‹ La guirlande des dieuxChapitre 12 sur 51 · LE BAISER DE DIANE · texte numérisé non relu

LE BAISER DE DIANE

Diane, cette nuit, très chaste et très hautaine, Fantôme vert et bleu sous ses voiles tremblants, S'avance lentement par la forêt lointaine, Les chiens du clair de lune autour de ses pieds blancs.

Un rêve émané d'elle argenté la clairière ; Les choses ont perdu leur forme et leur couleur ; Sous le rayonnement de sa froide lumière L'illusion partout s'ouvre comme une fleur.

Les arbres sur le ciel font des gestes de givre ; Des papillons nacrés neigent dans la clarté ; Avec ses beaux yeux pers Diane errante enivre D'un mirage d'hiver la chaude nuit d'été.

Et la déesse ainsi, peuplant de son visage L'eau pensive ravie aux feux mornes du jour, Sous ses longs voiles blancs, semblable au paysage, Verse au monde assoupi sa beauté sans amour.

Mais les chiens tout à coup ont dressé leurs oreilles Sur l'herbe, désigné par un prochain rayon, Insoucieux et nu, voici que tu sommeilles, Une rose à la bouche, ô jeune Endymion !

Et Diane interdite et d'abord courroucée Voudrait lancer sur lui ses chiens ivres de sang ; Mais les blancs lévriers de leur langue glacée Lèchent les blondes mains du dormeur innocent.

O doux et longs cheveux, pareils aux moissons mûres Front calme où l'on devine un poème frémir ! Seins en rêve portant à leurs pointes des mûres ! Giron frisé qu'Eros choisirait pour dormir !

O bouche de puceau, si rouge sous sa rose! O rythme parfumé de son souffle léger ! Le charme est si grisant de sa chair pâle et rose Qu'il vous prend à la gorge un désir de pleurer !

Sur l'éphèbe endormi la Déesse se penche, Et des lèvres de lune, en secret, un moment, D'une unique morsure éternellement blanche Ont marqué pour toujours les lèvres de l'amant!

Et ce baiser furtif jette une telle flamme Que Vénus Astarté, du haut du mont sacré, Sentant soudain bailler le néant de son âme, Lance dans la nuit claire un cri désespéré !

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