‹ La GuimardChapitre 8 sur 74 · Mémoires secrets, vol. III · texte numérisé non relu

Mémoires secrets, vol. III

sa superbe maison de campagne de Pantin : ces spectacles pour lesquels Collé semble uniquement faire son théâtre de société, Carmontelle écrire ses proverbes, de La Borde composer sa musique ! Ces spectacles, où tout le Paris aristocrate du temps, y compris les princes du sang, brigue l'honneur d'être admis. Car, aux années qui vont suivre, on parle d'aller à Pantin comme d'aller à Versailles1.

Pendant les grands froids de janvier 1768, en cette année où V hiver fut très dur pour les pauvres gens, Mlle Guimard demandait à Soubise de lui donner, au lieu du bijou qu'il avait l'habitude de lui offrir tous les ans, ses étrennes en argent. Soubise lui envoyait 6.000 livres.

En possession de cette somme, Mlle Guimard se mettait en marche et, seule, et sans domestique, montait tous les quatrièmes étages de son quartier, visitant les mansardes, s'informant de tous ceux qui souffraient des rigueurs de la saison, donnant à chaque famille indigente de quoi se nourrir, se chauffer, se vêtir même, dépensant

1. Le Gazetier cuirassé ou Anecdotes scandaleuses de la Cour de France, 1771.

ainsi ses six mille francs d'étrennes, et au delà1.

Il est vrai que le sceptique Grimm, qui raconte ce grand et bel acte de charité, cherche, à la fin de son récit, à diminuer les largesses de l'aumône en disant qu'il n'y a de certain dans ce qui fait le bruit de tout Paris que ceci : c'est que le laquais de la Guimard ne s'élant pas trouvé à son service après FOpéra, elle voulut le gronder, qu'il s'excusa en déclarant sa mère fort malade et dans une affreuse misère par le froid qu'il faisait et, sur cela, la compatissante Guimard avait ordonné de la conduire chez sa mère qu'elle avait secourue avec beaucoup de soins pendant toute sa maladie.

Mais les 6.000 francs de charités de la Guimard ont pour eux le témoignage universel, le témoignage des Mémoires secrets2, le témoignage

1. Correspondance de Grimm, vol. VIII. — Le Gazetier cuirassé dit : « M11® Guimard visite les malades, leur porte de l'argent, ensevelit les morts, etc., et il ajoute méchamment : Mlle Guimard est reçue dame de charité de sa paroisse et se trouve très bien de sa pieuse récolte qui a été cette année très abondante. On croit que les aumônes lui rendent le double de ses faveurs. »

2. Les Mémoires secrets, attribuent une autre source aux 6.000 livres que la Correspondance de Grimm. — Cette actrice, très célèbre par ses talents, ayant eu un rendez-vous dans un faubourg isolé avec un homme dont la robe exigeait le plus grand mystère, a eu l'occasion d'y voir la misère, la douleur et le désespoir dans le peuple de ce canton, à l'occasion des froids excessifs. Ses entrailles ont été émues d'un pareil spectacle, et des deux mille écus, fruit de son iniquité, elle en a distribué elle-même une partie et porté le surplus au curé de Saint-Roch pour le même usage .

même d'une rare gravure du temps, sans date et sans nom de dessinateur et de graveur, portant pour titre :

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