‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 2 sur 71 · En effet, Mlle Guimard, alors âgée de seize ans, figure · texte numérisé non relu

En effet, Mlle Guimard, alors âgée de seize ans, figure

qu'elle reçoit en l'année 1760-4761, et conservent cette curieuse lettre de sa besoigneuse

comme première danseuse dans VÉtat actuel de la musique de la Chambre du Roi et des trois spectacles de Paris.

Mais donnons cet état, où parmi les danseurs nous allons trouver son premier amant :

État des personnes qui composent le Ballet de la Comédie-Françoise.

Directeur

M. de Bel court.

Compositeur de musique

M. Girault.

Répétiteur M. De hault. Maître de ballet

Premiers danseurs

Messieurs

Premières danseuses

Mesdemoiselles '

Alard, nie du Jour près Saint-Eustache. Guimard, rue du Jour près

Saint-Eustache.

Danseurs figurants

Messieurs

Gougi, Desprée, Martin, Biot, Léger, Papillon,

Grangée, Antoine, Rivière.

Danseuses figurantes

Mesdemoiselles

Figurantes surnuméraires Mesdemoiselles

L'orchestre était ainsi composé : les Violons étaient MM. Branche, Blondeau, Noël, Milandre, Gérard ; les Violoncelles : MM. Patouard, Descombes, Conrad ; le Basson : M. Dupré ; les Hautbois : MM. Madron, Beraud ; les Cors de Chasse : MM. Froment, Hébert ; le Timbalier : Soret.

mère, très pressée d'argent, à propos d'un retard d'une quinzaine de jours dans le paiement des appointements de sa fille.

« A Messieurs les Comédiens Français du Faubourg Saint- Germain, en leur hôtel à Paris.

« Messieurs et dames,

« Je ne sais par quelle raison l'on refuse de payer à Mademoiselle Guimard, à l'échéance de son mois. Son engagement est du premier avril, et le sieur Baron vient de me dire qu'il n'avait ordre de payer que le quatorze de ce mois. Mes facultées (sic) ne me permettent pas d'attendre davantage. J'ai besoin d'argent. Faites-moi le plaisir d'ordonner qu'on m'en donne, sans quoi, il ne me serait pas possible de permettre que ma fille danse, étant obligée de faire des avances, toutes les fois qu'elle vient au théâtre. J'ai l'honneur d'être très parfaitement

« Messieurs et dames, votre très humble, obéissante servante.

« La veuve Guimard.

« 6 mai 1760. »

De la toute jeune danseuse, de la fillette de quinze à seize ans, voici le portrait que nous donne le policier Marais, en octobre 1760 :

« Bien faite, et déjà en possession de la plus jolie gorge du monde, d'une figure assez bien, sans être jolie, l'œil fripon, — et portée au plaisir1. »

Et portée aux amourettes, car au mois de septembre 1760, en dépit de la surveillance de sa mère, qui « a eu toujours une grande attention pour l'accompagner jusque dans les coulisses » — c'est sa mère, qui parle ici, — et en dépit de la surveillance de la sœur de sa mère, sa tante Levray, la jeune coryphée est en cor-

1 . La demoiselle Morelle, dite Guimard, danseuse, entretenue nouvellement par M. Bertin, trésorier des parties casuelles. Rapport de Marais, publié dans le vol. VIII de la Revue rétrospective.

respondance amoureuse avec le danseur Léger, ci-devant danseur à la Comédie-Française et actuellement danseur à l'Opéra. Oui, l'amoureux danseur s'était introduit chez la veuve Guimard ' et lui avait fait une vingtaine de visites, sous le prétexte de lui demander sa protection pour danser seul avec sa fille, quand, un jour, la mère mise au fait de la correspondance existant entre le danseur et l'adolescente, l'avait congédié dans l'intérêt de la réputation de sa fille.

Or, sur ces entrefaites, il était arrivé, et la chose remontait à dix-huit mois, il était arrivé que la veuve Guimard retirait chez elle la Bernard, sa belle-sœur que son frère venait d'épouser, et que le danseur Léger avait l'art de si bien gagner à sa passion, qu'elle se chargeait de ses lettres pour sa nièce, et triomphait même des hésitations de la jeune fille pour y répondre de nouveau. Et si bien, elle en triomphait au bout de quelque temps, qu'une lettre de la jeune Guimard, surprise par sa mère, lui révélait tout l'empire qu'avait le danseur Léger sur l'esprit de sa fille.

1. La Bernard prend une qualification fausse. Elle n'est pas l'épouse de Fabien Bernard qui vit encore et qui lui survivra, car elle meurt le 23 septembre 1761, une année après sa plainte.

Mais la Bernard ne s'était pas contentée d'être l'entremetteuse de sa nièce. La veuve Guimard apprenait, après le renvoi de sa bellesœur de chez elle, que la méchante femme avait débité à des personnes de considération, « qu'elle était une malheureuse, rendant sa fille la plus misérable créature, qu'elle l'avait voulu faire violer, la tenant elle-même pour cela, et d'autres semblables horreurs ». Et la fille, interrogée par la mère, répondait qu'elle n'avait pas connaissance de ces horribles calomnies, mais qu'il était vrai que sa tante lui avait trouvé un moyen sûr de la faire sortir de chez sa mère, pourvu qu'elle ne la démenlît pas.

Et à la fin de sa plainte1, la veuve Guimard déclare que le danseur Léger, exaspéré de ne pouvoir exécuter les vues criminelles qu'il a sur sa fille, ne cesse de les poursuivre, elle et sa sœur Mme Levray, de les poursuivre de sa colère partout et à la Comédie-Française, chaque fois que sa fille y danse, et qu'il est arrivé plusieurs fois à la comparante d'être insultée par des fiacres, qu'elle est obligée de

1. Plainte rendue par la mère de MUe Guimard danseuse à la Comédie Française, contre un sieur Léger qu'elle accusait de vouloir séduire sa fille. Les comédiens du roi de la troupe française, par Emile Campardon. Champion, 1879.

prendre, lorsqu'elles sortent tard de la Comédie-Française et qu'elle a lieu de présumer, que c'est le dit Léger qui les fait insulter.

Et la comparante affirme : que la veille, sa belle-sœur Levray ayant conduit à la Comédie- Française sa fille, qu'elle ne pouvait ce jour accompagner, quelques moments auparavant que le ballet fût commencé, la dame Levray dans le foyer où l'avait fait descendre sa fille, ayant vu le dit Léger, lui avait dit : « Il faut nous retirer, puisque le ballet n'est pas prêt à être dansé. » — Sur quoi. Léger lui avait demandé, si c'était lui qui était la cause pourquoi elles se retiraient, elle lui a répondu que oui; que là-dessus il avait quitté la place, mais était presque aussitôt revenu, et voyant les deux femmes rentrer dans les coulisses, au moment où elles sortaient du foyer, le dit Léger, à haute voix, a traité la dame Levray de « salope » et d'indigne créature, et autres sottises, ajoutant que si elle n'était point à la Comédie, il lui donnerait « cent coups de pieds dans le cul, » ce qui a été entendu par plusieurs personnes qui étaient là, qu'elle a prises à témoin.

La plainte se termine par cette phrase : « Et comme la comparante a grand intérêt à faire cesser les odieuses calomnies de la dame

Bernard, sa belle-sœur, et d'arrêter les poursuites criminelles du dit Léger, au sujet de sa fille, dont il pourrait abuser de sa jeunesse et de son peu d'expérience... elle a été conseillée de se retirer par devant nous, pour nous faire la présente déclaration et nous rendre plainte.

« Signé : M. A. Bernard; Leblanc1. »

La suite et le dénouement de cette amourette, nous les trouvons dans le Gazetier cuirassé, qui dit, à quelques années de là, en parlant de la Guimard : « De toutes les filles qui dansent à l'Opéra, on ne trouve que la seule mademoiselle Guimard qui n'a pas commencé par un laquais, un soldat, ou un perruquier; c'est au danseur Léger (qui a eu l'indiscrétion de le dire) qu'elle doit ses premières leçons, et un enfant, dont elle a accouché dans un grenier, au milieu de l'hiver, sans feu et sans courte-pointe de dentelle. »

Dans une note, où Théveneau de Morande constate qu'elle a maintenant un suisse, un hôtel, six chevaux, autant de domestiques, le pamphlétaire affirme qu'elle s'est vue réduite à se

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