‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 46 sur 80 · LA-HAUT SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA-HAUT SUR LA MONTAGNE

— Le vieil amour est au cercueil.

Un amour jeune à la place s installe.

— Le haut cri des locomotives, Nostalgique, me suit ici ; Il éperonne et me ravive Un hélas immortel souci :

Je me représente en route.

Me représente arrivé.

Puis je m'éveille, j'écoute, Et cloute si j'ai rêvé ; Je somnole, enfin m'endors Afin de rêver encore.

Je mène en héros mon deuil ; Espérances et souffrances, Rêves, transes, vanités.

Au cercueil qui les appelle.

Pêle-mêle ai tout porté.

Par la pelle et la truelle

Je comble et scelle le trou,

Puis l'esprit vide et léger,

Je repars sans savoir où.

Par les insectes rongé.

Le cœur sourdement mûri

Se gonfle et disjoint les planches

Et la terre lui sourit ;

En mille fleurs bleues et blanches

Leur inceste se résout :

C'est après-demain dimanche.

Gai, mon cœur, marions-nous !

Mornes fastes, creuses phrases,

Chétives apothéoses.

Et plus futiles extases,

C'est là tout ce que j'expose :

Des phrases, des phrases, des phrases !

Je baigne ma fainéantise

De soleil jeune et pour moi vieux ;

Mon cœur, papillon blanc ou bleu.

Voltige au hasard d'une brise...

(Des phrases, des phrases, des phrases !)

Mon âme immortelle s'occupe A supputer les minutes,

Les quarts, les demies, les heures ; Je bourre mon cœur d'étoupes Pour engourdir ma douleur.

Et je dors encor, je dors, Je dors pour rêver encore Qu'à même tes bras je dors (Oh les menteuses délices !) Et les heures s'alangulssent Et retordent mon supplice.

Mille princesses du soir, Moustiques et libellules.

Me chuchotent à l'oreille Sans me sortir de torpeur :

Qu'elles sont lourdes, les heures !

J'en suis à ne plus savoir Si je dors ou si je veille :

L'œil clos, les jeux du soleil M'accueillent, multicolores.

Tout comme un de la famille :

En serais-je, par hasard ?

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