LES ARTICULATIONS
On comprend maintenant l’influence si importante que l’exercice peut avoir sur le développement du squelette. Ce n’est pas seulement lorsqu’il s’agit de l’ensemble de la partie osseuse, mais encore quand on considère chaque pièce en particulier, qu’apparaît la nécessité du mouvement. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, dans les gares de chemins de fer, il existe un service spécial pour ce qu’on appelle le graissage ? A chaque station, on voit des hommes accourir, un pot de graisse à la main, pour remplir certains petits récipients placés de distance en distance sur toute la longueur du train. Cette graisse est indispensable pour humecter les différentes articulations de la locomotive et des wagons, qui, sans cela, ne joueraient pas. Le corps humain de même a ses articulations. Si on ne les huile pas, elles deviennent bientôt incapables de fonctionner.
Chacun de vous a pu remarquer qu’après un long silence la bouche devient sèche, qu’après un long repos, une maladie par exemple, les jambes refusent de marcher, etc. C’est que ces organes manquent d’huile. Grais-
sez-les,et vous les verrez bientôt reprendre leur souplesse primitive.
— Les graisser ! c’est parbleu bien facile à dire, ne manqueront pas de s’écrier bon nombre de nos lecteurs, mais comment introduire cette graisse? Faut-il procéder comme les hommes d’équipe pour la locomotive?
— Non, messieurs, non, la nature a pourvu au jeu des divers organes ; il existe dans le corps des boîtes, de petites poches, des petites glandes où se fabrique la graisse : ce sont les synoviales ; et comme dans toutes fabrique la production est en raison directe du travail, plus vous mettrez vos articulations en mouvement, c’est-à-dire, plus vous vous servirez des os compris entre ces synovies, plus vous produirez d’humeur synoviale.
Les articulations que l’on n’exerce point, au bout de quelque temps, se dessèchent, ou plutôt, le liquide qui les lubrifiait s’épaissit et des désordres graves en résultent. Les deux cartilages s’enflamment lentement, se gonflent, se réunissent et de mobiles deviennent immobiles : c’est ce qu’on nomme ankylosé.
C’est une affection très fréquente, surtout après les longues maladies où l’immobilité d’un membre a été exigée. Pour parer à cela, les médecins ordonnent, quand ils le peuvent sans inconvénient, des mouvements plus ou moins prolongés qui paraissent souvent inutiles au malade. Mais qu’il ne manque pas de les exécuter, quelque difficultueux qu’ils soient, s’il veut échapper à l’ ankylosé.
Les exercices des articulations doivent être variés selon la disposition de chacune d’elles, et, pour qu’ils soient utiles et sans danger, il faut les diriger dans le sens qui leur est propre. Les articulations du cou, par exemple, s’accommoderaient fort mal du mouvement que réclament celles de la jambe.
Il est enfin nuisible d’exercer avec excès les articulations de tel membre, en négligeant toutes les autres; car là où l'harmonie est détruite, la maladie commence, et l’abus de certains mouvements, comme celui du vélocipède, par exemple, peut produire une inflammation grave.
La gymnastique, non pas la gymnastique acrobatique qui est détestable, mais la gymnastique rationnelle, basée sur les besoins et les possibilités moyennes de notre organisme, peut seule à notre avis, coordonner les mouvements de façon à ce qu’ils soient le -plus avantageux à l’économie entière ; seule aussi elle indique les règles nécessaires au libre fonctionnement de toutes les parties du corps.