‹ La guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la révolution, d'après des documents inédits tirés des archives de l'étatChapitre 17 sur 27 · LA GUILLOTINE A LA PLACE DU TRONE · texte numérisé non relu

LA GUILLOTINE A LA PLACE DU TRONE

traire et soutenu que c'était lui qui avait demandé le jugement des cent soixante en trois fois. Cependant, tout prouve que c'est le Comité qui fut moins extravagant que son ministre et qui réprima son délire. Il fallut renouveler une seconde fois à Fouquier-Tinville l'ordre d'enlever la guillotine de la salle du Tribunal. Les cent soixante furent partagés en trois groupes, jugés et exécutés en trois jours. »

Est-il besoin de dire que jamais la pensée d'installer la machine à décapiter dans la salle môme du Tribunal ne vint hanter l'esprit de l'accusateur public. Le mot échafaud^ qui se trouve en effet dans les documents originaux, ne signifie ({vHéchafaudage et désigne les immenses gradins qu'il était urgent d'élever dans \ enceinte de la justice pour y placer les cent soixante accusés. M. Tbiers a pris ce mot dans son sens moderne et en a fait la guillotine. Erreur excusable, en ce sens qu'elle indique bien que, de la part de Fouquier-Tinville, aucune atrocité, si extravagante soit-elle, ne peut étonner un historien même impartial.

La guillotine resta en permanence à la place du Trône jusqu'au 9 thermidor ; elle y dévora treize cents victimes en six semaines !...«. Un autre

échafaud était dressé, non pas à demeure celui-là, sur la place de Grève, chaque fois que le Tribunal avait prononcé contre quelque prévenu de droit commun la peine de mort \ Le 10 thermidor, l'instrument de mort était, dès le matin, reporté à la place de la Révolution. A quatre heures du soir, Robespierre et vingt et un de ses principaux complices y montaient aux acclamations d'un peuple immense. Le 11 et le 12, le spectacle continua. En ces trois jours, Sanson exécuta cent trois terroristes mis hors la loi ; puis la guillotine quitta définitivement la place de la Révolution. La. grande épouvante était finie. Paris respira.

De thermidor an II à prairial an III Téchafaud fut dressé à la place de Grève : c'est là que moururent Fouquier-Tinville et Carrier. Au moment où celui-ci apparaissait sf> la fatale plate-lorme, le son aigu d'une clarinette s'éleva du sein de la foule qui huait l'horrible noyeur de Nantes, et Carrier put reconnaître l'air du Ça ira !

A la fin de mai 1795 (prairial an III) la guillotine revint à la place de la Révolution : après les émeutes des d , 2 et 3 prairial, la Convention avait,

i Le 4 germinal an II, la guillotine de la place de Grève n'était point posée au moment où elle devait l'être, et un condamné attendit pendant plus de vingt minutes l'exécution de son jugeuiout. Le ocuple en fut indigré.

Page 1