LES OS
Nous avons dit que les aliments digérés se convertissent peu à peu en sang ; nous savons aussi ce qu’il faut faire pour conserver à ce fluide toutes ses qualités. Si nous insistons encore sur cette question du sang, c’est qu’il n’y a pas dans tout le corps un seul coin, un seul recoin où ne pénètre et n’agisse ce liquide réparateur. Les parties mêmes de notre être qui nous paraissent les plus indépendantes sont constamment entretenues et renouvelées par le sang, ainsi que nos lecteurs vont le voir dans ce que nous allons dire sur les os.
L’os se compose de deux parties : la substance osseuse et la substance cartilagineuse.
Gela peut sembler extraordinaire à première vue qu’une matière si dure contienne une partie cartilagineuse, c’est-à-dire une partie souple, flexible, élas" tique. Il est cependant facile de se rendre compte de ce phénomène au moyen de l’expérience suivante :
(11 faut que l’on sache d’abord que l’acide chlorhydrique dissout la substance osseuse et n’attaque pas le cartilage.) Mettez un os dans un bol rempli de cet acide, vous aurez au bout de quelques instants un tissu spongieux qui sera le tissu cartilagineux.
Ce que vous pouvez ainsi expérimenter sur un os mort, vous pouvez l’examiner tous les jours sur un individu vivant. Dans le jeune âge, en effet, tout ce qui est destiné à former plus tard les os, est encore gélatineux. Vous n’avez qu’à mettre le doigt sur le sommet de la tête d’un petit enfant, vous le sentirez céder sous la pression que vous exercez; c’est que les os du crâne ne sont pas encore complètement formés et qu’ils sont réunis seulement par ce que la science appelle : des fontanelles.
Le tissu cartilagineux, s’il est très élastique, n’est pas des plus solides ; mais il convient parfaitement à l’enfant dont les mouvements naturels et spontanés empruntent fort peu à la force de résistance. De même qu’une balle lancée à terre peut rebondir sans éprouver de lésion, de même l’enfant n’a pas grand’chose à craindre d’une chute : mais de même aussi qu’une traction vigoureuse exercée sur la balle peut la désagréger, un violent effort extérieur peut être mortel à l’enfant.
En butte à toutes les influences, à tous les chocs, à toutes les surprises matérielles, obligé de réaliser sans cesse de grands efforts physiques, l'homme a besoin d’une ossature vigoureuse sur laquelle puissent s'appuyer et agir sans danger les muscles, ces puissants leviers. Les cavités osseuses offrant un refuge protecteur aux organes les plus essentiels, ceux-ci fonctionnent avec d’autant plus de liberté et de sécurité que les os sont plus larges, les cavités plus profondes. La nature
devra donc venir en aide à notre faiblesse pour développer et solidifier ce qui est encore si peu résistant. Elle parvient à ce résultat; devinez avec quoi? encore avec les globules, encore avec le sang. Nous avions raison, on le voit, d’insister sur les phénomènes qui président à la formation de cette liqueur précieuse.
Et maintenant, il faut que nous réparions un oubli. Nous vous avons expliqué la composition du sang, mais nous avons omis de vous dire qu’il contient encore de nombreux sels, du phosphate, du carbonate de chaux, etc.
Savez- vous à quoi servent ces sels? A produire votre tissu osseux. Le sang, en effet, pénètre dans les os; ceux-ci, comme du reste tous les organes vivants, ont la propriété de saisir au passage et de s’assimiler les éléments nécessaires à leur entretien. Ils s’emparent donc de ces sels, surtout du carbonate, et bientôt, dans le tissu cartilagineux, apparaissent un, puis deux, puis enfin d’innombrables petits points noirs, dits points d’ossification. Ces points s’étendent et bientôt envahissent tout le tissu cartilagineux.
Si vous désirez vous en convaincre, prenez un os et jetez-le dans le feu : la gélatine brûlera, la substance calcaire se conservera intacte.
C’est entre vingt et vingt-cinq ans que la solidification est terminée ; c’est là aussi le terme de la crois-
sance.
11 ne faut pas croire que les os, une fois formés, subsistent indéfiniment. Pas plus que les autres parties de notre corps, les os ne sont immuables ; ils changent et se renouvellent incessamment. Une expérience bien curieuse a été faite qui nous en fournit la preuve :
On a nourri avec de la garance des porcs qu'on a tués après plusieurs semaines de ce régime ; leurs os avaient pris la couleur de la garance. Si l’on ne persévère que quelques jours, les os ne sont rouges qu’extérieurement; bien plus, si on alterne ralimentation de la garance avec d’autres aliments, la coloration de l’os alterne de même.
Les os participent donc à la vie générale. On peut par conséquent activer ou ralentir leur vie.
L’exercice, là encore, intervient utilement. En activant la circulation générale du sang, il favorise par cela même le renouvellement continuel du système osseux; il donne, en un mot, au squelette, toute la force, toute la résistance désirables. Et chacun sait que lorsque les murs de fondation sont solides, l’édifice se maintient longtemps.
Ce que nous venons de dire montre aussi à quelle époque de la vie il faut surtout s’occuper de la consolidation du squelette. Lejeune âge, même l’âge adulte jusqu’à vingt-cinq ans environ, sont les plus favorables à ce travail ; c’est à ce moment en effet que la vie est la plus active; c’est en un mot l’âge d’or pour les os. Plus tard, ce qu’on fera dans ce but ne sera jamais qu’un palliatif.