ABSORPTION
O femme, à mon désir du néant tu t'imposes! Ton œil stagnant ressemble aux mares de la nuit, Liquide indifférence, — où jamais ne reluit Que la forme rapide et diverse des choses.
Ta chevelure noire, aux soudaines fraîcheurs, Lorsque je la dénoue, envahit ton visage, Comme l'ombre du soir — un pâle paysage, Et mange lentement tes obscures blancheurs.
Un sapide baiser — de ta lèvre superbe
Tombe mystérieux, sans ressort et sans bruit,
Comme, sous les chaleurs estivales, un fruit
Mûr et lourd de soleil longuement choit dans l'herbe.
Ainsi que dans une eau, je m'abîme en ta chair : Ta houleuse poitrine a des bercements vagues : Et, de ta vaste gorge enflant les blanches vagues, Ta respiration monte comme la mer.
Ton geste cadencé comme un hymne ancien Traîne royalement ses strophes élargies Et transpose à mes yeux les lentes liturgies Et les solennités du chant grégorien.
Sauve-moi, dans tes bras, de mon rêve assassin ! Bouche de volupté, poitrine de silence, Urne de nonchaloir, oreiller d'indolence ; Je veux m'anéantir dans la nuit de ton sein !
Car je savoure en toi, puissante créature, Dont le béant amour est une absorption, Un suave avant-goût de ma dispersion Dans le cadavre en fleur de l'immense Nature.