DECHIREMENTS
... ne m ont pas Irouvé malin.
— Tu m'as égratigné, méchante !
Ta griffe absurdement tranchante De jeune chat furieux Lacère ma main saignante,
Puis un grand rire fou qui chante
Te secoue et noircit tes yeux.
Je saigne, c'est du rire.
Rire presque dément :
Ah, douloureuse fille,
Ah, douloureux amant !
Qu'étrange est le démon de ce cœur ingénu Qui joue avec l'amour comme avec sa raquette ! Quand t'effareras -tu et quand rougiras-tu. Oui, quand daigneras-tu prendre au sérieux l'amour
Quand seras-tu coquette ?
Peut-être jamais, peut-être quel jour ?
Si j'ai froissé, dangereux fou, Cette épaule, ce tendre cou.
Serré tes poignets avec rage,
— Et j'aurais osé davantage.
Pour quelle honte d'après coup ! — C'est que l'être enfin s'irrite Quand l'autre ne comprend pas.
Et le rappelle à l'ordre et semonce bien vite Quand il veut s'enhardir et tout dire, tout bas
— Hélas, je veux, et n'ose pas ! —
Quoi : ne le vois-tu pas, et qu'en brûlent mes lèvres ?
Oh le ténébreux branle-bas :
L'aveu si franc dont tu me sèvres
Se mue en délire mauvais.
Et sais-je quel démon morbide Me rend brutal, hélas : brutal comme un timide, Me rend haineux, me rend mauvais !
Voilà comme en sa détresse
L'esprit malade à toujours,
Exaspéré de tendresse.
Rôde et gémit à l'entour
De l'intangible princesse !
Oui, détresse : je sens alors s'extravaser Un orageux besoin de te martyriser :
Mon noble esprit, le piteux rôle !
Oh, pardon ! j'ai meurtri torï corps.
Et c'est une tendresse, une caresse encore :
0 tendre fou ! écoute ! ô chère folle : Tout comme par hasard, oui, mon visage frôle Ces jeunes cheveux fous, ou bien vient m'assalllir Le volsmage magnétique d'une épaule
Et parfois — c'est à défaillir ! — Le contact effrayant de ta gorge menue : Pâmé presque, ébloui, je respire ce corps Comme l'exquisité d'une fleur Inconnue, Arôme si subtil et cependant si fort, Que du coup, c'est fini, ma raison est perdue, Je retombe brisé, honteux de mon gala.
Et c'est très immoral, tout ce que j'ai dit là !
Ah Dieu, quelle rançon, quels désespoirs achètent
Ce haillon de bonheur que ]e chipe en cachette !
J image le captif déchiré par la faim Qui de ses propres dents se dévorait la main, Car, sache bien, ah je le jure.
Mon audace, et vol clandestin Et volupté d'un rien dont mon ardeur se leurre, Caresse enfin, me cingle de cent meurtrissures !
Ah, savoir manquer de respect.
Savoir l'insolence hardie
Qui vous scandalise et vous plaît,
Femmes ! unique et sûr secret,
Irrésistible comédie Que je ne connaîtrai jamais !
Et jamais donc, jamais, jamais, 0 vierges sages, demoiselles.
Cela qu'on nomme les succès, Et passerai auprès des belles Pour un garçon mal élevé !
S il ne s'agissait que de celles, Toutes celles que vous savez.
Mais vous, ô vous, ô sœur élue.
Comment voulez.,, comment peux-tu !
Oh, quand mes doigts pressent ta main, Au moins, ne fais semblant de rien !...
Mais vous m'allez, fille cruelle, Foudroyer du regard qui ne pardonne pas, Et méprisante avec sérénité, resterez celle
Qui ne comprend pas, n'entend pas !
Ah, vous êtes par trop énigme provocante : Vierge enfant, vierge femme ? on hésite et ne sait. Sous un sourire, quel secret se prélassait Sur la lèvre tant ingénument arrogante : Aucun peut-être bien ? qui sait, hélas, qui sait ?