A MONSIEUR ROEDERER, PROCUREUR GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT
A Paris, ce 6 août 1792.
Monsieur,
C'est très respectueusement que j'ai l'honneur de vous représenter la position dans laqueÛe je me trouve. Elle
(i) Revue rétrospective, 1834, vol. II, pp. 142 et suiv.
LA OUILLOtiNfi EN tjÇi 65
est telle, que je vous supplie. Monsieur, de vouloir bien y donner un moment d'attantion.
Le mode d'exécution qui se pratique aujourd'hui triple aisément les frais des dépenses enciennes, en outre du renchérissement de toutes les choses nécessaires à la vie. Le service et le nombre des tribunaux criminels me force d'avoir un nombre de personne en état de remplir les ordres que je reçois. Moi personnellement ne pouvant être partout. Il me faut du monde sure. Car le public veut encore de la décense. C'est moi qui paye cela.
Pour avoir du monde comme il le faut pour cette ouvrage, ils veulent des gages d'oubles des autres années entérieures. Encore viennent-il de me prévenir samdi dernier, que, sy je ne les augmentais pas d'un cart au moin, ils ne pouvaient plus faire ce service. Les circonstances actuelles mon forcés de promettre.
L'abolition des préjugés semblait m'avoir facilité sur la difficulté de trouver des sujets, aucontraire, je me suis apperçu quelle na servi, qua faire dis paraître tous ceux dans la classe des quels je pouvais en avoir par la facilitée qu'ils onts de servir chez des particuliers, de faire un autre état quelconque où de 9'engager.
Il faut al 'ors, pour s'en procurer, les enchaîner par Tapas du gain.
J'ay quatorze personnes tous les jours à nourire, dont huits sonts à gages, trois chevaux, trois chartiers, les accessoires... Un l'oyer énormes, à raison de l'Etat. (De tous les tems l'exécuteur a toujours été l'ogé par le roi.)
Les faux frais d'exécution, journellement très commune, d'autres charges de famille, comme parents, et vieux domestiques infirmes qui ont sacrifiés leurs vies à ce service ; les-quels ont droit à l'humanitée.
Ma demande actuelle est. Monsieur, que voilà huit mois que j'ay donné dans le bureau des frais de justice des mémoires de dépenses et frais, qui de tous les tems monts étés payés sur le prix du tarif que j'en ait fourni, je ne peut parvenir à toucher ses mémoires ; je me suis cependant bien exactement renfermé dans les prix du tarif ; j'ay même fait des réductions moi même sur plusieurs articles.
J*ay eut l'honneur, Monsieur, de vous présenter sur cela une requeste le 1 1 juin dernier sans avoir eu réponse. Ma fortune gênée, j'ose même dire même bien endettée, ne me permet plus de faire des avances aussi conséquante, ne sachant plus de quel côté m'en procurer. Et ne pouvant plus m'adresser aux personnes aux quels je doit et aux quels je ne puis rendre sy je ne suis payé. Je n'aie plus recour qua vous. Monsieur, pour faire ordonner le payement de ce qui m'est dut, sans quoi après les sacrifices que j'ay fait pour parvenir j'usqua ce jour à faire exactement le service de mon office occasionneront la subversion total de mon existance local et une ruine inévitable en me forçant d'abandonner mon poste et ma famille après 42 ans de pareil service.
Comme ma position est pressante, je vous supplie Monsieur, de vouloir bien vous faire informer par quelquun de confiance delavéritée de ce que j'ay l'honneur de vous avancer.
J'ay celui destre avec le plus profond respect. Monsieur.
Votre très humble et très obéissant^serviteur.
On voit par cette lettre que Sanson n'était pas loin de regretter l'ancien régime qui lui avait valu, avec une honnête aisance, des bénéfices que le nouveau gouvernement lui enlevait. La besogne croissante — et on n'était qu'à la veille de 93 l — lui semblait médiocrement payée, et ce n'est pas cependant sans une nuance de regret qu'il parle d'abandonner cette fonction remplie avec honneur et avec cette « décense * que le public demandait.
î'^Après cela il est peut-être intéressant de rappeler ici que, sous le règne de Louis-Philippe, époque pacifique pourtant, le bourreau de Paris touchait comme appointements annuels la somme de 8.000 f rs ; celui de Lyon, 5.000 frs ; celui de la ville de Rouen, 4.000 frs. Le traitement était de 2.400 frs dans les villes de moins de 50.000 âmes. Les aides à Paris continuaient à toucher i.ooo frs. Ceux de province n'obtenaient que 800 frs. Aujourd'hui, au bagne de rile Nou, un forçat libéré devenu bourreau, reçoit pour chaque exécution dix francs, deux bouteilles de vin et une boîte de sardines (i). C'est qu'aussi les temps ont changé.
Si on ne trouve pas trace de reproches faits à Sanson dans l'exercice de son terrible ministère, il n'en est pas de même de ses aides. L'histoire du soufflet sur la joue de la tête coupée de Charlotte Corday est connue, et nous y reviendrons en son temps. Mais voici, retrouvée dans un carton des Archives (2), une pièce inédite, curieuse, qui montre que des conflits s'élevaient quelquefois entre les aides du « barbier » et la force armée chargée d'escorter les charrettes. Nous respectons soigneusement l'orthographe simplifiée de ce document :