NOTICE. XLV
Saint Louis, fit par la suite une si ingénieuse Métamorphose de la Violette , que nous n'hésitons pas à la citer comme une charmante paraphrase du quatrain de Desmarests.
La voici :
L'humble et timide violette Craint de montrer aux yeux du jour L'infortune de son amour, Depuis la faute qu'elle a faite.
Sans ajustement et sans fard, Elle n'emprunte rien de l'art :
Son habit est simple et modeste, Et son visage sans couleur, Dans le repentir qui lui reste , En fait un voile à sa douleur.
Sans avoir l'attrait ni la forme succincte du madrigal de Desmarests, l'œuvre du père Le Moyne est assez gracieuse pour figurer à sa suite.
Habert, l'abbé de Cérisy', celui-là même qui sut traiter avec un goût achevé un poëme d'environ 700 vers sur la métamorphose des yeux de Philis en Astres, pouvait d'autant plus aisément se faire l'interprète de la Kose et du Narcisse en faveur de Julie. — Il
I. Germain Habert, abbé de La Roche, abbé et comte de Cerisy, frère de Philippe Habert, commissaire de l'artillerie, cité plus haut. — L'abbé de Cérisy fut un des premiers de l'Académie. Il a donné : en prose ^ La vie du cardinal de Berulle, in-4°, Paris, 1646 ; — La métamorphose des yeux de Philis en Astres, in-4°, Paris, lôSç. — Il fit beaucoup d'autres vers non imprimés. — Mort en 1654. — Voyez la Muse historique de Loret^ Gazette du 6 juin 1654.
XLVî NOTICE.
prêta à ces deux fleurs un langage de piquante courtoisie, qui, dans son exquise politesse^ laisse percevoir le genre d'esprit de cet excellent écrivain.
La majesté des Lys tenta par deux fois Martin, sieur de Pinchesne ', qui fit deux madrigaux sur ces fleurs royales. — Ce poëte ne fut pas divinement inspiré en cette occurrence, mais on ne saurait le juger sur cette œuvre de civilité : les Muses ne répondent pas toutes les fois qu'on les appelle, et le neveu de Voiture déploya assez de talent par la suite pour qu'on puisse le considérer comme le plus injustement négligé parmi les oubliés du XVII^ siècle. — De Pinchesne fut un des chantres les plus fidèles des beautés de Julie, et après la mort de Madame de Montausier il gravait encore sur son tombeau le sonnet suivant :
Tout ce qui peut rester d'une brillante vie. Quand la mort en a mis la dépouille au tombeau, Reste encore de Julie en un estât si beau Qui d'rionneurs immortels rend sa perte suivie.
Son àme, aux lois du temps cessant d'être asservie, Ne se ferme aux rayons du céleste flambeau Que pour s'ouvrir au jour d'un autre tout nouveau, Dont elle est dans la gloire heureusement ravie.
I. Estienne Martin, sieur de Pinchesne, contrôleur ancien et vétéran de la maison du roy, né en 1616, mort en 1705. — Ce poëte, neveu de Voiture (dont il fit l'éloge en tète de ses œuvres), était fort jeune lorsqu'il composa ses madrigaux pour la Guirlande. Les poésies qu'il fit par la suite marquent un