CHAPITRE XI
LA COLONNE VERTEBRALE
La colonne vertébrale, que l’on appelle aussi rachis, constitue en quelque sorte l’axe du corps humain ; c’est elle qui supporte tout l’édifice d’os et de muscles dont celui-ci est composé. Son rôle est très important surtout quand on considère, comme nous le faisons d’après les savants les plus autorisés, la tête comme une continuité ou plutôt comme la partie supérieure et maîtresse de l’épine dorsale. Ne doit-on pas, en effet, la considérer comme la reine de notre être, cette colonne merveilleuse d’où partent les filaments nerveux qui viennent transmettre ses ordres aux extrémités les plus éloignées de son royaume ?
En suivant, dès sa formation, cet appareil qui doit loger la moelle épinière, on le voit décrire d’abord une courbe uniforme dont toutes les parties sont à peu près égales ; ainsi le veut l’attitude de l’ambryon dans le sein maternel, comme s’il avait besoin de cette longue boîte pour protéger les vaisseaux qui pourvoient à sa subsistance. Plus tard, quand le fœtus est devenu enfant et
quand l’enfant, bien qu'incapable encore de se suffire par ses propres forces , cherche par des mouvements divers, à faire usage de ses membres, la colonne vertébrale doit suivre la direction indiquée par ces nouveaux besoins. Peu à peu les muscles se développent, le corps se forme. Une égale répartition de poids autour d’un axe central étant cependant indispensable, il en résulte des incurvations, des inflexions plus ou moins variées.
Ces incurvations, on le comprend, seraient inutiles si l’épine passait exactement par le milieu du corps : dans ce cas, l’équilibre serait établi; mais une telle disposition est impossible. — L’attitude de l’homme, la liberté du cœur, des poumons, etc., nécessitent des courbures pour le maintien, à l’état normal, des fonctions diverses des différents organes, et rejettent, hors de la ligne centrale, la colonne vertébrale toutes les fois que cette disposition est contraire à l'accomplissement de ces fonctions. Tout , dans la conformation de l’épine, nous montre la vérité de ce que nous venons d’expliquer.
L’importance du rachis nécessite, on le voit, que nous nous en occupions d’une façon assez sérieuse. Mais nous en parlerons, bien moins au point de vue de l’anatomiste qui se contente de décrire cet organe, et même du physiologiste qui ne recherche que la connaissance de ses fonctions dans l’organisme, qu'au
point de vue des mouvements et des modifications de forme dont il est susceptible.
La colonne vertébrale se compose de vingt-quatre vertèbres et de deux os formant par leur réunion une tige osseuse destinée à supporter la tête; cette tige est d'une hauteur variable, suivant les sujets ; chez
l’adulte, elle mesure généralement de 80 à 90 centi-
métrés.
Les vertèbres ont été partagées en quatre régions ;
1° la région cervicale qui comprend sept vertèbres;
2° la région dorsale qui en comprend douze ; 3” la région lombaire qui n’en renferme que cinq, et enfin la -
région pelvérîenne où nous trouvons les deux vertèbres «.
particulières appelées : sacrum etcocyx,
Mais qu’est-ce qu’une vertèbre? C’est, en réalité, un V
organe assez difficile à définir. On ne peut dire, en effet, des vertèbres qu’elles se ressemblent comme deux '%
gouttes d’eau, car une vertèbre cervicale, par exemple, d iffère notablement d’une vertèbre lombaire.
Mais elles se ressemblent toutes, en ce qu’elles ont intérieurement la forme d’un anneau dont l’ouverture plus ou moins large, est nommée : trou vertébral. Il résulte de la superposition de ces trous une longue excavation, appelée : canal rachidien.
C’est là que se trouve renfermée la moelle épinière.
Les vertèbres enfin sont munies de petites saillies appelées apophyses. Ces apophyses servent à l’inser-
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tion des muscles puissants qui ont pour effet d’assurer alternativement les mouvements ou la fixité du tronc, en un mot, de donner au corps les attitudes variées, sans lesuuelles les divers mouvements des membres se feraient avec la raideur ou la brusquerie malh abile des automates.
Les vertèbres sont réunies par un tissu mi-fibreux, micartilagineux, appelé le fibro-cartilage ou disque intervertébral. Le fibro-cartilage est très élastique, mais d’une élasticité assez imparfaite : de telle sorte que, les vertèbres conservant leurs dimensions invariables, la colonne vertébrale peut, après plusieurs heures d’un travail forcé, présenter un raccourcissement notable. La cause de ce raccourcissement est dans le tassement des disques qui séparent les vertèbres.
Cette propriété est bien connue, et pendant longtemps certains conscrits en ont profité. Avant de paraître devant le Conseil de révision, ceux qui ne dépassaient la mesure réglementaire que de fort peu ou qui l’atteignaient à peine, restaient, un ou même plusieurs jours, sans se coucher. Le tissu se rétrécissait, et ils n’avaient plus le minimum de la taille. Mais cette fraude ne tarda pas à être découverte, et aujourd’hui, en vertu d’une circulaire assez récente, les conscrits n’atteignant pas complètement la taille réglementaire peuvent être dirigés sur un corps d’armée, quitte à être réformés plus tard.
Notre intention, nous l’avons dit, n’est pas de faire
un cours d’anatomie : nous allons donc tout simplement décrire les vertèbres qui sont mises en action dans les divers mouvements.
Vous êtes-vous jamais demandé comment il se tait que vous puissiez tourner la tête avec tant de facilité et savez-vous que, rien qu’en exécutant ce mouvement, vous faites une chose merveilleuse? Savez-vous qu’en remuant la tête vous courez mille dangers de mort, et qu’il ne se passe pas, par conséquent, un instant que vous ne soyez exposés à passer de vie à trépas ?
Nous sommes bien effrayant, n’est-ce pas? Mais vous allez comprendre et vous conviendrez que nous n’exagérons pas.
Notre tête est posée solidement dans deux échancrures 'assez profondes, qui se trouvent dans la première vertèbre du cou, appelée : atlas. Le mouvement que nous lui faisons exécuter en lui imprimant une impulsion circulaire a lieu à la base de cette vertèbre qui tourne à notre volonté. Eh bien! supposez que cette dernière nous refuse tout à coup son service. Vous voyez d’ici la conséquence*
Pour répondre à une tâche uussi scabreuse, il a fallu que cette vertèbre fut construite d’une façon particulière. C’est un anneau, pour ainsi dire, qui peut tourner facilement sur la vertèbre suivante. Celle-ci, appelée axis, présente, en effet, un petit cylindre os* seux qui reçoit l’extrémité du crâne, et fait pour ainsi dire les fonctions de cheville. Des exercices nombreux;
sinon variés, doiveiil donc être faits avec la première vertèbre. Tourner la tête dans tous les sens est fort utile, ne serait-ce que pour empêcher toutes ses parties de se rouiller ; mais ces mouvements de la tête ont encore un autre but sur lequel nous reviendrons plus tard.
Les cinq dernières vertèbres de la région du cou (cervicales), ne présentent rien de particulier. Elles n’en sont pas moins utiles. Elles sont mobiles et par conséquent intéressent encore le gymnasiarque. Leurs apophyses sont peu développées et taillées en biseau, ce qui rend leurs mouvements moins puissants, mais plus aisés.
Les vertèbres de la région du dos (dorsales), sont immobiles tant elles sont enchevêtrées les unes dans les autres : mais les cinq vertèbres lombaires sont d'une flexibilité relative qu’on entretient et qu’on peut augmenter par la gymnastique. Les deux dernières du dos et surtout les .cinq lombaires possèdent une souplesse et une aisance gracieuse incomparables ; c’est à cette souplesse naturelle, cultivée par l’art, que l’homme et la femme doivent l’élégance de l’attitude, la grâce des allures, et ce je ne sais quoi qui donne, à l’ensemble du corps, le charme de la force unie à l’agilité.
Les acrobates ploient les vertèbres lombaires d’une façon remarquable. Sans vouloir se faire pitre ou jongleur, il est bon de pouvoir courber et redresser le
dos avec facilité, puisque aussi bien on affirme que c’est le seul moyen de faire son chemin dans le monde !
Nous ne ferons mention que pour mémoire du sacrum et du coccyx, noms terribles, mais qui ne désignent autre chose que la réunion de plusieurs vertèbres, les dernières, soudées intimement et par conséquent immobiles.
La colonne vertébrale est sujette à de nombreuses diflbrmités dont les effets sur la constitution peuvent être des plus graves. La gymnastique rationnelle est capable, sinon de les guérir toutes, du moins d’en guérir ou modifier la plus grande partie, c’est pourquoi nous croyons devoir consacrer un chapitre spécial à l’étude de ces affections.
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