‹ La gymnastique raisonnéeChapitre 16 sur 59 · LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES FEMMES

Nous avons, aussi clairement et aussi simplement que nous l’avons pu, fait connaître la constitution du corps humain. Nous avons indiqué le vice de notre éducation, nous avons dit aussi le remède. Qu’on nous permette maintenant de jeter un coup d’œil sur les classes principales de la société et de les examiner rapidement au point de vue de la gymnastique.

A. tout seigneur, tout honneur.

Commençons. par les femmes.

N’est-ce pas à elles, en effet, qu’est dévolue cette grande mission de reproduire notre espèce, et n’est-ce pas en elles surtout que nous devons chercher le secret de la régénération du genre humain?

Qui, d’entre nous, n’a senti son cœur ému d’une douloureuse pitié en voyant ces légions de jeunes ouvrières à l’aspect maladif, aux formes chétives et déviées , qui se rendent, le matin , dans ces casernes de femmes

([u’on nomme des ateliers, pour n’en sortir que le soir bien après le coucher du soleil, à la fois brisées et atrophiées par douze ou quator:^e heures d’un travail oîi la tête est constamment penchée en avant, le corps immobile el replié sur lui-méme.

Les maladies du sang , la constipation , la phthisie scrofuleuse, les palpitations, l’hystérie, etc., sont la suite nécessaire, inévitable d’un tel genre de vie.

Les femmes qui travaillent dans les mines, dans les usines et les manufactures , entassées dans des locaux humides ou surchaulfés, sont plus souvent et plus gravement atteintes que celles qui travaillent dans de simples ateliers ou chez elles.

La fille du riche est-elle plus heureuse? A la pension, où elle reste courbée des heures entières sur ses livres, et chez elle oii , pendant des journées, elle est assise à son piano ou s’occupe de couture, de broderie, a-t-elle plus de mouvement? Pendant les récréations même, peut-elle s'ébattre en liberté, jouer et bondir tout à son aise ?

Non, cela n'est pas convenable I! !

Devenues dames, ces pauvres chères créatures auxquelles on a tout appris (excepté les notions les plus élémentaires de l’hygiène), entendent-elles mieux les besoins du corps? Elles sortent, il est vrai, elles vont dans le monde, mais les promenades en voiture, la danse, le théâtre, constituent-ils une somme de mouvement sulfisante pour entretenir la santé et calmer des

nerfs si impressionnables et si impressionnés par l’agitation de la vie parisienne ?

Aussi prenez la femme des villes aux deux extrémités de r échelle sociale.

Examinez-la attentivement et vous constaterez, neuf fois sur dix, les symptômes morbides suivants :

Affaiblissement et altération des muscles, surexcitation de la vie sensitive, teint livide ou plombé, migraines, spasmes, évanouissements, oppressions, etc.

Semblables à des plantes de serre chaude c{ui languissent et deviennent , par étiolement ou maturation artificielle, incapables d’un développement complet, elles meurent, pour la plupart, sans avoir connu, un seul jour, l’épanouissement radieux de la vie.

Fait digne de remarque! Le chiffre de la mortalité parmi les femmes est beaucoup plus élevé proportionnellement que parmi les hommes, et ce qui est plus étonnant encore, c’est c|u’on n’ait pas recherché plus sérieusement les causes d’un tel état de choses.

Le peu de mouvement, selon nous, doit en être considéré comme la raison principale.

Déjà, en 1780, le docteur Franck s’élevait contre l’éducation absurde de nos dames du monde.

« La femme, dit-il, élevée d’après ce que l’on appelle le bon goût, est une créature misérable et digne de pitié en comparaison de celle qu’élève la nature

sans notre secours. La moindre chose lui cause des palpitations, de l’asthme, la fatigue et l’anéantit.

Continuellement assise, sans mouvement par conséquent, la circulation ne se fait qu’aux endroits où le cœur fatigué veut la faire parvenir.

La couleur cadavérique, que dans la ville on a décoré du nom de couleur distinguée, en est le résultat le plus immédiat. »

Le mal est plus grand qu’on ne le pense ; car ce n’est pas à elle seule que nuit la femme élevée ainsi, ses enfants en ont à souffrir autant qu’elle-môme.

Femmes, faites de la gymnastique, non pour vous, mais pour nous, disait Jean-Jacques Rousseau.

Faites de la gymnastique pour vous et pour nous, leur dirons-nous à notre tour.

La quantité de mouvement que se donnent les femmes ne suffit pas pour activer chez elles la circulation, la nutrition, de façon qu’elles puissent nourrir convenablement leurs enfants.

Ce sang anémique, échauffé par des méthodes factices, pourrait-il donner une constitution saine, une force suffisante à ce petit être qui doit tenir tout de sa mère?

Loin de comprendre cela, nos femmes font leur possible pour réduire à rien la somme de mouvements auxquels elles sont, pour ainsi dire, obligées de se livrer.

Cependant toutes veulent la santé du corps; mais elles ne savent donc pas que vouloir la santé sans exer-

cice, c’est vouloir la vie sans air, le jour sans lumière, l’impossible enfin.

Il nous est arrivé souvent, frappé de la faiblesse et de l’aspect maladif de certaines femmes du monde, d’insister auprès d’elles avec toute l’énergie dont notre conviction peut nous rendre capable, pour les décider à faire, chaque jour, à défaut de gymnastique, une heure de promenade, à pied, au grand air.

— Promener à pied, nous répond-on presque toujours, mais en été, c’est éreinlant, et en hiver, on a le nez tout rouge.

Dieu sait cependant quelles misères physiques atroces, quels troubles organiques lamentables se dissimulent sous cette coquetterie tout extérieure.

Les Grecs, encore en cela nos maîtres, avaient bien compris la nécessité de l’éducation corporelle pour la femme; à Sparte, elle se livrait, dans les gymnases, aux mêmes exercices que les hommes.

C’est la gymnastique qui a créé cette race de femmes vaillantes qui disaient à leurs fils en les armant du bouclier : Reviens dessus ou dessous. Les Romains des premiers temps suivaient une méthode identique.

L’Allemagne, la Suisse, l’Angleterre surtout, se sont inspirées de ces exemples :

Mon enfant ne croît qu’une fois, disent les Anglaises, elle a tout le temps d’apprendre.

Elles lui défendent, par conséquent, ces positions

contre nature que prennent nos filles, elles en font des femmes et non des poupées.

Aussi quelle différence entre les jeunes miss et nos jeunes Parisiennes.

Ici maladie, là-bas force et santé.

Et où sont les plus instruites?

Nous sommes trop galant pour faire la réponse.

Le mouvement, la gymnastique, une gymnastique douce , bien entendu, adaptée à ses forces et à ses besoins, est aussi nécessaire à la femme que Pair et l’espace à l'oiseau du ciel.

Sa constitution éminemment nerveuse réclame impérieusement ce régime. Jusque vers l’âge de dix ans, la jeune fille peut se livrer aux mêmes jeux et suivre les mêmes exercices que les garçons. A cette époque, les sexes se distinguent davantage. Les formes de la femmes sont, à l’exception des hanches et des seins, plus petites, plus tendres, plus molles que les formes masculines ; les os sont moins gros et moins durs et le squelette présente beaucoup moins de rugosités.

La plus grande largeur, pour l’homme, se présente dans la région des épaules ; pour la femme c’est dans celle du bassin. Chez elle prédomine la forme ronde ; chez l’homme c’est la forme angulaire. Regardez le bras, comme il est plus arrondi, plus lisse, plus uni! La jambe aussi est plus ronde et plus charnue que celle de l’homme.

La colonne vertébrale est plus courbée que dans l’au-

tre sexe. Le dos présente d'ordinaire une légère rondeur. Les épaules sont moins étendues, les muscles moins rouges, moins compacts que les nôtres, excepté dans la région du bassin, où se trouvent des muscles puissants,vigoureux, virils pour ainsi dire.

Nous n'avons pas l’intention de poursuivre ici davantage cette étude. Tl nous faudrait un volume pour parler convenablement de ce sujet. Mais nous croyons en avoir assez dit pour faire comprendre que les femmes ont besoin d’une gymnastique tant soit peu différente de celle des hommes.

Répétonsde une fois encore : on peut être femme du monde sans avoir une constitution de papier mâché. On peut être femme d’esprit sans être frêle et maladive; on peut être jolie à ravir sans avoir la pâleur morbide d’une poitrinaire. Une femme belle est deux fois belle lorsqu’elle est bien portante.

Epouse et mère : telles sont les destinées de la femme. Destinées nobles et auxquelles elle doit savoir faire les plus grands sacrifices.

Faites donc de l’exercice, mesdames, dans l’intérêt de votre beauté et de votre grâce, autant au moins que dans celui de votre santé et de la beauté de votre descendance.

Vous aurez beau résister , vous ferez de la gymnastique! Peut-être pas aujourd’hui, peut-être pas demain, ni dans huit jours, ni dans un mois, mais vous en ferez,

car l'avenir de riiumanité en dépend, et le jour n’est pas éloigné où les législateurs l’imposeront obligatoirement à vos filles comme ils l’ont imposée à vos garçons.

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