MASQUES
— Avecque des crin-crins et des tambours de basque.
— Les ménines de LunévlUe
Font des altesses en exil
Quand elles marchent par leur ville ;
Je ne sais, ne me veux défendre D'un souvenir puissamment tendre De vous, mes déesses des Flandres,
Et toujours autant m'ensorcèlent Les vestales que les donzelles D'Anvers, de Liège et de Bruxelles ;
Et, frau X..., que j'appréhende Nommer, m'apprit comme est gourmande L'hospitalité allemande !
Paris, universelle hôtesse
Tout m'offrit : des rouges Suissesses
Cuirassées d'argent, aux négresses
Luisantes d'huile de coco ;
Américaines viragos,
Et houris de bouge à mocos,
Et sataniques Javanaises, Et créoles couleur punaise.
Et, joue en crème, Japonaises,
Et Carmen, oui, la vraie Carmen, Accroche-cœur à tout hymen D'une heure et moins, criant Amen !
Et les flambardes de la Frise
Et leur casque d'or où se brise
L astre d'or sur crins d'or qui frisent ;
Et Varsoviennes en chapskas Battant des marches de Glinka Sur l'infernal harmonica ;
Chaudes prostituées du Caire
Au ventre de cuivre, et Mouquères
Trépidant au train des nacaires
(Et trop beaux éphèbes kabyles
De torse effrontément fébrile.
De croupe effrontément mobile !)
Et tant d'autres, et plus encore, Bouillantes comme le phosphore, Virginales comme l'aurore :
Mais nulle n'a surpris mon cœur Que la fiancée et la sœur.
Nulle, nulle, ne fut la fleur.
Nulle la vierge en mon église.
Ma souveraine, mon exquise : Nulle ne me fut ma Denyse !