‹ La gymnastique raisonnéeChapitre 12 sur 59 · LES MUSCLES · texte numérisé non relu

LES MUSCLES

Les muscles, le lecteur l’a déjà remarqué, ont une très grande importance ; leur fonction principale est de faire les ouvrages qui demandent de la force.

Si l’on compare le corps humain à un peuple, on peut dire que les muscles sont les ouvriers, les travailleurs, et que les os sont les instruments divers au moyen desquels ces ouvriers accomplissent leurs fonctions. Les muscles sont donc destinés à faire mouvoir, d’où le nom qu’on a donné à l’ensemble de leur système : l’appareil locomoteur.

Mais les os, me direz-vous, servent bien au mouvement, ils sont donc aussi un appareil locomoteur? Gela est vrai; mais les os n’agissent que sous l’impulsion des muscles, c’est-à-dire passivement ; ils sont donc l’appareil locomoteur passif, tandis que les muscles forment l’appareil locomoteur actif.

Comment est constitué un muscle?

Vous avez déjà vu un petit écheveau de fil ?

Supposez un écheveau formé d’un fil qui va toujours

se subdivisant et diminuant d’épaisseur, jusqu’à ce qu’il arrive à une telle finesse que les cheveux de la plus blonde et de la plus idéale fille d’Èvc soient, en comparaison, des cordes grossières, et vous aurez l’image d’un muscle.

Les fibres qui le composent peuvent se raccourcir ou s’allonger sous l’influence de la volonté. Sur un ordre du cerveau transmis à la moelle épinière , le muscle se contracte, l’organe correspondant suit les mouvements qu’il lui imprime, et c’est ainsi que peuvent s’exécuter les fonctions du système locomoteur.

La nature prévoyante a donné à chaque muscle des fonctions spéciales, précises et limitées ; le travail musculaire est, en un mot, classé et réparti dans le corps de tout être vivant, comme le travail industriel dans ces admirables machines que nous avons vu fonctionner à f Exposition de 1867 et qui, recevant une peau de castor brute, vous rendent en quelques instants un chapeau des plus élégants.

Parmi les muscles, les uns sont chargés d’amener, les autres font le mouvement contraire : ce sont les muscles extenseurs et les muscles fléchisseurs. Le n ombre des muscles est aussi considérable que leurs fonctions sont variées ; nous avons en elfet les muscles élévateurs, les abaisseurs, Iss abducteurs, les adducteurs, les rotateurs, qui élèvent les membres, les abaissent, les tirent au dehors, au-dedans, et leur font exécuter des mouvements de rotation.

En se contractant, tout le monde l’a remarqué, les muscles se durcissent. Touchez votre bras au repos ; aussi vigoureux que vous soyez, vous le trouverez sinon flasque et mou, tout au moins souple e peu résistant ; contractez-le, les fibres disséminées se pelotonnent en un seul groupe épais, dense, solide, et le biceps se détache saillant et ferme comme une boule d’acier.

Une question se présente alors à votre esprit. Comment après chaque contraction, les fibres de ce muscle, de même que les fils d’un écheveau, ne se relàchent-ils pas, et par conséquent n’éprouvent-ils pas de la difficulté à revenir sur eux-mêmes.

La nature a tout prévu. C’est une toile, une espèce de toile rigide, appelée aponévrose, qui est chargée de ce soin. Elle enveloppe les fibres du muscle, le muscle lui-même, et en même temps qu’elle est un organe de solidité, elle sert à établir la communication des muscles avec les os et le mouvement accompli, à ramener les premiers à leur position normale.

Les aponévroses, s’étalant et s’implantant solidement dans les divers os qui se correspondent, sont donc d’un grand secours pour le mouvement.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que des muscles qui se contractent sous l’influence de la volonté ou des muscles de la vie animale.

Mais il y en a encore d’autres sur lesquels la volonté n’a pas d’action, ou plutôt n’a pas d'action directe, ce

sont les muscles ae la vie organique. La volonté ne peut les atteindre directement, mais elle y arrive cependant, en agissant sur d’autres muscles qui, à leur tour, agissent sur les premiers.

Ajoutons à cela, qu’indépendamment de la contractilité, propriété active, le muscle possède une propriété passive importante : l’élasticité. C’est grâce à cette élasticité que le muscle doit en grande îpartie l’aisance avec laquelle son tissu passe, de l’état de travail, à l’état de repos.

Les muscles, s’ils sont identiques de composition, n’ont pas tous, ni la même direction, ni la même longueur. Leur direction est en effet tantôt rectiligne, tantôt curviligne. Ils sont, tantôt plus longs que larges, comme ceux des membres, tantôt plus larges que longs, comme ceux de la poitrine et de l’abdomen, tantôt enfin courts comme ceux de la plante du pied.

oa description détaillée de tous ces organes nous entraînerait trop loin ; disons brièvement ce qu’ils sont et de quelle matière ils sont formés.

Les muscles sont constitués par des faisceaux d’une substance analogue au protoplasma des globules sanguins, la myosine, substance à laquelle les travaux les plus récents des biologistes ont assigné une place voisine des éléments liquides du sang.

On ne sait pas encore comment s’opère le travail qui transforme les aliments en sang, et le sang en chacune des diverses espèces d’éléments anatomiques; ce qu’on

sait, c’est que du sang procèdent toutes les parties de la machine animale.

L’exercice accélère cette transformation et le sang est toujours prêt à subvenir à la production des matériaux qu’exige l’accroissement de l’activité dans le développement des organes.

Voilà pourquoi, on a pu formuler cette proposition, à la fois métaphorique et rigoureuse, que les muscles ne sont que du sang devenu solide. Un savant célèbre a dit ces mots : « Le sang, c’est de la chair liquide. » Rien de plus vrai que cette parole.

Faites donc du sang et vous ferez de la chair ; mais comment faire du sang ?

En mangeant bien, et en digérant de même.

Mais le moyen d’avoir toujours bon appétit et de toujours bien digérer ?

« Ou vous mangerez moins, ou vous prendrez plus d’exercice ; ou vous prendrez des remèdes, ou vous serez malade, disait nous ne savons plus quel gentilhomme à la duchesse de Portland. »

Le choix n’est pas douteux. De l’exercice, de la gymnastique, messieurs, si vous voulez avoir des muscles fermes, une large poitrine, un estomac et des organes sains ; de l’exercice, mesdames, si vous ne voulez pas être soufflées comme des beautés orientales ou ressembler à ces squelettes vivants qui traînent leurs corps affaiblis sur l’asphalte de nos boulevards.

Nous n'avons pas ici à expliquer l’effet de rexercicc sur les muscles, nous en avons parlé assez longueme nt à l’article sang. Qu’il nous suffise de rappeler que plus on fait de mouvements, plus grande est la somme de particules sanguines que l'on s’assimile; car l'assimilation aussi complète que possible, tel doit être le but, la résultante suprême de toute notre hygiène et de tous nos mouvements.

L’homme doit chercher à s’enrichir par tous les moyens qu'il a à sa disposition. Celte recommandation , il est inutile delà faire dans le monde des affaires.

Pourquoi donc rencontrons-nous tant de personnes qui semblent croire que leurs muscles peuvent se développer sans exercice, et, dernière aberration de l’esprit, que moins elles agissent, plus elles gagnent en énergie et en vigueur. De cette façon, disent ces gens naïfs, nous ne perdons rien, nous n’avons donc rien à regagner.

Demandez au premier venu quel est le meilleur moyen d’augmenter sa fortune. Vous répondra-t-il de laisser votre argent dans votre caisse ? De même donc qu'avec de l’argent on peut gagner de l’argent, de même avec de la force on peut acquérir de la force. Il faut, pour cela, activer l’assimilation, cette fonction mystérieu se dont nous ignorons les lois, mais qui, nous n’en saurions douter, s’entretient et se développe sous l'influence de l’activité physique.

Avez-vous remarqué la force vraiment extraordinaire des bras du forgeron? Comparez à son biceps le biceps d'un tailleur : quelle différence! C'est que le forgeron fait travailler son bras, c’est que le forgeron active spécialement l’assimilation de ce membre.

Et dire que vous pouvez avoir, non pas seulement le ras du forgeron, mais les jambes du coureur, la poitrine de l'athlète, et cela au prix d’un peu de travail, de quelques instants d’exercice chaque jour, et que la plupart de nos jeunes gens ne peuvent monter deux étages, courir pendant cinq minutes, ou porter un inquarto sous le bras sans avoir des étouffements et des courbatures !

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