LA FIN DU MONDE
Tant que le soleil brillera Notre planète tournera :
On y verra mûrir des pommes, On y verra croître des hommes, ,
Peu de bons, beaucoup de méchans, Qui suivront toujours leurs penchans.
Pour s'étourdir cur les maux de ce monde, Mes amis, buvons, buvons tous à la ronde, Croyez-moi, buvons tous à la ronde.
Ce n'est pas seulement le tour qu'il vole, c'est encore le refrain, ainsi que cet autre refrain célèbre.
Eh !zon, :on, zon...
Les expressions même, lejas de la treille, la machine ronde, etc., etc., etc., tout le vocabulaire, toute la langue de Despréaux, Béranger l'emprunte au pauvre diable.
Et, dès les premières années de la Révolution, Despréaux a humanisé « le bon Dieu », tout comme l'humanisera Béranger quelques années plus tard.
Mais, où le plagiat est le plus transparent, c'est dans la chanson de Béranger : Les deux Sœurs de Charité, chanson dont l'inspiration première a été fournie par la Guimard.
Pour sœur, Despréaux avait sœur Sainte-Éléonore, religieuse au couvent de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, avait pour femme Mlle Guimard, et l'opposition de l'existence de ces deux êtres qu'il aimait, lui inspirait : Lesl deux Madeleines, ou la chanson à deux fins.
Un luth en main, à cette table, Entre l'amour et l'amitié, Je veux chanter la fête aimable, De ma sœur et de ma moitié {bis) :
Toi, Magdeleine leur patronne, Daigne seconder mes desseins !
Pour Terpsichore et pour la nonne 11 me faut chanson à deux fins (bis) .
Que dans la balance céleste, Un Dieu pèse erreurs et vertus, Ma femme, il trouvera du reste
Pour te mettre au rang des élus (bis) : Si ma sœur Sainte-Eléonore
Au fauteuil parvient tout d'un trait.
Ma femme, sainte Terpsichore, Au ciel, aura le tabouret (bis) .
Sur la même idée Despréauximprovisait encore la chanson intitulée : Les Contrastes, dédiée à sa sœur, une chanson qui devait presque fournir le texte de la chanson de Déranger.
Vous ne chantez qu'alléluia, Ou bien d'autres saintes paroles, Et moi danseur de l'Opéra, Je ne fais que des cabrioles :
Vous étouffez tous vos désirs; Nuit et jour, je ris, je badine ; Je me donne tous les plaisirs.
Et vous la discipline (bis) .
Vous faites maigre, je fais gras Et j'évite la moindre peine; Vous avez caché vos appas Sous une chemise de laine ; Je m'occupe des biens présens, Et vous de la vie éternelle (bis) ;
Sans commettre la moindre erreur, Vous allez souvent à confesse :
Moi, j'y vais rarement, ma sœur, Et je pèche sans cesse (bis).
En cette absence de documents intimes ou autres, recueillis par un livre, une brochure, un journal, une gazette, un papier scandaleux, un imprimé quelconque, en ce silence qui se fait sur la fin de ces vies si trompettées autrefois par toutes les voix de la publicité, en cet anonymat, pour ainsi dire, de leurs dernières années, l'existence des grands artistes lyriques et dramatiques, en ce temps où l'État ne paye plus ni pensions, ni retraites, ne se trahit auprès des biographes, ne se livre guère que par un renseignement qui est toujours le même : la demande d'un secours ou d'une représentation à leur bénéfice.
Et nous voyons l'ancienne propriétaire de l'hôtel de la rue de la Ghaussée-d'Antin réduite, près des bureaux, aux humbles et quémandeuses sollicitations de la vieille Clairon, de la vieille Sophie Arnould.
Or, voici la pétition qu'adresse, en mai 1798, la Guimard, devenue femme Despréaux.
Au ministre de l'intérieur,
« Citoyen Ministre, « La Guimard, femme Despréaux, ancienne
artiste de l'Opéra, qui jouissoit d'une fortune assez considérable, tant en rentes qu' en pensions } mais que les circonstances ont absolument ruinée, avoit obtenu, pour la dédommager des pertes qu'elle a faites, une promesse du citoyen ministre Benezech, de deux représentations du ballet de Ninette, dont la moitié de chaque recette, franche de tout frais, devoit être à son profit, et Vautre à celui des artistes de ce spectacle pour les indemniser de ce qui leur est dû, moyennant qu'elle y rempliroit le principal rôle.
« Les ordres furent donnés. Tout fut promis et arrêté par le comité de V Opéra d'après les lettres du sieur Ginguené, mais rien ne fut exécuté, et la citoyenne Guimard réclame depuis un an ce faible secours.
« Depuis le temps qu'on lui a fait cette promesse, on a accordé la faveur qu'elle demande aux citoyens Vestris père, à Larrivée, à la citoyenne Allard qui, indépendamment de cette grâce qu'ils ont obtenue, touchent sur la caisse du théâtre des Arts une somme annuelle pour les dédommager du défaut de payement de leurs retraites.
« La citoyenne Guimard qui ne reçoit rien de ses rentes, a cependant pour le moins autant de droit qu'aucun autre, puisqu'elle a eu le bras cassé, et qu'elle y a tenu la première place pendant trente ans, avec la plus grande distinction.
La gêne, où elle se trouve ne lui permet pas d'attendre plus longtemps. Elle vous supplie donc, Citoyen ministre, si l'on croit que le ballet de Ninette entraîne à trop de dépense, de vouloir bien lui accorder deux demi-représentations, pour lesquelles elle choisira, de concert avec le citoyen Gardel, deux des anciens ballets qu'elle a établis dans leur nouveauté, qui sont présentement sur pied et qui n occasionneront nulle espèce de dépense1.
« Guimard, femme Despréaux. »
Cette pétition avait été précédée d'une lettre à Ginguené, écrite quelques mois avant, d'une lettre, à la date du 26 nivôse an VI (15 janvier 1798), où elle lui rappelait qu'il lui avait promis de s'occuper de son affaire auprès du ministre, et lui demandait à le voir à ce sujet2.
EtTOpéra possède une autre lettre de la Gui-
l.La lettre porte en marge : 18 floréal. Bibliothèque de l'Opéra.