient fait des progrès sensibles. Il fallait retenir les assiégeants à une grande distance, ou du moins les atteindre de loin, pour les démoraliser avant qu'ils aient eu le temps d'arriver au pied des remparts, et de brusquer l'attaque, suivant le système employé par Du Guesclin. La plupart des embrasures des nouvelles dispositions, surtout celles qui étaient tournées vers les points par où devait arriver l'ennemi, furent alors disposées pour un tir rasant, afin de rendre les approches extrêmement difficiles. Il est probable que le sommet des tours du château et des lices fut également garni d'artillerie, dont les projectiles atteignaient les assaillants de plus loin. Les murs des deux bastions principaux furent bâtis de façon à ce que la plus grande ('•pai.sseur de leurs murs fût tournée vers le point accessible ; c'est probablement ce qui a occasionné l'irrégularité de l'intérieur du plus petit, au rez-de-chaussée et au premier étage. On n'avait plus à craindre l'effet de l'artillerie des assiégeants lorsqu'ils étaient arrivés sur le chemin de ronde, entre les fossés; de sorte que vers ce point le mur n'a que I^GO environ d'épaisseur, tandis que vers le point opposé il en a 3. Le château, protégé par l'enceinte extérieure et à pi'U près inutile pour la défense de loin, ne subit pas alois de modifications dans son système défensif; elles eurent à peu

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près toutes pour but de le rendre plus confortable, et portèrent sur la distribution des escaliers, l'élargissement des portes et des fenêtres. L'ingénieur avait compris que, l'enceinte extérieure enlevée, le château n'était pas capable de résister. Les portes détournées, les petits escaliers, les refuges si recherchés avant l'invention de l'artillerie, ne servaient plus à rien lorsque celle-ci eut fait quelques progrès. On avait d'ailleurs déjà remarqué que les assiégés, n'ayant pas toujours derrière eux un dernier refuge, résistaient avec plus de ténacité.

J'ai avancé plus haut que le château avait été reconstruit à la fin du XIII* siècle. Il ne reste, en effet, rien de celui qui était habité par les seigneurs des siècles précédents. On ne trouve rien, dans les caractères architectoniques des portions encore debout, qui puisse être attribué à Arnaud de Blanquefort, qui, en 1247 ('), y fit des travaux de défense considérables. Si Thalésie de La Marque y fit faire quelques constructions vers 1255, elles n'existent pas plus que celles exécutées précédemment. Mais nous savons qu'à la fin du XIIP siècle le château était occupé par Edouard I*"^, roi d'Angleterre (*), qui y séjourna à plusieurs reprises en 1287 et 1289. Nous avons vu, d'un autre côté, qu'en 1308 Edouard II fit don de cette forteresse à Bertrand de Goth, neveu de Clément V (^). Les membres de cette famille avaient un goût prononcé pour les constructions de châteaux, témoins ceux de Villandraut, de Roquetaillade, de La Trave, etc., dont nous avons parlé, et de Budos, de Fargues, etc., dont nous parlerons plus tard. Les caractères architectoniques annonçant la transition entre le XIII* et le XIV« siècle, c'est entre 1287 et 1309 qu'il a dû être bâti.

Mais avant de faire un choix entre ces deux dates, voyons ce qu'il pouvait être auparavant. Je ne peux me livrer ici qu'à des probabilités; mais cependant, comme dans les décombres, dans le blocage des murs, partout où ce blocage est apparent, on ne trouve aucune pierre portant une moulure de l'époque romane ou carlovingienne, mais qu'on trouve de nombreux fragments romains, on doit supposer, ou que le château romain existait encore en partie au XIP siècle, ou que ce château, ayant été complètement ruiné, avait été remplacé par des constructions en bois (*). La tour centrale en bois occupait le sommet de la butte, dont les pentes s'étendaient jusqu'au bord du fossé intérieur dont la contrescarpe était garnie de palissades, à l'abri desquelles on avait charpenté des maisons en bois. Il est probable que les ouvrages exécutés par Arnaud de Blanquefort, en 1247, n'avaient consisté qu'en des terrassements garnis de palissades plus solides que ceux qui existaient auparavant. La forteresse consistait donc alors eji un double fossé, un double vallum garni de palissades, une barbacane ou barrières devant la porte, un troisième rempart palissade et une tour on bois dominant le tout. Ce plan n'a pas été modifié lors de la construction faite à la fin du XIII" siècle; seulement, des murs ont remplacé les barrières dans l'enceinte centrale. Les six tours ont pris la place du donjon en bois, mais les fossés et les palissades sont restés les mômes. Les fossés, alors bien entretenus parce quils étaient utiles, étaient bien plus profonds que maintenant. Si l'on en juge par ceux des autres châteaux, ils devaient ôtre à 4 ou 0 mètres au-dessous du niveau du sol actuel, et le niveau supérieur de l'eau à 2 mètres environ au-dessous du niveau actuel de la jalle; ce qui pourrait prouver que depuis le XIII' siècle, le marais de Blanquefort, dans cette partie du moins, s'est élevé de 2 mètres environ. En effet, si, à la fin de l'été, lorsque les fossés sont à sec, on étudie la base des murs des lices, on aperçoit au point W

(') Supra, p. 41. — (') Idem, p. 43. — ('1 Idem, p. 44. — (*) De Caumonl, Cours d'antiquités monumentales, Architecture militaire, p. 72. — Abécédaire archéologique, p. 308. — VioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture..., au mot cliiteaii, t. III, p. G4.

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(Planche LXXII), près du bastion E, les claveaux supérieurs du cintre d'une poterne, dont les pieds-droits, les sommiers et les premiers claveaux sont enfouis sous le sol. Cette poterne servait évidemment pour entrer dans les fossés, afin de visiter en bateau le pied des remparts. Comme une porte doit avoir au moins 2 mètres de haut, il est raisonnable de supposer que, si l'eau en baignait le seuil, le niveau de cette eau était à 2 mètres au moins plus bas que maintenant. (Je n'ai pu découvrir d'autre poterne de la première construction.) Déjà, au commencement du XV® siècle, le niveau de l'eau avait bien monté, puisque le seuil de la poterne de cette époque, placée en W dans le gros bastion, est plus haut que l'extrados du cintre de celle qui l'a précédée. La poterne W devait avoir son entrée dans la cave d'une tour qui a remplacé le bastion E, ou peut-être dans une galerie souterraine qui faisait le tour de l'intérieur du rempart des lices (').

J'ai dit plus haut que la forteresse de Blanquefort avait été bâtie entre 1387 et 1 409. Je rejette cette dernière date, malgré le possesseur du château, un membre de la famille de Goth, parce qu'à cette époque les constructions élevées par cette puissante famille ont un caractère particulier que je ne retrouve pas ici. Les tours sont plus hautes et plus régulières à l'intérieur; les murs moins épais, comparés à la grandeur de la chambre qu'ils renferment. La porte est plus large et plus apparente. Les bases des courtines et les rez-de-chaussées des tours ont des meurtrières et non des soupiraux; les niches des meurtrières sont rarement ogivales, mais presque toujours en cintre bombé ou en plein-cintre; leur fente extérieure généralement cruciforme; le contre-cœur des cheminées est droit et non en hémicycle. Il est rare que les hourds soient disposés sur des consoles; ils l'étaient sur des madriers qui traversaient les murs au niveau des chemins de ronde. S'il y a des bases, des chapiteaux, des moulures, ils accusent franchement le commencement du XIV* siècle. Ici, rien de tout cela; au contraire, des tours à un seul étage, des murs très épais pour de très petites chambres, des voûtes en coupole ou en berceau retombant sur des corniches primitives, ou des voûtes d'arêtes assez mal dessinées et retombant sur des pilastres, dont les chapiteaux, à un ou deux rangs de feuilles épaisses, et des bases munies d'un reste de scotie, rappellent la fin du X1II° siècle. L'embrasure ogivale des meurtrières, leur fente extérieure droite, plusieurs autres caractères enfin, me font penser que c'est à Edouard I" lui-même que nous devons ce beau monument (Voir page 44). C'est lui qui a fait construire les six tours centrales et les remparts des lices avec leurs petites tours, qui n'étaient peut-être toutes que des contre-forts ronds et massifs, comme celui (D) qui est entre les deux gros bastions. Ou ne trouve, en effet, aucune meurtrière ancienne, ni dans les parties primitives des courtines, ni dans les tours. Les défenses étaient peut-être toutes portées au sommet des murs.

Cet état de choses dura jusqu'à la fin du XIV® siècle. L'artillerie à feu était inventée; son usage se répandait; le seigneur de Blanquefort, Gaillard III de Durfort, qui était, comme nous l'avons vu plus haut, en grande faveur auprès du roi d'Angleterre, transforma son château. Mais tout en ne négligeant rien pour le rendre aussi fort que possible, il ne fit pas de folles dépenses et conserva tout ce qui, de l'ancien château, pouvait se prêter au nouveau mode de fortification. Nous avons vu (}ue le château proprement dit ne pouvant plus servir de forteresse, il n'y fit que des restaurations d'agrément; mais il fil refaire en partie le chemin de ronde des remparts des lices, reconstruire à nouveau toute la partie supérieure des petites tours qu'il fit disposer pour y établir des bouches à feu, fit faire en entier les deux tours de la porte des lices, en entier deux gros bastions du côté

(') ... Un maçon fort âgé, dit M. Durand dans sa Notice sur le château de Blanquefort, m'a assuré ôtre descendu, au temps de sa jeunesse, dans de vastes caves voûtées au-dessous de celles que l'on voit encore sous les tours du château.

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accessible. Il fut obligé d'élargir le fossé autour du bastion C, qui fait une saillie considérable sur l'ancienne muraille. Il fit combler en partie le second fossé, remplaça le vallum qui le séparait du premier par une large plate-forme, et fit raser en partie le vallum qui entourait le fossé extérieur : tout cela pour mettre à découvert les approches de la forteresse et pouvoir atteindre l'ennemi de plus loin.

Le sol des lices fut peut-être un peu exhaussé alors, mais nous n'en avons nulle preuve; cependant, après ces modifications importantes, ce sol était beaucoup plus bas que maintenant, près des remparts du moins, puisque les embrasures sont comblées par des décombres jusqu'audessus du sommier de leur voûte, et que, dans les murs des courtines, on trouve des gargouilles (Planche LXXV, n" 11) bien au-dessous du sol actuel.

La date de ces dernières modifications nous est donnée par la porte de l'escalier, dont la forme, les moulures et la sculpture rappellent la transition entre les XIV' et XV' siècles (Planche LXXVII); par l'ornementation de la chambre du premier étage du bastion E, les bases des colonnettes des fenêtres de cet étage, et par la forme des embrasures qui n'ont pu servir qu'aux bouches à feu les plus primitives.

Ces dernières modifications placent, à mon avis, le château de Blanquefort au rang des monuments militaires les plus intéressants de la France. Tel que l'a laissé Gaillard III de Durfort et sans aucune autre modification, il a été considéré, jusqu'au temps de la Fronde, comme une des places de guerre les plus importantes de la Guienne. Maintenant, il en est une des plus belles ruines.

Le château de Duras, dont il a été si souvent fait mention dans le cours de cette Notice, est situé sur le bord du Drot, dans le département du Lot-et-Garonne. C'est un immense parallélogramme, long de 100 mètres environ et large de 30, ayant aux angles des tours rondes, et une autre tour de même forme sur chacun des grands côtés. Ces tours ont tous les caractères de celles du commencement du XIV* siècle. La tour A, qui est la seule ayant conservé son ancienne élévation, a trois étages surmontés d'une terrasse; son escalier change de direction à chaque étage. Il manque un étage à toutes les autres tours (Planche LXXVIII). Toutes sont ou ont été voûtées, soit en berceau ogival, soit par des voûtes d'arêtes. Les unes sont intérieurement circulaires, les autres octogones.

Le château a été presque entièrement remanié au XVII' siècle. Alors on a refait tous les appartements et une galerie sur consoles qui fait tout le tour extérieur du château, au niveau des cours B et C. A la même époque, on fit, sous la cour B, des caves et des cuisines très belles, et qu'on ne manque pas de faire visiter. Le château est isolé du plateau, sur lequel s'étend la ville, par une coupure D, et de la pointe du promontoire, où est une belle terrasse, par une autre coupure E. Cette terrasse doit remplacer la forteresse primitive. Sur les flancs du château s'étendent deux autres terrasses au niveau du fond des coupures; elles sont fort larges au sud-ouest, et ne devaient servir de Jardin qu'au nord-est, où se trouve une vallée profonde. Primitivement, il devait

y avoir deux autres tours à côté de la cour B; les soubassements de l'une d'elles paraît au nord-est. Je les ai indiquées par un pointillé. Près de la coupure D est une autre grande construction avec deux tours engagées (G et IJ. Autour du chAteau, qui était un des plus considérables du midi de la France, s'étendait, jusque sur le bord du Drot, un immense parc où l'on conservait toute sorte de eibier.

Clief-lieu de canton, arrondissement de Bazns.

Langon est une de ces villes dont la fondation est inconnue. On l'attribue à une colonie des Lingones, venue des bords de la Moselle, on ne sait quand, et l'on n'en donne pour preuves que la ressemblance des noms. Ces sortes de preuves rentrent dans le domaine de la légende, et doivent être repoussées par tout historien sérieux. Une forteresse, élevée sur la rive gauche de la Garonne, a dû servir de noyau à la ville. On ne connaît pas l'époque de la construction de cette forteresse; mais elle existait déjà du temps de Ptolémée, par conséquent au second siècle de l'ère chrétienne. On pense généralement que le territoire occupé par Langon et la ville elle-même, appelée alors Alingo, dépendaient, au IV' siècle, des vastes domaines de saint Paulin. On trouve, en effet, dans une lettre de ce saint, adressée à saint Amand, qu'il recommande à ce dernier de faire partir un habitant de Langon pour porter une missive à un certain Daducius ('). On a conclu de là que saint Paulin devait avoir des droits assez étendus sur les Langonnais (^). Saint Delphin, évêque de Bordeaux, venait de faire construire une église à Langon. Saint Paulin lui écrit pour lui exprimer la joie qu'il a éprouvée en apprenant que cette église est tellement avancée qu'elle est en état d'être dédiée (3).

Dans le V siècle, Langon était, comme aujourd'hui, le port principal du Bazadais. Sidoine

Apollinaire invite son ami Trigetus, habitant de Bazas, à venir le voir à Bordeaux : « Est-ce

» que tu serais arrêté, lui écrit- il, par la difficulté de voyager en hiver? Et comme le vent » impétueux du Bigorre a coutume d'effacer les traces des routes en un sol mobile, crains-tu de

» faire en quelque sorte naufrage sur terre ? Tu n'hésites pas moins à t'embarquer au port

» d'Alingon (Langon), que s'il te fallait aller maintenant sur les rives du Danube Puisque

» l'espace de douze milles est un obstacle assez puissant pour t'arrôter, que devons-nous croire ?

» Voilà que mon ami Leontius, le premier, sans contredit, des Aquitains; voilà que Paulinus, qui » ne le cède presque en rien à son père, se préparent à aller au-devant de toi, vers les lieux dont » j'ai parlé plus haut, et à t'araener sur les eaux de la Garonne à la faveur du reflux ; ils iront » non-seulement avec une flotte, mais avec un fleuve. Alors les rameurs assis sur leurs bancs, les » pilotes au milieu des banderoles, chanteront en chœur tes louanges. Tu trouveras dans le vaisseau » un lit délicat et mou, un damier avec ses dames de deux couleurs, des dés qui rouleront souvent » sur les degrés de leurs cornets d'ivoire, et, de peur que tes pieds pendants ne soient mouillés en » la sentine mouvante, le ventre creux du navire sera couvert d'un pont fait avec des planches de

(<) LMre de saint Paulin. 120 lettre. — (') Vita S. Paulini, p. 3. Parisiis, m. dc. lxxxv. — ;') Lettre de saint Paulin, 20« lettre. — Ue Tillemant, Histoire ecclésiastique.

» sapin ; un berceau de treillis, placé sur ta tête, pourra te garantir du serein dangereux dans » cette saison. Que peut-on donner de plus à la délicatesse d'un ami paresseux? Tu seras arrivé, » qu'à peine auras-tu pensé que tu voyages (*). »

Lorsque saint Paulin embrassa la pauvreté évangélique, il abandonna ses biens de Langon à une église des environs de Bordeaux, qui avait été élevée sur le tombeau de saint Seurin (^). Depuis cette époque jusqu'au X" siècle, l'histoire se tait complètement sur la ville qui nous occupe.

Si l'église de Saint-Seurin avait des droits sur Langon, elle les partageait avec des seigneurs laïques; on trouve, en effet, un Bernard, vicomte de Bouville, seigneur de Langon, parmi les chevaliers qui s'engagèrent, à la fin du XI' siècle, à venger les injures faites aux religieux de La Sauve (■'). Au surplus, les droits du chapitre de Saint-Seurin ne devaient pas être bien considérables, et lui occasionnaient peut-être plus de dépenses qu'ils ne produisaient de revenus, puisque, en 1170, les chanoines donnent à foi et hommage, à Arnaud Garcias et aux siens, la ville de Langon, à la charge de leur payer annuellement, le jour des Rameaux, douze bonnes lamproies (*). Arnaud, que Dom Devienne appelle Arnaud de Lascar, mourut peu de temps après (1 1 82]. « Comme » son fils était encore au berceau, on négligea de reconnaître qu'il tenait ce fief de Saint-Seurin et » de payer les douze lamproies. En conséquence, les chanoines s'en emparèrent; mais loin de le » faire valoir à leur profit, ils dégradèrent le terrain en arrachant les haies qui entouraient les M jardins et les vignes; ils enlevèrent jusqu'aux portes des maisons. Les terres demeurèrent ainsi » en friche pendant plusieurs années. Enfin, les parents de l'enfant vinrent demander grâce; ils » promirent de payer les arrérages, donnèrent une somme d'argent, et reçurent de nouveau l'inves- » titure de la terre ('). » Si Arnaud Garcias devint, par ce fait, seigneur de Langon, il ne put avoir que la portion des droits possédés par le chapitre. On trouve, en effet, que, dans la première moitié du Xlll' siècle, Pierre de Gavarret était seigneur de Langon, de Saint-Macaire et de Benauges {^). Le 27 janvier 1228, il rendit hommage à Henri III, roi d'Angleterre, qui lui confirma la libre jouissance de toutes ses possessions C). En 1262, un Guillaume de Bouville, qualifié seigneur de Langon, et vingt-deux autres seigneurs, s'engagent à maintenir un traité par lequel Garcias Arnaud de Navaille et Marie Bertrand, sa femme, promettent au roi d'Angleterre d'abattre le donjon du château du Saut (*). Le 15 juillet de cette même année, Araanieu VI d'Albret fit son testament, oii nous voyons qu'il légua aux Frères Mineurs de Casteljaloux les rentes qu'il possédait sur la ville de Langon et qui lui avaient été données par Edouard en échange du château de Milhau (^). Bernard de Bouville en était seigneur quelque temps après ("). Celte seigneurie continua à être divisée jusqu'à la conquête de la Guienne par Charles VII.

A .\rnaud Garcias, qui était de l'illustre famille de Goth, paraît avoir succédé, avant 1278, Amanieu de La Mote, qui était de la même famille; mais il ne possédait qu'une partie de la seigneurie de Langon, et son gendre, Jean de Grailly, l'était d'une autre partie. Ils eurent, au sujet des droits de passage dans cette ville, des contestations qui ne paraissent avoir été terminées qu'en 1285 ("). La partie que possédait Jean de Grailly était d'abord celle qui lui avait été cédée, le 15 mars 1277, par Éléonore, reine d'Angleterre, et tout ce que Bernard de Bouville y possédait

(') Apollinaris sidonius, trad. fie J.-F. Grégoire et F.-Z. Collombet, t. II, p. 337. — (') Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, t. II, t" édit. Bordeaux; Lacaze, libraire-<5diteur, 1862. — (') L'abbé Cirot de La Ville, Histuire de la Grnnde-Sauve, t. I, p. 197. (*) Chronique hourdekme, p. 10. - (') Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, t. II, f» édit., p. 40. — (*; M. et J. Delpil, A'6/ice sur un manuscrit de la bibliothèque de Wolfembutlel, p. 132. — Rymer, t. I, pars. I, p. l'iO, 3» édit. — C) Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 2. — ;») M. et J. Delpit, loc. cit., p. 153. — Archives historiques de la Gironde, t. I, p. U4. — (») Idem, idem, t. III, p. 131. — ('») M. et J. Delpit, loc. cit., p. 88. — (•') Rôles gascons. — Variétés bordeloises, t. II, p. 228.

du fait de ses ancêtres. Le roi Edouard V", qui les avait confisqués à ce dernier, les donna à Jean de Grailly sous la simple redevance d'un autour sor ('). L'année suivante, Gaillard de La Mote était qualifié seigneur de Langon. A celui-ci succéda Amanieu, qui mourut à Toulouse en 1308, et fut enterré dans le couvent de La Rame, à Mazères; il avait épousé Élipide de Goth, fille d'Arnaud Garcias, frère de Clément V (*).

Les La Mote possédèrent la seigneurie de Langon jusqu'en 1 436 environ. Ils n'en étaient cependant que coseigneurs, puisque, en 1312, Simon Suavis (Le Doux), chantre d'Agen et exécuteur testamentaire de Jean de Grailly, vicomte de Benauges et de Castillon et seigneur de Langon, rendant ses comptes à Pierre de Grailly, fils et héritier de Jean, fait mention d'une somme de 282 livres 12 sous et 2 deniers, qui lui avait été remise par Gaillard de Bazas, receveur du péage de Langon, pour 41,739 tonneaux de vin qui y furent embarqués, depuis le jour de la fête de Saint-Luc l'Évangéliste (18 octobre 1311) jusqu'à la même date de l'année suivante. Le droit de péage n'était cependant que de trois oboles et la huitième partie d'un denier (') (pro quolibet tonneJlo tribun abolis et média pogesia) (*). Pierre de Grailly était encore qualifié seigneur de Langon en 1328 (*). Pierre de Gavarret était coseigneur de cette ville en 1324 (Pères de Ganarel, seigneur en sine part de Lyngom) [^) fPetro de Ganareto, con-domino de LîngoniJ C).

La seigneurie de Langon était donc divisée entre plusieurs seigneurs, et les rois anglais pouvaient les changer à leur volonté. On voit, en effet, que, le 8 décembre 1340, Edouard III concéda à Isabelle, reine d'Angleterre, tout ce que le vicomte de Castillon avait à Langon, et en outre le péage de cette localité, possessions qui avaient appartenu autrefois à Bernard de Bouville {*). Elles ne tardèrent pas à être restituées à la maison de Grailly, puisqu'on voit, vers 1360, cette famille en contestation avec celle de La Mote à propos du péage de Langon. Les La Mote furent alors dépouillés de cette seigneurie, mais elle leur fut en partie restituée en 1418 par l'intercession du comte d'Armagnac.

En 1 364, un Arnaud de Gavarret était coseigneur de la ville, et vint rendre hommage au prince Galles dans l'église de Saint-André de Bordeaux (^). En 1440, le roi d'Angleterre donne à Henri Bowet, archevêque d'York, le château et la ville de Langon, avec quatre deniers par livre de monnaie courante en Aquitaine, à prendre sur toutes les marchandises entrant dans la ville ou y passant, soit par terre, soit par eau ('"). Son neveu, Henri Bowet, chevalier, hérita de ce droit en 1 426 (•').

Il paraît évident, par ce qui précède, que les rois d'Angleterre avaient des droits très étendus sur la ville de Langon, et qu'à tout moment ils les cédaient, en partie ou en totalité, aux seigneurs dont ils voulaient récompenser les services. Nous avons déjà vu des dons de cette nature ; en voici encore d'autres puisés aux mêmes sources : Le 24 juillet 1417-18, Henri V concéda à Guillaume- Arnaud de La Mote, chevalier, le château, le domaine et la ville de Langon. Le 1" mars 1422-23, Henri Vï confirma cette donation. Le 5 mai de la même année, le même roi confirma la donation faite à Menault de Favoys (Favars) du château, de la ville et de la tour neuve de Langon (villam et novam turrim) (**), que son prédécesseur lui avait concédés avec dix (barriques?) (dolia) de vin par an (^'). Quelques-uns de ces personnages n'étaient peut-être aussi que des gouverneurs militaires

(') Rymer, t. IV, pars. II, p. 33 et suiv., 3» édit. — («) Le père Anselme, Généalogie de la famille de Goth, t. I, p. 170. — (^) Variétés bordelaises, t. VI, p. 15. — (*) Au motpogesia, Ducange fait cette citation : ... Unam pogesiam seu piclam seuquartam partem unius denarii Burdegal. — p Rôles gascons.— {^) Rymer, t. Il, pars. I, p. 570. Lomlini, 1818. — (') Idem, idem, p. 596, idem. — («) Rôles gascons. — \?) J. Delpit, Documents..., p. 89. — (">) Rymer, t. HT, pars. IV, p. 177, 3e édit. — (") Idevt, t. IV, pars. IV, p. 123, 3« édit. — (") Rôles gascons. — {") Rôles normands, p. 316.

de la ville et du château, indépendants du seigneur, et jouissant de privilèges et de droits assez étendus, et le domaine n'appartenait qu'au seigneur. En 1423-24, Bernard de La Mote, chevalier, possédait le château, le domaine et la ville de Langon. L'année suivante, ils étaient à Bérard de La Mote. En 1426, la possession du château et la ville fut confirmée à Nicolas Bowet, héritier de son oncle, Henri Bowet, comme nous l'avons vu plus haut. Bérard de La Mote, à qui ces possessions avaient été probablement confisquées, réclama à plusieurs reprises; elles lui furent rendues en 1436-37 ('). En 14o0, Bertrand de Gères, écuyer, était capitaine de la ville de Langon (^). A cette époque, tout était bouleversé en Guienne : les seigneurs qui étaient restés fidèles à l'Angleterre étaient exilés , ceux qui avaient fait leur soumission ne paraissaient pas encore assez fermement attachés à leurs nouveaux maîtres pour que le roi de France leur laissât entière leur ancienne autorité, et presque toutes les villes virent, à leur grand déplaisir, des hommes du Nord devenir leurs seigneurs. Les Foix Candale avaient succédé aux La Mote dans la seigneurie de Langon. Il est probable que si, après la conquête de la Guienne, ils en prenaient le titre, ils n'en étaient réellement pas en possession; car on trouve qu'en 1462, Louis XI, par lettres-patentes enregistrées au Parlement de Bordeaux, donna à Jean de Foix, comte de Candale, la seigneurie de Langon en partie. Cette famille la posséda jusqu'en 1540, époque où elle fut vendue à Larocque- Budos, Archambaud, probablement par Frédérik de Foix, comte de Candale, et Françoise de Larochefoucauld, sa femme, pour la somme de 45,000 fr. Dans la suite, les Larocque-Budos prenaient le titre de barons de Langon; ils ne possédèrent cependant cette baronnie que cinq ans ; elle fut rachetée en 1545 par François de Candale, évêque d'Aire, dont la famille la garda jusqu'en 1594. Le duc d'Épernon, par son mariage avec Marguerite de Foix, devint seigneur de Langon. Son fils lui succéda. En 1661, Gaston de Foix le fut à son tour, et ses héritiers après lui. Henri-François de Foix Candale n'ayant pas d'enfants, aliéna, par acte du 20 avril 1713, la baronnie de Langon au duc d'Antin. Le duc d'Antin, Civrac, Tracy-Clermont, enfin Tonnerre Durfort, furent les derniers seigneurs de Langon, mais seulement à titre d'engagistes (^).

Nous devons ajouter à ces divers maîtres les bourgeois qui, alors peut-être autant qu'à présent, avaient une certaine influence dans les affaires de leur ville (*). A la fin du XIII' siècle, « Gaillard » de Langon (de La Mote probablement) et cinq bourgeois de la ville viennent déclarer, devant les » commissaires du roi, que leur ville doit les redevances suivantes : 1° le service militaire; 2° le » serment; il doit être réciproque : le roi promet sûreté et protection aux habitants, et les habitants, » à leur tour, jurent fidélité au roi; 3° le roi possède le droit de criée dans la ville, et, de plus, » certains droits de justice qui sont spécifiés, tels que le droit d'appel, celui d'otage, quoiqu'il ne » soit pas établi en principe ; les députés ajoutèrent que le roi possède sur la ville et les habitants » le quart de toute la haute justice ; 4° les bourgeois sont tenus de fermer la ville, de la fortifier et » de la garder (*) à leurs dépens en temps de guerre; enfin, ils doivent préserver leur seigneur de » toute exhédération (^). »

Maintenant que nous connaissons à peu près les divers maîtres de Langon , nous allons voir par quelles vicissitudes a passé cette vieille cité.

Laissons d'abord de côté tout ce qui a dû lui arriver d'heureux et de malheureux depuis sa

(•) Rôles gascons. — (*) J. de Bourrousse de Laffore, Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, t. III, p. ÏL - (') Nous avons puisé ces derniers renseignements dans les manuscrits de M. Lafargue, ancien notaire à Langon — (•) Langon était état)lieen commune dès le XIII<^ siècle. — (») Claudere palo, creno et bareniis (peut-être barellis) congrue. — (') M. et J. Delpit, Notice d'un manuscrit de la bibliothèque de Walfembuttel, p. 88.

fondation inconnue jusqu'au mariage d'Éléonore d'Aquitaine; nous ne ferions qu'ajouter des conjectures sur des conjectures; en histoire, il faut des preuves, et l'histoire ne dit rien ou à peu près rien de Langon. Cette histoire d'ailleurs a dû être des plus tristes, car il ne reste absolument rien des monuments qui ont été élevés dans la ville jusqu'au XIP siècle. Pendant tout le cours du moyen âge, Langon partagea, à des degrés différents, le sort de toutes les autres villes du littoral de la Garonne. Lors de la guerre soulevée entre Henri III d'Angleterre et Louis VIII, en 1224, celui-ci se saisit d'une grande partie de la Guienne, et prit entre autres villes Langon; mais peu de temps après, Richard, comte de Cornouailles, frère et lieutenant du roi d'Angleterre, arriva par mer à Bordeaux à la tête d'une puissante armée, et reprit Langon et les autres localités qui s'étaient livrées aux Français (*).

Quatre années plus tard, le 2 aoiàt 1228, le roi écrivit à Henri de Trubeville, sénéchal de Gascogne, de faire battre monnaie à La Réole ou à Langon, en prenant pour modèle l'aloi et le poids de celle de Tours (*). Il paraît que Langon fut choisi pour faire cette opération, oîi déjà d'ailleurs on battait la monnaie de Bordeaux en 1275 (^) et en 1283 (*).

Quelque temps avant la bataille de Taillebourg, Henri III cherchait à réunir une puissante armée pour résister à saint Louis ; il convoqua les divers seigneurs de Langon, les engagea, au nom de leur honneur réciproque, à venir le rejoindre à Pons le jeudi après la fête de la Pentecôte. Il écrivit à Pierre de Gavarret de venir avec trois chevaliers, à Gaillard de La Mote, avec un; il écrivit aussi au Conseil et aux prud'hommes de Langon de venir le rejoindre (*). Après avoir été vaincu, Henri III parcourut la Guienne; le 1 5 septembre, il était à Bordeaux, d'oii il écrivit de nouveau aux prud'hommes de Langon de se trouver, pour le service militaire, à Sainte-Bazeille, dans l'octave de l'Exaltation de la Sainte-Croix ("). Le 12 septembre 1253, il leur ordonna de lui envoyer deux cents hommes de Rions.

Edouard I*"", lors de son séjour en Aquitaine, se trouvait le 26 juillet 1290 à Langon; il y apprit que les Frères Prêcheurs de Bayonne venaient de perdre dans un incendie leurs ornements d'église et leur bibliothèque. Pour les indemniser d'une partie de cette perte, il ordonna au sénéchal de Gascogne et au connétable de Bordeaux de leur faire délivrer sur sa cassette la somme de deux cents livres bordelaises C).

Pendant les dernières années du XIII" siècle et les premières du XI V°, la Guienne était passée, à la suite d'un traité, au pouvoir de Philippe-le-Bel. Pendant cette période, Langon fut désigné comme rendez-vous à la noblesse d'Aquitaine convoquée par Robert, comte d'Artois. Notre province ne tarda pas à rentrer, par un autre traité, sous la puissance anglaise, et Edouard II lui demanda des subsides pour faire la guerre aux Écossais ; il écrivit, le 1 8 mai 1 31 6, à la commune de la ville de Langon, que les dons qu'elle avait déjà fait et ceux qu'elle avait promis de faire à cette occasion, ne tireraient par la suite à aucune conséquence fâcheuse pour elle; il sait qu'elle n'était pas obligée de les faire et qu'il ne les doit qu'à la bonne volonté des Langonnais. Une lettre semblable fut écrite à plusieurs villes de la Guienne, entre autres à celles de La Réole, de Bourg-sur-Mer, aux prudhommes du château de Pondaurat, etc. (^).

La ville de Langon et ses seigneurs s'étaient montrés zélés partisans du roi d'Angleterre dans la guerre qu'il avait, au commencement du XIV° siècle, entreprise contre la France; aussi, le

(') Chronique bourJeloise, p. iO. — (») Rymer, t. I, pars. I, p. 105, 3" édit. — (') Dom Devienne, Histoire de Bonleaux, t. II, P- 52. — (•) Archives historiques de la Gironde, t. I, p. 25. — (^) Rymer, t. I, pars. I, p. 140, 3« édit. — (') Idem, idem, p. 145, 3e éilil — (■') Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 307. — i') Idem, idem, p. 321.

23 septembre 1324, Érlouard II les remercia de leur fidélité et les engagea à y persister ('). Il les remercia de nouveau le 18 mars i325, et leur annonça qu'il allait partir bientôt lui-même à la tête d'une nombreuse armée, et que bientôt aussi il allait leur envoyer des vivres et des munitions (*). Peu de temps après, en 1328, le baron d'Escassefort assiégea Langon; mais il fut repoussé par les Anglais. Vers 1340, cette ville dut encore être assiégée, puisque l'archevêque d'Auch et Pierre do La Palu, étant à Agen les 1 7 et 20 octobre 1340, donnèrent 100 livres de petits tournois à Imbert de la Cnpelle, damoiseau de Viviers, en récompense de ses services, et en particulier de ceux qu'il avait rendus en dernier lieu à Langon, oii les Anglais l'avaient dangereusement blessé et d'oii il avait été ramené prisonnier à Bordeaux ("'). Si, quelques années plus tard, les Langonnais furent obligés d'obéir à la France, le comte de Derby, dans sa campagne de 1344, dut les faire rentrer sous la puissance anglaise. Cependant, la ville ne fut pas assiégée, ainsi que paraissent le croire ceux qui lisent les Chroniques de Froissart sans critique. Cet historien, en effet, dit qu'après la prise de Bergerac, les Anglais chevauchant en avant, trouvèrent un château appelé Lengo (*), qu'ils prirent, puis se dirigèrent vers Monsac, etc. (*). II est évident que ce château n'est pas Langon, mais Lanquais, qu'on prononce en gascon Lénequai, à 3 lieues de Bergerac. Comment, en effet, supposer que le comte de Derby serait revenu de Bergerac sur Langon pour instantanément revenir sur Mou.sac, qui est à 2 lieues de Lanquais? Langon n'est donc pas en jeu ici. Quoi qu'il en soit, cette ville resta fidèle à l'Angleterre, et ses seigneurs et ses bourgeois vinrent à Bordeaux en 1363 rendre hommage au prince de Galles. C'est le 25 juillet que les députés de la commune, au nombre de cinq, se présentèrent; c'étaient : Gaillard Besian, Gassies Doat, Guillem de Gazan, Arnaut de Laporte et Arnaut-Guillem de Lacort. Ils protestèrent contre ce fait de les avoir fait venir à Bordeaux pour prêter serment, disant que cette cérémonie aurait dû se faire dans leur propre ville. Ils dirent qu'ils espéraient que cela ne se renouvellerait plus, et exigèrent du prince le serment de respecter leurs franchises, libertés, privilèges et coutumes (®).

En 1374, le duc d'Anjou, après avoir parcouru le comté de Toulouse, prit les villes des bords de la Garonne : Langon fut de ce nombre ('). Elle était encore au pouvoir de la France en 1465; car nous voyons dans une note fournie par M. Virac, notaire à Sauterne, que Bérard d'Albret, sénéchal de Guienne, des Landes et du Bazadais, se présenta à Langon devant l'église de Saint- Gervais pour recevoir, au nom du roi de France, le serment des habitants. Jean de Basais, jurât de Langon, déclara, en présence de Guiraud de Vergoignan, capitaine du château, que les habitants de Langon relevaient du comte d'Armagnac, et que, tant qu'ils ne se seraient pas entendus avec lui, ils ne prêteraient serment à qui que ce fût. Le sénéchal leur fit observer que le comte d'Armagnac, ayant pris Langon au nom du roi de France, c'était à ce monarque qu'ils devaient obéissance; qu'en conséquence, il les engageaient de nouveau à ne pas résister. Le jurât répondit qu'ils étaient fermement résolus à ne pas obéir, et refusa le serment. Bérard d'Albret protesta, et fit dresser acte de ce refus par Guillaume de La Nau, notaire à Saint-Macaire.

Depuis cette époque, jusqu'à la conquête définitive de la Guienne par Charles Vil, la ville de Langon fut assiégée et prise plusieurs fois par les Anglais et les Français. Enfin, le 1 4 juillet 1 453, assiégée par le seigneur d'Abret, elle se soumit définitivement au roi de France (*), qui, voulant

(') Rympr, t. M, pars. I, p. ôTO. I.ondini, 1818. — Voir supra, à l'arlicle Lingoiran, p. ?, la lettre du roi d'Anpleterre. — (') Idem, idem, p. 596, idem. — i') Uom Vayselte, HistuiTe générale du Ijinguedoc, t. V, p. 233. — (') Uenis-Sauvage de Fonlp-

naille l'écrit Lengo, et liiichon Langun. — ,'| Kroissart, t. I, p. 187, édil. Duchoii. — (') J. Uelpit, Documents , p. 92. —

l't Froissart. t. 1, p. fi90, édil. liiiclioii. - ;", .1. Charlier, p. 267,

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s'attirer l'amitié des Langonnais, leur confirma leurs privilèges et les exempta de toute contribution forcée. Dès ce moment, et pendant cent ans environ, la ville de Langon disparaît à peu près de l'histoire; elle partagea d'ailleurs le sort de toutes les autres villes de la Guienne, qui ne commencèrent à se relever un peu de leur chute que vers le milieu du siècle suivant.

En 1530, il fallut lever un impôt sur la France entière pour payer la rançon de François I"; la ville de Langon y coopéra pour 1,500 livres, mais elle fut obligée d'emprunter une partie de cette somme à Larocque-Budos, à qui elle donna en nantissement un octroi sur les vins vendus en détail dans toute la juridiction (').

Pendant les troubles de la gabelle, en 1552, Langon prit part au soulèvement général, et les habitants se livrèrent à des excès déplorables. Les généraux français, chargés de rétablir l'ordre, se donnèrent rendez-vous dans cette ville, oii ils reçurent une députation des jurats de Bordeaux qui venaient implorer pour leurs concitoyens la pitié du connétable de Montmorency et du duc de Guise (^).

Une des localités de notre pays qui souffrit le plus des guerres de religion, fut certainement la ville qui nous occupe; elle fut peut-être en commençant favorable au parti de la réforme, et, en 1562, les catholiques, sous les ordres de Henri de Candale, s'en emparèrent. Trois ans plus tard, Charles IX y fit son entrée solennelle, lorsque, accompagné de sa mère, il visita le midi de la France. En 1566, trois cents cavaliers protestants, sous la conduite de Mongoméry, surprirent Langon, pillèrent les églises et dévastèrent les environs (^). Malgré la haine que les deux partis avaient l'un pour l'autre, il ne fut pas versé par les Langonnais une seule goutte de sang le jour de la Saint-Barthélémy; néanmoins, la guerre ayant recommencé, les religionnaires pénétrèrent de nouveau dans Langon, pillèrent les églises et brûlèrent le couvent des Carmes. La frayeur s'empara des habitants : les femmes abandonnèrent la ville en emportant ce qu'elles avaient de plus précieux, et se réfugièrent sous les remparts du château de Fargues. Les protestants ne tardèrent pas à être chassés à leur tour, et reparurent devant la ville, qu'ils assiégèrent en 1 577 et en 1 378. Pendant ce dernier siège, elle était défendue par La Salle du Ciron, qui y fut tué en se défendant; il avait été « abandonné de tous les siens, hormis de sa femme, qui lui fournissait d'armes et de courage » tant qu'elle put. » Mais la ville fut mal gardée, et Largimarie la reprit et la fit démanteler. Les catholiques tuèrent les hommes, outragèrent les filles et les femmes, brûlèrent plusieurs maisons et saccagèrent le reste. Le maréchal de Biron vint trop tard à son secours, et fit combler les fossés, comme si les Langonnais étaient coupables de ce qui se passait alors dans leur ville. Favas attira peu de temps après Largimarie dans une embuscade, près d' Aillas, et le battit. Les gens de pied s'étant retirés dans un moulin, s'y défendirent de leur mieux; mais Favas y fit mettre le feu, et ils furent tous brûlés (*). La ville était donc de nouveau entre les mains des protestants, qui s'y établirent solidement sous la protection de Favas, qui possédait le château de Caslets-en-Dorthe. Ils s'y firent un cimetière en dehors de la porte Brion, et y bâtirent un temple (*). Henri IV considérait cette ville comme un des boulevards du protestantisme; il y dîna le 23 janvier 1581; il en fit autant le 27 février de la même année. Il passa encore à Langon, le 24 juillet 1583 ("j. Le 24 octobre 1620, Louis XIII, en revenant du Béarn, passa à Langon, oii le duc de Mayenne donna ordre aux jurats de Bordeaux d'envoyer des bâtiments pour faire passer et transporter l'armée du roi.

i*J Notes de M. Lafargue, de Langon. — (') Guienne historique et monumentale, l. I, part. II, p. 72. — [^] hleni, itiem. p. 73. — 1*) D'Aubigiié, Histoire universelle, t. III, p. 17 el suiv. — fl L'abbé O'IieilIy, Essai s..r l'histoire de la ville et de l'arnmdissemmt de tiazas, \t. 30?. -'.») Extrait da Recueil de lettres missives de Henri IV.

Les troubles religieux apiiisés, Langon ne put néanmoins jouir d'un long repos : les guerres de la Fronde furent pour cette ville une source de calamités. Appartenant au duc d'Épernon, elle lui resta fidèle; aussi, à la fin de l'année 1649, pendant que le duc était occupé dans le Haut-Pays, les Bordelais, commandés par le marquis de Sauvebœuf, à peine guéri d'une grave maladie, prirent les villes et châteaux de la rive gauche de la Garonne, et se présentèrent le 15 novembre devant Langon, défendu par un détachement du régiment de la Marine, arrivé depuis peu de la frontière de Catalogne, qui passait pour un des meilleurs régiments de France.

Le gros de l'armée des Bordelais arriva en face de la ville , y trouva des retranchements derrière lesquels une partie de la garnison l'attendait. Ils furent vigoureusement attaqués, mais non moins vaillamment défendus. Les Bordelais montèrent dans les maisons voisines, et du haut des toits faisaient pleuvoir dans l'intérieur des retranchements une grêle de balles. Les épernonistes, ne pouvant résister à ce nouveau genre d'attaque, se retirèrent en toute hâte dans la ville, poursuivis l'épée dans les reins par les parlementaires. Ils eurent cependant le temps de refermer les portes, sans quoi Langon eût été pris après celte première attaque. Sommés de se rendre, les Langonnais .s'y étant refusés, on dressa des batteries qui tirèrent jusqu'à la nuit, mais ne purent faire brèche. Le marquis de Sauvebœuf, qui reprenait ses forces, essaya ce soir de monter à cheval, et, soutenu par deux des siens, il visita les quartiers de l'armée et le tour de la place. Sur l'avis qui lui fut donné que le point le plus faible des murailles était près du couvent des Carmes, il y fit pointer ses canons. .\u bout de cinq heures, ils y firent une brèche raisonnable. Les régiments de Théobon et du Parlement furent commandés pour ce premier assaut; ils furent soutenus par ceux de Lusignan et de Sauvebœuf. Le combat fut opiniâtre et dura quatre heures, pendant lesquelles neuf barricades furent forcées. Enfin, ceux de la Marine, contraints de céder, se retirent les uns dans l'église et les autres dans le château. Sommés de se rendre, ils refusèrent avec hauteur. Sauvebœuf fit alors dresser deux batteries dans la ville, une contre chacun des refuges de la garnison; mais on attendit au lendemain pour commencer l'attaque. Au point du jour, après quelques volées tirées sur l'église, ceux qui y étaient enfermés demandèrent à capituler; on prit à rançon les bourgeois. Quant aux soldats du régiment de lii MariiK-, on leur promit une capitulation semblable à celle qui serait accordée à leurs camarades enfermés dans le château. En moins de trois heures, une brèche y fut faite : tous voulaient s'y précipiter les premiers; mais Sauvebœuf arrêta leur ardeur, et, appuyé sur Cacheron, lieutenant do sa compagnie d'ordonnance, il se mit à la tête de la colonne d'assaut. Cette action faillit lui coûter la vie : Cacheron y fut tué d'une mousquetade. Cette perte irrita tellement le général, qu'il ne voulait pas entendre parler de capitulation. Cependant, le marquis de Lusignan le calma, et la garnison put sortir tambour battant, mèche allumée, vie et bagues sauves.

Sauvebœuf, après avoir laissé à Langon son régiment sous le commandement de Royer, sieur de Masvieux, passa à Saint-Macaire. L'année suivante, Saint-Macaire ayant été pris par les troupes du duc d'Épernon, Langon et toutes les villes que les Bordelais tenaient sur les bords de la Garonne furent obligées de se rendre, et les troupes du Parlement se retirèrent à Bordeaux (•). Cet état de choses dura peu; les princes de Condé et de Conti rallumèrent encore le feu de la guerre civile; ils firent signer aux villes des bords de la Garonne, sous le nom d'Union, un traité de paix offensif et défensif. Langon ayant refusé d'y adhérer, le prince de Conti, à la tête d'une armée de huit mille

('; KoiiU-neil, Histoire des mowemenls de (lurdeaux, t. 1, p. 303 el 390.

hommes et de six canons, se présenta devant ses murs. La ville et le château furent pris; les habitants quittèrent leurs demeures et se réfugièrent dans le château de Fargues et dans l'abbaye du Rivet. On laissa, pour gouverner Langon, quatre cents hommes sous les ordres du marquis de Galapian; ils commirent, pendant les trois mois qu'ils gardèrent la ville, tant de cruautés, que le souvenir du monstre qui les commandait est encore en horreur à Langon et dans les contrées environnantes ('). Les habitants, indignés des horreurs commises par ces forcenés, attaquèrent le château où ils se tenaient et s'en emparèrent; mais l'ennemi le reprit, et tout ce qui s'y trouva fut passé au fil de l'épée ou jeté dans la Garonne (^). En 1653, le duc de Candale, qui commandait les troupes royales, se rendit maître de Langon; il trouva la ville à moitié ruinée. Les Langonnais demandèrent au gouverneur d'alors des secours pour réparer les maux causés par les guerres précédentes, et surtout ceux que leur avait occasionnés la bande du marquis de Galapian. Dans l'enquête qui fut faite à cette occasion, et dont M. Lafargue de Langon a pris copie, on trouve qu'il y eut : dans la rue de la Mer ou du Port, 10 maisons brûlées et démolies; rue Ronde, 7 brûlées, les autres entièrement dégradées; rue Saint-Gervais, l'église et 10 maisons brûlées, les fermetures et les planchers des autres enlevés ; toutes les maisons de la place brûlées, une seule à moitié conservée; rue Biran, 8 maisons démolies, les autres délabrées; rue Brion, 3 démolies, les autres inhabitables; rue Maubec, 6 démolies, les autres en ruine. Hors ville, l'herbe croît sur les fondements de 24 maisons. A la campagne, plus de 12 maisons brûlées. L'église Notre-Dame fut dévastée à la môme époque, et les couvents des Carmes et des Capucins où les habitants s'étaient en partie réfugiés furent dévastés et démolis en partie.

Si l'on ne connaissait cette triste nomenclature, on serait étonné de l'absence complète d'anciennes maisons dans la ville. Malgré leur construction sans ordre, leur aspect ancien, toutes ces maisons sont relativement modernes; elles paraissent avoir été élevées à la hâte, sans égard pour les données architecturales ; en un mot, les vieilles rues, si pittoresques et si intéressantes dans les autres villes, n'offrent ici que désordre sans art.

Langon cependant était trop bien situé pour ne pas reprendre assez vile son ancienne prospérité. Port naturel de Bazas et d'une partie des Landes, point de jonction entre la terre et le fleuve dont le reflux est encore assez fort devant ses murs , il était la première étape de la route qui réunissait Bordeaux à l'Espagne ; aussi, toutes les fois qu'un de nos souverains se rendait dans le midi de la France en passant par la capitale de la Guienne, il s'arrêtait à Langon. Louis XIV, à son retour de Saint-Jean-de-Luz , y coucha le 22 juin 1G60, et s'embarqua le lendemain pour Bordeaux dans une maison navale que cette ville lui avait envoyée (^). La prospérité et le commerce de Langon ne «■essèrent de s'accroître. La Révolution ne les arrêta que momentanément; mais depuis la création du chemin de fer du Midi, la ville et le port ont perdu quelque peu, dit-on, de leur importance, et les Langonnais voient diminuer leur commerce et craignent de voir les grands centres l'absorber complètement. Ce n'est, nous l'espérons du moins, qu'une crainte chimérique, et l'équilibre ne peut manquer de se rétablir avant longtemps.

Nous avons vu plus haut que du temps des Romains et au IV' siècle, Langon existait déjà sous le nom (XAlingo ou Portus Alimjonis. J'ai visité toutes les rues de cette ville; j'ai suivi les murs sur

(«) Voir supra, vol. I, à l'article Rions. — (') Musée d'Aquitaine, t. III, p. 253. - (') Continuatinn de la Chronique bourJeloise, p. 91.

le bord du fleuve et les remparts partout ou ils sont apparents; j'ai étudié avec soin l'emplacement du château, et je n'ai rien trouvé d'antérieur au moyen âge. Si on en croit cependant les précieux manuscrits laissés par M. Lafargue, ancien notaire à Langon, on aurait trouvé sur l'emplacement du château beaucoup de constructions romaines, des tuiles à rebord, et un grand nombre de médailles.

La ville, abstraction faite des faubourgs modernes qui occupent une surface presque aussi considérable qu'elle, se di\ise en deux parties bien distinctes (Planche LXXXII); la première et la plus ancienne, au nord, a la forme d'un triangle irrégulier, dont le grand côté s'appuie sur la Garonne. Elle enveloppe complètement l'ancien château circonscrit par la rue Ronde. L'angle nordouest, sur le bord du fleuve, est occupé par l'église Saint-Gervais. Contre l'angle sud s'appuie un angle de la seconde partie de la ville, qui a, comme l'autre, la flgure d'un triangle très irrégulier. Leur point de jonction forme une espèce d'isthme large seulement de 50 mètres environ.

Cette disposition anormale me fait supposer que lorsqu'on a construit les remparts de la seconde partie de la ville, le lit du fleuve venait les baigner au nord, et couvrait, sinon continuellement, (lu moins au moment du reflux, l'emplacement occupé plus lard par le couvent des Carmes. Ce qu'il y a de positif, c'est que la Garonne passait, il n'y a pas encore bien longtemps, au pied des maisons qui s'étendent à l'orient de l'enclos des Carmes. Il est probable aussi que ces remparts, comme ceux de l'est de l'ancienne ville, étaient établis sur des rochers, ainsi que paraît le prouver le nom de cours du Rocher donné à la rue qui les borde. Si mes suppositions sont fondées, tous les remparts nord et nord-est étaient baignés par les eaux du fleuve, et la ville n'avait pas à redouter une attaque de ce côté. Des fossés larges et profonds entouraient le reste des murailles, et venaient par leurs extrémités rejoindre le bord de l'eau.

Il ne reste rien de l'ancien château; mais j'ai calqué chez M. Lafargue un plan manuscrit tracé par son père à une époque où les murs de Langon étaient encore debout ('). Le château forme un arc de cercle, dont la corde s'appuyait sur le fleuve et dont l'arc passait sur un des côtés de la rue Ronde, appelée autrefois rue de la Penne. Les courtines étaient bosselées de tours rondes et carrées. Le long de la rue Ronde, on aperçoit, dans les soubassements de quelques maisons, des restes de vieilles murailles, mais sans aucun caractère. Une portion d'ancien mur, dans un endroit appelé la Brèche (D), sur le bord du fleuve, se dirige dans la ville verticalement à la rivière. Il pourrait se faire que le mur appartenait à une porte ou poterne qui donnait sur la rivière, ou formait une des faces extérieures du périmètre du château, qui, de ce côté, aurait suivi à peu près la ligne DC. M. Lafargue, dans ses notes, signale une poterne ou fausse porte (C), qui était au bout d'une rue couverte actuellement de maisons, et qu on appelait rue des Bois. J'ai visité les écuries et l'ancien hôtel de France, où, suivant le Compte-rendu de la Commission des monuments historiques de la Gironde, année 1846, existait la chapelle du château; je n'y ai rien trouvé qui ait la moindre ressemblance avec un monument de cette nature. L'emplacement occupé par cette forteresse est maintenant traversé, verticalement à la rivière, par une rue appelée rue de la Marine, et par la rue du Port ou de la Brèche, qui coupe la première à angle droit. Cette dernière rue s'appelait, avant la Fronde, rue Marquet.

Autour de ce château, qui occupe fort probablement l'emplacement de la fortercs.se romaine, ne tardèrent pas à se grouper des maisons qui l'enveloppèrent complètement, laissant toutefois libre

(') Bernadaii dit, dans les Antiquités bordelaises, publiées en t797, que les murs de Langon étaient alors en bon état.

le côté de la Garonne. Il fallut protéger ces maisons contre les attaques du dehors; on creusa des fossés, bientôt après on éleva les remparts, et la ville fut formée. On doit supposer qu'Alingo était aussi considérable que l'ancienne partie de la ville actuelle; mais ce n'est qu'une simple conjecture, car il ne reste rien dans les monuments qui le prouve d'une manière positive.

Le peu qui reste des murailles de Langon, dans la cour de l'hôtel du Cheval-Blanc, dans l'intérieur, de quelques autres maisons et sur le bord de la Garonne, offre le caractère des constructions du XIIP siècle. Si donc la ville n'avait pas été entourée de murs auparavant, ce qui est douteux, elle le fut alors. Ces murs étaient précédés, du côté de la campagne, par un large fossé. La ville d'alors était circonscrite, au nord-ouest, par l'avenue du Pont ('); au sud-ouest, par la route de Bazas à Bordeaux, qui passe sur la contrescarpe des anciens fossés remplis par des maisons modernes; au sud, par la rue des Carmes, et à l'est, par une partie du cours du Rocher. D'après le plan de M. Lafargue, avec les indications que j'ai recueillies de la bouche des habitants et par ce que j'ai vu moi-même dans l'hôtel du Cheval-Blanc, les murs avaient une grande élévation et une épaisseur de l^oO environ. Ils devaient être bosselés de tours semi-circulaires. Il reste les arrachements de l'une d'elles dans l'hôtel cité plus haut (E); elle portait le nom de tour de Mons. Le plan de M. Lafargue en signale une autre dans !a courtine orientale. Il est probable qu'elles n'étaient pas les seules.

On ne signale que cinq portes pour entrer dans cette enceinte. La première, au nord-ouest, s'appelait la porte Saint-Gervais; elle était, dit-on, en F, au sud-ouest de l'église, qui de cette façon aurait fait une assez grande saillie hors des murs de défense, ce qui est peu probable, et surtout peu prudent. Je crois donc qu'en avant de cette porte il devait s'en trouver une autre dont le souvenir est perdu, et qu'un mur devait envelopper la façade de l'église. En suivant la ligne occidentale des remparts, on rencontrait d'abord la porte des Bois (G), au bout d'une rue du même nom et qui n'existe plus. Venait ensuite, au bout de la rue Porte-Neuve et en face de celle de la Marine, la porte Neuve, ainsi nommée peut-être parce qu'il devait y avoir en face d'elle une porte plus ancienne donnant dans le château, sur le bord de la rue Ronde. A l'extrémité sud-est de la ville était une quatrième porte que je me rappelle avoir vue autrefois ; elle s'appelait porte de l'Horloge ou de la Cadène (1). Elle était précédée d'une place appelée jilace du Canton (*). On ne signale pas de porte dans la courtine orientale, ce qui paraît confirmer l'opinion que j'ai émise plus haut, que ce côté était inabordable. Une cinquième porte, appelée porte de la Mer (J), s'ouvrait sur la rivière, au bout de la rue du Port. Cette rue, fort raide, se dirigeait presque directement vers la porte de l'Horloge. De cette porte, une grande rue parallèle aux remparts de l'ouest se dirigeait vers celle de Saint-Gervais. A partir du nord, elle s'appelait rue Saint-Gervais; puis, après la rue Neuve, rue de l'Hôtel-de-Ville, devant lequel était la place de YHôtel-de-Ville. Il devait y avoir aussi quelques poternes; mais, faute de documents, je ne peux indiquer leur place. Je ne sais non plus si toutes ces portes étaient défendues par des tours, mais celle de l'Horloge s'ouvrait sous une tour carrée; on en voit encore les arrachements. Des barbacanes devaient s'arrondir devant les ponts qui traversaient les fossés en face des portes ; mais portes, fossés, défenses extérieures, tout a été détruit.

La ville, qui, circonscrite de cette façon, était fort petite, ne tarda pas à s'agrandii-. Voisine

(') Pour me faire comprendre, je me sers des -dénominations actuelles. — (') Canton, angle, encognure. — Ducange, Glufaaire français.

de Bazas, qui était plus considérable qu'elle et dont elle était le port sur la Garonne, des maisons durent s'élever sur le bord de la route qui y conduisait, et bientôt un faubourg considérable s'étendit au sud de la vieille ville. L*ne église y fut reconstruite au XII* siècle. La population de ce faubourg, presque aussi grand que la ville et le château réunis, s'entoura de fossés, et enCn de murs, fort peu de temps sans nul doute après la construction de la première enceinte. Les quelques fragments de remparts qui restent au nord-est, le long du cours du Rocher, ont tous les caractères des constructions élevées dans le Bordelais entre les dernières années du XIII' siècle et les premières du XIV'. Un petit nombre d'années a dû s'écouler entre l'érection de ces deux clôtures. Cette dernière était, comme l'autre, entourée de fossés, sauf probablement du côté du cours du Rocher protégé par le fleuve.

A partir des environs de la porte de l'Horloge, oîi ils se reliaient à ceux de l'ancienne ville, ces nouveaux remparts se dirigeaient directement au sud. Après un parcours presque en ligne droite de 175 mètres environ, ils tournaient à l'est, en formant un arc de cercle de 130 mètres environ de corde; puis se dirigeaient, au nord-est, jusqu'au cours du Rocher, oii, formant un angle droit, ils allaient retomber sur les murs de la première ville, de l'autre côlé de la porte de l'Horloge, et à oO mètres de leur point de départ. On n'a le souvenir que d'une seule tour flanquant tous ces remparts, du moins le plan de M. Lafargue n'en signale qu'une; elle était située au point le plus exposé, à l'angle méridional de la ville, en K.

Trois portes donnaient entrée dans cette enceinte : l'une, appelée /)or/e Maubec (L), à l'extrémité d'une rue qui porte le môme nom et qui se dirige directement sur la porte de l'Horloge; une seconde, au sud-est, au bout de la rue de Brion (M); enfin, la troisième portait le nom de porte des Carmes (N), et formait l'extrémité nord-est de la rue du même nom. Cette partie de la ville renferme quatre rues principales : la rue Maubec, parallèle aux remparts de l'ouest; la rue du Mirai! , la rue de Brion et la rue Biran, parallèles aux remparts du nord-est. Celte dernière rue, dit M. Lafargue, aujourd'hui si solitaire et si pauvre, était autrefois la plus commerçante, parce que n'ayant pas de porte, elle inspirait de la sécurité. Jusqu'à preuve du contraire, je ne puis croire qu'un cul-de-sac, même au moyen âge, ait jamais été favorable au commerce. En avant de la porte Maubec était une place du même nom, appelée aussi place de YOuloum (l'Ormeau). Il ne reste plus rien de toutes ces portes; il est impossible de savoir quels étaient leur forme et leur système défensif.

Les guerres de la Fronde, ainsi que nous l'avons vu plus haut, ont été si désastreuses pour la ville de Langon, qu'il m'a été impossible d'y trouver à dessiner un seul fragment des anciennes fortifications, une seule maison datant des années antérieures au XVI* siècle, un seul point de vue pouvant faire comprendre qu'elle était pendant la domination anglaise une des plus fortes places de la Guienne.

Eglise Sainl-Gervais. — Le monument le plus considérable de la ville est l'église Saint-Gervais. Il est probable qu'elle est bâtie sur l'emplacement de celle que fit construire saint Delphin? -Autrefois, en effet, on ne changeait pas de place un monument religieux sans de graves raisons : le sol sur lequel une église des premiers temps avait été élevée était sacré. On ne pensait pas que l'église devait suivre la population; il paraissait au contraire fort naturel que la population se groupât autour de la maison de Dieu. Sainl-Gervais, qui est l'église paroissiale, s'élève, à l'angle nord-ouest de la ville, sur les rochers qui bordent la Garonne. Dans ce qui est debout maintenant, on ne voit rien de la basilique du IV' siècle ; on ne voit plus rien non plus d'une église romane.

dont le clocher existait il y a peu d'années, et qui a été remplacé par un grand clocher imité du clocher vieux de Chartres. Au XIIP siècle, l'église fut reconstruite en entier; elle avait alors la forme d'une croix latine, dont les trois branches supérieures se terminaient par un mur droit. Un gros contre-fort était au droit de tous ces murs pour résister à la poussée des voûtes. Il ne reste plus de cette église que le chœur, l'intersection et les transsepts, qui n'ont de remarquables que la simplicité de leur architecture; mais les chapiteaux de l'intérieur sont fort beaux. Comme ceux du XIIP siècle, ils sont généralement formés de crochets terminés par des fleurons ou des têtes humaines ou d'animaux d'un fort beau dessin. La construction du XIII" siècle s'arrête au niveau du sommier des arcs des voûtes, qui ont été refaites au commencement du XVI" siècle : ce sont des voûtes dites à la mode française. Les cinq clefs de chacune d'elles sont garnies de fleurons ou d'écussons. Si leur forme générale et leurs nervures prismatiques ne suffisaient pas pour donner la date que je viens d'indiquer, elle serait fournie par les écussons. Sur la clef centrale du transsept nord est un écu de France plein, surmonté d'une couronne royale. A celle du centre de l'intersection, l'écu est écarlelé, au 1 et au 4 d'argent à 3 hermines de sable, au 2 et au 3 d'argent au lion de gueules ('). Marguerite, fille de Gaston IV de Foix, épousa François, duc de Bretagne, père d'Anne, reine de France. Sont-ce les armes de cette Marguerite qui aurait été la bienfaitrice de l'église de Langon? Dans la même voûte de l'intersection, la clef la plus rapprochée du chœur porte un écusson écartelé, au 1 et 4 de Béarn, au 2 et au 3 de Foix. Ce sont les armes de Foix Candale, seisneur de Lan^fon. Les mêmes armes se voient à la clef centrale du chœur. Aucune des autres clefs ne porte d'écusson. De grandes fenêtres, à meneaux prismatiques et flamboyants, éclairent cette partie de l'église. Il y a quelques années, M. Duphot, architecte à Bordeaux, a reconstruit la nef accompagnée de deux bas-côtés; et l'année dernière (1861), M. Coureau, architecte dans la même ville, a bâti le clocher dont la blanche flèche se découpe sur l'azur du ciel, et donne à l'église, assez monotone de lignes, un aspect vraiment monumental (Planche LXXX).

Notre-Dame-diir-Bourg . — Dans la ville neuve, à l'extrémité méridionale de la rue du Mirail, existe la place Noire-Dame. Elle tire son nom d'une église dont la façade ornait un des côtés de cette place, et dont l'abside était adossée aux remparts sud de la ville. En 1126, Geoffroy, évêque de Bazas, accorda à l'abbé et aux moines de la Sauve-Majeure la permission de construire à Langon une église en l'honneur de Sainte Marie, avec la propriété entière de cette église une fois construite; il y ajouta le droit d'eau bénite, celui d'y baptiser et d'y enterrer, et enfin tous les droits qui appartiennent à une église paroissiale, sous la redevance de douze écus de rente que les moines devaient payer à l'église de Bazas, le jour de la fête de Saint-Jean. Les archidiacres Etienne d'Albret, Fortoii Garin; les sacristes Gaucelme et Forton, et tous les autres chanoines, savoir: Bardon, Bonet de Cabozit, Bonet de Benquet, Guillaume Daulanéde, Bernard de Veyrines, Pierre de Moissac, Garsias, Guillaume de Quotinères, Arnaud de Lugagnac,Osteret de Conques, approuvèrent cette concession (^).

Il est assez probable que l'évoque de Bazas ne se décida à faire construire l'église Noti-e-Dame ([ue parce que la population de Langon, s'étant considérablement accrue, n'avait pu tenir dans les anciens remparts et s'était agglomérée de chaque côté de la route de Bazas. L'église de Saint-

(') Je ne sais si la peinture des écussons est ancienne ou si elle a été refaite lors des dernières réparations. — (') Galt. Christ., t. r, p. 1197. — Cartulaire de la Sauve-Majeure, extrait conmiuniqué par M. le marquis de Puyferrat, qui copie ce Cnrtulaire et se propose de lu pulilier.

Gervais était loin, et il n'était pas toujours prudent de laisser les portes de la ville ouvertes; car, sous prétexte de se rendre aux offices, un parti ennemi pouvait s'introduire dans le cœur de la cité. Une église jouissant de tous les privilèges d'une paroisse était donc alors de toute nécessité. Lorsqu'elle fut construite, les remparts n'existaient pas, et on leur a fait faire un coude assez prononcé pour envelopper son abside.

Cette église se compose d'une nef, d'un transsept très court à chevets droits, et d'une abside semi-circulaire. La porte occidentale donnant sur la place Notre-Dame n'existe plus. La nef sert de salle de bal et de concert, de cercle, etc., etc.; les transsepts et le chœur servent de cellier, de grange et de grenier à blé. Derrière l'abside est une écurie. Pour l'agrandir, on a démoli une partie de cette abside. La nef ne paraît pas avoir été voûtée, mais les transsepts et l'abside l'ont été. Ces voûtes n'existent plus. Le clocher est démoli : c'était une tour carrée à trois étages. M. Lafargue en a conservé un dessin, d'après lequel j'ai cru reconnaître que le clocher roman n'avait que deux étages; il était éclairé, au second, par une fenêtre composée de deux baies en plein-cintre séparées par une colonnette, ou peut-être, comme l'ancien clocher de Saint-Gervais, par deux colonnettes accouplées dans le sens de l'épaisseur du mur; qu'au XIV° siècle on avait fait le troisième, percé sur chaque face de deux fenêtres géminées subtrilobées, et qu'on avait percé le premier étage d'une fenêtre géminée subtrilobée surmontée d'une rose polylobée. Les transsepts ont été, vers le XVI* siècle, défigurés par deux grands arcs ogivaux, qui ont caché une partie des colonnes et des chapitaux qui les surmontent.

Des piliers cantonnés de colonnes engagées supportaient les quatre arcs de l'intersection. Une colonne unique recevait l'arc qui séparait le chœur du sanctuaire, garnis tous deux d'une riche arcature en plein-cintre dont les archivoltes sont ornées de moulures en forme de coquille d'escargot. L'arcature du chœur ne se compose, de chaque côté, que de deux arcades retombant à droite et à gauche sur une colonnette unique, et au milieu, sur deux colonnettes accouplées. Le chapiteau de celles-ci se compose de deux têtes humaines, très saillantes, issant de feuilles recourbées ressemblant quelque peu à une fleur de lis. Sur l'abaque du tailloir existe un rang de moulures imitant des créneaux, et sur la cymaise, un rang de zigzags en creux que l'on retrouve sur tous les cordons de cette église. Un des chapiteaux de la colonnette unique est semblable à celui que je viens de décrire ; seulement, il n'a qu'une tête ; l'autre est formé de simples épannelages. L'arcature du nord est en partie détruite. Une des arcades du chœur est aveugle; l'autre, la plus l'approchée de la nef, est percée d'une fenêtre en plein-cintre.

L'arcature du sanctuaire, dont il n'existe plus qu'une arcade semblable à celles du chœur, se composait de sept arcades disposées de la façon suivante : les deux premières, à droite et à gauche, c'est-à-dire les plus rajjprochées du chœur, recouvraient une fenêtre en plein-cintre, et retombaient, d'un côté, sur une seule colonnette, et, du côté opposé, sur deux colonnettes accouplées : la seconde et la troisième arcade, à droite et à gauche, étaient aveugles et retombaient sur des colonnettes accouplées; enfin, celle du milieu recouvrait la fenêtre orientale. Du côté de l'extérieur, les fenêtres en plein-cintre étaient recouvertes par une archivolte semblable à celles do l'intérieur, et retombant, de chaque côté, sur une seule colonnette, dont le chapiteau est formé d'épannelages imitant des feuilles lancéolées : une colonne unique entre chaque arcade servait de contrefort et montait jusqu'à la corniche soutenue par des modillons sans sculptures.

Les chapiteaux des colonnes qui séparent le chœur du sanctuaire, et ceux des groupes sur lesquels retombaient les arcs de l'intersection, sont remarquablement beaux. Ceux-ci, au sud,

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représentent des hommes barbus affaissés sous le poids du tailloir, qu'ils soutiennent avec leurs têtes et leurs mains; leurs genoux se touchent, et leurs jambes s'étendent horizontalement à droite et à gauche sur l'astragale. Leur barbe, fort longue, et dont l'extrémité inférieure est appuyée sur leurs genoux, sert avec leur tête de console à l'angle du tailloir, qui fait corps avec le cordon ou corniche sur lequel retombait la voiîte. Le chapiteau qui fait face à celui-ci, au nord (Planche LXXIX), est formé par des personnages en buste, costumés d'un manteau à l'antique retenu sur l'épaule droite par une agrafe ronde; ils supportent le tailloir avec leur tête, leurs épaules et leurs coudes, et appuient leurs mains sur l'astragale. Leur figure est calme, jeune et belle. Sur les chapiteaux des deux autres colonnes visibles de ce côté sont des figures semblables aux précédentes, mais qui n'ont pas de bras. Je ne connais pas dans la Gironde de chapiteaux plus beaux que ceux-ci, si ce n'est celui de la colonne entre chœur et sanctuaire, au sud (Planche LXXIX), formé seulement de deux têtes couronnées plus grandes que nature. Celle qui est placée à l'est, par conséquent en face du fond de l'abside, allonge le cou et se retourne du côté de la nef, comme pour se faire voir de face. Toutes deux sont pleines de style et peuvent lutter avec ce qu'on a fait de plus vigoureux en sculpture monumentale.

D'après cette description, il est facile de comprendre que cette église n'a pas été construite en 1126. Les moines de La Sauve firent peut-être construire une église provisoire et n'élevèrent celle qui existe maintenant qu'à la fin du môme siècle, et la firent orner par un sculpteur bien autrement habile que ceux que leurs prédécesseurs avaient employés dans leur église de La Sauve et dans celles de TEntre-deux-Mers. Il faut aller en Saintonge pour trouver dans le troisième tiers du XIP siècle d'aussi merveilleuses sculptures.

Le couvent des Carmes a été fondé par la famille de Foix Caudale ('). Ce qui reste de l'église le long du cours du Rocher n'offre aucun intérêt : c'est une grande nef construite à la fin du XV* siècle ou au commencement du XVP. C'est dans cette église que fut enseveli, en 1 529, Jean de Foix, archevêque de Bordeaux. Presque tous les membres de la famille de Castelnau y sont aussi enterrés. Elle sert maintenant de cuvier et de magasin.

Il y avait encore à Langon des Carmélites, des Ursulines et des Capucins. Jeanne de Galatheau, veuve de Charles de Guérin, conseiller au Parlement de Bordeaux, légua par son testament daté du 1 4 juin 1 672, à ces derniers, la somme de cinquante écus, à la charge de dire incontinent, après son décès, trente messes à la chapelle des Anges du monastère (*). Il ne reste plus rien de ces trois couvents.

(') Voir le plan de Langon, planche LXXXIII. — (') Archives historiques de la Gironde, t. Il, p. 411.

LA TOUR D'ANSOUIIAITE.

LA TOUR D'ÂNSOUHAITE (')

A Moulon, canton de Brannes, arroniiissemen t de Libourne.

Jusqu'à présent je n'ai trouvé le nom de celte tour dans aucun acte ancien, ce qui me fait supposer que le nom d'Ansouhaite est une dénomination moderne. Le 29 mai 1313-14, un certain Raymond de Grésignac obtint du roi d'Angleterre la permission de fortiûer sa manse {^) de Moulon : Pro Reijmnndo de Grinsinak (Grésignac) de manso suo de Molon firmando de kernellando muro de

petra et cake ('). Comme tous les caractères architectoniques de cette tour indiquent bien cette époque, il est permis de supposer qu'elle est l'œuvre de Raymond de Grésignac. J'ai déjà eu l'occasion de dire un mot de la famille de Grésignac dans la notice sur le château de Roquefort, construit aussi par un membre de cette famille, et d'y constater qu'elle avait des pro[)rictés à Rions. Je vois d'un autre côté, dans les Affiches de Bordeaux, du 26 novembre 1778 ('), que Bérard d'Albret, seigneur de Langoiran, donna, le 24 novembre 1377, à Blanche Seguin d'Escoussans, épouse de Guillem de Faubornet, la Motte de Moulon, autrement appelée la Motte de Rions. On peut supposer encore que Raymond de Grésignac, ayant obtenu la permission de fortifier sa maison, qui était peut-être la motte de Moulon (') ou de Rions, aima mieux bâtir la tour d'Ansouhaite, localité peut-être plus au centre de ses propriétés.

(') Celle gravure a été publiée par le Magasin pittoresque, t. XXX, p. 24, janvier I8G?. — (') Mnnsus vel iiinn?a aut nniii-

sum FunJus cun certo agri modo. — Villula culuni unius habilati ni prupria. — Mansus dictas a manendo , etc., etc.

(Uucange). — {'] R6les gascons. — (') Pur l'abljO Uaurein. — ('/ Introduction, \). xxui.

84 LA TOUR D'ANSOUHAITE.

Comme il n'y a à Moulon de lieu fortifié que celui de la Motte et cette tour, il est probable qu'avant le XI V* siècle le chef-lieu de la seigneurie de Moulon était à la Motte, et qu'après il fut transporté à Ansouhaite. Au moment de la Révolution, cette tour appartenait à un couvent de Bordeaux. Vers 11 06, Izambert de Moulon avait donné à l'abbaye de La Sauve-Majeure la Sauvetat d'Aubiac. Peu de temps après, il la lui enleva; mais touché par la grâce, il la rendit pour ne plus la reprendre. Il devint même un des défenseurs zélés de l'abbaye, car il fut au nombre des seigneurs qui, vers 1125, prirent son parti contre les usurpations de Seguin d'Escoussans ('). Un autre Izambert de Moulon vint, le 9 juillet 1364, rendre hommage au prince de Galles dans l'église Saint-André de Bordeaux. On pourrait conclure de là que la seigneurie de Moulon avait toujours été possédée par la famille d'Izambert; mais, à cette époque, il n'était pas rare de voir le roi d'Angleterre enlever une seigneurie à une famille pour la donner à une autre , la laisser quelque temps entre les mains de cette dernière, et la restituer au bout d'un certain nombre d'années à ses anciens possesseurs de la même manière qu'elle lui avait été ôtée.

A la fin du XIV siècle, la Motte de Moulon appartenait à la famille d'Albret (^). Nous avons vu plus haut qu'en 1377, Bérard d'Albret en avait disposé en faveur de l'épouse de Guillem de Faubornet. Le 10 novembre 1430-31, Henri VI, roi d'Angleterre, confia la garde de la terre de Moulon au duc de Glocester f ). L'année suivante, il la donna en toute propriété à ce même duc et à son épouse (*). La même concession leur fut faite en 1 439-40 [^). Le duc étant mort, cette terre revint au roi, qui en fit don, le 3 mars 1 446-47, à Jean de Foix, comte de Caudale. Peu de temps après, le 18 mai 1451-52, il la concéda à Gadifer ou Gedefroy Shorthoise, chevalier, qui fut le dernier maire de Bordeaux sous la domination anglaise.

Vers 1550, la seigneurie de Moulon passa dans la famille de La Chassaigne, qui la possédait encore au moment de la Révolution.

La tour d'Ansouhaite, située dans la paroisse de Moulon, à un kilomètre environ au sud-ouest de l'église, a, dans oeuvre, 12 mètres de long sur 7'"20 de large; les murs ont 1"05 d'épaisseur. Elle se compose d'un rez-de-chaussée et de deux étages surmontés d'un chemin de ronde garni de mâchicoulis; les créneaux, qui n'existent plus, s'appuyaient sur l'extrémité de consoles à trois assises en retrait (Planche LXXXI, n"' 1 et 2). Le rez-de-chaussée n'a d'ouvertures que la porte ogivale. Une très petite fenêtre carrée à côté de cette porte, et un petit jour dans le sommet de la paroi sud-ouest, ne donnaient qu'une faible lumière. Au milieu de la tour s'élève un pilier de pierre carré, muni de consoles en bois soutenues par des jambettes appuyées sur des corbeaux en pierre, et destinées à supporter les poutres, qui reposent sur des consoles semblables à leur extrémité opposée. Ces poutres supportaient seize solives dont les bouts reposaient sur autant de corbeaux en pierre dans les parois nord-est et sud-ouest. Ce plancher, dont la portée était de cette façon très courte, devait être d'une grande solidité. Il faut observer que le pilier a été bâti avec une grande négligence, c'est-à-dire que ses côtés ne sont pas parallèles aux murs de la tour. Le plancher du second étage était établi comme celui du premier. Le pilier ne s'élève pas au-dessus du sol du second étage ; mais comme il était en même temps destiné à soutenir la charpente, il devait être surmonté d'un poteau en bois.

(') M. l'abbé Cirol de La Ville, Histoire de la Grande-Sauve, t. II, p. 17 et 32. — ('j Archives historiques de (a Gironde, t. II, p. 170. — p) Kôles gascons. — (*) Idem. — (') Idem.

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Deux meurtrières garnissent chaque face du premier étage; leur ouverture extérieure est formée d'une croix à double traverse; à l'intérieur, leur embrasure très évasée est recouverte d'un linteau. Elles sont plongeantes et pouvaient atteindre un assaillant assez près du pied du mur. Au sud-ouest, une petite porte à section droite à l'extérieur, et dont l'embrasure intérieure est en plein-cintre, s'ouvre sur le vide. En face, vers le nord-est, deux belles fenêtres laissent pénétrer un jour suffisant dans cette salle. Leur baie, à peu près carrée, est divisée verticalement en deux parties par un meneau monolithe épannelé. A l'extérieur, chaque baie est recouverte d'une forte dalle carrée dans laquelle est incrustée une arcade ogivale subtrilobée. Les embrasures intérieures garnies de bancs sont voûtées en plein-cintre. Chaque baie était garnie d'un châssis intérieur qui se fermait en dedans au moyen d'un verrou ou targette qui s'engageait dans une gâche en pierre faisant partie du meneau. Une fois fermés, les châssis étaient maintenus par des barres qu'on enfonçait à droite et à gauche dans les murs.

Au second étage, on trouve tout ce qui est nécessaire à une habitation. D'abord, deux fenêtres semblables à celles de l'étage inférieur : une s'ouvre sur la façade principale et l'autre au nord-est. Pas d'ouvertures au nord-ouest; mais au sud-ouest on trouve un évier dans le genre de celui du moulin de Labarthe (t. I, p. 35); une fenêtre ogivale à l'extérieur et recouverte intérieurement d'un linteau; une grande armoire carrée, divisée en deux par une cloison; des latrines et une grande cheminée dont la hotte et le manteau n'existent plus; enfin, au-dessus de la porte du rez-de-chaussée, un moucharabys. Cette dernière défense, qui paraît inutile et faire double emploi avec les mâchicoulis qui sont immédiatement au-dessus, était au contraire fort bien imaginée : on pouvait immédiatement s'y porter à la première alarme, parer à une surprise subite et inattendue, laisser tomber des pierres, de l'eau bouillante et de la poix en fasion sur ceux des assaillants qui étaient parvenus à s'approcher du seuil de la porte. D'un autre côté, la couverture en talus de cette niche faisait ricocher au loin les pierres qu'on laissait tomber des mâchicoulis. Le talus qui est près de la porte sur la façade nord-est servait peut-être au môme usage et éloignait les assaillants des approches de l'entrée de la tour.

Je n'ai pas trouvé de traces d'escalier; on devait monter dans les différents étages par des escaliers en bois. Des dépendances plus modernes ont été établies au sud-ouest et au nord-ouest, et, pour y arriver depuis l'intérieur de la tour, on a percé une porte dans le mur. Je n'ai vu la trace d'aucun fossé, mais il m'est difficile de croire qu'il n'y ait pas eu primitivement de défenses extérieures.

La tour d'Ansouliaite est une de ces maisons fortes dont il fut fondé un si grand nombre, entre les XIII* et XIV* siècles, dans les possessions anglaises du midi de la France. Le rez-de-chaussée servait de magasin; le premier étage et le chemin de ronde étaient destinés à la défense, et le second à l'habitation; celui-ci peut-être était divisé par des cloisons en bois. Cette tour est extrêmement intéressante, parce qu'elle est à peu près complète; il n'y manque que les planchers et les créneaux qu'on peut très bien restituer en pensée. Elle donne une idée assez exacte de ce qu'était la maison forte (domus fortis) que bien des seigneurs et môme des bourgeois demandaient à élever dans leurs propriétés, permission rarement refusée par les rois d'Angleterre, qui voyaient avec plaisir la Guienne se hérisser de forteresses possédées par leurs partisans.

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