TRIBUNAL CRIMINEL
Révoluiionndire établi par la. Loi du 10 mars 1793 ^ Tan 2^. de la Républîcjuo,
L'cxécuçcuf des Jugemens criminels ne fera faute de- st? fcnclrej^^^/-<vec^XM.A.> J yf ^ **, à la Maison de Jusîîïc pour y mettra à exécution le jui»cment qui condamne yîîc^-^...^
à la peine de Çtc<nJ^Zy
J'exécupon «li-a Jieu a 'tx^^c^VX-:? heures^^^j
i'Accusatisur inibiic.
Au Tribuna) ce IJ /'î:^tfM<a^^'i.'' <^ ff X- .x''^
Ordr« d'exécution de Mme Roland adressé par Fouquief-
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charrette. C'était un froid et sinistre jour de décembre. La journée finissait et déjt^ la brunie lé^t'^re et la cendre grise du crépuscule enveloppaient les rues de Paris. Le cortège franchit le Pont-au-Change et s'engagcia sur le quai de la Mégisserie. S'est-elle, en ce moment, cette reine de la Gironde, une pauvre femme sur la charrette, tournée vers l'autre rive du fleuve, \rrs l'endroit où, aujourd'hui encore, face au Vert-Galaa(, s'érigent les deux vieilles maisons jumelles du Ptnl- Neuf ? C'était là« le décor de ses années heureuses que dominait la masse imposante du Panthéon français » (i).
Dans cette vieille maison, rose dans les adieux dr la lumière mourante, s'étaient écoulées les années de sa pensive enfance. I-es volets, fermes maintenant, semblaient des paupières closes sur dos prunelles honteuses de leurs larmes. Peut-être dans ce spectacle de son bonheur d'autrefois prit-elle une force nouvelle, un courage plus hautain ; peut-être redressa- t-elle sa tête à la chevelure bien coiffée que vit Beugnot, et ferma-t-elle son cœur au regret do la vie perdue, au souvenir d'Eudora abandonnée, de Roland errant, traqué, quelque part, dans une campagne hostile.
L'âpre vent de décembre soulevait l'étoffe légère de son anglaise de mousseline blanche, garnie de blonde et attachée avec une ceinture de velours noir. La rue ci-devant Royale traversée, on approcha de la place funèbre. Dans cette vaste étendue battue des vents de brumaire et déjà enveloppée du crêpe crépusculaire, une masse lilanche, haute, se drossai! : la statue de la Liberté.
Elle fît un signe de la croix et monta les marches (2). La sœur des Gracques n'était plus (3).
(i) Georges Gain, Coins de Paris, p. 79.
(2) Bulletin du Tribunal criminel Révolutionnaire, n° 59
(3) « Elle mourut comme l'aurait pu faire la mère, ou plutôt la sœur des Gracques. > Louis Blanc, ouvr, cit. tome IX. liv. X, chap. XIII.
Il semble qu'à chacune de ces grandes exécutions de 93 s'attache une sorte de légende vite devenue un problème historique. Pour Charlotte Corday, c'est le soufflet sur la tête coupée ; pour Louis XVI c'est le mot de l'abbé Edgeworth ; pour Mme Roland, c'est son apostrophe à la statue de la place de la Révolution : « O liberté I que de crimes on commet en ton nom ! » L'Histoire qui ne s'accommode point de sentimentalités, doit se refuser, croyons-nous, à enregistrer celle-ci. Comme la plupart des mots célèbres in extremis,cc\u\-d doit être et est ai>ocryphc.Lcs journaux du temps n'en font aucune mention et ni le Bulletin du Tribunal criminel Révolutionnaire^ ni le Glaive vengeur de la République Française^ si fidèles et si extraordinairement impartiaux en ce qui concerne les derniers instants des exécutés, n'en parlent. Ce silence n'infirme-t-il pas singulièrement le témoignage de Rioufïe qui cite le mot, mais qui ne cite que ceux qui condamnent le régime de la Terreur ? Chateaubriand qui le travestit et se l'approprie, l'eût-il fait si les témoignages contemporains eussent été unanimes à l'attribuer à la guillotinée du i8 brumaire (i) ? Ces raisons sont suffisantes, semble-t-il. Empêchent-elles Mme Roland d'être morte moins stoïquement ?
Un dernier mot sur cette statue qui joue son rôle dans la légende. En août 1793, elle avait remplacé sur le socle, vide dejjuis le 12 août 1792, la statue de Louis XV de liouchurdon, que Pigalle îivait iJanquéc de quatre ligures : la Force, la Prudence, la Justice et V Amour de la Paix, « ce qui faisait dire, par une épigramme du temps, que les Vertus étaient à pied et le Vice à cheval» (2). Impassible, elle avait vu se dérouler
(i) «La liberté ne doit point être accusée des forfaits que l'on commit sous son nom. > Chateaubriand, De Buona" parte et des Bourbons,
(2) Edouard Fournier, Protnenade historique dans Paris ; 1894, chap. XIV, pp. 354, 355.
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devant elle la tragédie terroriste, dominant la guillotine de son geste héroïque, offrant dans ses creux un asile aux pigeons et aux colombes des Champs- Elysées. Eclaboussée du sang des hécatombes, la peignit-on en rouge ou en rose? Peu importe (i). On masqua les caillots qui attestaient le règne du glaive de la loi. Mais battue du veut dans cette grande place, trempée par les orages de pluviôse, craquelée par le gel de frimaire, la statue finit par se fendiller et menacer ruine. Un faisceau de quatre-vingt-trois lances symbolisant les départements de la République, vint la remplacer jusqu'au 14 juillet 1799, jour où on érij^ea la nouvelle image de la Liberté jmr Lemot. C'est donc une i>etite inexactitude qu'on peut relever dans l'empoignant et pittoresque récit fait par M. Vandal, de Brumaire, des événements du 8 novembre 1799 : « La place de grand air aristocratique se développait dans l'encadrement des balustres, cernée de fossés ; dans le milieu du terre-plein, la statue en plâtre de la Liberté, celle qui avait vu tant de crimes, s'effritait délabrée sur son piédestal en ruines » (2). C'est assurément une puissante antithèse que celle de cette Liberté effondrée à l'aurore de l'avènement de Bonaparte; il n*y a qu'une ombre à ce tableau net et vigoureux : c'est que depuis le 14 juillet précédent la statue était neuve. H''* |
A son tour elle disparut, et le 12 juin 1801 s'élevait à sa place un socle factice où devait s'ériger la colonne de la Concorde. Ce ne fut qu'un projet
(i) «Elle avait été peinte en rouge, mais, décolorée mainnant, elle apparaissait salie et dégradée, le cou tellement fendu que la tête était sur le point de tomber. » Un roman du Premier Consul {depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix d'Amiens) traduit du suédois par Paul Lacour et Wallenberg (1898). < L'immonde statue qu'on avait fini par peindre en rose pour cacher le sang dont elle était tachée... > Edouard Foumier, vol, at.
(2) Albert Vandal, V Avènement de Bonaparte, tome I.
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JÉtmais'réalisé; en 1802, ce socle fut abattu et la place attendit laJÇinonatchie de juillet, pour voir dresser dans Taxe des Champs-Elysées, cette pierre stupide et ridicule qui, depuis 1836, symbolise le goût esthétique de Louis-Philippe (i)»
Sifçnatnrc de la Du Rarry sur les registres du Tribunal lU»vohitionnairc.
A onze heures du soir, le 16 frimaire, le vice-président Dumas prononça contre «l'infâme prostituée Du Barry » (2) la peine de mort» Pendant Taudience, la malheureuse avait été accablée, injuriée par cette farouche vertu républicaine. Dumas avait parlé de ses « honteux plaisirs » et pris l'auditoire à témoin des débordements passés de « cette Lais célèbre par la dissolution de ses mœurs, la publicité et l'éclat de ses
( I ) Bibliograbhie ; en outre des ouvrages que nous avons signalés : A. Join Lambert, Le mariage de Madame Roland, trois années de correspondance amoureuse (1777-1780), in-8*; Dauban, Etude sUr Madame Roland et son temps, suivie des lettres de Madame Roland à Buzot et d'autres documents inédits, in-8<>; Dauban, Lettres en partie inédites de Madame Roland aux demoiselles Canet, suivies de lettres de Madame Roland â Bosc, Sefvan, Lanthenas, Robespierre, etc., de documents inédits avec une introduction et des notes, Paris, 1867, 2 vol. in-8<> ; Lettres autographes de Madame Roland adressâtes à Rancal des Fsxarts, membre de la Convention, publiée par Mme Henriette Bancal des Issarts et précédées d'une introduction par Sainte-Beuve, Paris, 1835, in-8<> ; Mme Lenormand. Quatre femmes au temps de la Révolution, Paris, 1872, in- 12 ; et parmi les nombreuses éditions des Mémoires de JMme Roland, celle de Berville et Barrière, publiée en 1827 en 2 vol. in-8o ; et sortie des presses de Baltac.
(2) Acte d'âuîcusatlon de Fonquier-Tinville contre un groupe d'habitants de la ttègioti dé Roehechcmsirt, 26 ventôse à» IL
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débauches. » Elle était là, sans voix, blême, effondrée sur le banc, raillée par le public de sans-culottes lui reprochant les 6.000.000 de livres reçus de Louis XV pendant les six ans de son amoureuse royauté. Le jugement qui la frappe la qualifie de « ci-devant courtisane» et ce sont ces baisers prodigués au royal amant, ces caresses vénales des boudoirs de Louveciennes, tout ce passé d'amour, de tendresse et de luxure, de celle que la galanterie vit débuter sous le nom de Mlle Lange, qu'elle va expier ce jour.
Les mains tordues, sanglotante, la chevelure éparse, on l'entraîne. C'est la nuit. C'est le froid. Dans une des chambres basses de l'arrière-greffe, elle attend l'heure où les témoins se réjouissent de ♦ voir cette dame dans le panier aux œufs rouges». Les témoins!... Parmi eux est venuZamor,«lepetitsapajou(i)»nommé par la fantaisie de l'Amant gouverneur de Louveciennes avec 3000 livres de gratification annuelle, Zamor, roquet qui lui mord aujourd'hui aux talons et dépose contre elle avec la fureur basse et ignoble du valet ingrat. Quelle dut être, dans cette froide et sombre chambre de la Conciergerie, la veillée de cette femme « fière encore d'avoir été un moment la première des courtisanes de l'empire » (2) ? Le souriant cortège des heures d'autrefois, des jours passés, dénoua sans doute sa ronde devant elle ; les visages aimés durent lui apparaître au fond de son souvenir, tous ces amants prosternés à ses pieds, ce beau et élégant lord Hugh Seymour, à qui elle écrivait dans l'élan passionné de sa tendresse : « Mon cœur est à vous, sans partage... » et pour qui elle fait le miracle d'écrire presque sans fautes d'orthographe (3); le duc deBrissac
(i) Métnoires de Madame Campan.
(2) Prudhomme, Les Révolutions de Paris, n® 81.
(3) On nous a conununiquè une curieuse lettre d'elle, adressée, de Louveciennes, le 16 octobre 1780, à un M. Bufiault pour le remercier de son ofire de lui adresser chaque
qui rappelait : « Cher cœur... », le frère de la Reine, Joseph II,venuàLouveciennessousle pseudonyme de comte de Falkenstein et qui, en lui offrant le bras pour visiter les jardins, se souvenant de sa disgrâce, lui murmura: «Madame, la beauté est tou jours reine. ..> Tous ceux-là, les fantômes aimés de son passé, à qui le signe posé au-dessous de son œil gauche comme une mouche (i), ses lèvres minces et ses cheveux teints (2) furent chers, tous ceux-là, elle les évoqua sans doute dans cette nuit d'angoisse où « elle sentait les douleurs de l'agonie (3) ». Les yeux lerrifiés, grands ouverts, eUe atlendit l'aube, et cette aube vint avec sa lueur blafarde, avec sa lumière blême. Puis, un pâle et avare soleil de décembre monta au ciel gris. Un roulement sourd, lourd, gronda au loin, se rapprocha, grandit, s'arrêta. La charrette était arrivée. « Elle se
semaine un sac de 1.200 livres. La lettre se termine par ces lignes d'une orthographe pittoresque : «J'ai tant de gens qui demande et si peut à leur donner, qu'il faut les contenter. Je vous et attandu mercredi toute la prémidi. J'espôre avoir bientôt le plaisir de vous voire. » Collection de M. S... V.., (i) Registre d*écro%i de Sainte-Pélagie.
(2) « Ses cheveux étaient cendrés et bouclés comme ceux d'une enfant, % dit Mme Vigée-Lebrun dans ses Souvenirs, « Drouais nous a conservé de cette courtisane les cheveux blonds, les cils et les sourcils bruns. » £. Charavav, Revue des documents historiques, tome I, p. 129 (i 873-1874). M. Lenotre, dans Vieilles maisons, vieux papiers, {2* série, p. 122 et suiv.) étudie cette question de la couleur des cheveux de la Du Barry et conclut qu'ils étaient noirs. Il détruit le témoignage des contemporains qui virent la maîtresse de Louis 1..V blonde, comme Drouais et Mme Vigée-Lebrun, en concluant qu'au temps de sa splendeur la courtisane se servai^ « d'une mixture décolorante, infusion de camomiUe ou aui. j, et qu'au moment de ses voyages, de son arrestation et de son procès, elle avait renoncé, ce qui s'explique naturellement, à ce raffinement de coquetterie. %
(3) M (moires historiques de Jeanne Gomart de Vauhemier, comtesse du Barry, rédigés sur des pièces authentiques, par M. de FavroUe ; à Paris, chez Lerougc, an XI (attribués à la baronne Brossin de Méré).
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mit à jeter de hauts cris (i) ». Certes elle pleure, certes elle implore, certes elle hurle « au secours (2) », certes elle supplie. Pourquoi voulez- vous qu'elle soit forte, héroïque, sublime ? Ce n'est point là son rôle. C'est une lamentable épave de la Monarchie, une femme douloureuse, agitée de convulsions frénétiques (3), une femme simplement, enfin, et pourquoi voulezvous la railler de n'avoir i)oint lu Plularque? (4).
A ses hurlements épouvantables, à ses cris de détresse, la foule s'émeut. On n'est guère habitué à ces explosions de désespoir. On meurt plus résigné, plus silencieux que cela dans les autres fournées (5). Et ©n peut dire, avec Michelet, qu'on se souvint que la mort est quelque chose, on douta que la guillotine, ce supplice si doux, ne fût rien (6).
(1) Voir note 3 page précédente.
(2) Baulieu, Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France avec notes sur quelques événements et institutions,
(3) H. Wallon, Histoire du Tribunal Révolutionnaire de Paris avec le journal de ses actes, tome II.
(4) Le reproche a été formulé par M. de Lesctirt\ dans l'ouvrage que nous avons cité de lui.
(5) « Un homme de ma connaissance, assez malheureux pour se trouver surpris par la foule cruelle qui revenait de l'exécution de Madame Dubarry, entendait deux femmes du peuple dont l'une disait à l'autre : « Comme elle a crié, celle-là !... S'ils criaient tous comme ca, je n'y viendrais plus ». Mémoires de Madame la duchesse d* Abranté s : tome III. p. 364.
(6) C'est un chapitre spécial qu'il faudrait consacrer à la bibliographie de la Du Barry et les limites de notre travail s'y opposent. Toutefois nous signalerons les deux livres de Pidansat de Mairobert : Lettres de la comtesse du Barry avec celles des princes, seigneurs, ministres et autres qui lui ont écrit et qu'on a pu recueillir : Londres, 1779, in- 12, et Les anecdotes sur Mme la comtesse du Barry, in- 12, dont trois éditions parurent à Londres, 1776, (346 p p.). 1777 (331 pp.) et 1778, 2 vol. En outre: Précis historique de la vie de la comtesse du Barry, Paris, 1774, in-12, 93 pp.; Mémoires delà comtesse du Barry, Bruxelles, 1829, 5 vol. in-12; Petits mémoires intimes ; lettres galantes d'une femme de qualité, 1760- 1770,
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La tête tombée, on fut jeter le corps de la ci-devant maîtresse royale à la fosse commune de la Ville-rEvêque (i).
Le 21 floréal an II, le troisième régicide fut consommé sur la fille du grand-dauphin, sœur de Louis XVI, Philippine- Marie-Hélène-Elisabeth de France, née à Versailles le 23 mai 1764.
Le tribunal était composé ce jour-là de René-François
Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges ; Charles- Adrien Legris, greffier ; Trinchard, Laporte, Renaudin, Grenier, Brochet, Auvrest,
Paris, 1895. in-8<>; Mme Elliot, Mémoires sur la Révolution Française, traduit de l'anglais par le comte de Bâillon, avec une appréciation critique par Sainte-Beuve, Paris, 1861, in-12 (256 p. p.) ; O.Uzanne, Documents sur les maurs du XVIII* siècle, anecdotes sur la comtesse du Barry, Paris, 1880, in-8 ; Paul Gaulot, Amours d'autrefois, Paris, 1903, in- 12. Signalons enfin deux pamplets, parmi la nuée de ceux qui assaillirent la favorite : Egalité controuvée, ou petite histoire de la protection, contenant les pièces relatives à V arrestation de la Du Barry, ancienne maîtresse de Louis XV, pour servir d'exemple aux patriotes trop ardents qui veulent sauver la République et aux modérés qui s'entendent à merveille pour la perdre, par Greive, défenseur officieux des braves sans-culottes de Louveciennes, ami de Franklin et de Marat, factieux et anarchiste de premier ordre et désorganisateur du despotisme depuis vingt ans dans les deux hémisphères ; et La Gazette noire par un homme qui n*est pas blanc, ou couvres posthumes du gazettier cuirassé, imprimé à cent lieues de la Bastille et à 1000 lieues de la Sibérie, 1784, in-8 (292 p. p.) Ce dernier est Tœuvrë d« Théveneau de Morande dont la Du Barry acheta le silence au prix d'une pension de 4.000 livres, (i) Voir livre VI, chap. I, Les fosses communes de la Terreur.
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Duplay, Fauvety, Meyère, Prieur, Fievez, Besnarçl, Famber et Desboisseaux, jurés. Fouquier-Tinville ne se présenta pas à l'audience. Ce fut son substitut, Gilbert Lieudon, qui lut le réquisitoire dressé par l'homme de la hache. Il y eut ce jour-là vingt-cinq condamnés, parmi lesquels cinq membres de la famille de Loménîe. Une des femmes de la fournée, Mme de Serilly, se déclarant enceinte, eut im sursis qui la sauva. Son nom cependant fut inscrit sur les registres des décès et, plus tard, son acte mortuaire à la main, elle comparut au procès de Fouquier-Tinville.
Vers cinq heures, le cortège déboucha sur la place de la Révolution. Près de Téchafaud, les condamnés prirent place sur une banquette de bois (i) et Sanson
commença l'appel. A leur ù/* â^ fi »• ^^"^ '^^ hommes se lèvent, (M^àMn cfUt^ s'inclinent devant la princesse et montent lesmarches Signature de Mme Elisabeth, gluantes. C'est un beau crépuscule de mai, tiède et doux. Un ciel serein traîne au-dessus des Tuileries récharpe légère de ses nuages roses. Le couteau tombe toujours. C'est au tour des femmes maintenant. Elles demandent à Mme Elisabeth la ])ermission de l'embrasser (2) et c'est avec ce baiser aux lèvres que ces têtes blondes ou blanches tombent dans
(1) £. Beauchesne, La vie de Madame Elisabeth, saur de Louis XVI ; Paris, 1S69. tome II, p. 128.
(2) Eloge historique de Madame Elisabeth de France, suivie de plusieurs lettres de cette princesse, par Antoine Fcrraud, ancien magistrat, auteur de V Esprit de l'Histoire ; à Paris, chez Dcsennc, libraire de Monsieur, comte d'Artois, frère du Roi, rue du Chantre Saint Honoré, n<> 26; 1814, p. 127. — Une nouvelle édition parut en 1861, ornée d'un frontispice et d'un fac-similé (in-8). Les Mémoires de Madame Elisabeth de France, sœur de Louis XVI, annotés et mis en ordre par F. de Barghon Fort Rion, Paris, 1858, Auguste Vaton, éditeur, rue du Bac, 59, ne sont qu'un plagiat presque littéral du précédent ouvrage.
la sciure boueuse. Enfin, c'est au tour de 4f la grosse Elisabeth (i) ». On la renverse sur la bascule, son fichu se détache, une épaule nue, rose et charmante apparaît. « Au nom du ciel, couvrez-moi ! » gémit la voix étranglée (2). Le corps a un grand soubresaut, le couteau est tombé. Il est six heures (3).
Une des dernières grandes fournées de la Terreur fut celle des 4f chemises rouges», comprenant cinquante-quatre condamnés que Sanson exécuta, place du Trône, en vingt-huit minutes.
Il y avait là Admirai qui tenta de tuer Collot d'Herbois, et la fille du papetier de la rue de la Lanterne, Cécile Renault, indifférente (4), depuis qu'elle avait vu «comment était fait un tyran», et suspected'avoir voulu, avec deux petits couteaux de poche, attenter aux jours de Robespierre, les Sainte- Amaranthe, la mère, la fille, le fils ; la fille, à qui, comme à Charlotte Corday, « la chemise rouge ajoutait une pourpre éclatante à ses couleurs virginales (5) ». A quelques mois de distance
(1) Prudhoiiiib, Les Révolutions de Paris, n® 171.
(2) T^iiis JouRDAN, Les femmes devant Véchafaud.
(3) Procès-verbal de l'exécution par rhiiissier Château. Bibliographie : Feuillet de Conches : Louis XVI, Marie-
Antoinette et Madame Elisabeth, lettres et documents inédits, 6 vol. iii-8 ; du même : Correspondance de Madame Elisabeth de France, satur de Louis XVI, publiée sur les originaux autographes et précédée d'une lettre de Mgr Darboy, archevAqîie de Paris, 1868, in-8 ; G. du fresne de beaucourt. Etude sur Madame Elisabeth diaprés sa correspondance, suivie de lettres inédites et autres documents, Paris, 1864, in-8 ; Parisot, Vie de Madame Elisabeth de France, saur de Louis XVI, Paris, 1814, in-8 ; Mme Guénard, Histoire de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, Paris, 1802, 3 vol. in-i8.
(4) Des Essarts, Proci's célèbres jugés depuis la Révolution.
(5) Charles de Lacretelle, Testament philosophique et Uttérmrê, tome II, p. 367.
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elle rejoignait son amant Hérault de Séchelles (i), peu difficile sur le choix de ses maîtresses. En 1790, la fille Sainte-Amaranthe était déjà signalée dans VAlmanach des honnêtes femmes — entendez par là celles qui ne le sont guère — et les listes des femmes galantes de 1793 la mentionnaient parmi les nymphes de réi)oque. Les habitués du salon de la mère, au 50 du Palais-Egalité, pénétraient familièrement par la petite porte basse du n^ 7 de la rue Vivienne. Qui saura les noms de ceux-là qui vinrent ainsi, l'ombre venue, goûter les plaisirs amoureux en les bras de cette «suave et charnunteEmilie(2)» ? Pourles hommes obscurs de 89, devenus illustres dans la tourmente de 93, ce nom de veuve de table d'hôte et d'hôtel garni (3) a le charme un f)eu libertin de ce qu'on a tant reproché à l'ancien régime. Ces femmes galantes de la Terreur, au milieu des terribles secousses de l'époque, conservent une grâce inclinée et indifférente, une manière de fatalisme qui enveloppe leur souvenir d'un charme morbide et mélancolique (4).
A cette fournée sacrifiée hypocritement à l'austère et rude vertu de Maximilien de Robespierre, on a joint le comte de Rossay-Fleury qui, de la prison de Luxembourg, a réclamé, le 28 prairial, à Fouquier-Tiiiville, le droit de monter à Véchafaud avec tous les honnêtes gens, i^'JIl ne languit guère : le 29, il est sur la charrette des Sombreuil, des Sartine, de Rohan-Rochefort et de Laval-Montmorency, que précèdent et que suiventdeux canons menés par des gar4es, mèche allumée en main.
C'est une des dernières orgies de la Fille à Guillotin.
(i) «C'est elle qui a su cependant me conserver le plus longtemps, nialgré mes défauts t>. Lettre de Hérault de Séchelles à Suzanne Giroust, femtne Quillet (la Morency).
{2)MémoiresdeFleury,de la Comédie- Française {iu^-itti), p. 141.
(3) Mémoires de Mlle Flore, actrice des Variétés, p. 252,
(4) Sur l'exécution de la Sainte- Amaranthe, on trouvera des détails peu connus dans Encore une victime au mémoires d'un prisonnier de la maison d'arrêt dite des Anglaises, rue de VOwreine, par £.*J..J. Poigaet. Paria, 1793, in-8, 32 p. p.