‹ La Guyane Française en 1902Chapitre 5 sur 24 · kg · texte numérisé non relu

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Ce tableau, dont tous les chiffres sont rigoureusement officiels, laisse plutôt rêveur : on comprend que les sorties de la Guyane puissent être inférieures aux entrées en France, l'or servant de moyen de remise dans tous les pays créanciers de la Colonie. Ce qui me paraît réellement miraculeux, c'est que ce métal, hélas toujours trop rare dans les poches, fasse en route des petits et qu'il puisse se rencontrer des années comme 1897 et 1899, dans lesquelles il soit officiellement constaté qu'il est arrivé en France, trois cents et quelques kilos d'or de plus qu'il n'en est sorti de Cayenne !

Prenant ces chiffres pour ce qu'ils valent, c'est à dire pour des indications d'ensemble, on voit que nous oscillerions en Guyane entre 6 et 7 millions de francs comme chiffre officiel de la production annuelle, c'est à dire autour d'un total à peu près égal à celui de la Guyane Anglaise. Il suffit cependant de s'arrêter quelques jours à Demerara et de séjourner quelque temps à Cayenne pour comprendre qu'il n'y a pas de comparaison à faire entre la production aurifère des deux pays.

A Demerara, Colonie sucrière, grâce à la main d'œuvre coolie laquelle n'est pas admise sur les placers

(i) D'après les relevés officiels des douanes françaises.

de la Guyane française, les affaires aurifères n'ont qu'une importance secondaire : on vous signale si vous les cherchez, les magasins spéciaux pour la vente aux mineurs de leurs vivres et ustensiles de prédilection.

A Cayenne, dans les magasins, dans la vie privée, dans les cafés, on n'entend parler que de placers, de teneurs extraordinaires, de prospections, d'expéditions, car chacun possède ou espère posséder « la bonne crique » qui assurera sa fortune.

Mais il existe d'autres éléments d'appréciation qui permettent de se rendre compte, sinon des quantités sortant en contrebande, au moins de la proportion qui existe entre l'or payant régulièrement le droit de sortie et celui qui ne le paie pas du tout.

C'est la balance des entrées en douane.

La Colonie de la Guyane Française achète, bon an mal an, en France et à l'étranger, pour environ 9 millions de francs de marchandises diverses ; les 2/3 de cette somme représentant des approvisionnements de bouche : farines, poisson salé, vins, etc. Il faut augmenter ce chiffre d'environ 12 0/0 pour les droits de douanes, d'octroi de mer, impôts de consommation, etc.

L'or étant pratiquement le seul produit exporté, on voit que la Colonie devrait se trouver chaque année audessous de ses affaires d'environ 4 millions de francs. Une telle situation, si elle se produisait même pendant une seule année, aurait pour inévitable résultat de créer un change colossalement élevé au détriment de la Colonie, comme on en a eu malheureusement, et à plusieurs reprises, le triste exemple dans les colonies de monoculture sucrière comme la Martinique et la Guadeloupe. Or, il n'y a en Guyane aucun change de cette espèce. Au contraire, en ce moment, non seulement les traites sur France ne font pas prime, mais encore il faut

payer jusqu'à 2 o/o pour se procurer des fonds liquides notamment des pièces de cent sous, expédiées d'Europe dans la Colonie. On souffre en somme d'une circulation monétaire insuffisante, étant donnée la quantité extraordinaire d'or qui se présente sur le marché. Cette circonstance n'est évidemment que temporaire, mais elle est intéressante à faire connaître, parce qu'elle permet de voir clairement que la Colonie produit considérablement plus qu'elle ne consomme.

La contrebande s'opère sur une grande échelle au moyen des nombreux petits bateaux à voile qui font le cabotage entre les Guyanes et les Antilles. La majeure partie de l'or clandestinement exporté, va s'embarquer pour l'Europe dans les Colonies Anglaises ou même à la Martinique et à la Guadeloupe.

Les Placers de la Martinique? — Il est assez difficile, on le comprend, dans les sorties d'or des Colonies Anglaises, de faire le départ entre l'or qu'elles ont produit elles-mêmes et celui provenant de la contrebande française. Mais on est tout étonné de voir que la Martinique, île de formation volcanique complètement privée de placers, figure comme pays exportateur (Tor brut. Je relève en effet dans le tableau des exportations de cette Colonie, les chiffres suivants :

Tableau des importations d'or brut en masses, de la

Martinique en France.

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