AVERTISSEMENT
// avoir cueilli sur le Parnasse toutes les plus belles fleurs qui composoient cette fameuse Guirlande, dont les Muses françoises couronnèrent à l'envie l'illustre Julie.
Nicolas Petit, Vie de Montausier.
E baron de Sainte-Maure s'occupait depuis longtemps de la composition de sa Couronne poétique^ avant que Jarry ne se mit à l'œuvre, et l'idée de la Guirlande fut au moins conçue^ selon nous, dans le courant de l'année 1682 '.
Plus guerrier que poëie, et par conséquent moins sou-
I. Voyez la note que nous donnons plus loin, aux Madrigaux de Scudéry, imprimés en 16 36, avec un très-intéressant Advertissement.
M. Amédée Roux, dans son remarquable ouvrage Montau-
vent à Paris qu'au delà du Khin , l'amant discret de Julie d'Angennes, ne pouvant donner à son œuvre que ses rares moments de loisir^ dut convier par avance tous les poètes à l'illustre galanterie qu'il a su perpétuer.
Les fleurs affluèrent en gerbes, briguant l'honneur d'être nouées à la Guirlande ^ qui, certes, se fut de beaucoup augmentée si M. de Montausier, forcé de choisir, n'eut fait l'anthologie manuscrite que nous réimprimons.
Le Dignus intrare ne fut donc pas prononcé pour toutes les fleurs, et nombre de pauvres madrigaux durent rester à la porte, honteux et confus de ne pas orner le front de Julie.
Les poètes de l'époque étaient inconstants, et dans le
sier, sa vie et son temps (Paris, Didier, 1860I, relève une erreur du père Petit, jésuite, qui porte la présentation des deux Montausier à l'hôtel de Rambouillet en 1634. C'est dans l'hiver i63i-i632 que cette présentation eut lieu (affirme M. A. Roux). Or, par un curieux rapprochement qui vient fortifier notre assertion sur la date où fut conçue la Guirlande, Tallemant nous apprend que le baron de Sainte-Maure fut amoureux, dès qu'il la vit , de Julie d'Angennes, et que cette dernière dut s'en apercevoir, « car dès le temps du Roy de Suède il avoit commencé à travailler à la Guirlande » . Le temps du Roi de Suède, n'est-ce pas l'époque des grandes guerres et de la mort du héros, c'est-à-dire i63i et i632? (Voyez Tallemant des Réaux, historiette de Montauzier.)
monde précieux qui fréquentait le Bureau d'esprit, un madrigal ne pouvait rester longtemps inoccupé; il serait donc plausible qu'une partie des fleurs primitivement destinées à la Guirlande, légèrement retouchées et fardées par la suite, fussent passées comme simples bluettes dans les mains de beautés inconnues.
Par un heureux contraste, des fidèles comme Malleville et Scudéry, des madrigaliers modestes comme les anonymes du manuscrit de Conrart, déposèrent intacts dans différents recueils leurs madrigaux rejetés de la Guirlande comme un honimage dévoué que nous devons respecter.
Nous ne saurions, à la suite de notre réimpressionj refuser l'hospitalité à ces courageux madrigaux, depuis trop de temps vagabonds; M. Ch. L. Livet, dans la parfaite et sérieuse édition qu'il a donnée de la Guirlande ', a déjà restitué à leur véritable place les anonymes du manuscrit de Conrart et les pièces de Malleville qui ne figurent pas dans le texte original.
Nous suivons cette excellente voie, et ajoutons à notre nouvelle édition sept madrigaux , jusqu'alors inédits, conservés dans les poésies de Scudéry.
I . Appendice à la savante étude des Précieux et Précieuses (Paris, Didier, 1870, 2^ édition).
En ramassant en quelque sorte les fleurs tombées en dehors de la Guirlande manuscrite, et en les groupant de nouveau^ nous faisons plus qu'une restitution, nous adhérons pieusement aux vœux des poètes qui voulurent payer à la belle Julie leur tribut d'estime et d'admiration.
MADRIGAUX INEDITS