XLII NOTICE
nait d'habitude ses divinités en bas lieu , dut se trouver cérémonieusement intimidé lorsqu'il eut à chanter la chaste beauté de Julie.
Philippe Habert, le commissaire de l'artillerie et l'auteur du Temple de la mort ', attacha trois fleurs à la couronne poétique offerte à Julie : le Narcisse et deux Soucis. Ses madrigaux sont d'une finesse et, d'une élégance remarquable, le troisième surtout, le plus connu après celui de Desmarests, est poussé dans le dernier galant :
Ne pouvant vous donner ni Sceptre, ni Cov.ronne,
Ni ce qui peut flatter les cœurs ambitieux,
Recevez ce Soucy, qu'aujourd'huy je vous donne
Pour ceux que tous les jours me donnent vos beaux yeux.
Ce joli quatrain n'est-il pas d'un tour spirituel et d'une grâce parfaite!
Simon Arnauld, marquis de Pomponne 2, choisit
1. Philippe Habert, l'un des premiers de lAcadémie française, en 1629, mourut dans l'année 1637. Comme la Guirlande de Julie ne fut écrite et offerte qu'en 1641 , c'est donc une nouvelle preuve qui confirme notre opinion sur la date de i632, où fut commencée la Guirlande de Julie. — Les poésies diverses de cet auteur se trouvent dans différents recueils, et, si l'on en croit Sorel dans sa Bibliothèque françoise, quelques-unes furent mises au jour en un volume. — Son principal ouvrage est le Temple de la mort, qui, selon Pellisson, est une des plus belles pièces de notre poésie française.
2. Simon Arnauld de Pomponne, né en 1618, mort en 1699, est fils d'Arnauld d'Andilly et neveu du grand Arnauld. Il 5uccéda à M. de Lionne aux affaires étrangères, et c'est sou*
NOTICE. XLIIl
avec délicatesse le Muguet, la Fleur de grenade et la Perce-Neige. Il traita avec goût ces trois sujets, qu'il signa du nom de De Briotte, sorte de pseudonyme dont le futur grand ministre ornait volontiers les productions poétiques de sa jeunesse.
D'Andilly le fils se décida pour le Soucy (sous le nom de Cljtie) et la fleur de Thym; il se fit l'avocat de ces deux fleurs d'une manière si correctement adulatrice, que Julie d'Angennes dut prendre souvent plaisir à regarder le feuillet de vélin où elles s'épanouissaient dans leur élégance raffinée.
Desmarests, sieur de Saint-Sorlin ', qu'on nommait le plus fou de tous les poètes, et le meilleur poëtequi fût entre les fous, prouva, à l'occasion de la Guirlande, que s'il savait composer de longs et innombrables
son ministère que fut conclue la glorieuse paix de Nimègue. Voyez les Mémoires du marquis de Pomponne , publiés en 2 vol. in-8°, à Paris, en 1862. On trouve, dans le tome' II du Recueil de poésies diverses ^ par M. de La Fontaine, pages 1 1 3 et 1 14, un fort beau sonnet pour le tombeau de M. le duc de Weymar, et une ode superbe sur la Sagesse, de la composition de M. de Pomponne.
I . Jean Desmarests de Saint-Sorlin fut reçu à l'Académie française en 1634, et mourut à Paris en 1676, âgé de plus de 80 ans. Outre son poëme de Saint Louis, le plus connu, il en composa dix autres, plus ses pièces de théâtre : les Visionnaires, Roxane, Scipion,Mirame, et l'Europe. Quantité de pièces devers de ce fécond auteur se trouvent à la fin de ses œuvres de théâtre et dans différents recueils de poé>ie5. Voyez : Histoire de l'Académie française; Dictionnaires de Bayle et de Moréri ; Baillet. Jugement des Sçavans sur les poètes niodernes, etc.