I DU DÉGUISEMENT
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Une affiche de spectacle sous la Terreur.
^wfs^ ^^ Pompadour ou Germon et Juliette (3), du citoyen Cubières ; le Dîner d'un Héros (4); les Femmes
(\) Le bon Fermier, comédie eu un acte en prose, par C.-J.-A« Ségur le cadet, Paris, sans date, an III, in-S®.
(2) L'intérieur des Comités révolutionnaires ou les Aristides
modernes comédie en trois actes en prose, par le citoyen
Ducancel, Paris, an V, in-S».
(3) Lfl Marquise de Pompadour ou Germon et Juliette, comédie en trois actes en prose par le citoyen Cubières, Paris, an V, in-80; 62 p. Du même signalons encore un drame historique : La Marquise de Chantai, Paris, an V, in-8o.
(4) Le Dîner d*un Héros, trait historique en un acte et en prose par Rouhier-Deschamps et Arm. Goufïé, Paris, 1798.
politiques (i); Wenzel ou] lej^magistrat du peuple {2); le Triomphe de la Raison ou lès F êtes républicaines (3) ; Collot dans Lyon (4) ; Le Champ-de-Mars ou la régénération de la France {5) ; la Veuve Calas à Paris'^ou le Triomphe de Voltaire (6) ; Jean Calas (7)... Mais elles sont trop, et leur liste oubliée pourrait s'étendre ici interminable, évocatrice de ces triomphes fanés. Il faut se borner. Cependant, parmi tous ces titres, deux ou trois retiennent encore aujourd'hui l'attention. Auxjacobins de 93 le nom de Voltaire est toujours cher, et quand la Afor^ de César apparaît sur l'afiBiche du Théâtre-Français, la salle est pleine bien avant le lever du rideau. En le défenseur de Calas et de la Barre on acclame le précurseur de la Révolution, le prophète qui, en 1762, pouvait écrire : « Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu'on éclatera à la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux. Ils verront bien
(i) Les femmes politiques, comédie en 3 actes et en vers par citoyen Gosse. Paris, an VIII, in-8®, 56 p.
(2) Wenzel ou le Représentant du peuple, opéra, paroles de Pillet, musique de la Dumer, Paris, an III, in-8.
{$) Le Triomphe de la Raison ou les fêtes républicaines, par H. Rosière, représenté sur le théâtre de Montpellier le 3 vendémiaire, an III, in-8.
(4) Collot dans Lyon, tragédie en vers et en cinq actes, (Knliée aux membres de la Convention victimes de la tyrannie au 31 mai 1793, par Fonvieille aîné, de Toulouse, an III, in-8, 88 pages.
(5) Le Champ de Mars ou la régénération de la France, divertissement en un acte et en prose par Pellet-Desbarreaux, représenté pour la première fois sur le théâtre de Toulouse, le 16 août 1789. In-8, 27 pages.
(6) La Veuve Calas à Paris ou le Triomphe de Voltaire, par J. B. Pujoulx, Paris, 1791, in-8.
(7) /<•«« Calas, tragédie par J. M. Chénier, Paris, 1793, in-8.
des choses (i) ». Les jeunes gens de 1762 sont des hommes en 1793 et le beau tapage prédit par Voltaire est arrivé. C'est lui qui inspirera les poètes et les législateurs de l'époque, et comment ne pas délirer d'enthousiasme à ces vers» si extraordinairement d'actualité après cinquante ans :
Non, n'imitons personne, et servons tous d'exemple 1 C'est nous, braves amis, que l'univers contemple 1
Cela dit, on traîne sur la scène le buste du poète et on coiffe la majestueuse perruque à rouleaux d'un bonnet rouge. Et cette gloire aura sa définitive consécration le 21 janvier quand, quelques heures après que la tête du Roi sera tombée, le Théâtre-Français donnera en spectacle une pièce de l'amant de la divine Emilie.
Quelquefois, autour d'une pièce, c'est l'émeute, comme pour l'Ami des Lois, Cela fouaille les hommes du jour et les admirateurs de l'Incorruptible sifflent Nomophage, et les fervents amis de Jean-Paul Marat huent Duricrâne (2). Les tape-dur entrent en scène, la pièce est dénoncée aux Jacobins et un arrêt de la Commune la suspend. On traîne du canon au carrefour Buci pour faire respecter l'arrêt. La Convention intervient et son décret, en autorisant la pièce, calme l'émeute populaire qui gronde autour des tréteaux comiques.
Puis c'est la Paméla de François (de Neufchâteau)
(i) Ou lie manquera pas de rapprocher ce fragment des quelques lignes écrites, en 1770, par Jean- Jacques Rousseau : « Nous approchons de l'état de crise et de révolution. Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer ; toutes ont brillé et tout Etat qui brille est sur son déclin >.
(2) 4 Tout le monde reconnut Robespierre dans Nomophage et Marat dans Duricrâne». Etienne, Histoire du Théâtre Français, C'était Saint-Prix qui jouait Nomophage.
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qui crée» elle aussi, un beau tapage. Mais cette fois les comédiens vont en prison, où un obscur employé du Comité du Salut Public, la Bussière, les sauve. La politique a allumé la noire torche de la discorde au Théâtre-Français; Talma qui hait la royauté, empoigne au collet Naudet, qui déteste la république. C'est un duel, c'est une rupture. Talma emmène ses partisans au Théâtre du Palais- Royal : Granmiont, Dugazon, la Vestris, la Desgarçins, Julie Candeille, la belle maîtresse de Vergniaud (i). Naudet reste au théâtre de la Nation avec Fleury, Dazincourt, Mlle Contât. L'affaire de Pamila leur donne un autre gtte. Tandis qu'on les oublie en prison, la guillotine choisit sa proie parmi les comédiens.
Le 16 octobre 1793, autour de la charrette menant, par la rue Saint-Honoré, Marie- Antoinette au lieu du supplice, on a vu caracoler, le sabre haut, le comédien Nourry, dit Grammont. De la voix large et sonore qui, au théâtre Montansier, lui valut quelques succès dans les rôles de tyrans (2), il criait allègrement :
— La voilà l'Autrichienne, mes amis ! Elle est foutue !
Comme au théâtre, cet homme prétendait jouer un rôle dans la tragédie révolutionnaire. Il le joua courageusement, cyniquement, jusqu'au bout.
Le 24 germinal an II, il suivait, peut-être sur la même charrette, le trajet accompli quelques mois auparavant par la reine de France. Celle-ci était seule. L'ancien acteur de la Montansier, le ci-devant adjudant-général de l'armée révolutionnaire, compris dans la conspira-
(i) « La citoyenne-comédienne > Julie CandeiUe était l'aateur de Catherine ou la belle fermière, qui eut plus de trois cents représentations.
(a) Biographie moderne ou galerie historique, civile, mt'/t. taire, politique, littéraire et judiciaire, tome III, p. 53. A PAris, chez Alexis Eymery, 18 16.
tion des athéistes (i), était accompagné de dix-huit complices parmi lesquels figuraient la veuve Desmoulins et la veuve du père Duchêne. A côté de lui, sur la charrette, se tenait, debout, son fils âgé de dix-neuf ans, of&cier dans la cavalerie révolutionnaire. On arriva à la place de l'exécution. Monté sur Téchafaud le fils dansa (2). Le père mourut comme il avait vécu — théâtralement.
^ Sanson montra sa tête. La foule cria : Bravo l Ce fut son dernier succès.
(i) Motifs de la condamnation : < Comme convaincus d'être les auteurs ou complices d'une conspiration contre la liberté, la sûreté et la souveraineté du Peuple, tendant à troubler l'Etat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, et contre l'exercice de l'autorité légitime ; par suite de laquelle, dans le courant de ventôse, des conjurés devaient dissoudre la représentation nationale, assassiner ses membres et les patriotes, détruire le gouvernement républicain, s'emparer de la souveraineté du peuple, rétablir la monarchie et donner un tyran à l'Etat >. Les dix-huit de la fournée étaient : Chaumette ; Gobel ; Arthur Dillon ; Ernest Bûcher ; Lacombe ; Lasalle ; Lapallu ; Rameau ; Brumeaux-Lacroix ; Nourry-Grammont père ; Nourry-Grammont fils ; Duret ; Lebrasse ; Beysser ; Barras ; Simon, député à la Convention nationale ; Laridon-Duplessis, femme Camille Desmoulins ; Goupil, veuve Hébert, dit Père Duchêne. — I.ucite complice de Grammont 1
(2) Biographie moderne, p. 54.