A LA MISSIVE ENDEUILLÉE
— Et moi qui ne sais pas lire.
Je sais bien quoi ya dedans; Elle écrit c'est pour me dire :
Ami, je vous aime tant !
— C'est l'hironde, l'hirondelle En robe ml-blanc et noir :
Elle m'apporte avec elle Un peu de deuil, tant d'espoir !
CAROLLE FLEURIE
— Les prés ont des fleurs Jaunes et vermeilles.
Moi j'ai dans mon cœur Une fleur dorée.
— Voici pour joindre la Guirlande Des fiançailles fleur sur fleur :
Voici la Sauge et la Lavande ; Voici la Bruyère des brandes ; C'est pour nos haltes sur la lande Où la mer grande boit ses pleurs ;
Au fond des neiges nuptiales Voici la Violette frileuse Et ses fourrures, mousses vertes, Blottie en timide amoureuse Que son seul parfum déconcerte :
Ainsi vos puretés s'exhalent ;
Voici, filleule des hivers Et du printemps la fiancée, La glaciale Primevère ; Voici la céleste Pervenche :
Et c'est l'amante qui se penche.
Vers l'amant tremblant et glacé ;
Voici l'alerte Coucou jaune.
Chapeau-chinois du messager Avril, qui lustre sa couronne Qu'effeuille mai, dès que fleuronne L'Aubépine, où vient voltiger Ton amour au souffle léger ;
Voici la reine Renoncule, Auréole à l'étang qui dort :
Pour le crépuscule et l'essor De nos rêves où s'accumule.
Tandis que sombre un passé mort.
Un avenir d'immense aurore ;
Voici l'étoile Marguerite, D'or toute, aux vibrements d'argent Qu'un halo de rubis agite.
Qu'iront nos vœux interrogeant :
C'est pour les transes que suscitent Les bourrasques d'un sort changeant ;
Milliers de prunelles pensives Où s'égouttent des cœurs blessés, Voici, des légendes plaintives, Les Myosotis des délaissés :
C'est pour nos cœurs qu'ont traversé Si cuisants deuils pour joies si vives
Voici, Veilleuses de Marie, Les fleurs des vierges sans mari.
Lampes des veuves palpitant Au catafalque des prairies Quand tinte l'automne expirant :
Et c'est pour nos mélancolies ;
Et voici le Lys pour l'histoire Du lys qui s'entrouvre vers moi ; Voici la Pensée en mémoire Du soir qui la promis à moi ; Et voici la Rose en sa gloire, Pour l'autre soir que j'entrevois !
Et voici des Pensées encore :
C'est pour que vous pensiez à moi.