‹ La guillotine en 1793: d'après des documents inédits des Archives nationalesChapitre 4 sur 40 · ARRÊTÉ DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ DE LA COMMUNE

< l.e procureur de la Commune (2) entendu, le Conseil Général arrête que la guillotine restera dressée sur la place du Carrousel, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, à l'exception toutefois du coutelas que l'exécuteur des hautes œuvres sera autorisé d'enlever après chaque exécution. Les commissaires nommés pour faire enlever le coutelas au haut de la guillotine, sont MM. MerUn et Henriot ». (3)

En conséquence, du 21 août 1792 au 10 mai 1793, les exécutions se poursuivent en cet endroit, exception faite pour Louis XVI lequel eut les honneurs de l'inauguration de la place de la Révolution.

Le 10 mai 1793, un décret de la Convention, lassée

(i) Actes des Apôtres, décembre 1789.

(2) C'était Manuel.

(3) Registres de la Commune de Paris, tome IX, p. 350.

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d'avoir en'permanence, à sa porte, le «rasoîr national», le fixe définitivement place de la Révolution.

Une curieuse lettre inédite trouvée dans les cartons des Archives (i) et adressée *«^w citoyen Fouquier, accuzateitr public près le tribunal révolutionnaire » nous indique en quel endroit Sanson abritait les accessoires de sa machine :

PuHs^ le 26 germinal Van 2«.

Jacquier, (2) agent w»* du district de Paris près le département,

A Fottquier, accusateur public près le tribunal révolutionnaire,

« Je t'ai écrit hier, citoyen, pour te prévenir que ton intention était remplie, qui avait pour objet la recherche d'un local à portée de la place (!• la Révolution, et propre à renfermer l'instrument de mort destiné aux conspirateurs. Je te prevenois en même tems, que tu pourrais dispozer aujourd'hui à midi de ce local, et je fînissois par t'indiquer la demeure du citoyen Demontier, ingénieur du département, au coin du quay des tuileries, qui est chargé de remettre les clefs à ceux qui se présenteront de ta part. Le gendarme porteur de ma lettre a eu le malheur de la ])ordre ; j'y supplée avec d'autant plus d'empressement que tu as paru dézirer fortement que cette mesure ne souffrit aucun retard.

Salut et fraternité.

Jacquier (3) »,

Jusqu'au 20 prairial, la guillotine fonctionne face aux Champs-Elysées et abat 1.221 têtes, parmi les-

(i) Archives nationales, série W, carton 159, pièce 166.

(2) Jacquier, devenu suspect vers la fin de la Terreur, fut arrêté et ne fut libéré qu'en frimaire an III (Arch. nat. série W, carton 126; pièce 18).

(3) Voir nota i page 51.

quelles celles de Marie- Antoinette, des Girondins, des Hébertistes et des Dantonistes.

Le 21 prairial, on la retrouve près des ruines de la Bastille, à la place Saint-Antoine, où du 2i au 24 elle exécute 74 condamnés (2); La vallée (3) porte ce nombre à 97, du 21 au 25 prairial ; M. Lenôtre (4) assure que la guillotine n'y fonctionna qu'un jour, le 26 prairial ; Michelet (5) indique, lui, la date du 24 prairial.

Le 25 prairial, nouveau changement. La guillotine recule vers les faubourgs et s'installe à la Barrière du Trône Renversé. En trois jours, le 7, 8 et 9 messidor (25, 26, 27 juin), 122 têtes tombent, et la besogne ne finit en cet endroit qu'au 9 thermidor. Le lendemain, elle se dresse derechef place de la Révolution pour frapper les hors-la-loi de la veille, Maximilien de Robespierre, Saint- Just, et les complices du « nouveau Catilina 9, Pour abattre Fouquier-TinviUe et les victimes de la réaction thermidorienne, la guillotine retourna place de Grève, au lieu de son premier exploit. Plus tard, elle y retrouva Georges Cadoudal et sa fournée de Chouans.

Mais les beaux jours de son règne étaient révolus. Elle ne devait plus opérer qu'en cachette, sournoisement, derrière la haie d'un escadron de dragons, dans la louche et blafarde lueur du jour levant. Elle

(i) Cette curieuse pièce nous a été signalée, avec quelques autres que nous citerons, par M. Pierre Gaumy, le modeste et consciencieux historien d'(/n Groupe d'habitants de la région de Rochechouart sous la Terreur, œuvre sobre et remarquable à tous les titres. C'est publiquement que nous tenons à témoigner toute notre rt*connaissance à M. Pierre Gaumy.

(2) Archives Nationales^ Série W, carton 528.

(3) Lavai.1 fîE, Histoire de Paris, p. 274.

(4) G. Lenotre, vol cit. p. 285.

(5) J» Michelet, OMVf. cit.

devint une maladie honteuse, et» par une tardive pudeur, on la cacha (i).

(i) Le reste devient de l'histoire contemporaine. M. de Bondy, préfet de la Seine, par un arrêté qu'a publié Alexandre Dunus dans ses Mémoires, transporta la guillotine de la place de Grève à l'extrémité du faubourg Saint -Jacques. Commentant cet arrêté, le romancier ajoute : « Depuis ce temps la guillotine s'est encore rapprochée du condamné : on exécute maintenant devant la porte de la prison de la Roquette. De là à exécuter dans la prison, il n'y a que quelques pas. Et pour descendre de la cour de la prison dans le cachot lui-même, il n'y en a qu'un ». Toujours à propos de ce transfert, Victor Hugo écrivit : « La guillotine a perdu son assurance, sans abdiquer pourtant ; chassée de la Grève, eUe a reparu barrière Saint-Jacques, elle a reparu à la Roquette. Elle recule, mais elle reste ». Lettre à M. Bost, de Genève ; Hauteville-House, 17 novembre 1862. {Actes et paroles ; pendant F exil. Tome II. 1862- 1870, p. 23.) Enfin, sur les exécutions à la Roquette, on lira avec intérêt le volume de Georges Grison : La Place de la Roquette, histoire des exécutions. Paris, Dentu, 1883, in-i8.

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