CHATEAU D'AIGUILLE
A Saint-Philippe d'Aiguille, canton de Castillon, arrondissement de Libourne.
Si l'on en croit la tradition, le château d'Aiguille appartenait jadis, aux Templiers. Plus tard, il dépendit de la baronnie de Puynormand, qui faisait partie du domaine de la famille d'Albret. Il avait pour seigneur, en 1 4G1 , Bertrand de Montferrand, gouverneur de cette baronnie au nom de Charles d'Albret ('). A la fin du même siècle, Bertholomé Dieuzaide était sieur d'Aiguille; il se présenta le G décembre 1 491 à Bordeaux, avec un archer, lors de la convocation du ban et de l'arrière-ban faite par Gaston de Foix, captai de Buch, comte de Benauges, grand sénéchal de Guienne, etc. (^). En 1.o73, le château d'Aiguille appartenait à Pierre Le Berthon, conseiller au Parlement de Bordeaux; il rendit hommage à l'archevêque de Bordeaux, le 7 décembre 1606, de toute la dîme de l'église paroissiale de Saint-Philippe d'Aiguille (^). Cette terre resta jusqu'à la Révolution dans la famille Le Berthon, qui a fourni plusieurs présidents au Parlement de Bordeaux. Le 22 mars 1795 Hyacinthe Le Berthon vendit le château à M. Etienne Martineau, oncle du propriétaire actuel.
Le château d'Aiguille, auquel des restaurations faites dans le courant du XVIII" siècle ont enlevé presque tout caractère, ne manque cependant pas d'un certain aspect, qu'il doit surtout à sa position et à un pignon qui surmonte les murs du côté de l'ouest (Planche XCII). Il est situé à
l'extrémité des coteaux peu élevés qui bordent à l'est
i le ruisseau d'Aiguille, qui, après un cours de quelques
} kilomètres, se jette dans la Barbanne. C'est une masse
.■' .'i!i'&^^^^ de constructions de forme polygone, protégée du côté
f/ ■ ^!^%. du plateau par un fosse, et du côte oppose par une
^ 3 i||h terrasse, sur le bord de laquelle existaient autrefois des
y\ f\^jL..,^\ '^f remparts bâtis sur la crête du talus qui descend assez
-'1 '^-"^f a,".'jU f ■ j'fê rapidement vers le ruisseau. Le fossé B est creusé à
U ' y — ^ J ^^ fond de cuve dans le rocher ; il a 8 mètres de large sur
-'' 7 de profondeur. La terrasse A est actuellement au
niveau du fond de ce fossé, qui, je crois, faisait autrefois tout le tour du château. En effet, au lieu de se relier avec le vallon, dans la partie du nord-ouest, il lai.^se un retranchement étroit entre lui et le vallon, retranchement qui devait exister au sud-ouest jusqu'à la rencontre du rocher, en C. Une source abondante, placée au fond de l'angle est du fossé, devait l'inonder au besoin. La terrasse A était elle-même entourée de murs; on en voit une portion garnie de contre-forts en D, au-dessus d'une petite source.
On entre dans le château par un pont en pierre jeté sur le fossé au nord-est. Il est suivi d'un corridor qui aboutit à une cour centrale entourée d'arcades, et dans un angle de laquelle s'avance une tour polygone renfermant un escalier. Dans l'angle sud-ouest des constructions, on trouve la chapelle, dont un pignon très aigu, orné de choux frisés, fait deviner l'extérieur. A côté de la chapelle s'avance vers la vallée et monte dans les nuages une énorme et laide tour ni ronde ni
Cl R. Guinoilie, //is/o/re de Libiurne, t. III, p. 230. — Ci Variétés bordehisef, t. II, p. 382. - ('| ArchUes h/s/oi/r/a.'s de ta Gironde, t. I, p. 418.
Vol.. II. "*
138 CHATEAU DE BLAZIMONT.
carrée. Ses quatre étages au-dessus du rez-de-chaussée, dans lesquels on monte par un escalier à vis percé dans l'épaisseur du mur vers l'intérieur du château, sont séparés par des bandeaux plats qui la font ressembler à une cuve mal faite. Quatre fenêtres superposées, sans ornementation, et qui, quoique très grandes, paraissent être des trous carrés tant elles sont peu en harmonie avec la tour, éclairent de vastes chambres protégées par des murailles de 2"65 d'épaisseur. Une couronne de denticules microscopiques supportant un comble élevé à quatre pans, éclairé par une lucarne à pignon placée juste au droit des fenêtres, et dégradé par une grosse cheminée carrée, coiffe maladroitement cette lourde masse, qui ne fait pas honneur au goût du président au Parlement qui l'a fait construire.
Certaines parties du château sont du commencement du XVI" siècle; la chapelle doit être de cette époque.
Je crois que les murs extérieurs sont plus anciens et remontent au XIV" siècle. On voit çà et là, à leur sommet, des consoles qui paraissent remonter à ce temps et peuvent prouver qu'alors le château possédait une couronne de mâchicoulis. Les murs de la terrasse D sont fort anciens, mais trop dégradés pour servir de preuve chronologique.
Le château d'Aiguille est une charmante habitation, entourée de jardins, de bosquets et de charmilles, qui témoignent de la haute position de fortune de ses anciens possesseurs.
CHATEAU DE BLAZIMONT
Canton de Sauveterre, arrondissement de La Réole.
Si l'on en croit quelques notes particulières, un membre de la famille de Piis, parti de La Réole où résidait cette famille, serait allé, du XIP au XIII" siècle, s'établir à Blazimont, où il donna son nom à une paroisse ('). Les de Piis y possédaient un château dont on voit encore les ruines près du bourg au-dessus de l'abbaye (*).
Si les de Piis ont réellement possédé à cette époque le château de Blazimont, il n'est pas resté longtemps entre leurs mains, puisque le 24 mars 1274 il appartenait au roi d'Angleterre, qui avait commis à sa garde l'abbé du couvent situé dans cette paroisse, avec le droit de justice haute et basse; pour cela, l'abbé était tenu, lorsqu'il en était requis, de livrer au roi ou à son sénéchal un de ses moines, avec une haquenée et un valet, lequel moine devait les accompagner, à leurs dépens, et leur dire des messes et des prières tant qu'il leur plairait. L'abbé et les moines devaient livrer le château au roi toutes les fois qu'il l'exigerait (^); de plus, ils devaient prier pour lui (*).
Si les moines possédaient la forteresse, ils devaient aussi le service militaire, et le 23 septembre 1324 l'abbé reçut d'Edouard III une lettre qui lui recommandait de tenir ferme contre les Français qui avaient soudainement et traîtreusement envahi son duché C*).
Peu de temps après, le couvent fut dépossédé de la seigneurie de Blazimont, qui, le 1" juin 1341 , fut donnée, avec la paroisse de Piis et une quantité d'autres localités, à Bérard d'Albret C*). Ce seigneur
(•) Piis, annexe de Blazimont. — ('j Archives de M. le marquis de Piis — {') Debent eliani tradere ipsum castnim ipsi domino, iralo et paccato. — (*) Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 37. — i\otice d'un manuscrit de la bibliothèque de Wolfemballet, par Martial et J. Uelpit, p. 34. — ('j lîymer, t. II, part. I, p. 570; Londiiii, 1818. — (") Rôles yascons.
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en rendit hommage au roi, le 7 octobre de la même année ('). En i 444-45, ce château avec beaucoup d'autres H passa entre les mains de Bernard Angevin, favori du roi d'Angleterre. Nous avons vu, en parlant de Rauzan, comment, d'une position infime, ce personnage était parvenu à occuper un des premiers rangs dans la noblesse d'Aquitaine. Lorsque les Anglais furent chassés de notre province, il trouva moyen, malgré la part ouverte qu'il avait prise à la révolte, de conserver ses vastes domaines et de les laisser à ses descendants. Blazimont fut de ce nombre. Plus tard, cette localité revint à ses anciens possesseurs, et lorsqu'au milieu du XVP siècle la seigneurie d'Albret fut érigée en duché, elle possédait Blazimont ('), qui dépendit de la sénéchaussée de Castelmoron d'Albret. Au milieu du XVIII' siècle, la justice de Blazimont appartenait à M. le duc de Bouillon, qui en était seigneur, et à M. de Villeroy, abbé commandataire (*). Les ruines appartiennent maintenant à un habitant de la localité.
Le bourg de Blazimont fEF) s'élève sur un promontoire triangulaire formé par la vallée de la Gamage (ABJ et un petit vallon arrosé par un filet d'eau qui se jette dans la rivière, au-dessous
du château situé sur la pointe du promontoire. Il est bâti sur le plan des bastides des XUV et XIV siècles, si communes dans la Guienne, c'est-à-dire que ses rues sont droites, se croisent à angle droit, et que les quatre rues principales passent sous les couverts d'une place ménagée au centre du village. Au milieu de la place existent une halle en bois, un puits public à côté de la halle, et une croix près du puits. Les couverts qui restent reposent sur des piliers en bois et appartiennent aux XIV' et XV» siècles. Les maisons, sur le devant desquelles ils sont, ont les dimensions de celles de Sauveterre (tome I, page 54). Je n'ai pas trouvé autour du bourg de traces de fortifications : c'est une bastide qui n'a pas été achevée.
A l'extrémité de la rue qui conduit au château (D) existe une petite chapelle (EJ de la fin du XIII" siècle, maintenant propriété particulière. Ou y entre par une porte ogivale sans ornementation percée dans la façade occidentale, surmontée d'un pignon au milieu duquel une baie en plein-cintre contenait une petite cloche. C'est la seule église du bourg; il est probable que celle de l'abbaye servait alors, comme à présent, aux habitants de Blazimont.
La forme générale du château est celle d'un triangle; une profonde coupure dans le roc le sépare du bourg. Des fossés étaient inutiles ailleurs, parce que le promontoire, dont les pentes étaient déjà naturellement fort raides, a été taillé presqu'à pic et entouré de murs. Des lices (Aj, presqu'au niveau du fond de la coupure, enveloppent cette première enceinte. Elles
(') Rôles gasams. — Rymer, t. II, pars. II, p. 1178; Londini, 1821. — (') Rôles gascons. — ('; Samazeuilh, Histoire de l'Agenais, du Condomois et du Bazadais. — \,*] État des jurisdictions royales et seigneuriales de la sénéchaussée de Guienne; 1760.