‹ La Guyane Française en 1902Chapitre 4 sur 24 · ODX 100 o · texte numérisé non relu

ODX 100 o

— = 1.825.000 francs

pour une période d'environ trois mois.

Comme nous le verrons plus bas» ce chiflre est loin de représenter la production réelle, quoiqu*il soit certain que la contrebande dans l'Inini est mieux surveillée que sur les autres terrains aurifères de la Guyane, grâce à la création du bureau en question:

Voici d'ailleurs le compte-rendu officiel du Gouverneur au sujet de ce poste de douane dans l'arrière pays, (Discours d'ouverture de la session ordinaire du Conseil général en Novembre 1901).

« Les découvertes de l'Inini remontent au mois de Juin. Le mois suivant, au moment où vous vous réunissiez en session extraordinaire pour l'affaire du chemin de fer, on apprit à Cayenne que 80 kilogrammes d'or récoltés en fraude sur les nouveaux placers avaient été amenés au village hollandais d'Albina, où on s'était trouvé à court de numéraire pour les payer. Ce fait, qui indiquait combien il était urgent d'organiser une surveil-

lance douanière dans cette région lointaine, située à près de vingt jours de canotage en amont de Saint-Laurent- du- Maroni, vous détermina à prendre d'urgence d'énergiques résolutions. Dans votre séance du 23 Juillet après midi, vous votiez un crédit de 27.756 francs pour

l'organisation et Tenvoi immédiat d'une miaskm de douane et de police chargée d'une part, d'assurer la perception régulière des droits, tant sur l'or natif que sur les marchandises étrangères, d'autre part de vérifier la régularité des exploitatkMts aurifères et de saisir les quantités d'or illiciteaient récoltées.

« Conformément à vos désirs, cette mission fut organisée et expédiée avec une rapidité qœ pouvait difficilement, je croîs être plus grande. Le 31 Juillet, je prenais en Conseil privé, l'Arrêté constituant la mission. Le même jour, son chef partait pour Saint-Laurent et le 5 Août, le reste du personnel suivait, complètement équipé et muni de tout le nécessaire. A Saint- Laurent , le Délégué du Service local, institué par mon Arrêté du 8 Juin précédent, avait tout préparé pour la montée de la mission, sur les instructions que je lui avais fait tenir par télégrammes chiffrés. Le Grand-Man des Bonis invité à nous prêter aide, arrivait lui-même avec des canots en nombre suffisant. La mission quittait Saint- Laurent le 13 Août, franchissait les séries de rapides interposés eutre le SautHermina et le confluent de l'Inini et atteignait le 29 Août ce point, où elle s'installait.

Les résultats de cette installation ont été immédiats. En quelques semaines, les droits de sortie sur l'or encaissés par la mission se sont élevés à 50.000 francs. Ils atteignaient le 10 Novembre, 146.000 francs, représentant l'impôt perçu pour 680 kilogrammes d'or natif. L'or récolté sur notre territoire, a pris le chemin de Saint-Laurent et de Cayenne, abandonnant celui d'Albina, où il ne serait plus entré depuis, suivant le témoignage de notre Agent consulaire à Psiramaribo, un seul gramme d'or maraudé sur nos placers.

«On discute aujourd'hui certains actes de la mission, certaines perceptions qui ont été opérées de telle

manière, alors qu'il eût mieux valu qu'elles le fussent de telle autre. On lui reproche d'avoir accepté pour bonne la déclaration de porteurs d'or qui prétendaient avoir travaillé hors de notre territoire, ou encore d'avoir simplement perçu des droits sur des quantités d'or qui auraient dû être confisquées. Il est permis de remarquer que si le fait s'est produit, les agents à qui il serait imputable auraient agi singulièrement à l'encontre de leurs intérêts, puisque s'ils saisissaient l'or, la saisie s'effectuait à leur profit. Mais je n'entrerai pas dans cette discussion. Des fonctionnaires, M. Octave Bassières, M. Soliveau, des agents placés sous leurs ordres, sont montés dans les bois, en des points de l'hinterland de la Guyane où jamais une mission officielle n'avait pénétré. Ils y ont fait de leur mieux pour remplir leur mandat et pour appliquer les instructions, nécessairement hâtives, qui leur ont été données. Si, dans ce poste difficile, ils ont fait quelque erreur de détail, elle trouve par avance son explication dans les circonstances mêmes. Quanta moi. Chef reponsable de la Colonie, quoique placé trop loin pour avoir pu les suivre dans tous les détails de leurs opérations, j'ai la plus absolue confiance dans le constant désir de bien faire avec lequel ils se sont acquittés de leur tâche, et, en couvrant leurs actes de mon autorité, je suis heureux de déclarer, en ce jour, que par leur courage et leur dévouement ils ont bien mérité de la

Colonie (Applaudissements).

Évolution de IMndustrie aurifère en Guyane.

La découverte de l'Inini dont je viens de donner une esquisse rapide, n'est somme toute qu'un événement heureux, mais temporaire, dans la vie minière de la Guyane. Lorsque les placers de cette région auront été

régulièrement délimités, des exploitations industrielles prendront la place des maraudeurs et ces derniers iront exercer plus loin leurs talents de chercheurs. En même temps, les teneurs moyennes d'exploitation s'abaisseront, puisque la crème aura été enlevée par ces premiers exploitants et il faudra faire appel à des moyens mécaniques ou à des procédés plus perfectionnés que ceux dont disposent les exploitants actuels.

Cette transformation se dessine déjà sur d'autres placers de la Colonie.

C'est d'ailleurs la formule immuable de tous les pays à placers et je la décrivais déjà il y a nombre d'années en étudiant l'évolution des placers sibériens arrivés eux aussi à la période d'exploitation mécanique.

« La facilité avec laquelle l'or, grâce à son poids spécifique élevé se sépare des stériles qui l'accompagnent, permet d'opérer le lavage avec les instruments les plus rudimentaires : bâtée en bois, long-tom ou sluice portatif. Tous ces appareils, ingénieux somme toute, qu'emploie le prospecteur d'or, il les emprunte à la forêt voisine.

« La période héroïque. — Cette période qu'on peut qualifier (T héroïque^ tant par les efforts et les privations qu'elle exige de la part des chercheurs d'or, que par les gains inespérés qu'elle procure, est généralement courte. Bientôt la nécessité de s'organiser, de défendre les biens acquis, conduit les exploitants à délimiter les « claims » occupés ou vacants et pousse les camps miniers à s'établir d'une façon stable. Des magasins, des cabarets — creusets auxquels vient aboutir le soir la récolte de la journée — s'élèvent comme par enchantement ; l'ensemble se complète, dans les pays anglosaxons, par un bureau de Poste et une Banque, peu après par l'Église et par l'École. Cette période est de

courte durée, généralement marquée par quelques trouvailles retentissantes. Celles-ci entretiennent la fièvre jusqu'au moment où les nids riches ayant été vidés, l'annonce de la découverte d'un nouveau champ aurifère amène l'exode en masse des chercheurs d'or, race toujours famélique, mais toujours pleine d'espérance, toujours à la veille, dans ses rêves d'or, du coup de fortune qui enrichit son homme en un jour. C'est alors qu'on entreprend sur les placers ^ écrémés » l'exploitation de sables plus pauvres, avec des moyens techniques moins primitifs, quoique coûteux encore. On relave les déblais des premiers prospecteurs, en attendant qu'une troisième couche d'exploitants, de moins en moins gourmands, vienne relaver le résidu des résidus. On voit sur les anciens placers californiens des déblais qui ont été lavés avec profit par quinze exploitants successifs, venant traiter avec patience et profit les restes dédaignés par leurs prédécesseurs. Les procédés, dès ces premières reprises, sont déjà moins barbares : on ne compte plus uniquement sur la gravité pour séparer l'or de ses gangues. On s'aide du mercure pour amalgamer l'or fin que la gravité pure et simple serait impuissante à retenir, à « sauver», suivant l'expression imagée des Anglo-Saxons. Cette période, que j'appellerai rationnelle, de l'exploitation des placers est celle qui donne à la fois les plus grandes quantités d'or et les profits les plus beaux et les plus sûrs. . . Le pays est déjà « dégrossi », s'il est permis d'employer ce terme ; le passage des premiers exploitants, tout en démontrant l'existence des alluvions « payantes » est loin d'avoir épuisé la couche aurifère qui n'a été qu'effleurée, écrémée, par des travaux exécutés sans plan et sans méthode. La récolte est abondante et sûre.

« L'exploitation rationnelle des placers exclut l'em-

ploi de la bâtée, qui reste le prototype, rinstrument classique des temps héroïques. On voit alors apparaître les méthodes permettant d'économiser la main d'œuvre tout en opérant sur de grandes masses à la fois. C'est ainsi que les Américains ont inventé la méthode hydraulique pour l'abatage et le lavage de leurs alluvions pKocènes de la Californie, accrochées sur le flanc des vallées actuelles, permettant par conséquent d'évacuer sans peine les résidus des cubes colossaux de déblais qu'ils déplacent, grâce à ce procédé brutal mais économique. A ce même ordre d'idées se rattache le dragage des placers situés en contrebas des rivières ou des marais, qui prennent maintenant une place importante en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, en Guyanne, et en général dans toutes les régions où le procédé hydraulique est rendu impossible par suite de la position même des placers, ou mêmç interdit par les lois, vu les conséquences désastreuses qu'il apporte dans le régime des rivières, que la masse de déblais qu'on leur envoie fait déborder et divaguer sur les terres fertiles des plaines.

« Ces diverses étapes, ces diverses méthodes sont maintenant si bien connues, si bien classées, qu'il est possible à un homme du métier, par un simple coup d'œil jeté sur une exploitation aurifère, de savoir presque exactement à quoi s'en tenir, non seulement sur la période qu'elle traverse, cela saute aux yeux, mais même d'être fixé, sur sa teneur moyenne. Tout d'abord les laveurs à la bâtée, s'il y en a sur le placer, vous* disent de suite à quelle limite de rendement journalier ils considèrent une alluvion comme exploitable avec leur simple appareil. C'est un chiffre qui varie énormément, suivant le prix de la vie sur les placers et par conséquent suivant leur distance des bases de ravitail-

lement, etc. Quel que soit ce chiflre, il suffit de le multiplier par 4 pour avoir la valeur de l'or contenu dans un mètre cube d'alluvion traitée, car un bon laveur à la bâtée, faisant lui-même sa fouille, ne peut guère dépasser 25 opérations de 10 litres par journée de travail. Au sluice portatif (Long-tom), le rendement s'élève beaucoup et peut atteindre 2 mètres cubes par ouvrier laveur.

« Tel est le tableau exact de la marche des événements dans les régions aurifères nouvelles, sur lesquelles aucun règlement, aucune loi préexistante, ne vient modifier la succession naturelle des exploitations. La Californie, de 1848 à 1860, l'Australie dès 1857, la Nouvelle-Zélande plus récemment, enfin tout à fait de nos jours, la Guyane, tous ces pays à placers ont présenté, présentent ou présenteront sur une échelle plus ou moins vaste, le tableau que nous venons d'esquisser. D'autres pays déjà connus comme étant favorisés par l'existence de placers aurifères, notamment les régions équatoriales de l'Afrique centrale, la partie moyenne du Soudan, la Côte d'Ivoire, etc., entreront bientôt en ligne de compte à leur tour (i).

Production actuelle de la Guyane. — Quel est actuellement, abstraction faite de la production de rinini dont je viens de donner une idée, le rendement annuel des placers de la Guyane Française ?

Les chiffres donnés par la Douane, dont je reproduis le tableau pour ces sept dernières années, ne répondent que très insuffisamment à la question.

(i) D. Levât. Placers aurifères de la Sibérie Orientale, Revue Scientifique^ 23 mai 1897. — L'or en Sibérie Orientale, 2 vol., chez Rouveyre, Paris.

Voici ce tableau :

Tableau de la production de l'or en Guyane

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