LES DÉVIATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE
Il est essentiel, pour la santé et la beauté de l'homme, que toutes les parties de son squelette soient développées d’une égale façon. Quand telle portion du corps est plus accentuée que telle autre ; lorsque tel os de droite occupe plus de place que l’os correspondant de gauche, il en résulte des difformités.
Shaw est le premier qui ait démontré d’une façon scientifique que la fréquence de certaines attitudes du corps produisait les différentes difformités, spécialement celles qui affectent la colonne vertébrale.
L’observation journalière confirme cette observation. Chacun reconnaît l’écuyer à la cambrure interne de ses membres inférieurs ; le fort de la halle à. la voussure de ses épaules, etc.
Comment en serait-il autrement? Prenez une tige d’acier très résistante, dirigez-la régulièrement chaque jour, pendant quelques instants, dans le même sens, elle se courbera et restera courbée de ce côté. Tous les amateurs d’escrime ont pu faire cette remarque.
Il en est de même du corps humain, et il y a même ceci de plus grave que les positions vicieuses augmen-
lent par l’habitude, et surtout la commodité que les personnes affectées d’un commencement de déformation trouvent à se pencher ou s’appujer sur le côté dévié.
Chose digne de remarque. C’est dans les pensionnats que les déviations de l’épine et les difformités du dos sont les plus fréquentes. Cela résulte évidemment de la situation élevée de l’épaule droite en écrivant.
Il est facile de comprendre qu’un organe mal nourri s’affaiblit, s’atrophie. Or, un organe placé dans une position anormale, gênante, ne peut se nourrir, c’està-dire se renouveler convenablement?
Il faut donc que cet organe diminue de volume, qu il s’affaisse, qu’il périsse, et cela au profit d’un autre os, (Vun autre muscle, son voisin, qui s’est emparé de tout ce que le premier a dédaigné et dont le développement a été, par conséquent, en raison inverse de celui de son
congénère.
Sans vouloir faire ici un cours complet d’ orthopédie, nous devons cependant arrêter notre attention sur ces déviations de la colonne vertébrale, à la fois les plus affreuses et les plus fréquentes.
La déviation qu’on observe le plus souvent est la déviation latérale; les savants l’appellent scoliose.
La scoliose est-elle une maladie pouvant être guérie? Si oui, quels sont les moyens à employer?
Cherchons la cause de la maladie. La cause trouvée, l’effet sera facile à combattre : Sublatâ causâ, tolhtur efjfecius, dit l’école.
Examinons d’abord quel doit être le rôle de la colonne vertébrale?
La colonne vertébrale est, nous le disons une fois encore, le centre d’action, le point d’appui de tous les mouvements que le corps exécute. S’agit-il des mouvements des muscles inférieurs, le fait est manifeste. Il n’est pas moins certain pour les mouvements des membres thoraciques. La contraction d’un muscle ou d’un système musculaire n’est pas individuelle. Le célèbre professeur Bérard insistait Jsur ce point dans ses cours, et montrait que le moindre mouvement de l’avant-bras est impossible, si les diverses contractions qui se réalisent de proche en proche, n’ont pas leur centre de fixation’naturelle qui est la colonne vertébrale.
Or, cet organe, admirablement conçu pour la résistance, doit s’adapter ’aux divers modes de Jrésistance qu’exige la diversité et la complexité [des mouvements qui s’exécutent à la fois dans la tête, dans les bras et dans les jambes.
L’épine dorsale est solide, cela est] vrai, mais cela ne [suffit pas ; il faut qu’elle soit flexible et que cette flexibilité soit accompagnée du degré de souplesse et du degré de force qui [constituent l’élasticité. Il n’est pas besoin de longues réflexions pour s’assurer qu’elle ne peut et doit agir qu’à la manière d’un ressort, c’est-à-dire en résistant et en revenant ensuite à sa position première, aussitôt que l’effort qui avait produit son déplacement momentané, a cessé de se manifester.
C'est ainsi en effet que les choses se passent quand la colonne vertébrale est à l’état normal.
De nombreuses causes viennent cependant quelquefois compromettre et renverser ces dispositions naturelles. Notre intention n’est pas de décrire toutes ces causes, un traité complet sur cette question n’entrcuit pas actuellement dans notre cadre.
Nous nous bornerons à les envisager d’une manière générale.
La colonne vertébrale, comme on le sait déjà, est composée d’un grand nombre de parties, et chacune de ces parties peut éprouver des altérations diverses. Il est par conséquent de la plus grande importance de ' rechercher si toutes, ou seulement si l’une d’elles est atteinte par la maladie.
C’est là cependant un point assez difficile à constater à première vue. Une grande expérience seule peut fournir les moyens d’investigation nécessaires. — Aussi, malgré une pratique déjà longue, hésitons-nous souvent avant de nous prononcer et ne découvrons-nous pas toujours, du premier coup, quelles sont les parties : os, ligaments ou muscles qui sont intéressés.
Que l’on ne s’y trompe pas, le jugement qu’on portera est d’une importance extrême, attendu que c’est lui qui inspirera les moyens à mettre en œuvre pour combattre le mal.
Entrons un peu plus avant dans la question. Notre' manière de voir en ressortira, nous l’espérons, plus claire et plus compréhensible pour tous.
C’est d’après une loi de mécanique bien connue, que le poids du corps tend toujours à courber en avant la colonne vertébrale. Gomment fait donc celle-ci pour résister? D’abord elle trouve, dans les attaches solides des vertèbres, un soutien des plus fermes. Les muscles puissants qui se trouvent à la face postérieure lui viennent aussi considérablement en aide.
Mais une flexion latérale n’est-elle pas possible? Et à quoi serviraient donc les apophyses dont nous avons parlé plus haut, si elles n’empêchaient cette flexion?
Tout cela va bien aussi longtemps que la machine est intègre. Mais le moindre dérangement va gâter toute l’affaire.
Le Créateur n’a pas disposé nos membres avec tant de sollicitude pour que nous soyons dispensés d’en prendre un soin incessant. Au contraire, la moindre négligence peut avoir parfois des résultats funestes.
Si l’une des vertèbres, au lieu d’être solide à son poste, manquait à l’appel ou si, trop faible pour soutenir un choc, elle pliait, qu’arriverait-il? Il arriverait, qu’on nous pardonne la comparaison, ce qui est arrivé à Waterloo : l’armée, tout le corps d’armée, c’est-àdire la colonne vertébrale tout entière plierait aussi.
Maintenant, supposons que l’armée, au lieu de plier, résiste, mais' .résiste avec désavantage, ou pour rester
dans notre sujet, que la colonne saine, mais fatiguée par le poids du corps tenu dans une mauvaise position habituelle, ne puisse plier en avant, que fera-t elle ? Elle se tordra, c’est-à-dire s’inclinera latéralement.
11 est bien'rare, quand une partie d’une troupe faiblit, que le reste puisse résister. Cela est vrai dans le
corps humain, aussi bien que partout ailleurs. '3
C’est pour cette raison que les déviations lombaires et dorsales entraînent d’autres déviations. La courbure des lombes, par exemple, déplace le centre de gravité, dont le siège ordinaire est dans le bassin. Par ce déplacement, l’équilibre est rompu et la chute deviendrait inévitable, si l’action musculaire n’exerçait une traction instinctive en sens inverse. La continuité', de cet effort produit une nouvelle déformation dans la région dorsale. Cette deuxième déviation en produit une troisième en sens contraire dans'Ja région, supérieure, c’est-à-dire dans la région cervicale.
Mais la déviation la plus fréquente se manifeste dans la partie dorsale,' accompagnée d’une courbure inverse que nous pourrions appeler [courbure de compensation.
Les apophyses, on le comprend, changent aussi de place. Les apophyses épineuses qui répondent à la concavité, sont portées en avant ; celles qui répondent à la convexité sont dirigées en arrière. Les côtes, à leur tour, prennent part à ce mouvement ; celles qui corres-
pondent aux concavités étant déprimées, pressées l’une contre l’autre, sont forcées de rentrer; les autres, chargées de garnir une plus grande surface, et poussées par la torsion en arrière, se courbent de plus en plus.
Les muscles, les ligaments eux-mêmes, n’échappent pas à ces transformations.
Les premiers qui, de chaque côté du tronc, sont de même puissance à l’état normal, deviennent par suite des phénomènes que nous venons de décrire, d’une force inégale ; relâchés, distendus, ils perdent toute leur vigueur pendant que leurs congénères se contractent et se fortifient outre mesure.
Ainsi par exemple, un enfant fait en peu de temps une croissance considérable. Qu’arrive-t-il ? Les os éprouvent une impulsion, grâce à laquelle ils se développent en longueur, les muscles les suivent, et, en s’allongeant, s’amincissent.
Déplus, leur développement ne se fait pas toujours d’une manière régulière. — Tel muscle, plus souvent exercé, croîtra plus vite que tel autre. Conséquences : faiblesse générale d’abord et faiblesse plus grande ensuite dans l’un des deux côtés.
Ces dispositions vicieuses augmentent par l’habitude et surtout la commodité que les enfants affectés d’un commencement de déformation, trouvent à se pencher du côté dévié.
Les suites de cette faiblesse relative d’une portion du corps sont très graves. Il en résulte d’abord, comme nous l’avons démontré, une tendance à la déviation qui, par la suite, devient souvent une déviation véritable, surtout chez les jeunes fdles auxquelles une éducation absurde interdit tout exercice, et cette déviation en provoque elle-même de nouvelles qui, à leur tour, amènent des perturbations graves dans la région thoracique et quehiuefois dans la région du bassin.
La colonne vertébrale peut s’infléchir de trois façons : en avant, en arrière et de côté.
La déviation en avant se produit le plus souvent dans la région dorso-lombaire, c’est-à-dire dans la partie la plus chargée et en provoquant, dans la partie supérieure, les courbures d’opposition réclamées par l’équilibre. Cette déviation peut provenir d’une croissance rapide, surtout lorsqu’elle se rencontre chez de jeunes sujets myopes forcés de pencher constamment la tête en avant; les couturières, les tailleurs y sont aussi très exposés.
La déviation en arrière se manifeste, au contraire, dans la partie supérieure et constitue, si Ton n’y met bon ordre, une des formes de cette gibosité qu’on nomme : bosse.
Elle est, le plus souvent, par suite de cette loi d’opposition statique dont nous avons parlé, la conséquence de l’inflexion en avant de la partie lombaire.
Dans la grande majorité des cas, cette déviation ne tarde pas à se compliquer d’une déformation latérale due à un mouvement de torsion des dernières vertèbres dorsales.
La déviation de côté consiste dans une exagération de la courbure latérale naturelle, qui s’étend de la sixième vertébrale cervicale à la neuvième dorsale. Il va de soi qu’elle est fréquemment accompagnée d’une petite courbure en sens inverse. Du côté opposé à la flexion, l’épaule est plus basse, l’omoplate aplati, la hanche saillante.
La déviation latérale simple et la flexion sans déviation latérale sont les plus faciles à combattre par le massage et la gymnastique. Dès qu’une déviation en avant s’est compliquée d’une déviation latérale (bosse en arrière et de côté, presque toujours à droite), le cas est plus difficile, mais n’est pas au dessus des ressources de l’art du gymnasiarque ; le moindre retard peut contribuer cependant à rendre la guérison impossible.
Les déplacements de la colonne vertébrale proviennent soit de mauvaises attitudes habituelles, soit d’une constitution maladive de la colonne même.
Il est donc essentiel que les parents surveillent leurs enfants et qu’ils les observent, surtout pendant la marche, les déviations pouvant être occasionnées, dans quelques circonstances, par une différence dans la longueur des membres inférieurs.
La maladie est ou inflammatoire ou lymphatique. Quand elle est de nature inflammatoire, par ses progrès plus ou moins lents, elle attaque successivement le périoste, les os, et les douleurs du malade ne Tavertissent que trop tôt de l’état anormal de son épine dorsale. Vous avez peut-être vu une personne, surtout dans le jeune âge, affectée de cette maladie inflammatoire du rachis, connue sous le nom de mal de Potl ? Si l’enfant est encore très jeune, il se couche volontiers sur les genoux de sa mère, ne marche qu’en s’accrochant à tout ce qu’il peut saisir; il est indolent, ses forces faiblissent à vue d’œil, ses membres deviennent flasques. En pareil cas, l’immobilité, le repos, la position horizontale sont de rigueur et nous nous garderions bien d’intervenir tant que l’inflammation et la douleur qui l’accompagne n’auront pas disparu.
Autres sont les symptômes si l’affection est produite par le lymphatisme. On le reconnaît à la mine bouffie ou blafarde de l’enfant, à sa mollesse générale et aussi à l’absence de toute douleur quand le mal n’a pas atteint des proportions trop considérables.
Certaines déformations doivent leur existence au ramollissement chronique des os et des ligaments. Ce ne sont pas alors deux ou trois vertèbres, c’est le système entier des vertèbres qui est attaqué; une région, la région dorsale s’infléchit, et cette inflexion ne se traduit pas par une saillie angulaire, comme dans le
mal de Pott, c’est une inflexion à grande courbure, faisant saillir la ligne des épines du dos en arrière, le plus souvent à droite, de façon à produire une déformation de la poitrine qui constitue une gibbosité postérieure ou latérale.
Parmi les causes trop fréquentes des déviations de la colonne, nous devons encore citer l’habitude qu’ont les nourrices déporter les enfants sur le bras, toujours sur le même bras ; celle de les faire marcher avant que les os et les muscles des reins et du bassin offrent la résistance nécessaire pour le maintien du corps dans la station verticale, et surtout le peu de soin que prennent les mères, dans leur ignorance regrettable de ces choses si importantes, d’examiner de temps en temps leurs enfants, afin d’arrêter toute mauvaise tendance à son début.
Nous avons fait connaître les déviations en général, nous avons dit les causes qui les produisent, il nous reste à donner un aperçu rapide des conséquences qu'elles entraînent, et des moyens que nous employons pour les combattre.
Ces moyens, on le comprend sans peine, varient non seulement selon le caractère et le denré de la maladie, mais aussi selon l’individu. Un enfant d’une constitution robuste, atteint d’une courbure produite par une mauvaise attitude habituelle ou par la mise en action exclusive d'un seul côté du corps, ne doit pas être traité de la même façon qu’un enfant faible, chez lequel cette difformité est le résultat d’un ramollissement des os ou de l’atrophie musculaire. Mille causes enfin, tout indi-
viduelles, font et doivent faire varier les movens à
l’infini. C’est une question de savoir et d’expérience, c’est plus encore peut-être une question de tact.
Nous insisterons, avant tout, sur la nécessité d’un prompt traitement dans tous les cas de déviation de l’épine dorsale, car ce peut être pour le malade une question de vie ou de mort.
Les conséquences, en effet, ne sont pas seulement des plus graves pour le rachis ; l’organisme tout entier peut s’en ressentir d’une manière funeste.
Ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, dans les déviations antérieures de l’épine, le dos est déprimé, les côtes repoussées en avant et le sternum, de nature assez spongieuse, se gonfle et prend la forme qu’on nomme vulgairement : en gorge de gngeon ; dans les courbures postérieures, la colonne est portée en arrière, la poitrine aplatie, creusée même ; la bosse, la terrible bosse apparaît dans toute sa laideur.
Dans les déviations latérales, comme les côtes se fixent aux vertèbres par leurs extrémités postérieures, et partent de ces points pour former, autour de la cavité pectorale, des arcs plus ou moins étendus, il résulte de cette disposition des phénomènes de déplacement analogues à ceux que nous avons décrits pour les déviations antérieures ou postérieures. Ceux des os qui correspondent à la cavité de la courbure accidentelle, se rapprochent entre eux jusqu’à se toucher presque par leurs points latéraux plus éloignés du centre ; du côté
de la convexité, au contraire, ces mêmes points s’écartent, et les espaces intercostaux augmentent d’autant plus d’étendue que la déviation décrit un arc moins long et plus courbé. 11 en résulte que la poitrine a, de ce côté, plus de hauteur que du côté opposé.
Autre effet dont nous avons déjà parlé :
L’omoplate qui relie les épaules à la colonne vertébrale, étant fixée au rachis par des muscles et au sternum par la clavicule, doit suivre les côtes dans leur déplacement ; elle s’élèvera donc du côté où la colonne sera saillante et s’abaissera du côté de la concavité.
Telles sont les conséquences inévitables des déviations; mais ce ne sont que les premières conséquences. Les organes se trouvent profondément modifiés par toutes ces irrégularités ; des troubles sérieux se manifestent dans les fonctions digestives et surtout dans l’appareil respiratoire ; d’où : maladies de cœur, phthisie, quelquefois la mort.
Comment conjurer de si grands dangers ?
Nous avons, quant à nous, quitté complètement la fausse route dans laquelle les orthopédistes se sont laissés entraîner ; une voix rationnelle s’offrait à nos recherches, nous bavons suivie et le succès a répondu à nos tentatives.
Dans la pratique orthopédique ordinaire, quand on a affaire à une affection qui débute ou qui n’a encore fait que des progrès peu sensibles, on prend un corset presque toujours en fer ou en acier, construit de façon
à soulever les épaules au moyen de supports et à comprimer en haut et en bas, les parties saillantes. (C’est en Allemagne que cette innovation, renouvelée de Procuste, a le plus de vogue.) Dans quelques cas, très fréquents, on y ajoute des moyens beaucoup plus énergiques encore, tels que les lits à extension forcée, véritable torture pour les malheureux malades, etc.
Qu’en résulte-t-il? Rien, ou plutôt si, il en résulte des effets déplorables. Nous nous rappellerons toujours ce que nous avons vu dernièrement à l’établissement orthopédique duD^.. Ne cherchez pas, cet établissement n’est pas en France. Dans une vaste cham-' bre se trouvaient une trentaine de malades, de pauvres jeunes filles, à l’air chétif, emprisonnées dans des treillis de fer. Plusieurs d’elles suivaient le même traitement depuis des années. — Mais y avait-il amélioration? — Nous interrogeâmes plusieurs des personnes traitées. — Leur réponse fut unanime : Non.
Cela ne nous surprenait pas. Pour qui possède une légère teinte d’anatomie, pour celui qui a vu une seule fois un squelette, cela n’a rien d'extraordinaire. La colonne vertébrale n’est pas droite, elle présente des courbures normales absolument nécessaires à la conservation de sa résistance et de son élasticité ; convexe en avant, au cou; convexe en arrière, au dos ; elle reprend à la légion lombaire sa convexité antérieure. Grâce à
sa souplesse, on conçoit qu'il soit possible par les moyens mécaniques d’arriver à la tendre, ou pour mieux dire à lui infliger ce qu’on pourrait appeler : la déformation rectiligne..
Mais à quel prix? — Au prix de la santé.
Et pour combien de temps ? — Essayez d’enlever le corset orthopédique et vous ferez vous-même la réponse. Vous verrez succéder à la déformation imposée par les machines, la déformation première à laquelle les machines n'auront pas su remédier.
Les appareils compresseurs et extenseurs permanents offrent ce grave inconvénient, qu’en comprimant et immobilisant les tissus, ils arrêtent la circulation des fluides, à l’endroit même où cette circulation aurait le plus grand besoin d’être stimulée pour apporter la force et la vie dans ces organes. Ils substituent enfin la correction passive et passagère appliquée aux ligaments, à la correction active et permanente que seules peuvent produire des contractions musculaires rationnellement exercées.
Lorsqu’ils sont au contraire vivifiés par l’exercice, les muscles affaiblis se contractent comme leurs congénères, entraînent les vertèbres déviées et rétablissent promptement la colonne dans la direction normale.
Détail attristant.
Sur cent cas de scoliose, quatre-vingt-dix au moins se présentent chez les jeunes filles, c’est-à-dire sur ces frêles et gracieuses créatures que les préjugés sociaux
privent de tout exercice, et qui, du matin au soir, sont penchées sur leur pupitre, sur leur couture ou leur piano. Ceci aurait dû, depuis longtemps, ouvrir les yeux aux orthopédistes, et en leur faisant connaître la cause, leur indiquer le remède.
Mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, et MM. les orthopédistes prêtèrent vendre, bien cher, des corsets qui immobilisent les muscles, les athrophient et aggravent par conséquent les déviations, que de guérir tout simplement ces déviations par...
Encore la gymnastique, n’est-ce pas?
Eh ! mon Dieu oui, toujours la gymnastique.
« Vous êtes orfèvre? nous dira-t-on. »
Certes, et nous nous en vantons.
Une seule chose nous étonne, c’est qu’un moyen si simple et si excellent ne vienne pas plus souvent à l’esprit des médecins.
Depuis longues années on l’emploie en Suède, en Allemagne, en Autriche, en Belgique ; en France aussi, à Paris, chez Triât, chez Daily, chez Soleirol ; à Lyon, chez le docteur Pravas, et les résultats obtenus sont infiniment supérieurs à ceux que donnent les machines innombrables dont on oppressent fatigue, si mal à propos, le corps des malades.
Nous en faisons nous-même chaque jour l’expérience avec un succès qui a frappé les membres les plus distingués de l’Académie de médecine.
Nous n’avons jamais vu un sujet, traité convenable-
ment, qui n’oblint au bout de quelque temps, sinon la guérison complète , du moins une amélioration notable et qui, de jour en jour, devenait plus marquée.
Les seuls cas dans lesquels le mouvement raisonné nous paraisse inefficace sont : les déviations très anciennes et celles qui proviennent de maladies internes, avec inflammation du périoste ou carie des os.
Les déviations qui proviennent d’une croissance trop hâtive ou d’une mauvaise attitude habituelle, et qui se produisent surtout chez les enfants d'un tempérament lymphatique, peuvect et doivent, lorsqu’elles sont combattues à temps, être radicalement guéries par un exercice approprié , combiné avec la douche froide et 1& massage.
Nous ne voulons pas dire par là que la gymnastique puisse toujours seule opérer ces miracles : Non! il faut parfois le concours de la science médicale, et plus souvent celui de la chirurgie : mais nous n’hésitons pas à affirmer que, dans de telles conditions , le mouvement bien compris est le remède par excellence , et que les corsets orthopédiques doivent être proscrits ^ par cette raison bien simple que toute compression permanente, quelque faible qu’elle soit , appauvrit les tissus et diminue la vitalité.
Les exercices qu’il faut employer pour combattre la scoliose sont aussi variés que les affections et les individus qui en sont affligés.
Les moyens dont on s’est généralement servi jusqu’à ce jour sont ;
1° Les suspensions par les mains à des anneaux, pour produire l’extension complète de l’épine, accompagnée de l’action des muscles capables de soulager les articulations de cette partie ;
2° La suspension par les mains à des cordes ou à des barres tendues horizontalement , avec balancement du corps en avant, en arrière et de côté ;
3° Les suspensions alternatives et successives par
une seule main, etc. ;
4° Les extensions des bras, le corps étant placé horizontalement ; ’
5° L'action de tourner une roue ;
6° La marche avec une ou deux béquilles.
Nous recommandons surtout aux professeurs de gymnastique l’emploi de mouvements rationnels, propres à relâcher les insertions des vertèbres sur le côté convexe, et à répartir sur les vertèbres extérieures la pression exercée sur celles formant la concavité. Nous leur recommandons aussi la traction d’uu poids au moyen d'une corde passée dans une poulie, le pas volant exécuté en tenant l’anneau d’une seule main, les suspensions par la double action des bras et de la nuque à l’échelle spino-dorsale, les redressements passifs et actifs du tronc, soit dans la position horizontale, soit dans la verticale.
Le massage des antagonistes déviés produit égale-
ment les meilleurs effets et doit être considéré comme inséparable du traitement. Nous employons beaucoup d’autres moyens, nous inspirant soit pour la construction des appareils, soit pour la combinaison des mouvements, des cas qui se présentent.
Nous avons lieu de penser que les appareils de notre invention ne sont pas sans quelque mérite, ces appareils étant aujourd’hui adoptés et recommandés à peu près partout. Ce sont encore, à notre grand regret, nos excellents médecins de Paris qui les connaissent le Imoins.
Nul n’est prophète en son pays !
Nous avons pu nous^convaincre de la vérité de ce proverbe dans nos rapports avec les sociétés de gymnastique françaises, aujourd’hui réunies en une fédération dont nous ne nous flattons pas seulement d’avoir été le promoteur, mais encore le principal organisateur. Ceci ne devrait être ignoré de personne et paraît l’être cependant de ceux-là mêmes qui devraient le savoir le mieux.
C’est pourquoi, sans doute, nous avons reçu et recevons sans cesse des sociétés départementales des témoignages d’affection et de gratitude qui nous touchent profondément, tandis que certaines sociétés parisiennes ou plutôt certains membres des comités de ces sociétés, tourmentés sans doute du désir de faire parler d’eux, nous montrent des sentiments diamétralement opposés.
Il nous souvient d’avoir eu un pauvre à qui, chaque dimanche, nous donnions une bien modeste obole : cinquante centimes.
•Un de nos voisins, épicier de profession, cultivait le même pauvre et lui mettait aussi, chaque semaine, une pièce de deux sous dans la main.
Son aumône valait certes la nôtre aux yeux de Dieu, mais le diable se mêla de l’aifaire. Notre homme apprit un jour, par une indiscrétion de notre commun client, que notre bourse dépassait la sienne. Nous le rencontrâmes le lendemain, il nous jeta un regard méprisant et s’en alla racontant partout que nous donnions des pièces blanches par ostentation, pour faire parler de nous, que nous étions un poseur 1 ! !
Mais revenons aux choses sérieuses.
Nous avons, croyons-nous, fourni assez de détails pour faire comprendre toute l’utilité du mouvement passif et actif dans les affections de la colonne vertébrale. Si l’espace nous le permettait, nous parlerions aussi des heureux effets de l’exercice dans les difformités d’autres organes, du bassin, des membres, etc.
Mais nous pensons que le simple aperçu que nous venons de donner de ce qu’on peut faire dans les déviations de la colonne, suffira pour faire comprendre l’importance de l’exercice dans toutes les difformités du squelette.
Nous appelons de tous nos vœux ce jour où les directeurs d’établissements orthopédiques, comprenant les
ressources que fournit l’exercice rationnel, laisseront de côté leurs procédés barbares et inutiles pour en venir où nous sommes arrivé d’instinct, dès les premiers jours de notre pratique : Aider la nature sans la contrarier.
Mais qu’on ne l’oublie pas ; avant le mouvement local ayant pour but d’agir directement et en quelque sorte mécaniquement sur la difformité, il est essentiel de pratiquer les exercices généraux afin de reconstituer l’organisme tout entier, les déviations de l’épine se rencontrant le plus souvent chez des sujets lymphatiques ou anémiés.
Nous dirons donc pour nous résumer :
Les corsets agissent, mais agissent momentanément ; c’est une force factice et passagère, brutalement appliquée et qui ne tient aucun compte des nécessités physiologiques de fêtre. L’action musculaire est au contraire une force naturelle, qui, mettant progressivement en jeu tous les ressorts, et stimulant toutes les énergies, fait concourir l’organisme tout entier au salut de la partie qui se trouve compromise.
Quand vous plantez un jeune arbre et que vous l’étayez d’un tuteur, est-ce sur cet appui aussi précaire qu’artificiel que vous comptez pour l’aider à vivre et à grandir? Non, vous le taillez, vous l’arrosez, vous le cultivez sans cesse, afin qu’il ait bientôt des racines profondes et vivaces, et qu’il trouve en lui-même la
force d’élever vers l’azur sa- cime verdoyante et de résister aux orages.
Faites de même pour l’enfant, afïublez-le d’un corset si vous voulez, mais d’un corset souple, léger; d’un corset qui ne l’étouffe pas et ne le meurtrisse pas, d’un corset humain, en un mot. Mais avant toutes choses : stimulez, entretenez, développez la vie dans son organisme en mettant en œuvre pour cela toutes les énergies qui sont en lui, endormies ou dévoyées.
Aucun traitement externe, nous le répétons, ne vaut cette méthode naturelle, car à faction locale, indispensable, elle jointfaction générale, plus essentielle encore.
Donc, s’il y a possibilité de guérison, c’est-à-dire de redressement, cette possibilité, nous ne craignons pas de l’affirmer, n’est que là, et pas ailleurs ; mais il faut nécessairement y joindre le traitement interne, traitement tonique et reconstituant que le médecin ordonne toujours en pareil cas.
Nous tenons cependant à répéter ce que nous avons dit bien souvent, c’est que si la difformité est coneréniale ou que, datant de plusieurs années, elle ait déjà pris des proportions excessives, ni le mouvement méthodique, ni le massage, ni la douche, ni aucun autre moyen du reste ne pourrait la modifier.
Il serait, même, le plus souvent, téméraire de le tenter.