‹ La guillotine en 1793: d'après des documents inédits des Archives nationalesChapitre 17 sur 40 · LES FIANCÉES DE LA GUILLOTINE · texte numérisé non relu

LES FIANCÉES DE LA GUILLOTINE

Envoyer les femmes à l'échafaud pour leur opinion, c'est avouer qu'elles étaient capables et dignes d'en avoir une, disait cette radoteuse de génie que fut Mme de Staël (i). Sans doute ce fut là la grande maladresse et le crime de la Terreur; mais prise dans l'engrenage des mesures extrêmes elle ne pouvait qu'avancer ou se suicider. Elle avança. Trois cent trente-quatre femmes tombèrent sous le couieau de Sanson. Sans doute convient-il de compter dans ce nombre celles qui véritablement furent innocentes, comme cette triste princesse Lubomirska et cette pitoyable Mme Chalgrin, dont M.Casimir Styienskî nous a conté la lamentable histoire. Mais parmi ce chiffre il y eut des têtes qui, d'elles-mêmes, volontairement, allèrent se placer sous la hache, demandant, exigeant le coup fatal. « Il exista de véritables et dangereux coupables, dit Picqué, le conventionnel des Hautes-Pyrénées. Leui supplice s'étendit malheureusement sur des femmes imprudentes, crédules, ambitieuses, fanatiques, folles,

(I) « La Terreur... a reconnu à la fois en coupant la tête aux femmes comme aux hommes, le droit qu'elles avaient de se mêler aux affaires publiques, et le tort qu'elles avaient d'user de ce droit >. M. de Lescurb, L»s femmes et la Révolution, 1889.

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qu'il suffisait peut-être d'enfermer, qui, dans cette tourmente» furent inmiolées. Leur supplice a fourni aux royalistes ces relations, ces anecdotes touchantes et criminelles sans doute, mais qu'ils provoquèrent par leur imprévoyante audace ; les vengeances particulières (i), d'après la liste de la Conciergerie, conduisirent à l'échafaud plus de révolutionnaires que de royalistes, ennemis, conspirateurs pris les armes à la main (2) >. Les preuves ne manquent pas pour appuyer cette opinion impartiale et modérée; il n'en demeure pas moins acquis que la guillotine reste dressée devant l'Histoire avec le rouge écriteau que Camille Desmoulins accrocha à la Lanterne : « Ma gloire passera, et je resterai souillée de meurtres dans la mémoire des siècles (3) f.

Ces effets considérés, en négligeant les causes, mettent à chaque instant les historiens ou les écrivains dç répoque en contradiction. Pour les uns, les bourreaux de 93 font tomber les têtes des femmes « comme un polisson fauche des roses avec sa baguette (4) » ; les autres voient pleurer des bourreaux attendris sur le triste sort des victimes (5). Lesquels croire et où trouver la vérité ? Ne la trouverons-nous pas mieux dans les faits eux-mêmes, dans cette exécution de la vieille marquise de Noailles ou dans celle de Mme d'Esprémenil qu'un bon mot, un peu graveleux, sauva en 1790 et perdif en 1794? (6) Certes, cette guillotine

(i) «La guillotine ne servit que trop souvent les passions particulières >. Docteurs Cabjlnès et Nass, La Névrosé Révolutionnaire, p. 97,

(2) J. P. PicQUÉ, VHermite des Pyrénées,

(3) Discours de la Lanterne aux Parisiens,

(4) Antoine- Vincent Arnault, Souvenirs d*un Sexagénaire,

(5) Lamartine, à propos do l'exécution des «vierges» de Verdun.

(6) En 1790, la foule s'était ruée sur l'hôtel d'Esprémenil, rue Bertin-Poirée, pour le piller. Un plaisant ingénieux, monté sur une borne, évita la chose «a disant à la foule: < Gardex-vous

qui exécute « des vieilles femmes idiotes > est avilie, folle et semble travailler au hasard (i) ; certes Lebon est odieux quand il déclare après la mort de vieiUes dévotes dans le Pas-de-Calais : « A quoi servent-elles sur la terre ? f, mais cela, tout le monde n'est-il pas d'accord pour le condamner sans appel ?

Le 5 mars 1794 on arrête à Montpellier l'ancien vicaire de Largentière (Ardèche), Jacques-Philippe Michel. Il célébrait en cachette la messe devant quelques femmes. Le vicaire est condamné à mort et les femmes obligées d'assister à l'exécution, rangées autour de l'échafaud (2). A Arras, des religieuses sont guillotinées sur un arrêté du directoire du district qui les accuse de « tuer les malades autant que les maladies elles-mêmes, par les rêves de la superstition et du fanatisme ». Une femme Taupin est condamnée à mort à Tréguier, comme coupable d'avoir caché deux prêtres réfractaires et de servir d'intermédiaire entre les complices de la conjuration bretonne. On la mène à la guillotine, elle lève les yeux et à une des fenêtres de la place voit ses trois enfants. Elle meurt en silence, sans un cri. A Lyon, deux honunes, deux maris, viennent d'être condamnés à mort. Leurs femmes se précipitent, chez Collot d'Herbois, implorer la grâce. La police correctionnelle les condamne à six heures d'exposition sur l'échafaud où leurs maris viennent de mourir (3). A Arras, la sœur du ci-devant comte

bien de piUer la maison, eUe est au propriétaire, les meubles il les doit, ses enfants ne sont pas à lui et sa femme est à tout le monde 1 > La foule fut désarmée. D'Esprémenil avait épousé en secondes noces Mlle de Sanctuary. C'était une fort honnête femme dont la fortune fut sauvée au prix de son honneur.

(i) J. MicHBLET, ouvr, «/., tome VI, la Terreur, préface de 1869. p. XXIII.

(2) Voir H. Wallon : Les Représentants du peuple en tmssion, tome III.

(3) Bertrand de MoLLEvaLB, Annales,

de Béthune, Mlle de Modène, a étemue dans le sac (i) » ; à Paris, Mme de Faudoas est guillotinée avec son père et sa tante,le 25 messidor an II, pour avoir écrit que sa « chienne avait mis au monde trois petits républicains f. Elle est âgée de dix-huit ans (2). ïhérezia Cabarrus est ramenée prisonnière de Versailles, en fiacre. Place de la Révolution, on lui fait mettre la tête à la portière devant la guillotine en permanence, et on lui dit : a Dans trois jours tu joueras cette pièce en personne ». C'est la maréchale de Mouchy promenée sous un orage, qui lui arrache de ses cheveux gris le bonnet dont elle parait sa dernière grâce (3). Le 24 germinal, sérieuse, muette, « assez courageuse pour bien mourir (4) », c'est Lucile Desmoulins, qui, à huit jours de distance, monte sur le même échafaud que Camille, en robe blanche avec un fichu rose, à Theure où sa mère lit la dernière lettre de sa fille : « Bonsoir, ma chère maman, une larme s'échappe de mes yeux, clic est pour toi, je vais iirendormir dans le calme de rinnocence ». 11 nous reste d'elle un petit sac à main qui se fane dans une collection (5).

En floréal an II, la fournée dite des « vierges de Verdun » mène à la « planche aux assignats », Marguerite Croutte, prostituée, 48 ans ; la baronne de la Lance

(i) Lettre de Joseph Le Bon, 22 ventôse an I.

(2) Comte de Reiset, Modes et visages au temps de Marie- Antoinette, tome 1, p. 385. — Mme Loyer de Maronne, dans ses Souvenirs sur Charlotte Corday par une amie d*enfance, publiés par M. Pierre Calmettes, dans la Revue Hebdomadaire, 19 mars 1898, conte la chose avec une légère variante : « Eléonore, dit-elle, aurait peut-être échappé au danger; si l'on n'avait pas surpris une lettre où elle disait : « Ma chatte est accouchée de trois citoyens, j'ai été leur marraine, et ils s'appellent Liberté, Egalité, Fraternité *.

(3) Sur cette exécution voir : Souvenirs du comte de Mérode et Westerlno, Sénateur du Royaume de Belgique, 1861, 2 vol. in -8 ; Bruxelles.

(4) M. de Lbscure, voL ctt,

(5) Collection de M. Etienne Charavay.

de Mongout, 69 ans ; Anne Tabouillot, 46 ans ; Angélique Lagiroussière, 48 ans ; Anne Watrin, 25 ans ; Thérèse Pierson, 41 ans ; Suzanne Henry, 26 ans ; Elisabeth Dauphin, 56 ans ; Hélène Watrin, 22 ans ; Françoise Herbillon, 54 ans ; Gabrielle Henry, 25 ans ; Henriette Watrin, 23 ans ; et c'est d'elles que Lamartine dit : « La plus âgée avait dix-huit ans...Les bourreaux attendris pleuraient avec elles... > Il y avait, en effet, parmi elles deux jeunes filles, âgées de 17 ans, Barbe Henry et Claire Tabouillot, mais elles furent condamnées à vingt années de réclusion et à six heures d'exposition sur l'échafaud. La plus âgée de ces femmes avait 69 ans et non 18. M. de Lamartine ne s'embarrasse pas des chiffres.

Tous ces cortèges passent, s'en vont, à peine regardés dans la tourmente qui les entraîne, mais vienne le jour où les mânes de Jean-Paul Marat crient vengeance, et tout Paris hurlant, frémissant, imprécatoire et lamentatoire, sera autour de l'échafaud où la main d'un valet va soufSeter la pâle tête coupée de Charlotte Corday.

Dans Paris frappé du tonnerre, cette nouvelle a retenti : « L'Ami du peuple est mort I » Le « divin Marat (i) > n'est plus I A sa mémoire le ci-devant marquis de Sade dédie des vers :

Du vrai républicain unique et chère idole.

De ta perte, Marat, ton image console.

Qui chérit un grand homme adopte ses vertus ; Les cendres de Scèvole ont fait naître Brutusl

Le 30 de la rue des Cordeliers où gtt le cadavre, frappé par le couteau à manche noir, entre la première et la seconde côte, la partie supérieure du poumon

(i) Camille Desmoulins: Ràvoluiions de France et de BrabatU, n« 33 ; Le Vieux Cordelier, n^ 2, p. 18.

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droit traversé, et l'aorte tranchée (i), ce taudis devient le Panthéon du martyr de la liberté que la ruse seule a pu abattre (2). La belle fille aux cheveux châtains (3), au fichu rose (4) a frappé l'eczémateux (5). La paix est en elle, et c'est l'âme pleine de cette souriante tranquillité qu'elle paraît dans la salle de l'Egalité, devant les citoyens Jourdeuil, Fallot, Ganney, Leroy, Brochet, Chrétien, Godin, Thoumin, Brichet, Sion, Du- ^^y ^

plain et Fualdès, jurés. ^^fo^^ f^

Autour d'elle, Paris pleure "'^

le « sacré cœur de MaraU. Au- signature de J.-P. Marat, tour d'elle se prépare la pompe l'Ami du Peuple, funèbre dont les torches vont,

la nuit tombée, secouer leurs flanunes sous le ciel où tonnent les orages. Ces orages, brusquement, ils éclateront |>endant la marche de la charrette ; l'eau éclaboussera cette fille «cruelle et belle, d'une splendeur à moitié angélique, à moitié démoniaque (6) \ et collera, plaquera en plis de tunique romaine au long de sa belle poitrine et de ses formes harmonieuses, la chemise rouge des parricides (7) que le

(i) Procès verbal de F ouverture du corps de Jean-Paul Marat, Vami du peuple, par le citoyen Deschamps, chirurgien.

(2) « J'avoue que j'ai employé un artifice perfide pour qu'il pût me recevoir... > Lettre de Charlotte Corday à Barbaroux : *Aux prisons de r Abbaye, dans la ci-devant chambre de Brissot, le second jour de la préparation de la paix >.

(3) Passe-port de Charlotte Corday (voir son fac-similé dans la Chronique médicale, i' janvier 1897).

(4) Le fichu que portait Charlotte Corday quand eUe frappa Marat fait aujourd'hui partie de la coUection du comte Boulay de la Meurthe.

(5) Marat était atteint d'un eczéma généralisé, — Docteur Cabanes, Le cabinet secret de l* Histoire, tome III, p. 156.

(6) T. Carlyle, The FrenchRevolution; ahistory; London, 1 888,

(7) «On la vit sur le corps modeste et voluptueux de Charlotte Corday ; et c'est en souvenir de cette femme courageuse que plusieurs personnes de son sexe ont porté le châle rouge, > Sébastien MBRaBR, Le Nouveau Pq/m.

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tribunal la condamna à revêtir fpour être guillotinée (i). Insensible aux injures, sans qu'un trait de son visage ait bougé, elle arrivera place de la Révolution. « Cette fille soutint son caractère jusqu'au bout, dit Prudhomme, et le peuple fut comme fâché de trouver au crime ce calme » (2). Et elle monte sur cet

échafaud sur lequel, prétend ^ p. un royaliste, Marat a péri (3).

/^ \j y La tête tombe et aussitôt

{ €^</^iii^ le drame a un épilogue : le

troisième aide de Sanson, François le Gros, soufflette Signature de ciiarlotte deux OU trois fois les joues Corday sur les registres (lu de la tête COUpée (4). « Eh Tribunal Hôvolutiounairc. \^\^,^^^ j^ ^ijg qy'4 ce soufflet

la tête rougit, je l'ai vue, la tête, non pas la joue, en tendez- vous bien ? non pas la joue touchée seulement mais les deux joues, et cela d'une rougeur égale, car le sentiment vivait dans cette tête et elle s'indignait d'avoir souffert une honte qui n'était point portée à l'arrêt (5) ». Est-ce à dire que la tête n'eût point rougi si le tribunal l'eût condamnée à cette dernière « crânerie maratiste (6) > ? Pour notre part, nous ne l'osons point penser. La tête, dit la marquise de Créquy, jeta des « regards de colère

(i) «Quiconque aura été condamné à mort pour crime d'assassinat, d'incendie ou de prison, sera conduit au lieu de l'exécution revêtu d'une chemise rouge. > Jugement qui porte la peine de mort contre Marie- Anne -Charlotte de Corday d'Armont.

(2) Prudhomme, Les Révolutions de Paris, tome XVL

(3) F. C. Gai.art de Montjoye, vol cit. p. 86.

(4) Prudhomme, Les Révolutions de Paris, tome XVI, p.

(5) Récit d'un témoin, Ledru-Comus à Alexandre Dumas père. Blaze de Bury, Alexandre Dumas, sa vie, son temps, ses ouvres ; reproduit par le docteur Cabanôs, vol, cit. tome III, pw SOI, noU,

(6) Louis du Bois, vol» cit, p. 27.

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et d'indignation. Le docteur Ségnret, ancien professeur d'anatomie, très habile et très consciencieux personnage» nous assura que la chose était possible (i)>. Sans nier le fait, un autre témoin, le met en doute : « Moi qui étais à l'entrée de l'avenue des Champs- Elysées, et par conséquent à peu de distance de l'échafaud, je n'ai pas Vu cela. Prenez garde que je ne nie pas le fait ; je dis simplement que je ne l'ai pas vu. J'ajoute qu'aucun de mes voisins ne le vit non plus, et que ce ne fut que quelques jours après que ce bruit circula dans Paris. J'ignore qui l'a inventé ou, si vous l'aimez mieux, qui l'a raconté le premier (2) f.

En admettant que la tête de Charlote Corday ait rougi à cet outrage posthume, comment peut-on expliquer le phénomène ? «Simple effet d'optique, peut-être, accorde Michelet ; la foule troublée en ce moment, avait dans les yeux les rouges rayons du soleil qui perçait les arbres des Champs-Elysées (3)». Médiocre explication si on veut bien se souvenir qu'un orage violent venait de noyer la ville. Mais ne chicanons pas sur ce détail et notons l'avis donné par un médecin : « Cette rougeur qui colora les joues de la belle Corday (fut-elle sûre, fut-elle possible en l'état sanglant où devait être sa tête ?) cette rougeur prouverait uniquement que la tête n'ayant pas encore perdu sa chaleur ni les fibres leur entier mécanisme, le soufflet du bourreau aurait produit son efïet ordinaire, effet qui dans le vrai n'eût pu se manifester sur des joues cadavéreuses et tout à fait refroidies par les mains de la mort (4) k C'est, pensons-nous, une des

(i) Marquise de CRfeguY, onvr. cit, tome VllI, p. 127.

(2) Georges Du val, Souvenirs de la Terreur, Paris, 1842.

(3) J. MîCHELET, onvr. cit. tome VI, la Terreur, p. 233.

{ê) Que penser enfin du supplice de la gnillotine ? Nouvel examen de cette question, par René-Georges Gastellier, médecin de l'hospice de Sens, membre de la société philosophique de Philadelphie ; à Paris» chez les marchands de nouveautés.

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explications les plus raisonnables et les plus vraisemblables données sur ce phénomène.

Quoi qu'il en soit, l'acte de Françok le Gros fut, malgré le crime de la guillotinée, unanimement flétri. « Pourquoi, écrit le conventionnel Sergent-Marceau au président du Tribunal Révolutionaire, pourquoi le citoyen chargé de l'exécution de la loi s'est-il permis de le {le peuple) provoquer à des excès, en ajoutant au supplice des outrages qu'on ne peut lui pardonner?... Je demande au tribunal qu'il répare l'outrage fait à la nature, à la philosophie, par celui des exécuteurs qui, conformément à la loi, a montré au peuple la tète de la fille Corday, mais qui s'est permis de la couvrir de soufllets... Je demande donc qu'il soit censuré en présence du peuple à l'une de vos audiences el que vous lui enjoigniez d'être plus circonspect (i) ». Commentant la chose dans les Révolutions de Paris, Prudhomme dit à son tour : « Les magistrats mettront ordre à ce qu'elle ne se renouvelle pas. L'exécuteur ou son vakt, après avoir montré au peuple la tête de Charlotte Corday, eut l'infamie de lui donner deux ou trois soufflets. Il n'y eut qu'un cri d'horreur contre celui qui se permettait une atrocité pareille. » Sanson, mis en cause, réclama, et Prudhomme rectifia : « Le citoyen Sanson, exécuteur des jugemens criminels de Paris, réclame contre l'article n*> 209, qui l'inculpe d'avoir, lui ©u ses valets, souffleté la tête de Charlotte Corday après l'exécution ; il nous assure au contraire que c'est un charpentier qui a été puni de cet enthousiasme inconcevable, et qui a reconnu sa faute. 1^

l'an IV (le la République. — Cette brochure de vingt pages, assez rare, datée de Sens « le trois irimaire an IV » est quelque, fois signalée sous le titre inexact de : Dissertation sur le supplice de la Guilloiine. Celui que nous venons de donner figure sur l'édition onj^inale.

(1) Collection de M, i»égis : cité par le docteur Cabanes, p. 206.

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Et ce fut tout.

Le cadavre de Marat» maquillé par David, monta au Panthéon (i).

« La femme a le droit de monter sur Téchafaud... » C'est l'article premier de la Diclaraiion des droits de la femme et de la citoyenne imaginée parla citoyenne Olympe de Gouges. Le 2 novembre 1793, le Tribunal Révolutionnaire lui accorde ce droit et la dépêche i la « petite fenêtre nationale ».

Avec Théroigne de Méricourt et Rose Lacombe, Olympe de Gouges est une des amazones de la Révolution. Quand elle s'est lancée dans la bagarre, elle a volontiers oublié ce qu'elle écrivait le 27 juillet 1792 i Bernardin de Saint-Pierre : 4 Je suis une enfant de la nature... je ne dois rien aux hommes... (2) » Et elle fonde le club des Tricoteuses, ce mauvais lieu qui vomit autour de la guillotine ses furies, ses aboyeuses, et

(i) La bibliographie relative à Charlotte Corday est considérable, et force nous est de ne signaler ici que quelques ouvrages particulièrement documentés ou typiques. Le théâtre s'est emparé de cette héroïne cornélienne, et Ponsard lut loin d'avoir épuisé le sujet. Citons ; J.-B. Sallbs : Charlotte Corday, tragédie en cinq actes et en vers, publiée pour la première lois d'après le manuscrit original avec une lettre inédite de Barbaroux, par G. Morau*Chaslon. Paris. 1864, in-4; Charlotte Corday » tragédie en trois actes et envers, Paris, 1795, in-8, dont l'auteur demeure aujourd'hui encore inconnu ; Louise CoLBT, Charlotte Corday et Madame Roland, tableaux dramatiques, Paris 184a, in-4. Au surplus on consultera utilement la Bibliographie dramatique-historique de Charlotte Corday, de M. Charles Vatel, Paris, 187a, in-8, et lea divers ouvrages de MM. Chéron de Villiers, de Morteyremar, Conet-Gironville, Louis du Bois, Ad. Huard et les Souvenirs d'un jeune prisonnier ou mémoires sur les prisons de la Force et du Plessis, pour servir à f histoire de la Révolution, à Paris, chez la citoyenne Brigitte Mathé, an III de la République, in-8, 88 p.p.

(a) Catalogue d'autographes^ N, Charavày ; collection G, Bord, *Mai 1906-

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fournit son contingent à l'innombrable troupeau des filles publiques de la Terreur. C'est le feu de son éloquence méridionale (elle est née à Montauban en 1755), qui enflamme le club et le jette hurlant à travers Paris (i). De tels gages à la Révolution ne sauveront point sa tête, et n'a-t-elle pas contre elle le fait d'avoir voulu défendre Louis XVI à la barre de la Convention ?

L'acteur Fleury nous ff^^>^ a laissé d'elle un portrait

peu flatté, Signa tu 10 d'Olympe de GoiigeB.

cruel même :

« Mme de G... était une de ces femmes auteurs auxquelles on serait tenté d'offrir en cadeau une paire de rasoirs ; une de ces femmes qui sont parvenues avec des peines infinies à se rendre le moins femme possible. Cette dame était tellement friande de saillies, de mots à effet et de paroles sublimes, qu'elle avait des valseurs, lorsque dans le monde elle ne se voyait pas environnée d'auteurs et d'académiciens, non pas pour se laisser instruire par eux, mais pour en être entourée, pour jeter sur eux son éclat ; die voulait les avoir à peu près comme un monarque a des gardes du corps» (2). Fleury eut avec elle, à la Comédie Française, quelques

(i) «Il est étonnant disaient-on à quel point les femmes sont devenues férosses elles assistent tous les jours aux exécutions ». Pourvoyeur, cour du Commerce, Rapport de police du 26 pluviôse, an II, Archives Nationales, Série VV, carton 191.

« Le peuple dit qu'il a remarqué que les femmes étaient devenues sanguinaires qu'elles ne prêchent que le çang, qu'il y a entre autre une certaine quantité de femmes q^i Qe quittent point la guillotine ni le tribunal révolutionnaire. » Pourvoyeur, cour du commerce, Rapport de poUce du 6 pluviôse an II, Archives Nationales^ Série W, carton 191.

(a) Mémoires dç FUnryt de la ÇontHi^- Française (1789*

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démêlés. Plus tard il s'en est vengé en traçant de la guillotinée cette caricature sous laquelle on ne la reconnaît guère. Volontiers affirme-t-il qu'elle était laide, et il rapporte à cet égard des anecdotes qui blesseraient la susceptibilité de la femme la moins vaniteuse. Cependant on trouve parmi la liste des cent quarante-neuf jolies femmes de Paris, publiée par l'auteur de VHotnmage aux plus jolies et vertueuses femmes de Paris ou nomenclature de la classe la moins nombreuse, le nom d'Olympe de Gouges (i). Il fallut donc qu'elle fût agréable aux yeux de cet amateur de beautés qui exigeait des élues de la liste « un joli sein, bien arrondi, blanc, ferme, etc.. une jambe fine, déliée, bien tournée...» L'article deuxième de son travail déclarait : « Nous n'admettons dans notre liste que des femmes qui sont généralement reconnues jolies. Nous sommes sur cet article d'une rigueur extrême p. On peut donc admettre qu'Olympe de Gouges fut jolie.

Condamnée, elle sollicita un sursis, se déclarant enceinte. Les chirurgiens ayant hésité à se prononcer, Fouquier-Tinville trancha la question en déclarant que la fille de Gouges, enfermée dans une prison depuis cinq mois, loin de tout homme, n'avait pu avoir aucun rapport sexuel. Le sursis fut rejeté. On emmena l'amazone (2).

L'exécution de Mme Roland fut le dernier coup porté par la Montagne à la Gironde expirante. Cette mort brutale assura à la maîtresse de Buzot, « encore

(i) La liste mentionne les noms de Mmes Lavoisier, Rivarol, de Murât, de Mirabeau, lie Cartdlane (lisez Castellane), et ceux de quelques dames de l'ancienne Cour. Elle parut sans indication d'auteur, de lieu et de date. Nous renvoyons le lecteur à la réédition complète que nous en donnons dans notre ouvrage sur les Femmes et la Terreur, appendices (FasqueUe, édit.)

(2) Sur Olympe de Gouges voir de Dorat-Cubières : Les Abeilles ou V heureux gouvernement, poème lu au lycée Egalité,

grasse et fraîche » (i), rimmortalité de THistoire. Si elle Veut évitée, il ne serait demeuré d'elle qu'un médiocre et volumineux fatras de déclamations à la Jean-Jacques. Rome, Brutus, les Gracques, tout cela grisa la demoiselle Phlippon. « Je ne conçois les femmes s'élevant jusqu'au sublime que par le dévouement, l'abnégation d'elles-mêmes ; si elles veulent y arriver par le stoïcisme, elles frisent le ridicule » (2).

^Uk^

Signature de Mme Roland.

C'est une femme, Mme de Cavaignac, qui juge ainsi celle que le Vère Duchêne appelle « la femme de Coco Roland » (3) et « la reine Roland » (4). Cela, ces injures, on les lui vient crier sous sa cellule, cette cellule où Charlotte Corday écrivit son testament à Barbaroux. Elle s'arrête un instant dans ses Mémoires à cet atroce souvenir de l'outrage venu de la rue par une voix anonyme : « La publication d'un grossier

le 4 juillet 1792, précédé d'une épître à Marie-Olympe de G(«iM**s et suivi d'un poème sur la mort de Michel Lepelletier ; Paris, 179.^ iu-S**, 34 pp. ; Léopold I acour, Les origines du féminisme moderne, Trois femmes de la dévolution, Paris, in-8 ; docteur A. Guillois, Etude médico-psychologique sur Olympe de Gouges et considérations générales sur la mentalité des femmes pendant la Révolution Française, (i) M. de Lcscure, vol, cil,

(2) Les Mémoires d'une inconnue, publiés sur le manuscrit original (1780-1816) Paris, 1894, in-8, p. 30.

(3) Le Père Duchine, n^ 202.

(4) Le Père Duchêne, n^ 3o8,

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mensonge, l'annonce' bruyamment faite sous ma fenêtre d'une de ces feuilles du Pète Duchine, sale écrit dont Hébert, substitut de la Commune de Paris, empoisonne tous les matins le peuple ignorant qui boit comme l'eau la calomnie, m'avaient persuadée qu'il se projetait contre moi quelque horreur. Cette feuille disait que son auteur m'avait rendu visite à l'Abbaye, et qu'ayant obtenu ma confiance sous l'apparence d'un brigand de la Vendée, il avait eu mon aveu des liaisons de Roland et des brissotins avec les rebelles de ce département et le gouvernement anglais. Ce conte ridicule était assaisonné de tout ce qui fait les ornements du langage du Père Duchêne ; les vraisemblances physiques n'étaient pas mieux ménagées que les autres ; je n'étais pas seulement transformée en contre-révohitionnaire, mais aussi en vieille édentéc, et l'on finissait par m'exliorter à pleurer mes péchés en attendant que je les expiasse à l'échafaud. Les colporteurs, bien instruits sans doute, ne quittèrent pas d'une minute les environs de ma résidence ; ils accompagnaient l'annonce de la visite du Père Duchêne (i) des provocations les plus sanguinaires au peuple du marché » (2).

Le 18 brumaire an II, dans la salle de la Liberté, Mme Roland fut condamnée à mort.

A quatre heures et demie, avec Lamarche, le directeur de la fabrique des assignats, elle monta dans la

(i) Il s'agit Certainement du numéro qui a pour titre: La grande visite du Père Duchêne à la citoyenne Roland, dans la prison de l'Abbaye, pour lui tirer Its vers du nez et connaître tous les projets des envieu^x contre la République. Son entretien avec cette vieille édentée qui s'est déboutonnée vis-à-vis de lui, et qui lui a découvert le pot aux roses au sujet de la contrerévolution que les Brissotins, les Girondins, les Buzotins, les Pétionnistes entonnaient, d'accord avec les brigands de la Vendée, et surtout avec h quibus de l'Anghtêrre,

(a) Mémoirêê de Mme Roland, tom* II. p. 50, édit. d« i«65«

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