‹ La gymnastique raisonnéeChapitre 11 sur 59 · LES MEMBRES · texte numérisé non relu

LES MEMBRES

Dans les membres, les os jouent un rôle des plus importants. Ils sont comme le noyau autour duquel viennent se grouper muscles et nerfs, qui sans eux, ne pourraient se soutenir.

Les os des membres supérieurs ressemblent beaucoup aux os des membres inférieurs. Chez certaines personnes déshéritées, cette ressemblance est poussée tellement loin que vous distingueriez difficilement les pieds des mains. LTiistoire du sauvage du Yar est trop connue OUI* que nous la répétions ici, et on a vu de nombreux exemples d’enfants marchant avec les mains aussi facilement qu’avec les pieds, et tellement habitués à cette manière de se mouvoir qu’on eut toutes les peines à les en déshabituer.

Ce que nous dirons donc des bras et des mains s’appliquera également aux membres de la partie inférieure.

Parlons d’abord du bras.

Lesbras peuvent, à touslespointsde vue; être appelés membres supérieurs, car il est d’observation générale,

ainsi que toutes les mères ont pu le remarquer, que les jambes des enfants sont encore incapables de les porter, alors que leurs bras sont déjà très-forts, comparativement bien entendu. Voilà l’effet ; quant à la cause, elle, est dans ce que le pied, ou plutôt les os du pied, chez l’enfant, sont encore à l’état cartilagineux quand ceux^ de la main sont complètement formés.

Le bras est attaché à l’épaule ou, ce qui est plus exact, aux os qui forment ce qu’on appelle épaule : l’omoplate et la clavicule. Cette partie du squelette ayant de nombreux mouvements à exécuter, la nature doit l’avoir disposée en conséquence. En effet, l’omoplate présente une cavité destinée à recevoir l’os du bras ; et comme elle accompagne ce dernier dans tous ses mouvements, elle doit être fixée solidement, il est vrai, mais aussi de façon à ne les gêner en rien.

Aussi cet os, au lieu d’être attaché à la colonne vertébrale par une capsule fibreuse, y est lié par des muscles ; mais, de peur sans doute que cela ne suffise pas, la nature a créé la clavicule.

La clavicule s’articule d’un côté avec le sternum, cet os plat qui se trouve au milieu de la poitrine , de l’autre avec l’omoplate ; elle est simplement destinée à maintenir l’omoplate et à garantir la poitrine des chocs trop violents que cet os pourrait lui imprimer.

Je veux m’arrêter ici pour donner un conseil qui sera bien accueilli, je l’espère, surtout des dames.

Entre l’omoplate et la clavicule, se trouve une petite surface remplie seulement par les muscles. Quand ceux-ci viennent à manquer, il se forme là un creux très disgracieux appelé salière, un nom bien caractéristique !

Eh bien ! ce creux , il serait facile de le combler rien qu’avec un peu d’exercice, précisément de ces parties. Au bout de quelque temps, l’affreuse salière aurait complètement disparu.

Revenons à la clavicule , car cet os est très important. Il a, en effet, encore une autre fonction ; c’est de tenir le bras écarté du corps et de lui servir d’appui, quand on fait le mouvement de se croiser les bras.

La clavicule est plus longue chez la femme que chez l’homme. Il en résulte que la femme peut mieux croiser les bras que l’homme (faculté dont elle use , du reste, assez largement) ; mais aussi chez l’homme, les mouvements sont à la fois plus lestes et plus énergiques.

Le bras, qui exécute les mouvements, n’est pas formé d’une seule pièce, comme on peut s’en convaincre par la simple inspection de ce membre.

De l’épaule au coude , du coude au poignet, du poignet aux doigts, il y a bien trois parties ; elles s’appellent, en langage scientifique comme en langage vulgaire, le bras, l’avant-bras et la main.

Le bras est formé par un seul os : l’humérus, rond vers l’épaule, plus large en bas. La partie supérieure ou tête de l’humérus est reçue dans une cavité creusée

dans l’omoplate, qui du reste ne la serre qu’imparfaitement, pour lui laisser le plus de liberté possible. Les mouvements sont encore facilités par cette circonstance que la capsule qui entoure la tête de cet os est très large, tellement large que le bras et l’épaule peuvent être tirés en sens contraire, jusqu’à une certaine limite bien entendu, sans se rompre. La tête de l'humérus est alors entièrement libre et n’est plus soutenue que par les muscles, soutiens fermes il est vrai, mais qui ne sauraient résiter à un choc, à une chute violente. La déviation connue sous le nom d’épaule démise, luxation de l’épaule, n’est que la conséquence d’un accident de ce genre.

L'humérus est très solidement attaché , à son articulation du coude ; là ce n’est plus la tête, mais une poulie qui le réunit aux deux os de l’avant-bras , le radius et le cubitus. Grâce à cette disposition , l’avant-bras joue facilement sur le bras, ainsi que nous en faisons chaque jour l’expérience.

L’avant-bras cependant ne peut prendre toute espèce de positions; une limite lui est assignée parl’olécrâne : c’est le nom qu’on donne à la partie supérieure du cubitus.

l\lais qu'est-ce donc que le cubitus, dont le nom s’est déjà présenté plusieurs fois sous notre plume?

C’est un des os, car il y en a deux, qui forment l’avant-bras. Avec le radius, il constitue cette partie de notre être si mobile et si nécessaire. Les deux os lui donnent de la résistance, et permettent à la main de se

mouvoir facilement dans tous les sens. Le poignet est en effet fixé solidement au radius de façon que, quand nous tournons la main , c'est lui qui fonctionne, tandis que c’est le cubitus qui agit quand nous ployons ce membre.

La main, cet organe de préhension admirable, destiné à saisir les objets et à se mouler sur eux en les enlaçant, la main est divisée aussi en trois parties : Le carpe, le métacarpe et les doigts.

Le carppy vulgairement poignet, se joint immédiatement à l’avant-bras.

Il est composé de huit os, très irréguliers et en forme de voûte , taillés de manière à pouvoir glisser les uns sur les autres.

Le métacarpe vient ensuite former la paume et le dos de la main. Il est composé de cinq os longs et inégaux.

Les doigts sont eux-mêmes formés de trois os, à l'exception du pouce qui n’en a que deux. Le premier de ces os est appelé phalange, le deuxième phalangine, et le troisième qui supporte l’ongle : phalangette.

« Qu’on suppute, dit Buffon, la superficie de la main et des cinq doigts, on la trouvera plus grande, à prc portion, que celle de toute autre partie du corps, parce qu'il n’y en a aucune qui soit autant divisée. Ainsi, elle a d’abord l’avantage de pouvoir présenter aux corps étrangers plus de superficie, ensuite ses doigts peuvent s’étendre, se raccourcir, se plier, se séparer, se joindre et s’ajuster à toutes sortes de surfaces, autre avantage (|ui suffirait pour rendre cette partie l’organe de ce

sentiment exact et précis, qui est nécessaire pour nous donner une idée de la forme des corps. »

Les membres de la partie inférieure étant conformés à peu près de la même manière que les membres supérieurs, nous croyons inutile d’entrer dans de plus longs détails ; nous dirons seulement que la hanche correspond à l’épaule, la cuisse au bras, la jambe à l’avantbras et le pied à la main.

Ces différentesparties locomotrices du squelette étant connues, examinons en quoi l’exercice peut lui être utile.

En dehors des difformités ou des déviations de l’épine dorsale, les os n’ont-ils pas besoin d’exercice? Les hommes d’ailleurs bien conformés pourraient-ils se dispenser de faire de la gymnastique, en ne l’envisageant qu’au point de vue des besoins du squelette?

Non. — Comme tous les organes, les os, nous l’avons dit, se nourrissent et se renouvellent incessamment. Donc, plus la nourriture est abondante et le renouvellement fréquent, plus vigoureuses et plus saines sont les parties constitutives du squelette.

L’exercice donc ne pourra manquer d’exercer une influence des plus favorables au développement et à la solidité des os.

Un autre avantage, c’est que les diverses parties, constamment tenues en haleine, fonctionneront beaucoup mieux : car de même qu’une porte qui roule rarement sur ses gonds s’ouvre et se ferme difficilement, de même les os dont on se sert rarement faiblissent , s’atrophient, végètent ou meurent.

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