GIGUE POUR ENTERRER LA XII« NUIT
— Baisez-moi donc, ô mon amour Nos vingt ans ont si bonne grâce ; Jeunesse ne dure qu'un jour.
— De Noël en Epiphanie Gronde, bruit, clame, quémande La pompe orgiaque et gourmande, Et l'année d'hier est finie !
On bâfre, on baille, on gueule, on boit. Se gave de vins et de vœux :
Demain volcan sous les cheveux Et pituite et l'horreur de soi.
Mais on prit quinze jours de joie Olympienne et sans limite :
Fièvre, grippe, amour et pituite.
Migraine et les affres du foie.
Est-ce donc acheter si cher Ses deux sous de divinité,
Et la larme d'éternité ^
Où noyer les pleurs de la chair ?
— Moi j'enivre de jus de phrases Et poésie impétueuse Mon immortelle radoteuse D'âme immortelle qui nous rase,
Comme on rechasse du soulier Par souci de tranquillité Le chien chassé trop entêté A braire sur notre palier :
Car raisonner est tant stupide
Et présomptueusement dupe
— (Qu'en dit mon Salomon en jupe ? )
D'un quant-à-soi fat et candide,
Que j'aspire avec volupté Aux carnavals de bonheur fou Que nous mènerons l'instant où Nous ferons notre volonté
(Nous : elle et lui) d'être une double Animalité bien naïve Révoquant par tendresse active La fausse Raison fade et trouble !