ELEVATION
— Partons, joli cœur, La lune est levée.
La Lune a jailli des bois ; et, comme si elle eût charrié tout le sang, toutes les larmes et toutes les fanges de la terre.
Rouge, boursouflée, distendue, immense, elle a lourdement monté, faisant claquer sur l'horizon sourd
Le masque affreux de l'incendie ;
Mais, à mesure qu'elle s'élevait se désagrégea le saignant manteau de misères, et son disque se resserrant, blanchissait encore et blanchissait.
Et versait à mesure de plus éclatantes clartés :
Et quand elle eut enfin occupé son zénith, ce fut l'insoutenable ruissellement d'une étoile ieile qu'un soleil, et, sous le silence magique, fourmillant de vie en attente ;
Sous la prodigieuse majesté de toutes choses en frémissante immobilité.
Son déluge de pureté sereine baptisait l'univers prosterné ;
Ainsi, ma bien aimée,
L'illuminé reflet en moi de ton image, en vain l'a pu ternir ma lamentable humanité :
Te VOICI ! ton rayonnement effondre les vapeurs malsaines et stymphalides ; et, purifiée à jamais, s'exalte ma tendresse, et monte en vénération vers toi !