‹ La GuimardChapitre 65 sur 74 · Ce 26 Nivôse an VI. (18 janvier · texte numérisé non relu

Ce 26 Nivôse an VI. (18 janvier

Puis-je me flatter, citoyen, que vous ayez eu la bonté de vous occuper de mon a/faire auprès du ministre. Si vous avez bien voulu ne pas la mettre en oubli, je dois être sans inquiétude sur le succès. Veuillez, je vous en conjure, citoyen, ajouter à toutes vos complaisances pour moi, celle de me faire un mot de réponse à ce sujet, ou bien de me faire dire le jour où je pourroi avoir V honneur de me rendre chez vous. Je préfère" rois le dernier, parce qu'il me procureroit le plaisir de vous

mard, datée du 22 nivôse de la même année (11 janvier 1798), où, mentionnant l'envoi qu'elle fait du rapport du citoyen Mirbeck au ministre, ainsi que de la lettre écrite à son mari, elle termine par ces tristes lignes :

« Je vous proteste que mes besoins ne peuvent être plus pressants. Je ri ai plus rien que des créanciers qui me tourmentent, et dont plusieurs ont déjà commencé à me refuser les choses de première nécessité. Je puis en donner la preuve, si l'on avait quelques doutes sur ma franchise.

« Votre citoyenne,

« G., femme Despréaux. »

Le ménage fut-il heureux? Oui — du moins a-t-on lieu de le croire d'après un témoignage,

voir, et de vous renouveler les assurances de ma vive reconnaissance.

J'ai V honneur d'être, citoyen,

Votre concitoyenne,

G., F»* Despréaux.

Cette lettre adressée au citoyen Ginguené, Directeur général de l'instruction publique, fait partie de ma collection d'autographes

qui n'a cependant rien d'officiel, — de l'heureux mari.

Un jour d'autrefois, un jour d'ironie contre les liens conjugaux, et à' alléluia en faveur des amours libres, le chansonnier Despréaux avait fait cette chanson :

Non, point de mariage, Je ne suis pas si fou ; Le lien du ménage Toujours fut un licou.

Toujours, toujours fut un licou.

Joyeux célibataires, Suivez bien mes leçons, • .............

Sachez que la gaîté Naît de la liberté ; Un peu de braconnage, Mais jamais d'esclavage ; Non, point de mariage, Car les pauvres époux Sont tous... oui tous...

Ce que sont, ce que sont les jaloux (bis).

Marié à la Guimard, le prôneur du célibat, le chansonnier dénigreur du mariage, abjure « ses manières de voir » de vieux garçon, et dit en termes tendres et reconnaissants, dans un obuquet poétique, intitulé : Un Bon Ménage, et imprimé dix ans avant la mort de sa femme,

le vrai et profond bonheur, qu'il a trouvé dans son union avec la danseuse :

Ah ! mon dieu ! combien j'étais fou ! Je redoutais le mariage, Et j'avais lu, je ne sais où :

« Le bonheur n'est pas en ménage.

Erreur î ta bonté, ta raison M'ont enfin prouvé le contraire, Et je vois dans l'heureux garçon L'heureux imaginaire [bis).

Magdelaine aime ma gaîté, Et moi sa tournure m'enchante ; Elle fait ma félicité, Elle est, en vérité, charmante!

Elle prouve depuis vingt ans, Par sa grâce qui m'est si chère, Qu'on a l'art d'arrêter le temps, Quand on a l'art de plaire (bis) .

Et il dira dans le premier couplet :

Ovide a chanté VArt d'aimer,

Moi, je vais chanter l'art de plaire.

11 me suffira d'exprimer

Les charmes de ton caractère,

Et tes grâces et ta gaîté

Qui font le bonheur de ma vie.

Oui, c'est la pure vérité,

J'adore mon amie.

L'Empire, la Restauration ne semblentpas avoir ramené la fortune, même l'aisance chez la Guimard car, deux ans avant sa mort, elle adresse cette lettre à Desentelles pour obtenir une position à son mari, parlant de la situation cruelle du ménage qui, au lieu de payer ses anciennes dettes, est obligé d'en contracter de nouvelles.

« Pardon, moucher Desentelles, de monimportunité, mais la position dans laquelle nous nous trouvons m'en fait une nécessité. Je vous prie donc de me faire l'amitié de solliciter de nouveau Son Excellence monsieur le comte de Beugnot, pour qu'il ait la bonté d'effectuer la promesse qu'il a bien voulu vous faire de s'intéresser à mon mari, pour lui faire rendre la pension qu'il réclame.

« Vous savez que c'est une récompense qui lui fut accordée par Sa Majesté Louis XVI, comme homme de lettres, pour les fêtes intérieures de ses appartements. Vous n'ignorez pas non plus que plusieurs de Messieurs les gentilshommes de la Chambre, ainsi que M. le duc de Gr amont, qui ont joué des rôles dans quelques-unes de ses petites pièces, ont apostille son mémoire comme preuve de la justesse de sa réclamation. Voilà le seul titre que son mari peut produire en ce moment :

comme ayant été bouleversé dans la Révolution.

« Ce n'est donc pas un intrigant qui demande , c'est un homme honnête qui a été assez heureux pour avoir obtenu la bienveillance de ses souverains, et Sa Majesté Louis XVIII s'est si bien ressouvenu de lui que très récemment, se trouvant sur son passage, elle a quitté le bras du duc d'Aumont paur s'approcher de mon mari et, avec son extrême bonté, elle a daigné lui dire les choses les plus flatteuses, ainsi que pour moi.

« La Révolution nous ayant enlevé toute notre fortune, mon mari a été obligé de travailler de nouveau pour nous procurer une existence, — que je croirais encore perdue si je vHavois toute confiance dans la bonté et la justice de notre légitime et bien-aimé souverain que la providence vient de nous rendre. Mais, en attendant, je vous prie en grâce, mon cher Desentelles, de me faire îamitiè de rappeler mon mari au souvenir du ministre. Peignez-lui notre position, en vérité nos besoins sont bien urgents, car il est bien cruel, au lieu de payer ses anciennes dettes, d'être forcé d'en contracter de nouvelles.

« Recevez, mon cher Desentelles, l'assurance du sincère attachement de votre amie1 .

« G., Fe Despréaux.

fc Ce 19 octobre 1814. »

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