Correspondance secrète, vol. II
2. Gazetier cuirassé ou Anecdotes scandaleuses de la Cour de France, 1171.
Chez la danseuse, au cœur humain, à la main ouverte, il persiste, ses vingt-cinq ans sonnés,un côté gamin, qui se fait jour au carnaval de cette année.
A un bal masqué du mois de février, Poinsinet le mystifié légendaire du dix-huitième siècle, Poinsinet Fauteur du triste opéra d'ERNELiNDE, Poinsinet qui montrait à ce bal sa figure, non dissimulée sous un masque, était assailli par une troupe des demoiselles des quadrilles, à la tête de laquelle était Mlle Guimard, un charmant petit essaim féminin , qui sans dire gare, tombait à jolis coups de poing, et à qui mieux mieux, sur l'infortuné poète. En vain le battu, qui n'osait se revenger, demandait la raison de la joyeuse peignée qu'il recevait : « Pourquoi as-tu fait un si méchant opéra? » lui criaient en chœur Guimard et les demoi-
selles du quadrille. Et les coups de pleuvoir sur lui, comme la grêle, et le monde de s'attrouper, et de rire de la mésaventure du pauvre diable, qui s'échappait houspillé, maudissant l'honneur d'avoir un visage connu.
La vengeance de l'auteur ne se fit pas attendre longtemps. La quinzaine n'était point écoulée, qu'il paraissait une lettre en vers . attaquant Marmontel, à propos de son épitre à Mlle Guimard, et le plaisantant d'avoir loué l'action de la demoiselle, comme une chose extraordinaire, et qui n'était qu'une chose commune à toutes les filles de son état, susceptibles d'humanité , tout autant que les autres femmes1.