CHANSON POUR MA REINE MAB
— Quand le hibou jette son ai
Je dors dans une primevère. .
— Sous le cristal des eaux que fait grises le soir, En songe contre moi je fais asseoir Denyse,
Où moi par la maîtrise angélique du verbe Lui réalise les féeries qu'elle veut voir ;
Je règle le cortège innombrable de l'herbe Des nuits d'été : mon vers mesure la cadence ;
Je chipe le reflet aux prunelles des eaux, Du vol, pareil à un regard, des libellules ;
Du million d'Ariels en un rayon éclos.
J'orchestre le ballet qui tourne au crépuscule ;
Je moule à son passage, évanouie sitôt Qu'épanouie chaque perle d'eau de la pluie ;
Je grimpe tout le long des volutes fragiles Dont fume du pêcheur la cahute d'argile ;
Je décalque les meurtres de soleils ; je jongle Avec les louis d'argent qui pleuvent de la lune ;
Je monte en bague l'arc-en-ciel, et des nuages Je dégage les franges d'or, les soirs d'orage ;
Je mets en branle les églogues du feuillage. J'entends dans chaque nid battre les petits cœurs ;
Mes balances discernent le palpitement La nuit, des fleurs, et je soupèse le silence :
C'est pour en tistre la symphonie indécise Qu'à ma Denyse porte une brise du soir.