‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 3 sur 71 · La plainte de la mère de Guimard est du 5 septembre · texte numérisé non relu

La plainte de la mère de Guimard est du 5 septembre

chauffer tout naturellement avec de l'amour, pendant les deux hivers qu'elle a vécu avec le danseur Léger.

Et I'Arnoldiaxa confirme le fait, disant : « Ce fut au danseur Léger, que M1Ie G dut son premier pas, et un enfant dont elle accoucha dans un grenier, au milieu de l'hiver, sans feu et sans linge.

Premier amour, auquel fait encore allusion, dans ses Statuts pour ï Opéra, le poète Barthe, disant à ce sujet :

Que celles qui, pour prix de leurs heureux travaux, Jouissent à vingt ans d'une honnête opulence,

Ont un hôtel et des chevaux, Se rappellent parfois leur première indigence Et leur petit grenier et leur lit sans rideaux.

Leur défendons, en conséquence,

De regarder avec pitié

Celle qui s'en retourne à pié;

Pauvre enfant dont l'innocence

N'a pas encore réussi,

Mais qui, grâce à la danse,

Fera son chemin aussi.

Or la veuve Guimard était-elle une aussi farouche gardienne de l'honneur de sa fille, quand l'amoureux n'était pas un pauvre diable de danseur? Il ne le semble vraiment pas, d'après le texte de ce rapport de la police déjà cité, et qui

est delà même année, et presque du même mois que la plainte.

« Jusqu'à présent on a toujours vu sa mère (la mère Guimard) la tenir de fort court, en ne négligeant pas cependant de la faire paraître aux foyers du spectacle, pour y faire quelques dupes. Il ne s'était encore présenté personne qui voulût parler clair; mais on sait pertinemment, quoique cela se dise tout bas, que M. Bertin, trésorier des parties casuelles, s'en est chargé, et lui a fait meubler très proprement un appartement près de la Comédie, sans que la demoiselle Hus, actrice du même théâtre, qu'il entretient à gros frais, depuis plusieurs années, en ait aucune connaissance. Les méchants qui se plaisent dans les brouilleries de ces sortes de petits ménages clandestins, attendent avec satisfaction, le moment où la demoiselle Hus sera instruite du nouveau goût de son Plutus. On la connaît très violente, fort méchante, et l'on croit qu'il passera de très mauvais moments, ainsi que la demoiselle Guimard; mais heureusement cette dernière a une mère qui n'entend pas raillerie, et qui pourra bien ne pas respecter la figure de cette nouvelle Médée. »

Marais ajoute :

« On assure que, sans les soins de lanière, la demoiselle Guimard aurait certainement laissé cueillir sa première fleur à un jeune danseur Prévost d'Hyacinthe1, ci-devant maître des ballets, qui lui a montré longtemps, lequel est d'une fort jolie figure, et dont on la sait amoureuse folie. A présent que la fortune a changé de face, elle pourra satisfaire son goût et son ambition. M. Bertin ne gène pas trop ses maîtresses, et elles ont été toutes dans l'usage de guerluchonner ; d'ailleurs la chère mère qui a été elle-même susceptible d'amour, deviendra sans doute traitable pour se conserver une fille qui fait toute sa ressource. »

1. Il y a bien certainement une erreur de nom dans le rapport de Marais, et le premier amant de la Caiimard est incontestablement le sieur Léger, qui figure comme danseur figurant dans les artistes composant le ballet de la Comédie Françoise.

L'année suivante, en 1761, la jeune danseuse de la Comédie-Française, que le policier Marais appelle dans son rapport : « une des premières danseuses dans le genre des grâces », était engagée à l'Opéra et signait l'engagement que voici :

« Je soussignée , âgée de

m'engage envers l'Académie Royale de Musique, pour

tant sur son théâtre que sur celui de la Cour, même les jours extraordinaires, à me rendre exactement à toutes les répétitions, aux jours et heures qui me seront indiqués, soir et matin, indistinctement, sans pouvoir, pour raison de ce, exiger aucune rétribution particulière, le présent engagement fait moyennant la somme de d'appointements et de

gratification annuelle qui commenceront à courir du , me soumettant à tout ce qui est prescrit par les ordonnances et règlements royaux, concernant le service de la dite Académie.

« Fait à Paris, ce mil cept cent1 . »

Or, MUe Allard ayant fait une chute, et s'étant blessée au pied, MIlc Guimard débutait, le 9 mai 1762, dans le rôle de Terpsichore, du prologue des Fêtes Grecques et Romaines, et au dire du Mercure de France, était reçue, et doublait cette entrée avec beaucoup d'agrément.

Les Mémoires secrets constatent le grand succès de la débutante, vantent sa légèreté, et ne lui reprochent guère que de manquer « de grâces plus arrondies » dans certaines parties du rôle.

1. L'engagement que je donne est à la date de 1781, mais il ne doit être qu'une l'épétition de l'engagement des années qui précèdent. (Bibliothèque de l'Opéra. Registre des Menus Plaisirs, année 1781.)

Mlle Guimard ne se trouve pas portée sur le catalogue de l'Opéra en 1761, ni même en 1762, dans les Spectacles de Paris, mais en 1763, cet almanach des Spectacles la fait figurer à la danse comme danseuse seule, en double et figurante entre Mlle Dumonceau et Peslin.

MUe Guimard a au-dessus d'elle, comme danseuses seules, Mlles Lany, Lyonnais, Yestris, Allard.

Elle a au-dessous d'elle, parmi les danseuses figurantes, Mlles Demiré, Rey, Basse, Saron, Saint- Martin, Petitot, et parmi les surnuméraires, Mlles Dornet-Lozange, Buard, Siane Yillette, Cornu, Daché, Lacour, Martaise, Contât, Bouscarelle, Coustou.

Elle danse avec les danseurs Lany, Vestris, Laval, Lyonnais, Gardel, Grosset, Dauberval, etc., etc.

Dans les opéras, où il y a de la danse, elle danse en compagnie des chanteuses Chevalier, Sophie Arnould, Durancy, des chanteurs Gelin Larivée, Pillot, etc.

Le chef d'orchestre est Berton, et le violon pour les répëtitions de danse, est M. Paris.

Enfin, pour compléter le tableau de l'organisation de l'Académie Royale de Musique, nommons les directeurs qui sont, pour l'heure, Rebel et Francœur.

Et voici la liste des contrôleurs, commisemployés pour le service de ladite Académie :

Joli veau, secrétaire perpétuel de V Académie et inspecteur au Magasin.

Girault, machiniste.

Boquet, dessinateur des habits.

Bourbon, garde-magasin général, à l'Académie.

Delaistre, maître-tailleur d'habits à V Académie.

Duplessis, inspecteur des commis de la salle et contrôleur à la porte.

De la Porte, receveur au bureau des balcons et des loges.

Le Fèvre, receveur au bureau du parterre.

Bourque, chargé du recouvrement des loges louées à l'année, receveur au bureau des supplé-

ments et contrôleur des places dans la salle.

Le Loutre, pour placer à ï amphithéâtre .

JHoubant et la demoiselle Le Loutre pour placer aux premières loges.

La demoiselle Morizot, la demoiselle Dun pour placer aux secondes loges.

Bouteillier et la demoiselle Bulle, pour placer aux loges louées à l'année dans la partie du théâtre et au cintre.

Il faut s' adresser pour louer les loges à l'Opéra, chez M. de La Vorte, maître parfumeur, vis-àvis le café de Dupuis.

Et l'état de l'Opéra de 1763 se termine par cette note : « La garde de l'Opéra est composée de quarante hommes du régiment des gardes françaises, y compris deux sergents et quatre caporaux. Elle est commandée par MM. Debrousset et La Garenne, sergents-majors. Pour les jours de bal, elle est augmentée de vingt hommes. »

Dans un rare petit livre, publié en 1759, et intitulé : Etat actuel de la musique de la chambre du Roy et des trois spectacles de Paris. Contenant les noms et demeures de toutes les personnes qui y sont attachées... je trouve cette immense liste des marchands et ouvriers « four-

nissant et travaillant pour l'Opéra » : Berthelin de Neuville, chandelier, rue Saint -Honoré, Garibi, serrurier, rue Niçoise, LecuxQr. plumassier, rue de Grenelle-Honoré, Buiïault, marchand de soierie, rue Saint-Honoré, Celet, marchand de galons, rue Saint-Denis, Lebrun, cordonnier, rue Pavée -Saint- Sauveur , Feret, marchand gazier, rue Saint-Dénis. La dame La Porte, pour les gants, rue Saint-Honoré, Berton, pour les toiles, rubans et merceries, rue aux Fers. Xotrelle, perruquier, place du Carrousel, Ponthieu, lustrier, place Dauphine; Ducreux, pour les masques. Pont Xotre-Dame.

Ce Du Creux semble avoir été remplacé plus tard par un sieur Bignon, auquel succédait un sieur Halle, dont je possède une charmante adresse, aux montants faits de deux corps de femmes nues jusqu'à la ceinture, soutenant une draperie, entourée, sous une tête de Momus, d'une guirlande de masques.

On lit sur cette adresse :

Page 1