LES NERFS
Il nous reste, pour définir cette description rapide de notre machine, à parler d’organes importants, organes que chacun nomme à tout instant et que peu connaissent bien. Quelqu'un a-t-il mal à la tête? Ce sont les nerfs. A-t-il mal au ventre? A-t-il mal dans les jambes? Ce sont encore les nerfs.
Pauvres nerfs, accusés dq tant de maux auxquels ils ne peuvent mais ! Il est très-certain que l’inflammation, de même que l’atonie des nerfs, ne sont que la conséquence de la mauvaise composition du sang, de sa faiblesse ou de l’irrégularité de sa circulation. Tous les anémiques sont en proie aux névralgies ou tout au moins à cette impressionnabilité exagérée qui constitue une véritable maladie.
On donne le nom de nerfs à des cordons blancs formés par des tubes nerveux qui partent des deux côtés de l’axe cérébro-spinal pour se diriger vers les organes dans lesquels ils se distribuent.
Les nerfs naissent de la face antérieure ou de la
face postérieure de Taxe central ; les premiers sont destinés au mouvement, les derniers président au sentiment.
ü arrive quelquefois que ces nerfs se fusionnent, s’entrelacent, et si bien qu’ils n'en forment plus qu’un. Ils sont alors réunis sous la même enveloppe et, bien qu’agissant individuellement, ils semblent uniques jusqu’au moment où ils sont mis en action.
Alors le nerf moteur agit sur les muscles, et les nerfs du sentiment vont partout où la sensibilité peut être constatée.
Les nerfs se divisent aussi en nerfs de sensibilité spéciale, qui communi(iuent aux organes des sens : les nerfs olfactifs, optiques, acoustiques, et en nerfs de la vie végétale : tel est le grand sympathique, qui se termine aux organes delà digestion et de la reproduction. Ces deux espèces se distinguent du reste par leur couleur.
Les nerfs de la vie animale sont fermes et blancs ; les autres sont mous, d’un gris rougeâtre, plats et unis.
Nous n’entrerons pas dans des détails techniques sur la construction et la formation des nerfs, toutes choses qui intéressent plus le médecin que le gymnasiarque, qui doit s’attacher plus spécialement à l’étude de la mécanique humaine.
Il nous paraît cependant utile, dans l’intérêt de la question qui nous occupe, d’invoquer l’opinion des sa-
vants docteurs Bastien et Vulpian. Ces deux médecins, dont le dernier surtout est très connu, ont fait insérer, dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, un mémoire traitant de rinfluence du mouvement artificiel passif sur le système nerveux.
Nous allons résumer ce qu’ils disent, tout en tâchant de rester dans les cadres de notre travail.
Les effets de la compression des nerfs se divisent naturellement en deux périodes :
La première commence au moment où l’on a établi la compression, et se termine au moment où on la cesse.
La seconde débute au moment où l’on cesse la compression et finit, lorsque les parties qui sont sous la dépendance des nerfs comprimés, reviennent définitivement à leur état normal.
C’est la période de retour ou de déclin.
La première période ou période d’augmentation se subdivise en quatre stades.
Le premier stade est caractérisé par des fourmillements, des picotements ; sa durée est de deux à dix minutes.
Vient ensuite le stade intermédiaire, pendant lequel ces phénomènes disparaissent, quelques minutes, pour revenir plus énergiquement pendant :
Le stade d’hyperesthésie où les sensibilités du tact, de chatouillement, etc., s’exaltent pour arriver jus-
qu’au stade d’anesthésie ou de paralysie musculaire, pendant lequel la sensibilité de la douleur est pervertie et exagérée souvent à un degré extrême.
On éprouve, dans les muscles, de la courbature, des douleurs plus ou moins vagues, quelquefois des crampes ; un peu plus tard, les mouvements deviennent moins faciles et arrivent progressivement à être impossibles.
La période de déclin se subdivise comme la précédente :
l.e premier stade ou stade de paralysie n’est que la continuation du stade d’anesthésie ; il dure au plus deux minutes.
Pendant le stade d’hyperesthésie de retour , on peut déjà exécuter quelques mouvements peu étendus, les différentes sensibilités renaissent. Durée, au plus, une minute.
Au stade intermédiaire de retour, l’état normal de la mobilité et de la sensibilité est revenu. La sensibilité à la température est seule encore obtuse.
Le quatrième est très complexe et ressemble assez au premier stade de la période d’augmentation.
Quelle conséquence tirer de là?
C’est que la compression , la pression , le pincement, la friction , la vibration et Jous les mouvements imprimés au système nerveux ont leur utilité thérapeuti({ue.
Gela résulte , du reste , d’expériences entreprises en Suède par d’autres médecins, par le grand Ling d’abord,
par MM. Georgii, Hartelius, Ling fils et par M. Nycander, un Suédois aussi, établi à Bruxelles, où il pratique la gymnastique médicale avec une réelle supériorité.
D’après ces médecins gymnastopathes, les névralgies générales des extrémités intérieures ont été souvent guéries par des pressions sur les nerfs ; plusieurs affections névralgiques dans les muscles du dos, aussi bien que dans la peau et dans les tissus ligamenteux de cette région, ont été traitées avec succès par un mouvement de froissement partiel de la peau.
Nous employons nous-même, depuis longtemps, le massage sous toutes ses formes, dans la plupart des affections nerveuses; nous y ajoutons, avec avantage, la douche tiède dans les cas d’excitation provenant d’une exubérance manifeste ou d’une répartition amormale des fluides nerveux; la douche froide quand la cause déterminante est l’anémie, mais tout cela ne donne que des résultats lents et passagers, si on n’y joint le mouvement passif d’abord, le mouvement actif ensuite à doses progressives, selon les forces du malade.
Dans la chorée par exemple , la guérison peut être obtenue presque toujours par le massage seul, mais la cure est lente; tandis que si l’on ajoute au massage des exercices rhythmés, on obtient plus d’effet, en trois mois, qu’en douze mois de massage sans gymnastique.
Il s’agit, en un mot, dans les affections nerveuses qui ont pour cause l’affaiblissement de ce système, de réveiller son énergie par des manipulations habiles et
des exercices très modérés qu’on fait suivre de la douche froide très courte. Lorsque les nerfs sont, au contraire, susceptibles et excitables par pléthore ou manque de pondération, il faut les calmer par un massage sédatif, (grandes frictions douces prolongées sur la région rachidienne) et par l’exercice poussé jusqu’à la fatigue, c'est-à-dire par la dérivation de la force nerveuse au profit du système musculaire.
C’est en se basant sur ces principes qu’on est arrivé à introduire la gymnastique dans le traitement des aliénés. Des résultats remarquables ont été obtenus dans tous les pays où ce système a été suivi.
Les principales affections dans lesquelles ce même traitement peut être employé presque toujours avec un succès certain sont : la gastralgie, la chorée, l'hystérie, l’épilepsie, l’asthme nerveux, la mélancolie, l’hypocondrie, la crampe d’écrivain, l’onanisme, la spermatorrhée, la paralysie progressive, l’hémiplégie et généralement toutes les affections qui accusent une faiblesse, un désordre ou un arrêt partiel des manifestations du système nerveux.